Rowan Williams

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Rowan Williams.
Armoiries de Rowan Williams.

Rowan Douglas Williams, né à Swansea, au Pays de Galles, le , est un universitaire, un théologien et un ecclésiastique anglican de nationalité britannique.

En 2003, il prend la tête de l’Église d'Angleterre et de la communion anglicane en devenant le 104e archevêque de Cantorbéry. Il y est remplacé en novembre 2012 par Justin Welby qui a été intronisé le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Il fit ses études à la Dynevor School de Swansea, au Christ's College de Cambridge, et aux Christ Church et Wadham College d'Oxford où il obtint son doctorat. Il étudia la théologie à l'Université d'Oxford et à l'Université de Cambridge.

Carrière[modifier | modifier le code]

Après une longue carrière de 24 années comme universitaire à Oxford et à Cambridge, Rowan Williams devient en 1992 évêque de Monmouth. On le décrit en général comme appartenant au courant anglo-catholique de l'anglicanisme, avec des tendances libérales et latitudinaires : il est ainsi un des membres fondateurs de l'association Affirming Catholicism[1]. Sa méfiance envers la franc-maçonnerie, qu'il considère comme incompatible avec le christianisme, est notoire[2]. Traducteur réputé de poètes gallois, ayant écrit lui-même des recueils de poésie, Rowan Williams a été admis au sein de la Gorsedd des bardes, une institution qui promeut la langue et la culture galloise. Son élévation au rang de "druide" juste avant son entrée en fonction comme archevêque de Cantorbéry, et le cérémonial utilisé ont suscité une brève controverse parmi certains groupes d'anglicans évangéliques qui y ont vu une forme de paganisme[3].

Il est intronisé 104e archevêque de Cantorbéry le .

Mandat à la tête de la Communion anglicane[modifier | modifier le code]

Signature de Rowan Williams : sa fonction lui permet de signer "Cantuar", latin pour Cantorbéry.

Rowan Williams prend ses fonctions d'archevêque de Cantorbéry dans un contexte de forts tiraillements au sein de la Communion anglicane, parfois décrite comme au bord de l'implosion[4]. En effet, certaines églises, notamment en Amérique du Nord, prennent des décisions libérales qui sont rejetées d'une part par des groupes minoritaires dans les pays occidentaux et d'autre part par les églises plus conservatrices du Sud, qui remettent en cause les liens d'intercommunion.

Dans ces circonstances, Rowan Williams essaie de jouer de son mieux un rôle d'apaisement et ainsi de maintenir l'unité de la Communion et de sa propre Église d'Angleterre.

La question de l'ordination d'homosexuels[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Homosexualité dans l'anglicanisme.

Rowan Williams est en général considéré comme un évêque libéral, et on lui attribue des positions tolérantes vis-à-vis de l'homosexualité avant sa prise de fonction comme archevêque de Cantorbéry. Cette perception s'appuie principalement sur une série de conférences qu'il a données à l'Université d'Oxford en 1989 sur le thème de la théologie de la sexualité, intitulée la grâce et le corps (The Body's Grace)[5].

Devenu primat, il sera critiqué par les conservateurs pour ses prises de position avant son élection. Il indique qu'il ne saurait exploiter sa position pour influencer l'évolution de son église, mais qu'il est tenu par sa fonction de défendre l'enseignement de celle-ci, tel que le consensus actuel le définit[6]. Il reviendra cependant sur la question de sa propre position à l'occasion d'une interview en août 2006, déclarant que certaines critiques de son essai de 1989 étaient fondées. Questionné sur la question de l'acceptation des couples homosexuels, l'archevêque dit ne pas vouloir d'une église « inclusive » mais plutôt « accueillante », mais qui ne renonce pas pour autant à demander la conversion, y compris dans les habitudes et les comportements. Ce sont cette fois les libéraux qui lui reprochent sa politique d'équilibre et de maintien de l'unité, qu'ils considèrent comme de la pusillanimité, voire une forme de trahison[7].

