La Chanson de Roland

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La Chanson de Roland
Image illustrative de l'article La Chanson de Roland
Huit moments de La Chanson de Roland (enluminure)

Auteur inconnu
Genre chanson de geste
Pays d'origine Drapeau de la France France
Date de parution XIIe siècle

La Chanson de Roland[1] est un poème épique et une chanson de geste du XIIe siècle attribué sans certitude à Turold (la dernière ligne du manuscrit dit : Ci falt la geste que Turoldus declinet). Neuf manuscrits du texte nous sont parvenus, dont un (manuscrit d'Oxford du début du XIIe siècle[2], le plus ancien et le plus complet) est en anglo-normand. Ce dernier, redécouvert par l'abbé de La Rue en 1834, est considéré par les historiens comme étant l'original[3]. C'est donc lui que l'on désigne quand on parle sans autre précision de la Chanson de Roland. L'auteur de cette chanson de geste est aujourd'hui encore inconnu.

La Chanson de Roland comporte environ 4 000 vers (dans sa version la plus ancienne ; elle en compte 9 000 pour un manuscrit de la fin du XIIIe siècle[4]) en ancien français répartis en laisses assonancées, transmises et diffusées en chant[5] par les troubadours et jongleurs. Elle relate, trois siècles après, le combat fatal du chevalier Roland (ou Hroudland), marquis des marches de Bretagne et de ses fidèles preux contre une armée Vasconne à la bataille de Roncevaux en représailles au pillage de Pampelune.

C'est un exemple classique de chanson de geste (du latin gesta « action aventureuse ») par le glissement de l'Histoire à la légende, et par la célébration épique des vertus de la chevalerie, de l'honneur féodal et de la foi.

Fondement historique[modifier | modifier le code]

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Statue de Roland à Brême (Allemagne)
Couverture de l' Édition populaire de la Chanson de Roland (1881), illustrée par Luc-Olivier Merson

Selon les Annales carolingiennes (ou Vita Caroli, « Vies de Charlemagne ») du chroniqueur Eginhard, après une campagne en Espagne, l'arrière-garde de Charlemagne, menée par le gouverneur de la marche de Bretagne, Roland, doit faire face à une attaque surprise des Vascons dans un col des Pyrénées (ce n'est que dans les manuscrits postérieurs qu'apparaîtra le col de Roncevaux) le 15 août 778. Les Francs sont massacrés jusqu'au dernier[6].

La plupart des historiens s'accordent maintenant pour dire qu'à la bataille de Roncevaux, les chevaliers carolingiens ont, en fait, affronté la milice vasconne (basque) (ou les Gascons selon Robert Lafont) et non l'armée sarrasine[7].

En pleine époque de reconquête de l'Europe et de conquêtes en Orient, il est fort possible que le texte de la Chanson de Roland ait été écrit pour donner un fondement historique aux croisades, et transformer une guerre territoriale en guerre sainte.[réf. nécessaire]

Joseph Bédier (1864-1934) a émis l’hypothèse que les principaux passages de la Chanson de Roland auraient été composés sur les routes du Saint-Jacques-de-Compostelle passant par le col de Roncevaux par les troubadours qui récitaient des fragments aux lieux de halte. Elle est en effet mentionnée dans le codex Calixtinus ou Liber Sancti Jacobi (Livre de saint Jacques) (le IVe livre, Historia Karoli Magni et Rotholandi). Des analogies existent en outre avec La Chanson de Roncevaux, qui est un des composants du Poema del mio Cid, le poème du Cid, et qui recueillerait un tradition orale influencée par la poésie arabe de al-Andalus, les muwachahat.[réf. nécessaire]

En Catalogne, où son nom apparaît beaucoup dans la toponymie, Roland (Rotllà, Rutlan) est un puissant géant mythique. Au Pays basque, à Itxassou et dans le département du Nord existent deux lieux nommés Pas de Roland. Si en Pays basque il s'agit d'un trou dans la roche, rond et vertical, qui résulte selon la légende d'un coup de sabot donné par le cheval de Roland qui lui ouvrit un passage pour fuir les Vascons, dans le Nord il désigne un lieu censé être une immense trace de sabot du destrier.

