Gryllidae

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Les Gryllidae sont une famille d'insectes orthoptères ensifères, plus communément appelés grillons.

Les femelles sont munies d'un long ovipositeur ensiforme (en forme d'épée) et possèdent de longues antennes fines.

On différencie les deux sexes principalement grâce à cet ovipositeur, mais aussi au fait que les mâles sont pourvus d'organes sonores situés à la base des élytres.

Il existe près de 5 000 espèces de Gryllidae dans le monde[1] dont une vingtaine en France (en comptant les courtilières et les myrmécophiles)[2], et l'on retrouve des traces fossiles attestant de leur présence remontant au Trias supérieur.

Description[modifier | modifier le code]

Acheta domesticus femelle : on distingue l'oviscapte noir au centre
Acheta domesticus mâle : absence d'oviscapte

La tête, presque sphérique, est flanquée de chaque côté d’yeux gros et saillants, les antennes sont longues et filiformes.

Le thorax est de forme trapézoïdale et est d'apparence trapue, il est résistant et robuste. L'extrémité de l'abdomen est munie de cerques.

Comme tous les insectes, les gryllidés possèdent six pattes. Les pattes postérieures sont très développées et adaptées au saut.

Chez la plupart des espèces, les ailes des grillons ne sont pas adaptées au vol. Les ailes antérieures sont développées en élytres (ou tegmina) constitués de chitine dure et résistante, faisant office de bouclier et d'organes stridulatoires ; les ailes ont donc perdu leur rôle d'organes locomoteurs.

Dimorphisme sexuel[modifier | modifier le code]

Il y a quelques différences qui permettent de distinguer les mâles des femelles :

  • ce sont en général les mâles de certaines espèces qui stridulent, pour attirer les femelles ;
  • les femelles possèdent un oviscapte, sorte de tube effilé à l'arrière, qu'elles enfoncent dans le sol pour y déposer les œufs (voir photos).

Biologie[modifier | modifier le code]

Le comportement des grillons est fort varié selon les espèces. La plupart des grillons aiment la lumière et la chaleur du soleil, d'autres comme les Troglophylus et les Dolichopoda (ce dernier genre dans la famille voisine des Rhaphidophoridae) sont troglodytes et ne vivent donc que dans des grottes, des caves noires, ou plus exceptionnellement, dans les tunnels du métro.

En général, les grillons sont d'excellents fouisseurs, ils creusent des galeries parfois profondes et y vivent. D'autres espèces sont myrmécophiles ou termitophiles : ils vivent dans des nids de fourmis ou de termites mais ce comportement est plus rare.

Le grillon est omnivore. Sa durée de vie est d'environ un an.

Les grillons sont fort prisés des terrariophiles, car ils sont prolifiques et peuvent être aisément nourris. Les mâles de certaines espèces sont très agressifs les uns avec les autres. Aussi, dans certains pays, ce caractère est mis à profit pour l'organisation de combats de grillons mâles ; ces combats font l'objet, bien sûr, de paris.

« Chant d'appel » de Gryllus pennsylvanicus

Certaines espèces de grillons ont leur mâle qui stridule, le chant étant entendu grâce au tympan placé sur le tibia de la première paire de pattes. Trois types de chants ont été clairement interprétés : « chant d'appel » sexuel (le plus fréquent) qui a pour fonction d'attirer et d'orienter la femelle vers le territoire du mâle (phénomène de phonotaxie), « chant de cour » prélude à l'accouplement[3], « stridulation d'agressivité » afin d'intimider un autre mâle, d'accompagner un combat entre rivaux ou d'exprimer la victoire[4].

L'émission du chant est réalisée en soulevant obliquement les deux élytres. L'élytre droit, qui porte sur sa face inférieure la râpe stridulante ou archet (alignement de dents lamellaires), recouvre toujours l'élytre gauche pour frotter son grattoir ou chanterelle[5]. Deux zones membraneuses, la harpe et le miroir, amplifient les sons émis[6]. Le grillon est ainsi gaucher, à l'inverse de la sauterelle[7]. Les grillons désensibilisent leur système auditif pour ne pas être assourdis par leur propre chant[8].

Certaines espèces, appelées « grillons thermomètres » (telle l'espèce Oecanthus pellucens, le Grillon d'Italie) émettent leurs chants (le terme exact étant grésillent ou grésillonnent) dont la fréquence dépend de la température ambiante selon la loi d'Arrhenius : T_{\mathrm{Fahrenheit}} =  nombre de grésillements (en 15 secondes) + 37[9].

Les grillons polynésiens Teleogryllus oceanicus ont une perception catégorielle du son. Ils connaissent deux mots : « ami » pour les sons dont la fréquence est inférieure à 13 kHz (ils s'interpellent entre eux avec des sons proches de 5 kHz), et « ennemi » pour les sons dont la fréquence est supérieure à 16 kHz (leurs prédateurs, les chauves-souris, émettent entre 25 et 80 kHz).