Dès le début de son mandat, l'archevêque Williams doit gérer les remous provoqués par deux affaires consécutives : l'introduction d'un rite de bénédiction pour des couples de même sexe par le diocèse canadien de New Westminster et la nomination comme évêque du New Hampshire d'un évêque ouvertement homosexuel, Gene Robinson. Il convoque une réunion extraordinaire des primats de la Communion, qui déclarent « regretter profondément » ces actions, et proclament que « nul n'a l'autorité pour introduire unilatéralement un nouvel enseignement comme si c'était celui de la Communion tout entière »[8]. Malgré cela, Gene Robinson sera effectivement consacré trois semaines plus tard et depuis ce moment, la Communion est restée au bord du schisme[9].

Rowan Williams est plus directement impliqué dans l'affaire du pasteur Jeffrey John, homosexuel affirmé et candidat à l'évêché de Reading. L'archevêque, réalisant les risques de rupture pour la Communion, avoua avoir perdu le contrôle de la situation, et demanda au pasteur de se désister avant de lui trouver une autre affectation.[réf. nécessaire]

Les relations se tendent plus encore entre l'Église épiscopale des États-Unis et les églises du Sud (Global South) avec la consécration d'une femme vivant elle aussi en couple homosexuel, Mary Glasspool. L'archevêque Williams, qui avait vainement appelé l'Église épiscopale à éviter tout geste de division et à respecter un moratoire sur de telles consécrations, regrette publiquement ce sacre[9]. Il propose d'exclure les provinces ayant enfreint le moratoire des instances de dialogue œcuménique et envisage également des conséquences sur leur participation aux organes de la Communion anglicane elle-même[10].

Évolution de la communion anglicane[modifier | modifier le code]

La nomination de Gene Robinson à l'épiscopat ébranle durablement la communion anglicane, et Rowan Williams multiplie les initiatives pour maintenir l'unité de cette dernière. Il met sur pied dès 2003 une Lambeth Commission on Communion chargée de faire des propositions en ce sens. Le groupe, dirigé par le primat irlandais Robin Eames publie ses conclusions dans le Windsor Report du 18 octobre 2004. Sans trancher le débat doctrinal, le rapport demande un moratoire sur les ordinations d'homosexuels et les bénédictions de couples de même sexe[11].

Sur le plan institutionnel, le rapport Windsor suggère l'adoption d'un Anglican Covenant (une alliance anglicane) qui obligerait les membres de la Communion à consulter leurs partenaires avant de prendre des décisions d'importance. Ce document, présenté par les uns comme un encouragement à l'interdépendance et aux compromis honorables, est dénoncé par les autres comme une contrainte incompatible avec la raison d'être de la communion anglicane[12]. Malgré le soutien de l'archevêque de Cantorbéry, qui aurait vu ses prérogatives renforcées en cas d'adoption, le Covenant est rejeté par une majorité de diocèses en mars 2012[13].

Le projet d'intégration de groupes d'anglicans à l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Anglicanorum Coetibus.

Le 20 octobre 2009, l'Église catholique propose la mise en place de structures (les « ordinariats ») permettant d'accueillir des groupes d'anglicans en son sein en leur permettant de conserver leur spiritualité d'origine. L'annonce est faite de façon conjointe à Rome et à Londres, où elle prend la forme d'une conférence de presse commune des archevêques anglican Williams et catholique Nichols[14]. Cette initiative a provoqué le lendemain un certain remous outre-Manche. Le Dr Rowan Williams est notamment critiqué pour consentir à ce qui est perçu comme un facteur de division de la Communion anglicane. Des voix se sont élevées pour demander sa démission.

Succession[modifier | modifier le code]

En mars 2012, Rowan Williams annonce son intention de quitter sa charge d'archevêque en décembre suivant, et de prendre la direction du Magdalene College de l'université de Cambridge[15]. Il explique à cette occasion que son successeur devrait avoir « la constitution d'un bœuf et le cuir d'un rhinocéros ». Le 9 novembre 2012, l'évêque de Durham Justin Welby est nommé pour lui succéder à la direction d'une communion anglicane en proie aux divisions[16], à la tête de laquelle il sera officiellement intronisé le 21 mars 2013[17].