Découverte de la chanson[modifier | modifier le code]

Henri Monin découvrit, en 1832, un poème nommé "La chanson de Roland" dans la Bibliothèque du roi. Francisque Michel donne une première édition du texte en 1837 qui était fondée sur un autre manuscrit conservé à la bibliothèque d'Oxford en Angleterre. Ensuite, d'autres manuscrits sont découverts à Venise, à Versailles, à Lyon et à Cambridge. Toutefois celui d'Oxford présente le plus d'autorité, il est écrit de la main d'un scribe anglo-normand et date de 1170 environ.[8]

Les quatre parties de la chanson[modifier | modifier le code]

La chanson peut être divisée en quatre parties :

1. La trahison de Ganelon : Ganelon, beau-frère de Charlemagne et beau-père de Roland, jaloux de la préférence de Charlemagne envers son neveu auquel l'empereur a confié l'arrière-garde de ses armées, trahit Roland. Il intrigue avec le calife Marsile, roi des Sarrasins pour s’assurer de la mort de Roland. Cette partie va des laisses 1 à 79 dans la chanson.

2. La bataille de Roncevaux : Roland et son compagnon le chevalier Olivier meurent dans la bataille ainsi qu'un grand nombre de Sarrasins et de Francs. Cette partie va des laisses 80 à 176.

3. La vengeance de Charlemagne sur les Sarrasins : Roland avait sonné du cor pour alerter Charlemagne mais quand ses armées arrivent pour secourir l'arrière-garde, le comte est déjà mort. Charlemagne venge alors son neveu en battant les Sarrasins avec l'aide de Dieu. Cette partie va des laisses 177 à 266.

4. Le jugement de Ganelon : Après la bataille, Charlemagne fait juger Ganelon qui est condamné à mourir écartelé. Cette partie va des laisses 267 à 291.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Derniers vers de la chanson, où l'ange Gabriel vient annoncer à Charlemagne qu'il doit aller secourir d'autres chrétiens (texte en ancien français, édité par Léon Gautier)
Dernier feuillet du manuscrit d'Oxford, visible sur Wikisource

Marsile, roi Maure souhaitant épargner sa ville Saragosse de l'avancée de l'armée des Francs, convient d'un traité de paix avec Charlemagne. Ce dernier se demande qui sera envoyé comme émissaire à Marsile, qui a une grande réputation de traîtrise. Celui qui sera envoyé courra donc un grand danger. L'empereur refuse que ses chevaliers préférés prennent ce risque. On décide enfin, sur proposition de Roland, d'envoyer Ganelon. Mais Ganelon, corrompu et haineux envers Roland, décide de trahir Charlemagne et propose un plan à Marsile. Marsile fera semblant de conclure la paix avec Charlemagne, qui se retirera. Roland commandera l'arrière-garde. Les Sarrasins attaqueront alors par surprise l'arrière-garde isolée. Une fois Roland, le plus vaillant des chevaliers de Charlemagne, tué, Ganelon considère que l'armée de Charlemagne ne vaudra plus rien. Marsile approuve le plan. Ganelon rejoint Charlemagne, qui se retire avec son armée. Roland prend comme prévu la direction de l'arrière-garde, tandis que Ganelon reste en compagnie de l'empereur.

Les Sarrasins attaquent Roland dans le défilé de Roncevaux. le preux Olivier, ami et confident de Roland, signale une large troupe sarrasine approchant l'arrière-garde. Il demande à Roland de sonner du cor (ou olifant) pour avertir Charlemagne. Roland préfère mourir en guerrier plutôt que de se déshonorer en appelant à l'aide (il avait un dicton qui disait : il faut toujours avancer et jamais reculer). Les hommes de Roland se battent contre une force (commandée par Marsile) vingt fois supérieure à la leur, et malgré la bravoure de ses hommes, l'arrière-garde de Charlemagne est exterminée. Lorsqu'il ne reste plus que soixante combattants, et après qu'Olivier est tombé, Roland fait sonner son olifant tellement fort qu'il « explose » (ses veines éclatent). Charlemagne, quant à lui, continue à s'éloigner avec le gros de l'armée, persuadé par Ganelon que le son du cor, qu'il entend, n'est pas un appel à l'aide.

