Le Nouveau Détective

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Le Nouveau Détective
Détective (1928-1940)
Qui ? Détective
(1946-1958)
Détective
(1958-1979)
Qui ? Police
(1979-1982)
Le Nouveau Détective
(depuis 1982)[1]

Pays France
Langue Français
Périodicité hebdomadaire paraissant le mercredi
Genre faits divers
Diffusion 233 264 ex. (1999 [2])
Date de fondation 1928
Éditeur Éditions Nuit et Jour[3]
26, rue Vercingétorix [3]
75685 Paris Cedex 14 [3]

Directeur de publication Catherine Fraboni
Rédacteur en chef Antoine Agletiner
ISSN 0753-4000

Le Nouveau Détective est un hebdomadaire français de faits divers créé par Gaston Gallimard le 25 octobre 1928 sous le titre originel de Détective, et édité aujourd'hui par Les Éditions Nuit et Jour[4]. Ce journal a été souvent décrié, autant pour ses méthodes publicitaires jouant sur le sensationnel que pour son contenu. Il a fait l'objet d'interdiction à la vente aux mineurs et d'interdiction de publicité, sa parution s'est arrêtée puis a repris.

Historique[modifier | modifier le code]

Couverture du 1er numéro : Chicago, capitale du crime (novembre 1928).

Détective, le grand hebdomadaire des faits-divers est fondé à Paris le 1er novembre 1928 par les frères Joseph et Georges Kessel — ce dernier est directeur-gérant — avec pour éditeur et capitaux les éditions Gallimard. Parmi les plumes prestigieuses associées à cette création ou collaborant à ses premiers numéros, figurent en particulier, en plus des frères Kessel, François Mauriac[5], André Gide, Pierre Mac Orlan, Georges Simenon, Marcel Duhamel[6], Maurice Garçon, Francis Carco, ou Albert Londres[7].

Vendu 0,75 franc pour 16 pages, le magazine en noir et blanc, imprimé en héliogravure par Georges Lang, se caractérise par un traitement de l'image assez novateur et une mise en page percutante, qui doit beaucoup à VU lancé par Lucien Vogel quelques mois plus tôt. Dans la liste des collaborateurs, apparaissent dès novembre l'avocat Maurice Garçon, Marcel Achard, et, pour la page livres, Roger Caillois.

Face aux critiques sur le contenu, Joseph Kessel répond que « le crime existe, c'est une réalité, et, pour s'en défendre, l'information vaut mieux que le silence »[8].

Un concurrent, appelé Police Magazine, est lancé en 1931 et s'impose comme le second grand magazine hebdomadaire de fait divers criminel de l'entre-deux-guerres français[9].

La parution est interrompue par la Seconde Guerre mondiale, puis reprend en 1946 sous le titre Qui ? Détective, mais Gallimard a, entre temps, revendu au groupe Beyler et à Jacques Chaban-Delmas[10]. En 1958, le titre redevient Détective jusqu'en 1979.

Jean-Noël Beyler, qui a hérité du titre par son père, André Beyler, le revend en 1995, à Catherine Nemo[11], qui le revend quelques années plus tard à son tour.

Le Nouveau Détective s'appelle ainsi depuis 1982.

La relation du fait divers[modifier | modifier le code]

Depuis ses origines, Détective se singularise, dans la presse, par son traitement du fait divers[12],[13]. La rédaction dit s'efforcer de restituer le regard des protagonistes. L'organisation du récit vise à entretenir le suspense[13]. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s'affichent[Quand ?] comme lecteurs de ce magazine faisant dans le sensationnel, Sartre encourageant « la presse de gauche à s'intéresser aux faits divers, à puiser dans ces histoires la révélation des tensions de la société »[7].

Ses compagnes publicitaires heurtent également les esprits, avec, dans les années 1970, des dessins très réalistes conçus par le dessinateur Angelo Di Marco, mais qui décrivent l'instant ultime précédant le crime, appuyés par des affichettes aux titres racoleurs tels que : « Violée par l'amant de sa mère ! », « Elle livre sa sœur à son amant proxénète », « Il drogue sa femme et la vend nue aux enchères ! » etc.[14].

