Noyade

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L'imprudente, Elizabeth Jane Gardner, 1884.

La noyade est une asphyxie par inondation des voies respiratoires, causée par la submersion ou l'immersion, quelle que soit la gravité ou les conséquences, souvent mortelles. L’immersion correspond au fait d’être recouvert de liquide (l’immersion de la face ou des voies aériennes seules suffit à causer la noyade). La submersion réfère à un corps entier plongé dans du liquide[1].

Circonstances[modifier | modifier le code]

La noyade peut être collective : inondations et autres catastrophes naturelles, naufrages.

Parmi les noyades individuelles, on peut distinguer[2] :

  • noyade primitive (90 % des noyades) ; nageur épuisé, chute dans l'eau sans savoir nager (surtout enfants de moins de 4 ans), dans des cuves industrielles (accident professionnel très rare).
  • noyade par syncope survenant dans l'eau (10 % des noyades) : traumatisme (plongeon dans une eau pas assez profonde), affection médicale (trouble neurologique, cardiaque, métabolique, allergie aux méduses, hydrocution etc...).

La noyade est le mode de suicide le plus utilisé après la pendaison, plus fréquemment en été ; le suicide par noyade en baignoire s'accompagne de prise de psychotropes, d'alcool... Les meurtres par noyade sont rares, ils étaient historiquement un moyen d'infanticide[2].

Mécanisme[modifier | modifier le code]

La noyade n'entraine pas nécessairement la pénétration d'une grande quantité d'eau dans les poumons. Même en infime quantité, l'eau inhalée provoque une apnée réflexe : l'épiglotte se ferme par spasme laryngé pour protéger les voies respiratoires, empêchant de respirer même lorsque la tête se retrouve hors de l'eau. Par conséquent, l'oxygène disponible dans l'organisme diminue : on parle d'hypoxie. Si l'hypoxie cérébrale se prolonge, le spasme se lève, permettant l'entrée de l'eau dans les voies respiratoires[3].

Au niveau cardiaque, le cœur s'accélère dans un premier temps puis ralentit et s'arrête (asystolie) en quelques minutes[3]. Ce délai peut très sensiblement s'allonger en cas de noyade en eaux froides[4].

Le fait que la noyade se fasse en eaux douces ou en eaux salées ne semble pas changer fondamentalement les données[5]. Dans les deux cas, il y a destruction des alvéoles pulmonaires avec extravasation de sang avec œdème pulmonaire. Il existe également un lavage du surfactant pulmonaire.

Les séquelles persistant après la noyade de la victime sont fonction de l'importance de l'hypoxie et de sa durée.

La noyade ne doit pas être réduite à une forme d'asphyxie. Ainsi, le premier danger est l'hypothermie : dans une eau à 10°, la mort survient au bout d'une à deux heures, indépendamment de la quantité d'eau inhalée. Elle peut être aussi un avantage, procurant une certaine protection contre l'hypoxie tissulaire permettant une récupération malgré une prise en charge un peu plus tardive.

Étapes[modifier | modifier le code]

Le processus de noyade comporte quatre phases :

  • l'aquastress : la victime panique, a des gestes désordonnés, et fait ce qu'on appelle « le bouchon » : s'enfoncer dans l'eau puis remonter successivement, la tête en arrière, en battant l'eau avec les bras, incapable d'appeler à l'aide. Cette phase de la noyade, appelée réaction instinctive à la noyade, passe souvent inaperçue de ceux qui en sont pourtant témoins : la victime ne paraît pas se noyer, mais jouer dans l'eau. De nombreuses personnes se noient ainsi à quelques mètres d'autres nageurs qui ne remarquent rien.
  • la petite hypoxie : la victime commence à être épuisée, elle est toujours à la surface de l'eau, toujours consciente mais elle a déjà inhalé ou bu plusieurs fois de l'eau.
  • la grande hypoxie : la victime ne se maintient plus à la surface, elle est complètement épuisée. Elle a déjà inhalé beaucoup d'eau et elle est de moins en moins consciente.
  • l'anoxie : la noyade dure depuis plusieurs minutes. La victime n'est plus consciente, ne respire plus, et ne montre plus de signe d'activité cardiaque.

