Affaire Omar Raddad

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Affaire Omar Raddad
Omar Raddad en 2011.
Omar Raddad en 2011.

Nature du crime Homicide volontaire
Type de crime Meurtre
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Mougins
Type d'arme Chevron de bois, arme blanche
Date du crime
Nombre de victimes 1 : Ghislaine Marchal
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle ; gracié partiellement et libéré le
Tribunal Cour d'assises des Alpes-Maritimes
Formation Cour d'appel de Nice
Date du jugement
Recours Pourvoi en cassation rejeté le
Grâce partielle accordée le
Requête en révision rejetée le
Requêtes contre la France auprès de la Cour européenne des Droits de l'Homme rejetées les &

L'affaire Omar Raddad a commencé avec le meurtre de Ghislaine Marchal en 1991, dans sa villa "La Chamade", sur les hauteurs de Mougins (Alpes-Maritimes). Deux inscriptions en lettres de sang « OMAR M'A TUER » [sic], présentes sur la scène du crime, ont conduit la justice à inculper Omar Raddad, le jardinier de la victime, malgré ses protestations d'innocence. Défendu par Me Jacques Vergès, et condamné en 1994 à dix-huit ans de réclusion criminelle, le jardinier a bénéficié, en 1996, d'une grâce partielle accordée par le président Jacques Chirac, mais il se bat toujours pour faire réviser sa condamnation.

Cette affaire est restée célèbre en raison du mystère entourant le scénario du crime. Le corps de Ghislaine Marchal avait en effet été retrouvé dans sa cave, dont la porte d’accès était bloquée de l’intérieur. Étant donné les terribles blessures ayant entraîné son décès, Ghislaine Marchal a-t-elle pu trouver le temps et la force de se barricader dans la cave et d’écrire ces mots sur les portes avant de mourir ? Ou bien, si les inscriptions sont d’origine criminelle, comment le (les) meurtrier(s) aurai(en)t-il(s) pu ressortir par la porte métallique tout en la bloquant de l’intérieur ?

La condamnation du jardinier a soulevé une vive controverse, en France comme au Maroc, son pays d’origine, la défense critiquant la manière dont l’instruction a été conduite, et contestant entre autres les conclusions de l’autopsie et des analyses graphologiques. Après la condamnation, Me Vergès proclamera que l’origine maghrébine de l’accusé a pu jouer contre lui, suscitant l’indignation de l’avocat de la partie civile, Me Leclerc, vice-Président de la Ligue des Droits de l’Homme.

L'inscription en lettres de sang : « OMAR M'A TUER » trouvée sur la scène du crime est restée emblématique de cette affaire, parmi les plus marquantes des années 1990 en France.

Sommaire

Déroulement de l'affaire[modifier | modifier le code]

Les faits[modifier | modifier le code]

Née Ghislaine de Renty, Ghislaine Marchal était la fille d'un industriel qui s'engagea dans la Résistance pendant la dernière guerre mondiale et mourut en déportation. Divorcée de son premier époux, dont elle avait eu un fils, elle était, en 1991, la veuve fortunée de Jean-Pierre Marchal, propriétaire d'une célèbre entreprise d' équipements automobiles[1] et belle-sœur du bâtonnier Bernard de Bigault du Granrut. Elle partageait son temps entre sa résidence principale, en Suisse, et sa belle villa "La Chamade", qu'elle avait fait construire sur les hauteurs de Mougins [2]

Ghislaine Marchal a disparu.[modifier | modifier le code]

Le dimanche 23 juin 1991 vers 11h48, Ghislaine Marchal, sortant juste de la douche, est au téléphone avec son amie Erika S. Il est convenu que son amie viendra déjeuner à La Chamade le lendemain lundi. Ghislaine Marchal se dit pressée car elle doit se préparer pour aller déjeuner chez ses amis, M et Mme K. à 13h. Toutes deux raccrochent vers 11h50. C’est la dernière fois que l’un de ses proches entendra sa voix[3].

