Faïence

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La faïence[1] est une terre cuite à base d'argile, recouverte d'une glaçure stannifère (à base d'étain) qui masque totalement la pâte avec laquelle elle a été façonnée et lui donne son aspect caractéristique blanc et brillant. La faïence est l'une des plus communes et des plus anciennes techniques utilisées en céramique.

La découverte de la faïence, au IXe siècle et sa diffusion en Occident à la Renaissance représentèrent une avancée technique majeure : pour la première fois, le potier s'affranchissait des décors cloisonnés ou incisés pour délimiter les couleurs. Sur la glaçure blanche et poreuse, les couleurs pouvaient être posées au pinceau, sans risque de fuser dans le vernis. Avec la faïence, le potier se fit peintre[2].

Plat en faïence fine à décor d'oiseaux, Creil-Montereau, XIXe siècle
Au milieu du XVIIIe siècle, la faïence de Ligurie imita les décors de ses rivaux hollandais et français. (Coupe "grand feu", Musée des Beaux-Arts de Lille)

Sommaire

[modifier] Caractéristiques de la faïence

Encrier avec la représentation du jugement de Pâris. Faenza, fin du XVe siècle.

La plupart des terres cuites de faïence utilisent une terre argileuse de teinte ocre[3], mélange de potasse, de sable, de feldspath et d'argile. C'est l'un des plus anciens mélanges employés en céramique.
Recouvertes de leur émail à base d'étain, blanc ou coloré, les pièces de terre cuite deviennent des faïences. Elles restent cependant, du fait de leur composition, des céramiques poreuses, moins sonores, moins dures, moins denses que les grès ou les porcelaines. La fragilité de l'objet de faïence tient à la double structure de la terre et de l'émail qui la couvre[2], cuits tous deux séparément.
Bien que la faïence soit plus tendre et plus poreuse que le grès, son moindre coût et sa facilité de fabrication compensent ces insuffisances.

La poterie de faïence peut être techniquement aussi fine que les porcelaines, bien qu'elle ne soit pas translucide et plus facilement ébréchée. Jusqu'au XVIIIe siècle, la faïence fut largement utilisée pour imiter la porcelaine chinoise, dont la composition demeurait ignorée. Ce fut le cas, entre autres, pour la Faïence de Delft.

[modifier] Types de faïences

Les faïences sont dites :

  • « faïence stannifère» lorsque la pâte ocre de la terre cuite est recouverte d'un émail blanc à base d'étain.
    • « grand feu » lorsque le décor est posé, après une précuisson « au dégourdi », directement sur l'émail stannifère (blanc opaque) pulvérulent, qui l'absorbe sans espoir de correction.
      Les couleurs capables de supporter le grand feu sont produites par des oxydes métalliques et limitées à cinq (bleu de cobalt (le plus utilisé), brun-violet, rouge, vert, jaune).
      Les pièces subissent après le décor leur cuisson définitive.
    • « petit feu » (fin du XVIIe siècle) : le décor est posé sur l'émail stannifère déjà cuit.
      Les couleurs sont plus faciles à poser et leur gamme est plus délicate (rose, or, vert clair). Elles ne supporteront en effet qu'une seconde cuisson à une température moins élevée.
  • « faïence fine » : Cette technique d'origine anglaise est une faïence à pâte blanche ou légèrement ivoire. Le décor est posé sur la pièce précuite puis recouvert d'un vernis cristallin plombifère. Ce vernis transparent, à l'inverse de la faïence stannifère, ne masque pas la pâte déjà blanche de la faïence fine.
    Cette faïence fine apparaît en France à la fin du XVIIIe siècle (Manufacture de Pont-aux-Choux) et connait un très fort développement au XIXe siècle (Faïence de Creil-Montereau, Faïence de Choisy-le-Roi, Faïences Vieillard à Bordeaux).
    Il existe différentes compositions de pâte connues sous les appellations de "cailloutage" ou de "terre de pipe". L'adjonction de phosphate de chaux d'abord, de kaolin ensuite, explique le nom impropre de "porcelaine opaque" ou "demi-porcelaine" que lui ont donné les fabricants à l'époque des expositions d'Art industriel.
    Le procédé d'impression demeure l'innovation décorative la plus appropriée à ce type de céramique. Ce procédé, dans lequel le décor encré sur un papier de soie est absorbé par la surface poreuse du biscuit, favorisa l'émergence de la céramique industrielle[2].

