Henry Fielding

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Henry Fielding

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Henry Fielding

Autres noms Captain Hercules Vinegar
Activités romancier, dramaturge, poète et journaliste
Naissance 22 avril 1707
Sharpham Park
Décès 8 octobre 1754
Lisbonne
Genres Théâtre, roman parodique, romans picaresques, satire sociale et morale, essais, pamphlets polémiques, journaux

Œuvres principales

Shamela, Joseph Andrews, Jonathan Wild, Histoire de Tom Jones, enfant trouvé, Amelia

Henry Fielding, né le 22 avril 1707 à Sharpham Park près de Glastonbury, Somerset, Angleterre et mort à Lisbonne le 8 octobre 1754. est un dramaturge, poète; essayiste et romancier anglais. Ses deux œuvres les plus renommées sont Joseph Andrews (1742) et Histoire de Tom Jones, enfant trouvé (1750).

À la mort de sa mère en 1718, la vie du jeune Fielding change considérablement et après que son père s'est remarié, il est à peu près certain que les enfants de la maisonnée sont plutôt rudoyés, ce qui conduisit la formidable Lady Gould, leur grand-mère maternelle, à prendre les choses en main. Après une préparation effectuée dans une prep-school sous l'autorité de Mr Oliver de Motcombe, pasteur à East Stour dans le Dorset, Fielding est admis au prestigieux Collège d'Eton d'où ii sort expert en Grec ancien et en Latin. Il s'inscrit alors à l'université de Leyde aux Pays-Bas comme étudiant en lettres où il reste dix-huit mois de 1728 à 1730.

Deux voies, selon lui, s'offrent à la fin de ses études, celle de l'écriture ou celle du droit. Il choisit successivement l'une et l'autre, mais n'abandonne jamais la première qu'il nourrit ensuite de son expérience de magistrat. C'est ainsi que pendant de longues années, il se consacre au théâtre et ses nombreuses pièces font bientôt de lui l'un des dramaturges les plus célèbres de la capitale, le plus grand selon d'après George Bernard Shaw, après Shakespeare. Ce n'est qu'en 1740 qu'édifié par l'exemple de Samuel Richardson et de l'extraordinaire succès de son roman sentimental Paméla ou la Vertu récompensée (1740-1741) qu'il admire tout en lui reprochant ses excès de sentimentalisme et de pathos, il se décide à tenter l'aventure de l'écriture romanesque et publie anonymement une parodie de Pamela, Shamela, dont, il ne reconnaîtra d'ailleurs jamais la paternité. Par cette entreprise, il devient l'un des plus importants créateurs du genre romanesque, admiré et imité par Stendhal, Thackeray, Dickens et d'autres maîtres utilisant un narrateur omniprésent en totale charge de son récit.

En effet, sans abandonner son activité de polémiste, Fielding transmet désormais ses idées par sa fiction, d'autant qu'il obtient d'emblée la faveur du public. Son premier grand roman, Joseph Andrews inaugure un nouveau genre fondé sur la tradition picaresque, comme l'indique expressément le sous-titre. Cette nouvelle approche est décrite dans la préface qui tient ainsi lieu de manifeste littéraire, démarche répétée lors de la parution de Histoire de Tom Jones, enfant trouvé, à laquelle s'ajoutent des chapitres discursifs inaugurant chacun des livres du récit, où le narrateur fait part de ses intentions, explique sa manière de procéder, exhorte les lecteurs, ce qui crée une complicité inédite, quoique subtilement railleuse avec le public.

Chez Fielding, l'ironie est en effet souveraine, comme il est souvent la règle en cette première moitié du XVIIIe siècle, « style oblique » comme il est parfois appelé, dirigé contre lui-même, son narrateur, les lecteurs, les personnages. Il en utilise tous les procédés techniques selon une rhétorique savante s'appuyant sur une érudition classique infaillible, encore que des erreurs de citations soient parfois commises, mais à dessein, pour mieux morigéner le lecteur inattentif quelques chapitres plus loin.

Rendre compte de Fielding est une tâche complexe, car il existe de multiples facettes à sa personnalité, à sa carrière, à son œuvre. Ce formidable personnage, qui n'a vécu que quarante-sept ans, a connu la misère et la gloire, le bonheur et le deuil, la calomnie et le panégyrique. Il a été attaqué, vilipendé, censuré et encensé, mais il a vécu avec la certitude qu'un jour ses œuvres seraient reconnues par la postérité. Il voyait juste, car si elles ont à jamais marqué les lettres de son pays, elles ont aussi franchi les frontières et se sont vues très vite acclamées comme des monuments de la littérature universelle.