Très étonnés de ne pas la voir arriver, ses amis l’appellent en vain plusieurs fois à partir de 13h30. Vers 18 h, Colette K. se rend en voiture à La Chamade. Personne ne répond à ses coups de sonnette, ni à un nouvel appel téléphonique le soir[4].

Le lundi 24 juin, Erika S. arrive vers 11h30 comme convenu. Elle sonne, insiste, appelle, en vain. Alertée par Mmes Erika S. et Colette K., une troisième amie, Francine P., fait dépêcher sur place un employé de la compagnie de gardiennage en début d’après-midi. La maison, sombre et silencieuse, ne porte aucune trace d’effraction ; les persiennes n’ont été relevées que dans la chambre à coucher ; sur le lit qui n’a pas été fait, des lunettes, un journal ; le plateau du petit déjeuner est posé dans la cuisine. Les clés sont sur la porte qui n’est pas verrouillée, l’alarme n’est pas enclenchée. On dirait que Ghislaine Marchal vient de se lever, mais elle n’est pas là [5]. Au cours de l’après-midi, les recherches reprennent ; l’employé de la compagnie de gardiennage revient avec Francine P. et sa gardienne. Ils sont bientôt rejoints par le médecin de Ghislaine Marchal. On retrouve des bijoux, un sac à main ouvert, qui ne contient pas de numéraire, mais nulle trace de la propriétaire[6].

La porte de la cave est bloquée de l'intérieur.[modifier | modifier le code]

Finalement, le au soir, les gendarmes sont alertés et se rendent sur place. Après avoir fouillé la maison, ils s'intéressent à une annexe accolée à l'habitation principale. Un escalier descend à la cave, qui n'a pas encore été visitée, et dont la porte métallique est verrouillée. Après son déverrouillage, la porte refuse de s’ouvrir de plus de 2 cm. Pendant qu’un gendarme pousse de toutes ses forces, à gauchir la porte, son collègue passe un bras et repère un lit pliant placé contre elle à l'intérieur. Il le rejette violemment en arrière : la porte s’ouvre un peu plus, mais un tuyau métallique, placé au sol perpendiculairement à la porte, la bloque solidement à sa base. La porte étant tordue par une forte poussée de son collègue, il parvient à passer une jambe et raconte avoir donné « plusieurs coups de pied dans ce tube », qui est placé « au tiers de la porte vers la charnière […] L’ultime coup de pied dégage le tube » ce qui permet [7] d’ouvrir la porte. En janvier 1992, les enquêteurs constateront que « la pression exercée sur la porte a fait ripper le tuyau qui a laissé une empreinte en arc de cercle sur le sol bétonné » [8]

La découverte du corps.[modifier | modifier le code]

Dans un local chaufferie, au fond de la cave, Ghislaine Marchal est allongée de tout son long, face contre terre, les jambes dirigées vers le mur du fond, les bras sur le sol en avant du corps, vêtue de son seul peignoir de bain ensanglanté retroussé vers le haut du corps, au-dessus de la taille [9].

Les premières constatations du médecin, sur place, le 24 au soir, et l’autopsie du 28 juin [10] révèleront des blessures gravissimes: cinq coups violents à la tête, portés avec un chevron, « assénés pour tuer et non pour assommer » [11], qui ont provoqué des plaies béantes au cuir chevelu et un œdème cérébral ; une plaie en V à la gorge n’ayant pas atteint les gros vaisseaux du cou ou la trachée ; dix plaies au thorax et à l’abdomen provoquées par « une lame effilée et à double tranchant » mesurant de 15 à 20 cm de long et large de 2 cm au maximum, dont une a provoqué une éventration et trois ont transpercé le foie de part en part (plaies transfixiantes), les trajets de ces coups étant « légèrement ascendants »; deux plaies derrière la cuisse gauche [12]dont l’une, du côté interne, a produit un filet de sang perpendiculaire à l’axe de la jambe ; la victime est donc restée allongée sur le sol sans bouger, après avoir reçu cette blessure, au moins le temps que le sang se coagule [13], soit 7 minutes d’après les légistes [14]. Des blessures et fractures aux mains, avec une phalange presque arrachée, suggérant qu'elle a cherché à se protéger en portant ses mains au visage, de nombreuses éraflures et ecchymoses sur les bras et les jambes, notamment le dos des pieds et les genoux, des traces de poussières et de ciment sur le peignoir et sur les anses intestinales, la victime s’étant, ou ayant été, apparemment traînée sur le sol [26].