[modifier] Fabrication

Poncif au lapin pour décor de céramique. XVIIIe siècle, Musée de la céramique de Rouen.
Faïence de Nevers, pose du décor, "petit feu".

[modifier] Cuisson de dégourdi

Les pièces de poterie obtenues par moulage, estampage ou tournage sont disposées dans un four à une température de 1 050 °C pendant environ 8 heures.

  • Cette première cuisson peut être simplement une préparation du tesson pour recevoir la couverte. On appelle cette cuisson cuisson de dégourdi. Lors de cette cuisson, l'objet acquiert une solidité suffisante pour faciliter les manipulations et gagne en porosité pour faciliter l'émaillage. La deuxième cuisson (cuisson de l'émail et obtention des qualités définitives du tesson) se fera alors à une température supérieure à la première. Ce sera une cuisson de grand feu.
  • Dans le cas de poteries de faïence destinées à recevoir un décor, la cuisson permet d'obtenir le biscuit. Ce biscuit est un tesson cuit qui a déjà atteint ses qualités définitives. Sa glaçure stannifère et son décor seront alors cuits à une température inférieure ou égale à celle du tesson.

[modifier] Pose de la couverte

Composée d'oxyde de plomb, de silice et d'oxyde d'étain, la glaçure nappe la pièce à l'état de biscuit à la manière d'un lait de chaux. Elle est immédiatement absorbée[2]. Le décor posé sur cette surface n'admet aucun repentir.

Assiette en faïence fine, décor imprimé, fin XIXe siècle. Choisy-le-Roi, manufacture Hippolyte Boulenger

[modifier] Pose du décor

La décoration des faïences se fait par décor au pinceau ou par impression.

  • Le décor peint à la main est réalisé sur un motif reporté à l'aide d'un poncif. Les pinceaux utilisés, adaptés à la surface pulvérulente et absorbante de l'émail stannifère doivent être à la fois raides et fournis pour contenir une réserve suffisante de couleur[4].
  • Le décor imprimé, innovation déterminante apparue au début du XIXe siècle est parfaitement approprié à la faïence. Il exploite la porosité de la pâte à l'état de biscuit. À ce stade elle permet l'absorption d'un décor encré sur papier de soie. Une fois le décor "bu" et le papier décollé, l'objet peut être émaillé[2]. Ce procédé est aujourd'hui mécanisé par transfert ou décalcomanie.

[modifier] Historique

Les premières poteries stannifères semblent avoir été produites en Irak vers le IXe siècle[5], les plus anciens fragments ayant été mis à jour au cours de la Première Guerre mondiale, dans le palais de Samarra, au nord de Bagdad. La faïence s'est propagée ensuite à l'Égypte, la Perse et l'Espagne avant d'atteindre l'Italie à la Renaissance, la Hollande au XVIe siècle puis l'Angleterre, la France et d'autres pays européens peu après.

Le long périple lié à sa diffusion a donné à la faïence des dénominations particulières à chaque pays.
La faïence italienne de la Renaissance fut stimulée par l'importation de céramiques espagnoles venant de Valence en Espagne en transitant par l'île de Majorque. Elle en tira le nom générique de majolique.

Faïence italienne plus connue sous l'appellation de Majolique. Ces magistrales compositions picturales seront détrônées au XVIIe siècle par le goût nouveau pour la faïence de Delft.
Daniel dans la fosse aux lions, Francesco Xanto Avelli, 1535, Musée Boymans van Beuningen, Rotterdam.

Les potiers italiens mirent à profit l'émail blanc de la faïence pour peindre de véritables tableaux en miniature qui bénéficièrent de l'extraordinaire vitalité artistique de la Renaissance italienne. On vit apparaitre dans les décors, dès le début du XVIe siècle, les figures humaines qui supplantèrent peu à peu les motifs stylisés de la majolique archaïque du haut Moyen-age. Ces scènes allégoriques rencontrèrent rapidement le goût du moment et les décors gagnèrent en finesse et en richesse jusqu'à recouvrir totalement le support blanc de la pâte à faïence.
Le premier centre et le plus inventif fut situé à Faenza. L'exportation de ses modèles fera apparaître en France le terme "faïence".