Le périodique est plusieurs fois poursuivi pour indécence (c'est-à-dire « outrage aux bonnes mœurs avec publicité », avant 1994) mais rarement condamné. En 1978, suite à des questions orales à l'Assemblée nationale de Georges Fillioud, et à des questions écrites de la députée Gisèle Moreau à Monique Pelletier, ministre délégué à la condition féminine, une polémique éclate et le ministère de l'Intérieur décide d'interdire de publicité, et d'interdire à la vente aux mineurs, le magazine. Une grande partie de la presse française, même si ses rédacteurs n'apprécient pas particulièrement les fameuses affichettes publicitaires, déplore les mesures touchant Détective, voyant dans cette mesure une atteinte à la liberté de la presse, qui rappelle celles contre Hara-Kiri hebdo en 1970 , et ne se résumerait en fait qu'à une tentative de censure pour de vagues « raisons morales », lesquelles ne sont pas fondées en droit français[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sur les quatre titres successifs, voir Annik Dubied, Les dits et les scènes du fait divers, Genève, Droz, 2004, illustré, (ISBN 2-600-00890-X), p. 30.
  2. Annik Dubied, Les dits et les scènes du fait divers, Genève, Droz, 2004, illustré, (ISBN 2-600-00890-X), p. 30 : pour 1999, tirage 323 505 exemplaires, diffusion payée 233 264 exemplaires, audience inconnue.
  3. a, b et c Le Nouveau Détective, no 1593 daté 27 mars 2013, « ours » figurant en page 3.
  4. « Éditions Nuit et Jour | SEPM - Le Syndicat des Éditeurs de la Presse Magazine », sur www.lapressemagazine.fr (consulté le 11 octobre 2016)
  5. François Mauriac, Nouveaux cahiers, Éditions Grasset, (lire en ligne), « Attirance et défiance du romancier pour le fait divers »
  6. « Soixante ans après le premier " Détective ", "J'accuse", la revue des faits divers », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. a et b Pascale Robert-Diard, « Des révélateurs de la société », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. « Crime et châtiment », sur http://www.musee-orsay.fr (consulté le 13 octobre 2016).
  9. Police Magazine, Portail de la Bilipo, 24 novembre 2016.
  10. Jean-Emmanuel Derny et Samuel Mathis, Les Détectives privés pour les Nuls, First, (lire en ligne)
  11. olivier Costemalle, « «Détective», crime et bon sentiment », Libération,‎ (lire en ligne)
  12. Elisabeth Cossalter, Catherine Dessinges, « Le Nouveau Détective : vers une sociologie de l'énonciation », Jean-Pierre Esquenazi, Fictions et figures du monstre (Médias et Culture, numéro spécial mars 2008), L'Harmattan, 2008, p. 26.
  13. a et b Christophe Deleu, « Le monde selon Le Nouveau Détective : quand le fait divers renonce au réel », Les Cahiers du journalisme, n°14, 2005, p. 77
  14. a et b Bertrand Le Gendre, « Une logique diabolique », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Cossalter, Catherine Dessinges, « Le Nouveau Détective : vers une sociologie de l'énonciation », dans Jean-Pierre Esquenazi (direction), Fictions et figures du monstre, collection Médias et Culture (numéro spécial, mars 2008), Paris L'Harmattan, 2008, (ISBN 9782296194977) p. 25-34.
  • Christophe Deleu, « Le monde selon le Nouveau Détective : quand le fait divers renonce au réel », dans Les Cahiers du journalisme, no 14, 2005, p. 76-92lire en ligne.
  • Annik Dubied, « Les (auto-)références au passé dans le Nouveau Détective, ou quand le fait divers revisite son histoire », dans Béatrice Fleury-Vilatte (direction), Récit médiatique et Histoire. Actes du colloque de Nancy des 4, 5 et 6 novembre 1999, Paris, L’Harmattan / INA (Les médias en actes), 2003, (ISBN 9782747539616).
  • Annik Dubied, Les dits et les scènes du faits divers, Genève, Droz, 2004, (ISBN 9782600008907), p. 29 et suiv.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]