Les victimes ne passent pas forcément par toutes ces étapes : dans des cas extrêmes d'hydrocution, d'arrêt cardiaque ou autre, l'inconscience, l'absence de respiration et de circulation sont immédiates. Ces noyades rapides (4 à 5 minutes), sont appelées submersion-inhibition, « noyade syncopale » ou « fausse noyade » (par opposition à la « noyade vraie » par asphyxie). Le phénomène réflexe d'hydrocution s'accompagne d'une fermeture des sphincters, ce qui fait que peu d'eau entre dans les voies aériennes supérieures. Ainsi, la blancheur cireuse des noyés par submersion-inhibition (appelés « noyés blancs ») s'oppose à la cyanose marquée sur le visage (avec les conjonctives hyperhémiées) et le corps des noyés par submersion-asphyxie (appelés « noyés bleus »)[6].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la troisième cause de décès accidentel (après les accidents de la circulation et les chutes) avec 376 000 morts par noyade en 2002 de par le monde[7]. Les noyades non fatales sont quatre fois plus fréquentes[3].

En France[modifier | modifier le code]

Les statistiques 2009 menées en France[8] concernent les situations ayant fait l'objet d'une intervention des secours. On a dénombré :

  • 934 noyades accidentelles, dont 284 décès (30 %) ;
  • 127 noyades intentionnelles (suicides, tentatives de suicides, agressions) dont 83 décès (65 %) ;
  • 100 noyades d'origine inconnue, dont 62 décès (62 %).

Dans le tableau suivant, les pourcentage sont toujours indiqués par rapport au nombre total (934 noyades, 284 décès). La mortalité est le rapport entre le nombre de décès et le nombre de noyades.

Répartition selon les lieux
Lieu Cas de noyade
(avec ou sans décès)
Cas de décès Mortalité
mer, total 519 (56 %) 105 (37 %) 20 %
mer dans la bande des 300 m 489 (52 %) 94 (33 %) 20 %
mer au-delà de la bande des 300 m 30 (3 %) 11 (4 %) 37 %
piscine, total 178 (19 %) 35 (12 %) 20 %
piscine privée familiale 104 (11 %) 26 (9 %) 25 %
piscine privée à usage collectif 32 (3 %) 6 (2 %) 19 %
piscine payante (publique ou privée) 42 (4 %) 3 (1 %) 7 %
plan d'eau
(lac, mare, étang)
108 (12 %) 69 (24 %) 64 %
cours d'eau
(fleuve, rivière, canal, rigole)
93 (10 %) 60 (21 %) 65 %
autres
(baignoire, bassin, …)
32 (3 %) 15 (5 %) 47 %
total 910 (100 %) 284 (99 %)

Les lieux surveillés par des personnes formées — bande des 300 m en mer, piscines payantes — ont le taux de décès le plus faible par rapport au nombre de noyades.

Le tableau suivant recense les cas de noyade selon l'âge.

Répartition selon l'âge
Tranche d'âge Cas de noyade
(avec ou sans décès)
Cas de décès Mortalité
0-5 ans 150 (16 %) 26 (9 %) 17 %
6-12 ans 81 (9 %) 14 (5 %) 17 %
13-19 ans 136 (15 %) 36 (13 %) 26 %
20-24 ans 64 (7 %) 17 (6 %) 27 %
25-44 ans 150 (16 %) 52 (18 %) 35 %
45-64 ans 189 (20 %) 71 (25 %) 38 %
65 ans et plus 144 (15 %) 64 (23 %) 44 %
non répertorié 20 (2 %) 4 (1 %)
total 934 (100 %) 284 (100 %)

Le taux de survie diminue avec l'âge.

Le cas des enfants de 5 ans et moins est « intéressant » car ce sont des cas qui d'une part portent une forte charge émotionnelle, et d'autre part peuvent être évités par des mesures de surveillance et des barrières physiques efficaces, en particulier pour les piscines de particuliers. Sur les 26 décès recensés :

  • 13 ont eu lieu en piscine privée familiale (50 %) ;
  • 5 sur des plans d'eau (19 %) ;
  • 1 en piscine privée à usage collectif (4 %) ;
  • 7 dans d'autres lieux (27 %).