Mais Charlemagne finit par soupçonner le pire et chevauche vers le lieu de l'embuscade. Pendant ce temps, tous les chevaliers de l'arrière-garde meurent, mais Roland et l'archevêque Turpin blessés arrivent à faire fuir l'armée maure avant de s'effondrer tous les deux.

Bataille de Roncevaux en 778. Mort de Roland, dans les Grandes chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, v. 14551460, BNF

Roland a encore la force d'essayer de briser son épée Durandal contre un bloc de marbre pour éviter qu'elle ne tombe entre les mains de l'ennemi, sans succès : la lame luit et flamboie sans s'ébrécher. Il s'allonge face à l'Espagne pour mourir et c'est alors que saint Michel, Chérubin et saint Gabriel emportent son âme vers le paradis.

Quand Charlemagne rejoint son arrière-garde, il est trop tard, Roland est mort et la bataille est terminée. L'armée de Marsile a subi de lourdes pertes, mais elle est renforcée par une immense armée représentant l'ensemble des peuples musulmans. Cette armée affronte l'armée de Charlemagne.

Il s'engage alors une seconde bataille, aux effectifs énormes (et totalement invraisemblables pour l'époque[réf. souhaitée]), mais littérairement moins célèbre que la première. Charlemagne détruit l'armée sarrasine avant de retourner à Aix-la-Chapelle. Là, il doit apprendre la triste nouvelle à la belle Aude, sœur d'Olivier et fiancée de Roland, qui meurt sur le coup à cette annonce. Le jugement de Ganelon peut alors commencer. Des seigneurs prennent part à sa cause et des duels sanglants s'engagent. Ils mourront pendus et Ganelon écartelé.

Portée historique[modifier | modifier le code]

Taillefer, combattant aux côtés de Guillaume le Conquérant à Hastings aurait entonné la Chanson de Roland pour galvaniser les troupes normandes. D'après de nombreux historiens, tout au long du XIe siècle et du XIIe siècle, les troupes françaises auraient régulièrement déclamé ce chant carolingien avant de livrer bataille. On raconte aussi que le roi Jean demanda un jour à ses soldats : « pourquoi chanter Roland s'il n'y a plus de Roland ? » Ce à quoi un homme répondit : « il y aurait encore des Roland s'il y avait des Charlemagne. »[3]

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Aude, fiancée de Roland et sœur d'Olivier.
  • Baligant, émir de Babylone ; Marsilion engage son aide contre Charlemagne.
  • Basan, baron franc, assassiné alors qu'il est ambassadeur de Marsile
  • Bérengier, un des douze paladins tué par les troupes de Marsile ; il tue Estramarin et est tué par Grandoyne.
  • Besgun, cuisinier en chef de l'armée de Charlemagne ; il garde Ganelon après la découverte de sa trahison.
  • Bramimund, reine de Saragosse ; capturée et convertie par Charlemagne après la chute de la ville
  • Briou, monseigneur de Courtechapelle, aide Ganelon
  • Charlemagne, roi des Francs (pas encore empereur) et des peuples germaniques ; son armée combat les Sarrasins en Espagne.
  • Ganelon, seigneur traître qui encouragea Marsile à attaquer les Français
  • Geboin, garde les Francs morts ; devient chef de la seconde colonne de Charlemagne
  • Godefroy, barbier de Charlemagne; frère de Thierry, défenseur de Charlemagne contre Pinabel.
  • Grandoyne, combattant pour Marsile ; fils du roi cappadocien Capuel ; tue Gerin, Gerier, Bérengier, Guy Saint Antoine, et le duc Astorge ; tué par Roland.
  • Hamon, commandant de la huitième division de Charlemagne
  • Lorant, commandant d'une des premières divisions contre Baligant ; tué par Baligant.
  • Marsile, roi maure d'Espagne ; Roland le blesse mortellement.
  • Milon, garde les morts francs pendant que Charlemagne poursuit les Sarrasins.
  • Ogier, un Danois qui mène la troisième colonne contre les forces de Baligant.
  • Olivier, ami de Roland ; mortellement blessé par Marganice.
  • Othon, garde les morts francs pendant que Charlemagne poursuit les sarrasins.
  • Pinabel, combat pour Ganelon dans le combat juridique.
  • Roland, le héros de la Chanson ; neveu de Charlemagne ; chef de l'arrière-garde des forces franques ; tué par des montagnards basques pendant la bataille de Roncevaux.
  • Thierry, combat pour Charlemagne dans le combat juridique.
  • Turpin, archevêque de Reims.
  • L'ange Gabriel, ange commettant de nombreux miracles pour les Francs.