D’après les experts légistes, il n’a pas été possible de déterminer l’ordre dans lequel les coups ont été portés. Aucun d’entre eux n’était immédiatement mortel, mais leur somme l’était incontestablement, après une agonie certaine, dont ils estiment la durée entre 15 et 30 minutes[10]. Le capitaine Georges Cenci remarque que l’assassin semblait « déterminé, mais aussi maladroit ou malaisé dans ses mouvements » [15].

Le Docteur Jean Pagliuzza, médecin légiste, qui avait été consulté par les avocats de la défense lors de l’instruction, a accepté de donner son avis à la journaliste Eve Livet après la condamnation du jardinier. Il pense que le meurtre a pu se passer en une seule séquence rapide de 3 ou 4 minutes. Dans ce genre d’agression, les premiers coups sont donnés pour neutraliser la victime en l’assommant. Puis les coups portés avec une arme blanche se succèdent, très rapidement. « Compte tenu de la force des coups, son agresseur était un homme […] il était gaucher ». Il indique que la blessure la plus basse a été faite en premier. « La lame frappait plus haut au fur et à mesure que [la victime] s’affaissait ». La blessure en V au cou « se retrouve fréquemment dans ce genre de meurtre » du fait du déplacement latéral de la tête, cherchant à échapper aux coups. L’expert précise que l’agresseur avait forcément reçu du sang sur lui [16]. Étant donné la manière dont le sang a ensuite coulé, il estime que la victime ne s’est jamais relevée ; elle serait morte « rapidement par hémorragie ». Si elle s’était relevée, l’hémorragie du foie aurait rempli la cavité abdominale, ce qui n’a pas été vu par les légistes [17].

La découverte des inscriptions "OMAR M'A TUER".[modifier | modifier le code]

La porte métallique d'accès à la cave donne dans un couloir. Vers la gauche, « OMAR M'A TUER » est inscrit en lettres de sang bien formées, à 1 m du sol, sur une porte[18] blanche fermée à clé menant à une cave à vin. Une trace sanglante est visible sous l'inscription. En face de la porte métallique, au fond de la pièce principale, la phrase est inscrite de nouveau partiellement sur la porte[19] de la chaufferie : « OMAR M'A T »[20],. Cette "deuxième inscription" comme la nommeront les enquêteurs, plus basse que la première, est à peine lisible. Elle est située sur la face côté chaufferie de la porte, mais celle-ci étant bloquée en position ouverte, elle se retrouve orientée non vers la chaufferie, où se trouve le corps, mais vers l'entrée de la pièce. L'écriture étant glissée, il n'a pas été possible d'y relever aucune empreinte[21]. Les analyses génétiques attesteront que les inscriptions ont bien été écrites avec le sang de la victime [22].

La porte d'entrée métallique ne porte aucune empreinte sur le panneau intérieur. Quant au palier, de part et d'autre de cette porte, il présente un contraste frappant : ensanglanté à l'intérieur, dans le couloir, il ne présente aucune trace à l'extérieur et dans l'escalier[23].

Le débat sur le scénario du crime[modifier | modifier le code]

Qui est l'auteur des messages ?[modifier | modifier le code]

Cette question est porteuse d'une charge émotionnelle, quelle que soit la réponse qu'on lui donne. Si le message est d'origine criminelle, il ne peut provenir d'Omar Raddad, qu'on voit mal se désigner lui-même. Le ou les assassin(s) se serai(en)t donc arrangé(s) pour qu'on attribue à Ghislaine Marchal la dénonciation calomnieuse de son jardinier, ce à quoi elle se serait farouchement opposée si elle en avait eu la possibilité. Si par contre c'est bien elle qui a désigné son meurtrier, le nier serait ignorer le courage qu'il lui a fallu pour réunir ses dernières forces, et refuser d'entendre son dernier message, dans la solitude d'une épouvantable agonie. À moins que l'assassin n'ait désigné un autre Omar, ou que la victime se soit méprise sur l'identité de son agresseur, hypothèses qui seront étudiées par l'enquête (voir infra).