Des grillons sont parfois « poussés au suicide » par un ver parasite, Paragordius tricuspidatus (en)[10]. La « manipulation parasitaire » consiste pour le ver à être avalé sous forme de larve par le grillon. Au bout d'un an, ayant atteint sa maturité sexuelle, le ver doit impérativement rejoindre l’eau pour se reproduire. Il émet alors une substance chimique qui agit sur le cerveau du grillon qui adopte un comportement erratique et ne réagit plus à certains stimuli synonymes de danger, l'amenant parfois à se noyer dans des ruisseaux, réservoirs, piscines voire dans des seaux d'eau[11].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Les grillons ont une reproduction sexuée. Lorsque le mâle s'accouple avec la femelle, il introduit son appareil reproducteur dans les voies génitales de la femelle et y transfère son spermatophore. L'accouplement terminé, la majorité des femelles recourbe son abdomen de manière à présenter l'extrémité de l'oviscapte perpendiculairement à la surface du sol meuble et humide. Elle y enfonce alors son long ovipositeur grâce à la tarière (extrémité de l'oviscapte constituée par quatre valves, les ventrales perforant le sol et les dorsales permettant sa progression), et y dépose ses œufs un par un à l'aide de valves internes garnies d'aspérités pour empêcher une remontée des œufs. Ceux-ci peuvent dépasser le nombre de 700. Quelques semaines plus tard, les jeunes émergent des œufs complètement formés. En captivité, ils se réfugient dans la litière.

Systématique[modifier | modifier le code]

La famille de Gryllidae a été décrite par l'entomologiste autrichien Johann Nepomuk von Laicharting, 1781.

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Dans les régions francophones du Canada, les grillons sont appelés « criquets ». Le personnage du Pinocchio de Walt Disney, Jiminy Cricket, est en fait un grillon.

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Liste des sous-familles

Selon Orthoptera Species File (19 mai 2012)[12] :

Liste des genres

Selon Orthoptera Species File (19 mai 2012)[12] :

Les Gryllidae et l'Homme[modifier | modifier le code]

Intérêt alimentaire[modifier | modifier le code]

Grillons frits (cuisine laotienne)

Leur richesse en protéines en fait une nourriture de choix pour d'autres animaux carnivores comme les mygales, les scorpions, les mantes, les lézards, etc.

Le grillon auquel on attribue des vertus thérapeutiques peut également constituer une nourriture pour les êtres humains. Plusieurs peuples les font griller ou frire[13].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le coureur cycliste italien Paolo Bettini a comme surnom « Le grillon ».


Élevage[modifier | modifier le code]

Le grillon a fait partie du pittoresque du sud de la France, au même titre que les cigales. Tuter les grillons était une activité prisée des enfants en été. Il s'agissait de repérer un grillon par son chant, de s'en approcher lentement, puis de trouver le trou (la « tute ») où l'insecte s'était réfugié. Une longue tige fine étant agitée dans le trou, le grillon sort et on le capture (en cas d'échec, le grillon devenu soupçonneux ne s'attrape plus par cette technique mais est délogé par l'inondation d'un verre d'eau), pour le mettre dans une petite cage spéciale : convenablement nourri, la cage exposée au soleil, le grillon pouvait chanter longtemps[14].

Depuis 1982, un championnat du monde des tuteurs de grillons est organisé à Lavardens[15].

Concours de chants de grillons[modifier | modifier le code]

Dans la Chine ancienne, on organisait des concours de chants de grillons ; les meilleurs chanteurs se vendaient à des prix parfois élevés.

Combats de grillons[modifier | modifier le code]

Des combats de grillons (selon une gradation stéréotypée : escrime avec les antennes, écartement des mandibules, prise de mandibules, corps à corps) encore populaires parmi les personnes âgées sont organisés en Asie, principalement en Chine (6 millions d'amateurs dont 500 000 à Shangaï où existe dans le vieux quartier de Qibao (en) un « musée du grillon »[16]), Indonésie, Vietnam et à Madagascar[13].

Calendrier républicain[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laure Desutter-Grandcolas, maître de conférences au Muséum National d’Histoire Naturelle, chargée de conservation des collections d'Orthoptères, « Le grillon » dans l'émission La Tête au carré sur France Inter, 18 juin 2013
  2. Élevage de grillons sur www.insectes.org
  3. Ce chant de cour, émis après quelques contacts antennaires, est plus bref, plus métallique et plus doux que le chant d'appel, les élytres étant en effet rabaissés sur le dos.
  4. Gilbert et Julien Cousteaux, « Les grillons », Insectes, no 129,‎ février 2003, p. 27 (lire en ligne)
  5. Illustration des organes stridulatoires
  6. Gilbert et Julien Cousteaux, op. cité, p. 28
  7. Jean-Henri Fabre, « Le grillon. Le chant. La parade » , Souvenirs entomologiques, série VI, chap. 14
  8. Communication
  9. Ariel Fenster, « Les grillons thermomètres », sur sciencepresse.qc.ca,‎ 19 septembre 2011
  10. (en) Thomas, F., Schmidt-Rhaesa, A., Martin, G., Manu, C., Durand P. & Renaud F., « Do Hairworms (Nematomorpha) manipulate their terrestrial host to seek water ? », Journal of Evolutionary Biology, no 15,‎ 2002, p. 356-361
  11. (en) Vidéo de la séquence comportementale, Images tirées du documentaire « Le Manipulateur ». Copyright VB Films - satourne@club-internet.fr »
  12. a et b Orthoptera Species File, consulté le 19 mai 2012
  13. a et b Gilbert et Julien Cousteaux, op. cité, p. 29
  14. Jean-Henri Fabre, « Le grillon. Le terrier. L'œuf » , Souvenirs entomologiques, série VI, chap. 13
  15. « Les grillons sont à bonne école », sur ladepeche.fr,‎ 27 mai 2001
  16. Documentaire sur Arte « Une passion chinoise, les combats de grillons », ZDF, 2013, 4 min 40 s.
  17. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 21.
  • Laicharting, 1781 : Verzeichniß und Beschreibung der Tyroler-Insecten. I. Theil. Käferartige Insecten. I. Band.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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