En Suisse[modifier | modifier le code]

Noyade en Suisse en 2016[9]
Lac Rivière Piscine Plongée Divers Totale
Hommes 18 19 0 3 1 41 (84 %)
Femmes 2 2 0 0 0 4 (8 %)
Enfants 0 3 1 0 0 4 (8 %)
Totale 20 (41 %) 24 (49 %) 1 (2 %) 3 (6 %) 1 (2 %)

Prévention[modifier | modifier le code]

Campagne de prévention au Ghana

Les noyades en piscines privées concernent essentiellement les jeunes enfants (moins de 6 ans). La surveillance active d'un adulte est un minimum, mais elle s'avère en la matière insuffisante : si elle est efficace durant une activité aquatique — l'adulte est là à proximité et a conscience que l'enfant est dans l'eau ou proche de l'eau —, en revanche, l'enfant jouant dans le jardin ou la maison peut échapper à la surveillance des adultes et se glisser dans la piscine. Il n'y a pas toujours de chute provoquant de bruit caractéristique (plouf), ce qui explique le nombre important d'accident.

En France, la loi n°2003-9 du 3 janvier 2003 relative à la sécurité des piscines a modifié le Code de la construction et de l'habitation (Livre Ier, titre II, chap. viii, art. L128-1 et suiv., ainsi que Livre Ier, titre V, chap. ii, art. L152-12). Elle impose la mise en place d'un dispositif de sécurité normalisé :

  • barrière physique : barrière, abri ou couverture empêchant l'accès à l'eau ;
  • alarme sonore lors de l'approche (alarme périmétrique) ou de la chute dans l'eau (alarme d'immersion).
Article détaillé : Piscine#Réglementation.

Ne pas se surestimer, prévenir un responsable de la sécurité du lieu de baignade lors d'apnées ou bien pour les personnes sujettes à crises de spasmophilie ou d'épilepsie et AVC. Nager dans de bonnes conditions (pas de coup de pompe, etc.) ne pas jouer avec les jeunes enfants dans une eau trop profonde. La présence d'une équipe de sauveteurs sur les lieux de baignades est également un facteur important de sécurité.

Facteurs de risque[modifier | modifier le code]

Les principaux facteurs de risque sont l'âge, le sexe, la consommation d'alcool, le bas revenu, le manque d'éducation, la résidence rurale, l'exposition aquatique, le comportement à risque et le défaut de surveillance[10].

  • Âge : les enfants de moins de14 ans, en particulier ceux de moins de 5 ans puis ceux de 5 à 9 ans ont les taux de noyade les plus élevés[11].
Noyade dans le lac Kivu (RDC).
  • Sexe masculin : le taux de morts par noyade est deux fois plus élevé chez les hommes[11].
  • Consommation de boissons alcoolisées : l'alcool est associé à 25 à 50 % des décès par noyade d'adolescents et d'adultes[12].
  • Minorités ethniques : dans les pays développés, le taux de noyade des enfants issus de groupes raciaux et ethniques minoritaires est de 2 à 4 fois plus élevé. Parmi les explications avancées figurent la pauvreté, le manque d'éducation et le défaut de surveillance[13].

Dans la plupart des pays d'Afrique et d'Amérique Centrale, l'incidence des noyades est 10 à 20 fois supérieure à celle des États-Unis[10].

A égalité d'exposition ajustée (baignade et trafic routier), le risque de noyade est 200 fois plus élevé que le risque d'accident de la route[10].

Pour les personnes épileptiques, le risque de noyade est 15 à 19 fois plus élevé que celui des non-épileptiques[10].

Sauvetage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sauvetage aquatique.

Le sauveteur d'une personne en proie à la panique risque de se faire agripper et entraîner sous l'eau. Quand c'est possible, il vaut mieux tendre une perche, lancer une corde ou une bouée que de s'exposer soi-même. L'appel des secours au plus tôt est impératif (en France : sapeur-pompiers, SAMU, secours en mer). Voir aussi le personnel qualifié en mer, en piscine ou sur des plans d'eau surveillés (BNSSA, BEESAN).

La première étape consiste à soustraire la victime de son milieu aquatique. Il ne faut pas tenter de réanimer dans l’eau, cela n'est possible que par des sauveteurs spécialement entrainés[14].