La formulation du message peut dès l’abord paraître étrange : écrit-on qu’on a été tué, alors qu’on est encore en vie ? Le juge Renard trouve la phrase « bizarre »[24] .

Quant à la faute, Ghislaine Marchal, femme cultivée, aurait-elle fait cette erreur ? Plusieurs documents indiquent que son orthographe était parfois défaillante, notamment en ce qui concerne la confusion du participe passé avec l'infinitif [25],[26], elle aurait en particulier écrit « payer » sur une facture déjà réglée, ou "j'ai arroser les fleurs". Cependant ce point est vivement contesté par la défense et par des journalistes[27],[28],[29].

Le Capitaine Cenci, le juge Coutton et le procureur Farret estiment que cette faute est un élément à charge contre l’accusé [30]. Mais d’après la graphologue Françoise de Ricci, cette faute étant extrêmement répandue n’est pas un élément déterminant d’identification (voir infra) [31]

L’écriture des messages est-elle bien celle de Ghislaine Marchal ? Une première expertise des écritures est effectuée en juillet/août à la demande du juge d’instruction par Gilles Giessner, en comparant les lettres sur les portes avec celles des mots croisés de la victime et divers autres documents. L’expert indique que les lettres des deux portes sont toutes de la même personne, que pour le premier message, cette personne était à genoux, mais qu’elle était allongée pour le deuxième message, dont le côté déstructuré atteste selon lui son affaiblissement physiologique [32]. L’expert écrit que le scripteur « n’a pu se déplacer pour tracer la fin de son second message puisque c’est là que l’on a retrouvé son cadavre » [33]. On notera qu’il semble ignorer que le corps n’a pas été retrouvé devant cette porte.

Lors du procès, M Giessner précisera qu’il a « mis en évidence la totale concordance des lettres avec celles des écrits de Mme Marchal ». Puis, pressé par la défense, il concèdera : « C’est aux deux tiers sûrement l’écriture de la victime, à un tiers non » [34]

À la demande de la défense, une contre-expertise est confiée à Mme Buisson-Debar. Elle confirme les conclusions de son confrère [10] [35], non sans quelques contradictions puisque son rapport précisait que sur 10 lettres de la première inscription, seules cinq lettres ressemblaient à l’écriture de la victime [36].

En 1999, une nouvelle expertise des écritures, par M Gauthier et Mme Dumont, présentée par la défense à l’appui d’une demande de révision de la condamnation, conclura que l’écriture n’est pas celle de la victime [37]. La commission de révision demandera alors une autre expertise à Mmes Françoise De Ricci et Anne Bisotti, qui estimeront que l’on ne peut « raisonnablement comparer » des écrits effectués dans des conditions aussi dissemblables [24].

Françoise Bouzon-Thiam, auteur d’un livre sur cette affaire, observe que les lettres sanglantes présentent des derniers jambages anormalement courts, comme « suspendus », alors que celles des mots croisés de Ghislaine Marchal ont au contraire des jambages allongés. Le contraste est très net pour les M, les A et les R. Elle estime que les caractères des messages sont révélateurs de l’écriture de l’assassin[38].

Qui a bloqué la porte métallique, et comment ?[modifier | modifier le code]

Le capitaine Georges Cenci affirme que la porte métallique de la cave est « la seule issue permettant d’y accéder, et d’en interdire l’accès » [39] ; dans ces conditions, la victime étant seule présente dans les lieux, elle seule a pu s’y barricader. La défense ne semble jamais avoir contesté le premier point, s’attachant seulement à démontrer que l’assassin aurait pu sortir par la porte métallique d’accès, tout en provoquant son blocage.

On a vu (supra) que lors de l'ouverture de la porte, un tuyau métallique la bloquait à sa base. Or ce tuyau, très peu épais, passe facilement sous la porte s’il est allongé au sol, car il existe un interstice entre le bas de la porte et le sol. Comment, dans ces conditions, a-t-il pu la bloquer [40]?