L'ombre de Richardson a plané sur Fielding toute sa vie : si le premier détestait le second, la réciproque n'est pas vraie. Fielding admirait son rival, particulièrement Clarissa. La manière de Richardson est soucieuse de plonger le lecteur dans une réalité plutôt que lui faire lire un récit. Les deux écrivains, chacun à sa façon, ont puissamment contribué à créer les deux grandes veines du roman anglais, l'une plus intimiste, l'autre résolument autocratique, littérature du cœur et littérature de la raison.

Biographie[modifier | modifier le code]

Descendant de l'illustre famille de Denbigh, rejeton des comtes de Hapsbourg, il est le fils du lieutenant général Edmund Fielding, homme du monde ruiné par ses prodigalités. Il est élevé avec la jeune noblesse, fréquente les collèges d'Eton et de Leyde et fait son droit à Londres. D'abord destiné au barreau, il connaît la gêne de bonne heure, ayant épuisé sa fortune dans la dissipation.

Dès l'âge de vingt ans, il doit chercher des ressources dans sa plume et fait des comédies et des romans pour vivre. Il donne au théâtre vingt-huit pièces, plusieurs imitées de Molière, dont aucune n'a survécu ; avec beaucoup d'esprit, d'entrain et de gaieté, il n’avait pas le talent dramatique.

En 1735, il épouse Charlotte Craddock, dont il a tôt fait d'épuiser la modeste dot, d'abord en menant la vie d'un gentilhomme de campagne, puis en se mêlant de la direction du théâtre de Haymarket. Il étudie alors le droit, se fait admettre au barreau, continue de composer des pièces et écrit des articles de journaux et des pamphlets dans le sens de la politique libérale.

Son manque de sens des affaires financières lui vaut de traverser, avec sa famille de fréquentes périodes de gêne, mais il reçoit l'aide de Ralph Allen un riche bienfaiteur qui servira plus tard de modèle au personnage du Squire Allworthy dans Tom Jones. Après la mort de Fielding, Allen prendra en charge l'éducation et la subsistance de ses enfants.

En 1741, le succès de la Paméla ou la Vertu récompensée de Richardson lui inspire l'idée d’un roman qui en serait la parodie. Henry Fielding a parodié Pamela à deux reprises : la première fois, avec le roman anonyme dans Shamela écrit avec la même forme épistolaire que l'original et, à nouveau dans Joseph Andrews, où il imagine à Paméla un frère, aussi chaste que celle-ci, et qui résiste avec la même vertu à de coupables avances ; de là, le roman de Joseph Andrews, publié en 1742, qui, au lieu d'une simple contrepartie comique de Paméla, se trouve former un ouvrage original et indépendant, avec des caractères remarquables et des scènes gaies. Fielding continue dans cette veine humoristique avec son Voyage de ce monde dans l’autre (A Journey from this World to the next) et l'Histoire de Jonathan Wild, sorte d'épopée d’un voleur de grand chemin, espion de police, puis receleur et finalement pendu, écrite sur un ton d'admiration ironique.

En 1749, le crédit de quelques amis fait obtenir à Fielding la place de juge de paix à la police de Londres, place peu recherchée, mais qui le tire de la misère et qu'il remplit avec conscience et talent. C'est même dans cette fonction, qu'il fonde, en 1749, les Bow Street Runners, que certains ont appelé la première force de police londonienne. Fielding, qui ne perd jamais le sens de l'humour, va même jusqu'à émettre un mandat d'arrêt contre Colley Cibber pour « meurtre de la langue anglaise » ! Mais les faibles émoluments de cette place étant loin de suffire à ses habitudes et à ses besoins, il continue donc d'écrire, et deux nouveaux romans, Histoire de Tom Jones, enfant trouvé (1750), son chef-d’œuvre considéré comme un modèle du genre, et Amelia, publiés coup sur coup, sont à la fois des succès d'honneur et d'argent : le second lui est payé 1 000 livres.