Les principes de la prise en charge d'un noyé à terre sont les mêmes que pour l'évaluation d'une personne inconsciente. Le noyé est placé en position allongée sur le dos, stabilisé en respectant l’axe tête-cou-thorax, la tête en position neutre, suivi d'une évaluation rapide de l'état de conscience, de la respiration (et pour les sauveteurs entraînés à ce geste, de la présence d'un pouls) :

  • Si victime inconsciente, respire, avec un pouls : mise en position latérale de sécurité, puis prises des constantes (fréquences ventilatoire et circulatoire, voire la tension artérielle), puis bilan ventilatoire complet et bilan circulatoire complet.
  • Si victime inconsciente ne respire pas, mais présente un pouls : 10 insufflations avec ou sans matériel (chaque seconde compte), revérification du pouls, revérification de la ventilation, recommencer au besoin ce cycle insufflations-vérifications. Administrer de l'oxygène dès que possible.
  • Si victime inconsciente ne respire pas, et ne présente pas non plus de pouls : procédure de l'arrêt cardio-respiratoire (ACR).

L'hypoxémie (manque d'oxygène dans le sang, voir anoxie) est l’élément capital, c’est à la fois l’élément déclencheur, l’élément aggravant et le principal facteur pronostic, car il conditionne la survenue de l'arrêt cardiaque par noyade. La réanimation respiratoire précoce est fondamentale. La libération des voies aériennes supérieures et oxygénation du patient devra être débuté le plus précocement possible, même si l’arrêt cardio-respiratoire semble être prolongé.

En cas d'arrêt cardio-circulatoire, une réanimation cardio-pulmonaire doit être menée. Le massage cardiaque externe doit toujours être accompagné d'une ventilation artificielle par bouche-à-bouche ou par bouche-à-nez[15]. Les vomissements sont fréquents avec un risque d'inhalation du contenu gastrique[16].

La prise en charge médicalisée peut recourir à une oxygénothérapie au masque ou à une intubation trachéale avec mise sous ventilation mécanique. ; la mise en place d’une sonde gastrique pour vidanger l’estomac de l’eau déglutie ; la mise en place d’une voie veineuse.

L'hypothermie est protectrice : la noyade en eau glacée donne de meilleures chances de succès à la réanimation, surtout chez le sujet jeune[14].

Aux États-Unis, moins de 6 % des personnes sauvées par les garde-côtes doivent être hospitalisées. Selon l'état clinique, cela va de la simple observation de quelques heures jusqu'à l’admission en réanimation pour les formes les plus graves[14].

Aspects historiques[modifier | modifier le code]

Méthode d'exécution[modifier | modifier le code]

Scène de noyade, extraite de la Chronique de Nuremberg

La noyade fut utilisée comme méthode d'exécution rapide et économique pour tuer les condamnés. Le cas le plus fréquemment cité est celui des noyades de Nantes (1793-1794), ordonnées par Jean-Baptiste Carrier, pour vider les prisons des Vendéens qui s'y trouvaient. Ceux-ci étaient conduits au bord de la Loire, et, après avoir été dépouillés de leurs vêtements, étaient embarqués dans des barges que les bourreaux remorquaient avec des barques jusqu'au centre du fleuve. Là, les barges étaient coulées avec les condamnés, et les bourreaux achevaient à coup de sabre ceux qui cherchaient à nager. Carrier avait baptisé la Loire la « baignoire républicaine ».

La noyade était également un mode d'exécution classique à Venise, où elle se pratiquait le plus souvent de nuit. Les condamnés, au préalable enfermés à l’intérieur d'un sac lesté, étaient transférés des prisons jusqu'à une embarcation qui allait les jeter à l'eau dans le Rio degli Orfani, canal où la pêche était strictement interdite.[réf. nécessaire]

Une étude cite la « noyade dans un tonneau » aux Pays-Bas du XVIe au XVIIIe siècles[17]. On raconte que Georges Plantagenêt aurait peut-être été exécuté de cette manière à Londres en 1478.

La noyade a été appliquée à Genève aux XVIe et XVIIe siècles, voir par exemple le cas de Bartholomé Tecia condamné pour homosexualité[18].