En février 1992, lors d’une visite sur place des enquêteurs, des magistrats et des avocats, l’enquête conclut que Madame Marchal a placé le tube métallique en appui sur un chevron de bois, ce qui a eu pour effet de le soulever du côté opposé à la porte, la pente ainsi obtenue permettant de s’opposer à son ouverture [41].

Les avocats de la défense protestent et font valoir que les gendarmes n’avaient pas remarqué ce chevron le 24 juin [42]. Ils affirment par contre avoir démontré qu’il était possible d’appuyer le lit pliant contre la porte ouverte de telle sorte qu’en sortant, et en la refermant lentement, le lit tombe derrière elle et la bloque. La barre de fer aurait pu tomber lorsque les gendarmes ont repoussé le lit [43].

Eve Livet affirme que l’interstice sous la porte se réduit près de la charnière, car le sol n’est pas à niveau. L'extrémité de la barre métallique étant située à proximité de cette charnière, son épaisseur aurait suffi à bloquer la porte, comme l’indique la trace de ripage au sol. Elle pense aussi que le lit aurait pu se coincer momentanément sur un gros tuyau en PVC situé de l’autre côté du couloir [44].

Le détective Roger-Marc Moreau affirmera avoir trouvé un procédé permettant facilement de bloquer ladite porte dans les mêmes conditions de l'extérieur[45].Le Capitaine Cenci estime de son côté que c'est impossible du fait d'une surélévation sous la porte, et que M. Moreau n'est jamais venu le constater sur place [46].

La scène de crime est-elle une mise en scène ?[modifier | modifier le code]

La défense soutient que le "véritable auteur" des faits aurait procédé à la mise en scène macabre et aurait quitté les lieux en laissant des preuves fabriquées pour faire accuser le jardinier. Selon l'accusation, cette théorie ne tient pas, au regard de plusieurs éléments :

  • Il est peu crédible que les "véritables assassins" auraient choisi un dimanche pour monter ce scénario, car Omar Raddad ne travaillait jamais ce jour-là. Sa présence sur les lieux du crime était exceptionnelle et uniquement connue de Mme Marchal et de sa voisine. Il aurait été très hasardeux pour eux de se risquer à choisir un dimanche pour perpétrer leur crime, et que par chance Omar travaille ce jour précisément.[47]
  • La mise en place du mécanisme depuis l'extérieur aurait supposé que Mme Marchal soit déjà morte et ait déjà maculé le palier de son sang (d'importantes quantités ont été retrouvées par terre, derrière la porte). Le "véritable assassin" aurait donc du déposer le lit pliant, le chevron de bois et la barre de fer dans cet environnement souillé, puis sortir et manoeuvrer le mécanisme de l'extérieur pour l'installer. Il paraît tout simplement impossible que quelqu'un parvienne à faire cela sans laisser la moindre trace de sang sur le palier extérieur, et en ne laissant aucune trace de pas à l'intérieur.[47]

Y avait-il un autre moyen de sortir des lieux ?[modifier | modifier le code]

La journaliste Eve Livet se demande si l’assassin n’aurait pas pu sortir des lieux par la cave à vin. Ayant obtenu l’accès au dossier, elle dit y avoir constaté un manque : « Toutes les pièces du sous-sol étaient décrites, sauf une : la cave à vin ». Elle affirme que la cave à vin ne fut pas visitée lors du transport sur les lieux, et qu'avocats, juges, Omar Raddad lui-même, personne « ne se souvient y être entré et ne peut la décrire ». En outre, le procès-verbal d’un maçon, interrogé par les gendarmes en août 1991, indique que le travail qui lui fut commandé consistait « en 1989, à faire des aérations dans la cave à vin [...], puis dans un second temps, en été 1990, à rouvrir deux des fenêtres, qui avaient été bouchées lors de notre première intervention, pour assurer une meilleure ventilation de la cave ». Une personne aurait-elle pu ressortir par ces" aérations" ou fenêtres [48] ?