Prises de positions[modifier | modifier le code]

L'attentat du 11 septembre 2001[modifier | modifier le code]

Le 11 septembre 2001, lors des attaques sur les Twin Towers de Manhattan, il se trouvait à New York pour prononcer une conférence, il raconte son expérience vécue dans le livre Writing in the dust (Écrire dans la poussière). Plus tard, en 2003, désirant se démarquer de la position du président américain, il suscita l'incompréhension du grand public en déclarant que « les terroristes pouvaient avoir des objectifs moraux sérieux » et qu'il fallait éviter de les ranger systématiquement dans le camp de l'« axe du mal ». Depuis cette prise de position, il entretient des contacts avec de nombreux responsables musulmans et fut même invité le 11 septembre 2004 à venir parler de la Trinité à la mosquée al-Azhar du Caire[18].

L'application de la Charia[modifier | modifier le code]

En janvier 2008, Rowan Williams indique que l'introduction de la charia, la loi islamique, dans certaines parties de la législation britannique, en particulier pour les affaires familiales ou financières, lui semble inévitable. Cette prise de position provoque un tollé dans l'opinion publique britannique et suscite des appels à la démission de l'archevêque. Celui-ci se voit contraint de préciser que son propos ne saurait concerner les applications violentes de la charia dans le traitement des affaires criminelles, comme les flagellations, les mains coupées ou les décapitations[18]. Il ajoute qu'il s'est contenté d'une exploration théorique des contours de la notion d'accommodement raisonnable dans une société multiculturelle, et de chercher à déconstruire les représentations occidentales de la charia[19]. Le cœur de son propos semble être d'envisager favorablement la possibilité de choisir, dans certains cas et de façon volontaire, entre deux types de juridictions[20].

Il est aussi reproché à l'archevêque de Cantorbéry son silence, concernant les menaces de mort reçues par l'évêque Michael Nazir-Ali après que celui-ci a dénoncé dans le Sunday Times, la situation de certains quartiers des cités d'Angleterre à très grande majorité musulmane, devenus des zones interdites aux non-musulmans à cause des islamistes radicaux[18].

Questions de société[modifier | modifier le code]

Le 28 février 2012, dans un discours portant sur les droits de l'homme, Rowan Williams s'élève contre rejette les projets d'introduction de l'euthanasie ou du suicide assisté dans la législation. Il considère que ces innovations, rejetées par de nombreuses personnes, menacent les individus les plus vulnérables et, par suite, qu'elles se parent indûment du langage des droits humains. Dans le même discours, l'archevêque de Cantorbéry déclare son opposition à l'introduction du mariage homosexuel. Englobant les deux problématiques, il souligne qu'à ceux qui considèrent « que ne pas légaliser le suicide assisté ou le mariage homosexuel perpétue le rejet ou la marginalisation de certaines personnes, la réponse doit être, je pense, que la question du rejet et de la marginalisation doit être posée au niveau de la culture et non de la loi »[21].

Questions économiques et sociales[modifier | modifier le code]

Lors de l'éclatement de la crise financière de l'automne 2008, Rowan Williams déclare le 24 septembre que Karl Marx avait en partie raison dans sa critique du capitalisme : "Marx a fait remarquer il y a longtemps la façon dont un capitalisme débridé peut devenir une sorte de mythe, attribuant réalité, pouvoir et moyens d'action à des choses qui n'ont pas d'existence par elles-mêmes"[22].

Le 9 juin 2011, Rowan Williams publie une tribune dans le New Statesman[23], dans laquelle il critique violemment la politique du gouvernement de coalition de David Cameron. Il considère que son projet phare de "Big Society" est un slogan creux destiné à camoufler une pure logique de restrictions budgétaires sous un habillage trompeur. L'archevêque n'hésite pas à s'en prendre à "des changements politiques radicaux engageant le long terme et pour lesquels personne n'a voté", et à évoquer "une anxiété très compréhensible sur ce que démocratie veut dire dans un tel contexte". De nombreux commentateurs s'étonnent de la virulence de l'attaque, qu'ils comparent à celle de l'affrontement entre Robert Runcie et Margaret Thatcher lors de la parution du rapport "Faith in the City" en 1985. Plusieurs d'entre eux interprètent ces accusations comme une mise en doute de la légitimité du gouvernement[24],[25],[26], évoquant même une grave faute de l'archevêque, dont les critiques leur semblent qui plus est sans fondement. Outre les déclarations d'hommes politiques, le Mail Online relève l'intervention de l'archevêque catholique de Westminster Vincent Nichols, en sens directement opposé à celui de Rowan Williams[27].

La franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

En 2002, Rowan Williams indique ses « sérieux doutes quant à la compatibilité de la franc-maçonnerie avec la profession de foi chrétienne », aussi bien à cause de son mode d'organisation en réseaux d'influence cultivant le secret, qu'à cause des aspects rituels. Il précise à cette occasion avoir refusé la nomination de clercs francs-maçons au sein de la haute hiérarchie anglicane[2].

En mai 2011, comme archevêque de Cantorbéry, fait pression sur Jonathan Baker, qui vient d'être nommé visiteur épiscopal provincial, pour qu'il quitte la franc-maçonnerie[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Voir Rowan William's tough job, article de Slate.
  2. a et b Le nouvel archevêque de Cantorbéry exprime des réserves envers la franc-maçonnerie, Religioscope, 4 décembre 2002.
  3. (en) Voir les articles de la BBC : Archbishop becomes a druid et When a druid isn't a druid
  4. (en) Conservatives warn of Church split, BBC News
  5. Publié en 2002 sous le titre Theology and Sexuality: Classic and Contemporary Readings (collection des Blackwell Readings in Modern Theology)
  6. (en) Guilhem Alandry, Keeping the Faith, Time
  7. (en) Jonathan Wynne-Jones, Gays must change, says archbishop, The Telegraph
  8. (en) Voir le texte de la déclaration et l'analyse de sa portée réelle.
  9. a et b (en) Dr Rowan Williams criticises election of lesbian bishop, Mary Glasspool, The Times.
  10. (en) Dr Williams makes first strike against erring provinces, The Church Times.
  11. (en) The Windsor Report 2004, On public Rites of Blessing of same sex unions
  12. (en) Graham Kings, The Anglican covenant is the only way forward, The Guardian, 17 novembre 2010
  13. (en) Ed Thornton, Challenges remain, Primate warns, after dioceses block Anglican Covenant, Church Times
  14. Sandro Magister, Chiesa, Frappez et l'on vous ouvrira. À condition que ce soit selon la tradition
  15. (en) Archbishop of Canterbury Rowan Williams to stand down, BBC News, 16 mars 2012
  16. Trevor Gundy, New archbishop inherits a divided Anglican Communion, in USA Today, 09/11/2012, article en ligne
  17. John McManus, Justin Welby named as next Archbishop of Canterbury, in BBC news, 09/11/2012, article en ligne
  18. a, b et c Le Figaro du 2 février 2008
  19. (en) La mise au point sur le site officiel de l'archevêque : 'Sharia law' - What did the Archbishop actually say?
  20. (en) Rowan Williams faces backlash over sharia, Times online
  21. (en) Steve Doughty, Why it would be wrong to legalise gay marriage, by the Archbishop of Canterbury, Daily Mail, 29 février 2012
  22. (en) spectator.co.uk | Face it: Marx was partly right about capitalism, publié dans l'hebdomadaire britannique The Spectator
  23. (en) Texte de la tribune
  24. (en) Tim Ross, Rowan Williams condemns 'frightening' Coalition, The Telegraph, 8 juin 2011
  25. (en) Stephen Glover, Rowan Williams is a profoundly divisive Leftie, Mail online, 10 juin 2011
  26. (en) Archbishop of Canterbury criticises coalition policies, BBC News, 9 juin 2011
  27. (en) James Chapman, Steve Doughty, Britain's Bishops at war: Head of Catholics leads furious backlash after Archbishop of Canterbury's attack on Coalition, Mail online 10 juin 2011
  28. (en) Ed Beavan, Dr Williams prompts new PEV to quit Freemasons, Church Times, 20 mai 2011

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