Savoir médical[modifier | modifier le code]

Au début des Lumières, la médecine fait l'objet de scepticisme et de discrédit. L'exemple de la noyade et la crainte de l'enterrement vivant illustrent son incapacité à distinguer la vie de la mort, et dans de tels cas à sauver des vies. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, différents travaux sur les mécanismes de la noyade sont présentés devant l'Académie royale des sciences de Paris. La plupart des médecins pensent que la mort par noyade résulte d'une ingestion d'une trop grande quantité d'eau, ou encore d'un manque ou excès d'air dans les poumons provoqué par la fermeture de l'épiglotte[19].

En 1740, Réaumur recense les pratiques traditionnelles de secours dans son Avis pour donner du secours à ceux que l'on croit noyés. Il ne faut pas pendre le noyé par les pieds comme on le faisait habituellement, mais le déshabiller, le réchauffer, le faire vomir et éternuer, lui faire avaler des liqueurs ou de l'urine, insuffler de l'air chaud dans la bouche, de la fumée de tabac dans les intestins, faire une saignée à la jugulaire et une bronchotomie (trachéotomie)[20].

En 1748, le chirurgien Antoine Louis présente le résultat de ses recherches qui seront publiées en 1752 sous le titre Lettres sur la certitude des signes de la mort : où l'on rassure les citoyens de la crainte d'être enterrés vivans : avec des observations [et] des expériences sur les noyés. Il démontre que la mort par noyade résulte de la pénétration de l'eau dans les bronches.

Cette idée avait déjà été envisagée par Théophile Bonet (1620- 1689) et Giovanni Maria Lancisi (1654-1720) mais de façon spéculative. Louis prouve de façon expérimentale que tel est le cas, que ce mécanisme est le seul, et que la pénétration de l'eau dans les poumons se fait toujours avant et non après la mort. Le mécanisme de la noyade diffère complètement de celui observé dans la mort par pendaison ou asphyxie. Il devient possible de distinguer un noyé, d'une personne décédée jetée à l'eau pour simuler un suicide par noyade[20].

Louis confirme la valeur de la plupart des mesures proposées par Réaumur. Il rejette cependant l'ingestion d'alcool ou d'urine et la bronchotomie, en préférant insister plus particulièrement sur l'insufflation d'air chaud dans la bouche qui doit être pratiquée en maintenant fermé le nez du noyé. L'insufflation de tabac dans les intestins reste inexpliquée dans le cadre de la nouvelle théorie, mais Louis la justifie par son efficacité empirique. Il fait adapter pour l'usage de la réanimation des noyés, un soufflet intestinal de conception anglaise utilisé pour « libérer le ventre ». Le soufflet introduisant de la fumée de tabac par le rectum devient ainsi le premier appareil de réanimation[20].

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les travaux sur les secours aux noyés se multiplient : comme Méthodes pour rappeler les noyés à la vie (1771) de Jacques-François de Villiers ; ou encore Instructions sur les moyens d'administrer des secours aux personnes noyées pour les rappeler à la vie (1795) de Jean-Baptiste Desgranges (1751-1831)[21].

Organisation des secours[modifier | modifier le code]

La notion d'urgence apparait avec Samuel Tissot (1728-1797) qui indique l'existence, chez les noyés, d'un temps limité au delà duquel tous les secours sont vains ; alors que pour Réaumur les mesures de secours devaient être maintenues plusieurs heures dans tous les cas. Antoine Portal (1742-1832) recommande la promptitude des secours « C'est dans le bateau même qui a repêché le noyé qu'il faut commencer les secours ». Cette mesure est contenue dans le règlement sur les noyés de la ville de Paris en 1781[21].

La première société de secours aux noyés apparait à Amsterdam en 1767. Ses publications sont traduites en français et en anglais dès 1768. En 1774, à Londres, se crée la Society for the Recovery of Persons Apparently Drowned, qui existe toujours au XXIe siècle sous le nom de Royal Humane Society (en).