Le XVIIIe siècle sera marqué par une explosion du nombre de manufactures de faïence en France. Trois raisons historiques expliquent cet exceptionnel développement:

L'âge d'or de la faïence en France fut indirectement lié à la politique extérieure de Louis XIV. Pour financer ses nombreuses et ruineuses guerres contre des puissances étrangères, le souverain français demanda que soient fondus tous les objets et meubles en or et en argent du royaume[6]. Cette décision impacta directement les services de table de l'aristocratie, qui se tourna alors vers la faïence[7].
La mode des armoiries, au début du XVIIIe siècle, incita par ailleurs les nobles à faire réaliser des services en faïence ornés des armoiries familiales.
Enfin, le long essor économique de la France au XVIIIe siècle permit à la bourgeoisie de devenir une clientèle nouvelle pour la faïence[8].

La technique de la faïence, avec son engobe blanc et son décor peint, sera introduite en Hollande par les potiers italiens passés maîtres dans l'art de la majolique. Les hollandais, sensibilisés aux porcelaines chinoises importées par la Compagnie des Indes, remettront au goût du jour l'émail blanc abandonné par la majolique italienne.

Chassés par les persécutions religieuses, de nombreux potiers de Delft quitteront la Hollande pour l'Angleterre pour y introduire une faïence qui prendra alors le nom de Delftware.

[modifier] La faïence européenne

[modifier] La faïence italienne

[modifier] La faïence en France

Le Déluge, embarquement sur l'Arche de Masséot Abaquesne, 1550. Exposé au Musée national de la Renaissance d'Ecouen.
Soupière par Emile Tessier, Faïence de Malicorne, fin XIXe siècle.

Depuis l'apparition de la technique faïencière en France au XVIIe siècle, plus de 1300 faïenceries régionales produisirent des pièces[9].

[modifier] La faïence aux Pays-Bas

Ensemble de céramiques William Moorcroft, 1913-1930. Au centre se trouve un grand vase du premier type "Florian" produit par Macintyre. Les deux assiettes et le gobelet portent le décor "grenade".

[modifier] La faïence hispanique

[modifier] La faïence en Angleterre

[modifier] La faïence en Belgique

Au XVIe siècle, G. Andriesz arrive de Castel Durante pour faire de la majolique à Anvers. À cette époque Anvers est un centre commercial très important. On y fabrique des carreaux et des pots à pharmacie ainsi que des assiettes à décor grotesque.

[modifier] La faïence des pays germaniques

Terrine à poisson en faïence, Schramberg

[modifier] La faïence suisse

[modifier] La faïence des pays scandinaves

[modifier] Dans le reste du monde

[modifier] Symbolique

Les noces de faïence symbolisent les 9 ans de mariage dans le folklore français.

[modifier] Bibliographie

  • Henri Curtil, Marques et signatures de la faïence française, Paris, éditions Charles Massin, 1969, 152 p.
  • Christine Lahaussois, La céramique, Collection Arts et techniques, éditions Massin, (ISBN 2-7072-0255-X)

[modifier] Notes et références

  1. du nom de la ville italienne de Faenza
  2. a, b, c, d et e Christine Lahaussois, La céramique, pp32-39.
  3. mais certaines argiles peuvent être de tonalité champagne ou même blanc.
  4. Poils d'anes, de chèvres ou de vaches.
  5. Caiger-Smith, Alan, Tin-glazed Pottery in Europe and the Islamic World: The Tradition of 1000 Years in Maiolica, Faience and Delftware (Faber and Faber, 1973) ISBN 0-571-09349-3
  6. Edits somptuaires de 1689,1699 et 1709.
  7. Bernadette Hourtolou, L'Alamanach du Landais 2009, éditions CPE, p.  122
  8. Information du Musée départemental de la faïence et des arts de la table, consultée sur site
  9. (fr) Faïenceries d'Argonne et de toute la France sur faiencerieargonne.free.fr. Consulté le 16 mai 2010.
  10. (fr) Musée de la céramique sur www.ceramandenne.be. Consulté le 16 mai 2010.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes


[modifier] Liens externes

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