Le scénario du meurtre vu par l'accusation[modifier | modifier le code]

Pour l’accusation, c’est Ghislaine Marchal elle-même qui a désigné son assassin avant de se barricader. Le capitaine Cenci estime qu’elle est probablement descendue d’elle-même à la cave pour mettre en marche le système de nettoyage de la piscine, en prévision de la visite de son amie le lendemain. Il en veut pour preuve qu’elle était chaussée pour sortir (mules à talons compensés), et que le système de nettoyage fonctionnait effectivement encore le lendemain [49].

Le Capitaine Cenci estime que la victime a bien vu et reconnu son agresseur : elle a tenté de se protéger des coups, face à lui, comme en témoignent les blessures aux mains. Ses lunettes ne lui servant qu’à lire et écrire, elle voyait parfaitement. Elle n’aurait pu le confondre avec quelqu’un d’autre, le frère d’Omar par exemple, dont elle estimait qu’il ne lui ressemblait pas du tout [50] L’hypothèse qu’elle aurait pu prendre son agresseur pour Omar a été examinée par les enquêteurs (voir infra).

Mais « Raddad n’est pas un tueur », admet le Capitaine Cenci. Il ne serait venu à La Chamade que pour réclamer de l’argent. Le crime n’ayant donc pas été prémédité, il faut admettre qu’il aurait trouvé l’arme du crime sur place. D'après cette hypothèse, pris d’une soudaine et très violente colère devant les refus blessants de sa patronne, il commence à la frapper avec un chevron, trouvé sur place. Puis, ne pouvant laisser sa victime vivante, capable de le dénoncer, et n’ayant pas de poignard sur lui, il va chercher la cisaille à haie en haut de l’escalier, dans un local à bois où sont entreposés les outils de jardinage, et redescend lui infliger les blessures par arme blanche. Le maniement maladroit de la cisaille à haie, arme probable du crime pour le Capitaine Cenci, et un handicap d’Omar Raddad au bras droit, à la suite d’un accident au coude en 1988, expliquent « la multitude et la dissémination des coups portés » [51].

En repartant, le jardinier met la clé de la cave dans ce local à bois sous le taille-haie, après l’avoir nettoyé [52]. Il vole ensuite l’argent qui se trouvait dans le sac à main, dans la chambre [53].

Autre hypothèse de Maître Leclerc, avocat de la partie civile : l’arme du crime pourrait être un couteau de cuisine [54]. La femme de ménage de son côté a remarqué en février 1992 la disparition d’un coupe papier en argent, coupant et acéré, en forme de dague, appartenant à la victime [55].

Pour le Capitaine Cenci, restée seule, Ghislaine Marchal ne touche pas à la porte métallique car elle se sait enfermée, ce qui atteste qu’elle avait encore toute sa lucidité. Elle allume la lumière, et se rend devant la porte de la cave à vin où elle écrit, à genoux et le « buste droit » [56], à 1 m de hauteur [57]. « Elle ne prend appui ni sur la porte ni sur le mur » : elle aurait seulement appuyé sa tête à la porte pour se reposer de ses efforts, donnant lieu à l’unique trace de sang visible sous l’inscription. Elle se relève ensuite « sans prendre appui, que ce soit sur le sol, le mur ou la porte » ce qui confirme qu’elle avait encore des forces [58].

Elle tire ensuite le lit pliant (de 12 kg, muni de roulettes) jusqu’à la porte d’entrée pour se barricader, afin de se protéger d’un éventuel retour de son agresseur, et place la barre métallique et le chevron pour parachever le blocage [59].

D’après les traces de sang, le Capitaine Cenci pense qu’elle éteint alors la lumière et se traine sur le sol, puis se relève pour parcourir debout la distance qui la sépare de la porte de la chaufferie, grande ouverte vers la cave. Elle s’allonge alors au sol en s’aidant de la poignée anti-panique, que l'on retrouvera ensanglantée, et, à bout de forces, à la seule clarté d’un rai de lumière provenant de la porte d’entrée, y trace son deuxième message [60].