Celle de Paris est fondée en 1772, par Philippe-Nicolas Pia (1721-1779), apothicaire et échevin de Paris[22], qui fait disposer sur les berges de la seine des boîtes-entrepots contenant les instruments utiles au sauvetage avec leur mode d'emploi, tout en organisant des cours de secourisme. Les résultats sont publiés régulièrement à partir de 1773 dans Les détails des succès de l'établissement que la ville de Paris a fait en faveur des personnes noyées. Dès 1773, ce système est adopté par 95 villes. L'enseignement de la natation se répand largement pour multiplier les sauveteurs[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L. Ouanes-Besbes, F. Dachraoui, I. Ouanes, F. Abroug, « Noyades : aspects physiopathologiques et thérapeutiques », Réanimation, vol. 18, no 8,‎ , p. 703 (DOI 10.1016/j.reaurg.2009.08.010).
  2. a et b Jean-Pierre Campana, Principes de médecine légale, Arnette, (ISBN 2-7184-1045-0), p. 112.
  3. a, b et c Szpilman D, Bierens JJ, Handley AJ, Orlowski JP, Drowning, N Engl J Med, 2012;366:2102-2110
  4. Tipton MJ, Golden FS, A proposed decision-making guide for the search, rescue and resuscitation of submersion (head under) victims based on expert opinion, Resuscitation, 2011;82:819-824
  5. Orlowski JP, Abulleil MM, Phillips JM, The hemodynamic and cardiovascular effects of near-drowning in hypotonic, isotonic, or hypertonic solutions, Ann Emerg Med, 1989;18:1044-1049
  6. Patrice Trapier, Raymond Docteur Martin, Morts suspectes. Les vérités d'un médecin légiste, Calmann-Lévy, , p. 151
  7. Injuries and violence prevention: non-communicable diseases and mental health: fact sheet on drowning, Geneva: World Health Organization, 2003
  8. « Enquête Noyades 2009 », Secourisme revue, no 168,‎ , p. 2-4
  9. Statistiques des noyades, Société suisse de sauvetage SSS.
  10. a, b, c et d D. Szpilman 2012, op. cit., p. 2102.
  11. a et b Rapport mondial sur la noyade - Comment prévenir une cause majeure de décès, Espagne, Organisation mondiale de la Santé, , 76 p. (ISBN 9 78 92 4 25647 8 5, présentation en ligne, lire en ligne), p. 9
  12. M. Peden, Rapport mondial sur la prévention des traumatismes chez l'enfant, World Health Organization, (ISBN 9789242563573, lire en ligne), p. 66
  13. M. Peden, Rapport mondial sur la prévention des traumatismes chez l'enfant, World Health Organization, (ISBN 9789242563573, lire en ligne), p. 65
  14. a, b et c D. Szpilman 2012, op. cit., p. 2103-2104.
  15. Vanden Hoek TL, Morrison LJ, Shuster M, et al Part 12: cardiac arrest in special situations: drowning: 2010 American Heart Association Guidelines for Cardiopulmonary Resuscitation and Emergency Cardiovascular Care, Circulation, 2010;122:Suppl 3:S847-S848
  16. Manolios N, Mackie I, Drowning and near-drowning on Australian beaches patrolled by life-savers: a 10-year study, 1973-1983, Med J Aust, 1988;148:165-171
  17. Gessler Jean, « La noyade dans un tonneau d'après une dissertation allemande », in Revue belge de philologie et d'histoire, tome 28 fasc. 3-4, 1950, pp. 1092-1103. En ligne, consulté le 23 mars 2013.
  18. Sonia Vernhes Rappaz, « La noyade judiciaire dans la République de Genève (1558-1619) », in Crime, histoire et sociétés, Vol. 13, No 1 (2009), p. 5-23 – Synthèse d'un mémoire de licence à l'université de Genève. Lire en ligne.
  19. Claudio Milanesi, Mort apparente, mort imparfaite, Médecine et mentalitésau XVIIIe siècle, Payot, coll. « Bibliothèque scientifique Payot », (ISBN 2-228-88293-3), p. 142 et 150-151.
  20. a, b et c Claudio Milanesi 1991, op. cit., p. 158-160.
  21. a, b et c « Organisation des secours au XVIIIe siècle », sur biusanté.parisdescartes.fr
  22. Francis Trépardoux, « Philippe-Nicolas Pia (1721-1799), échevin de Paris, pionnier du secourisme en faveur des noyés (première partie) », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 85, no 315,‎ , p. 257–268. (DOI 10.3406/pharm.1997.4543, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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