Le roman d'Amélia est une peinture de mœurs domestiques. En représentant ce mari, le capitaine Booth, qui aime sa femme et ne peut lui rester fidèle, et cette femme si vertueuse et si douée qui pardonne tout, Fielding pense évidemment à son propre ménage ; mais comme on ne peut pas sympathiser avec Booth et que l'auteur n'a pourtant pas voulu le rendre haïssable, il résulte de cette contradiction une impression fatigante. Fielding se trouve dépaysé dans le pathétique où Richardson est maître.

En 1753, il s'implique dans l'affaire Elizabeth Canning. Lorsqu'il se perçoit comme un obstacle pour les partisans de Canning, il se retire du dossier[1].

La santé de Fielding est déclinante, la goutte, l'asthme et d'autres affections l'obligent à utiliser des béquilles. Ayant perdu sa femme et épousé sa servante pour donner une mère à ses filles, il meurt au bout de deux mois au Portugal, où il était allé chercher un climat plus doux.

Son Voyage à Lisbonne paraît après sa mort en 1755. Sa sœur, Sarah Fielding, est une romancière comme lui.

Analyse des œuvres[modifier | modifier le code]

Quoique les premiers romans de Fielding, Joseph Andrews et Jonathan Wild, ne soient pas sans mérite, Tom Jones leur est très supérieur. Le talent d’observateur et de peintre dont l’auteur avait fait preuve, s’étend d’ici à la société tout entière et s’attache à l’homme lui-même. Byron n’a pas craint d’appeler Fielding « l’Homère en prose de la nature humaine ». L’action du roman, bien inventée et parfaitement conduite, offre une suite d’événements naturels, vraisemblables et néanmoins attrayants, qui soutiennent l’intérêt et mettent en jeu des caractères nombreux aussi vrais que variés. Allworthy est le type de la bienveillance ; le squire Western, bruyant, emporté, tyrannique, sans aucune délicatesse de sentiments, obtient quelque sympathie par une sorte de cordialité brutale ; Tom Jones et Sophie, le héros et l’héroïne, rachètent ce qui leur manque de délicatesse par la jeunesse du cœur, le courage, la franchise et la générosité. Les caractères subalternes, entre autres Partridge, sont aussi bien tracés. Ce qui manque à ce bel ouvrage, c’est une certaine élévation. La situation dégradante où Tom Jones se trouve placé dans ses rapports avec lady Bellaston, et plus tard le soupçon d’inceste qui pèse sur lui, attestent chez l’auteur un manque de tact moral qui nuit à ses qualités littéraires. Cependant l’ouvrage n’est pas corrupteur ; il est même d’une lecture plus saine que les romans de Richardson à grandes prétentions morales. « Prendre Fielding après Richardson, a dit Coleridge, c’est comme si l’on sortait d’une chambre de malade chauffée par des poêles, pour passer sur une large pelouse ouverte à la brise par une belle journée du mai. »

Publications[modifier | modifier le code]

Ses Œuvres ont été réunies (Londres, 1767, 8 vol. in-8° ; 1775, 12 vol. in-8° ; Londres, 1833, 10 vol. in-8°). Il existe plusieurs éditions séparées de Joseph Andrews et d’Amélia, et de très nombreuses de Tom Jones, qui a été plusieurs fois traduit en français, notamment par de Wailly, dans la bibliothèque Charpentier. Tom Jones a été traduit par Pierre Antoine de La Place, 1750 ; Guillaume Davaux, 1795 ; Louis-Claude Chéron de La Bruyère, 1804 ; Henri Huchet de La Bédoyère, 1833 ; Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret, 1836 ; Léon de Wailly, 1841. Jonathan Wild a été traduit par Christophe Picquet, 1863 et Amelia par Marie-Jeanne Riccoboni.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Lautel, Fielding (1707-1754). In : Jean-Claude Polet (ed.) Patrimoine littéraire européen : Les lumières, de l'occident à l'orient 1720-1778, vol. 9, Bruxelles, De Boeck Université,‎ 2000, 600 p. (ISBN 2-8041-3162-9, lire en ligne)
  • (en) Judith Moore, The Appearance of Truth: The Story of Elizabeth Canning and Eighteenth-Century Narrative, New Jersey, Associated University Presses Inc,‎ 1994 (ISBN 0874134943)

Source[modifier | modifier le code]

  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 786-7

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Moore 1994, p. 111