Son corps n’ayant pas été retrouvé devant cette inscription, mais de l’autre côté de la porte, dans la chaufferie, le Capitaine Cenci estime qu’elle a donc encore trouvé la force de ramper dans cette chaufferie, et de se retourner face vers la sortie, après un mouvement « de recul et de droite à gauche » [61].

Le scénario du meurtre d'après la défense[modifier | modifier le code]

Pour la défense, la violence et la multiplicité des coups montrent « un acharnement quasi passionnel, l’expression d’une haine recuite » qui cadre mal avec la personnalité d’Omar Raddad et ses bonnes relations avec son employeur (voir infra). Maître Vergès invoque aussi l’absence de traces ou de griffures sur les mains d’Omar, ou de sang sur ses vêtements. Puisque le Capitaine Cenci admet que le crime n’était pas prémédité, Omar n’avait donc ni gants ni vêtements de rechange avec lui. Comment ses vêtements n’auraient-ils pas été tachés de sang (voir infra) [62]?

En outre, la gravité des blessures rend invraisemblable toutes les actions prêtées à Ghislaine Marchal (inscriptions sans prendre appui et le buste droit, déplacements multiples, blocage de la porte).

Me Vergès remarque que le corps de la victime ne se trouvait pas devant la deuxième inscription. Au procès, Me Leclerc, avocat de la partie civile, dira qu’elle « s’est traînée pour écrire ces derniers mots d’une main qui meurt ». On se la représente donc comme si elle avait écrit ce message dans un dernier souffle, juste avant de mourir[63]. Or elle se trouve en fait à 1,50 m derrière cette porte, et la position étalée des membres, le peignoir relevé vers le haut du corps révèlent, pour la défense, que cette personne a été traînée par les pieds [64].

Autre détail révélateur pour la défense : le filet de sang perpendiculaire au sol et à l’axe de la jambe, sur le côté interne de la cuisse de la victime, et qui aurait mis 7 minutes à se coaguler, était parfaitement net. Si la victime s’était relevée pour faire tout ce qu’on a dit, ce filet de sang aurait coulé dans une autre direction, ou aurait été brouillé par le frottement entre les cuisses. La victime n’a donc plus bougé après le départ de son agresseur [65]. Cette blessure, comme un coup de dague, pourrait avoir été portée pour s’assurer que la victime ne réagissait plus. « Un procédé que connaissent tous les chasseurs » [66]. En outre, le peignoir n’ayant pas été transpercé au niveau de ce coup, la blessure a donc été infligée alors que le vêtement était déjà repoussé vers le haut du corps [67].

Enfin, la thèse du taille-haie, ou d’un couteau de cuisine comme arme du crime, ne cadre pas avec la description d’une lame effilée à double tranchant, large de 2 cm[68]. D’ailleurs, le jardinier aurait-il été assez « stupide » pour ranger la clé de la cave avec les outils de jardinage, comme pour se désigner lui-même [69]?

Les défenseurs d’Omar Raddad ont présenté plusieurs scénarios pour ce crime, de profondes divergences s’étant déclarées entre eux à ce sujet [70].

  • Dans un premier temps, les avocats de la défense, Maîtres Girard et Baudoux, ont admis que l’écriture était bien celle de Madame Marchal, qui aurait écrit sous la contrainte et même sous la torture. C’est le « scénario diabolique » [70]. Les expertises ont pourtant affirmé que les blessures de la victime ne sont pas dues à des actes de torture, et cette thèse a été rejetée par toutes les parties [71].
  • Un nouvel avocat de la défense, Maître Guidicelli, ne croit pas au « scénario diabolique » ; il ne conteste pas le rapport des premiers graphologues, mais pense que Madame Marchal s’est méprise sur l’identité de son agresseur [72]. Cette hypothèse sera également envisagée par les enquêteurs (voir infra). La « zizanie » entre les avocats de la défense amènera Me Guidicelli à se retirer de l’affaire[10] [73]
  • Puis Maître Vergès prend les choses en main. Il conteste formellement les conclusions des graphologues, et pense que c’est l’agresseur qui a écrit le message « de sa main gantée », traîné le corps de sa victime dans la chaufferie, et écrit de même le deuxième message, avec l’intention de faire croire que c’est Ghislaine Marchal qui les aurait écrits. C’est la « thèse de la mise en scène », qui sera présentée lors du procès [74]. Devant l’impossibilité de mettre d’accord ses trois avocats, Omar Raddad se séparera « à contrecœur » de Maîtres Girard et Baudoux 10 jours avant le début du procès [75].