Postérité[modifier | modifier le code]

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

La Chanson de Roland inspira très tôt plusieurs poèmes en Europe. Elle fut traduite dès 1170 en haut-allemand par le père Conrad (« Rolandslieds »). Le poète Matteo Maria Boiardo composa un Roland amoureux au XVe siècle ; L'Arioste en fit une suite, sous le titre de Roland furieux (« Orlando furioso »), publié en 1516, qui à son tour inspira divers opéras, dont celui de Jean-Baptiste Lully, Roland (1685). Plus près de nous, Luigi Dallapiccola composa en 1946 une œuvre pour chant et piano, « Rencesvals » (Roncevaux), d'après trois fragments du texte original.

Adaptation au cinéma[modifier | modifier le code]

Le cinéaste français Frank Cassenti réalise en 1978 La Chanson de Roland, librement inspiré de l'épopée, dans lequel des pèlerins et des comédiens récitent l'épopée devant divers publics au cours de leur trajet de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Feuille du Manuscrit d'Oxford, fac-simile publié par Léon Gautier

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Boyer, Rappeler Roland, Paris, P.O.L, 2013, (ISBN 978-2-8180-1743-2)
  • Aline Laradji, La Légende de Roland : de la genèse française à l'épuisement de la figure du héros en Italie, L'Harmattan 2008, (ISBN 978-2-296-07027-1)
  • Adriana Kremenjas-Danicic (éd.), Les Sentiers européens de Roland. Europski dom Dubrovnik, Dubrovnik 2006, (ISBN 978-953-9533-80-7)
  • Hans-Erich Keller, Autour de Roland. Recherches sur la chanson de geste, Champion, 2003, (ISBN 978-2-7453-0948-8)
  • Jean Dufournet, La chanson de Roland, Garnier Flammarion, 1993, (ISBN 978-2080705549)
  • Robert Lafont, La Geste de Roland. Espaces, textes, pouvoirs, L'Harmattan, 1991, (ISBN 978-2-7384-0675-0)
  • Ian Short, La Chanson de Roland, Livre de Poche, 1990, (ISBN 978-2253053415)
  • Adolphe Avril, La Chanson de Roland, nouvelle traduction, 1865, Lire en ligne
  • Jean-Marcel Paquette, La Chanson de Roland, Métamorphose du texte, Essai d’analyse différentielle des sept versions, 2014, Éditions Paradigme

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Chanson de Roland et ses différentes traductions sur Wikisource
  2. Manuscrit d’Oxford sur Wikisource
  3. a et b La Chanson de Roland, Éditions Chez Jean de Bonnot 1975
  4. Michel Zink, Introduction à la littérature française du Moyen Âge, éd. Le Livre de Poche 1993, p. 33
  5. Ecouter document sonore de France Culture enregistré par Henri Van Lier intitulé De Roland à Iseult dans Une histoire langagière de la littérature.
  6. Frédéric Boyer, « La Chanson de Roland », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 21 février 2013
  7. Philippe Lançon, « Boyer au cimetière des olifants », sur Libération,‎ 9 janvier 2013
  8. André Cordier, La chanson de Roland, Classiques Larousse, Larousse,‎ 1935