Variante de la thèse de la mise en scène : le ou les assassins aurai(en)t transporté ou traîné la victime, inconsciente, devant les portes pour lui faire écrire les inscriptions en guidant son doigt trempé dans son propre sang, cependant que sa tête pendante, appuyée contre la "première porte", y imprimait la tache sanglante figurant sous le message. L’assassin aurait pensé que les enquêteurs identifieraient les empreintes, ce qui n’a pas été possible, les tracés étant « glissés ». Dans cette hypothèse aussi l’écriture serait celle de l’assassin, car lorsque l'on guide la main de quelqu'un pour lui faire écrire quelque chose, c’est l’écriture de celui qui tient la main qui apparaît [76].

Le détective Roger-Marc Moreau et l'expert en écriture Danièle Dumont développeront la théorie selon laquelle l'inscription incomplète ayant été tracée en premier en tenant la main du cadavre de la victime, cette dernière n'aurait pas été suffisamment lisible, d'où l'idée qu'auraient eue les auteurs du crime d'écrire plus clairement, en lettres géantes, la seconde inscription accusatrice[26].

Au sujet de l'hypothèse d'une mise en scène, l'accusation a soulevé une question : qui pouvait savoir qu'Omar Raddad allait se trouver à proximité du lieu du crime ce jour-là ? Le jardinier ne travaillait jamais le dimanche, et en ce jour de fête religieuse musulmane [77], il aurait dû rester en famille, ce qui rend sa présence très improbable ce dimanche 23 juin chez Francine P. Le Capitaine Cenci estime que les deux seules personnes à le savoir étaient Francine P. et Omar Raddad lui-même [78]. À moins que les inscriptions ne désignent un autre Omar.

Enquête[modifier | modifier le code]

Interpellation et garde à vue d'Omar Raddad[modifier | modifier le code]

Le soir de la découverte macabre, Francine P., qui réside à environ 800 mètres de la propriété de Ghislaine Marchal, indique aux gendarmes qu’elles ont en commun un jardinier répondant au nom d’Omar Raddad et que celui-ci est venu travailler chez elle, le dimanche 23 juin 1991.

Omar Raddad est arrivé en France en août 1985, ne parlant que le berbère [79]. Il a été accueilli par son père, qui travaillait depuis une vingtaine d’années comme jardinier chez Francine P., qu’Omar décrit comme « une charmante vieille dame », et qui va l’embaucher aussi comme jardinier, d’abord à temps partiel. Son mariage avec Latifa Cherachini, de nationalité française, l’incite à rester en France. Francine P. trouve au jeune couple un studio, et fait à Omar Raddad un contrat à durée indéterminée, pour qu’il puisse régulariser sa situation [80]. C’est chez elle qu’il rencontrera Ghislaine Marchal, qui l’embauchera à son tour comme jardinier. Par la suite, Ghislaine Marchal a engagé Latifa comme femme de ménage, et a installé le jeune couple chez elle, dans un petit studio au-dessus du garage. À l’arrivée de leur premier enfant, le couple déménage, avec l’aide de Francine P. cette fois. Omar Raddad raconte dans son livre comment ces deux dames « se relayaient » pour les aider, et la gentillesse de Ghislaine Marchal à leur égard. « Elle ne perdait jamais l’occasion de nous faire des cadeaux ». Elle a demandé un jour à voir le bébé : « elle avait préparé pour nous une jolie table…elle n’aurait pas reçu autrement des membres de sa famille » [81]. Il répète souvent que Mme Marchal était comme une seconde mère pour lui [82].

Les gendarmes, apprenant qu’il est de nationalité marocaine et craignant une fuite vers son pays d’origine, le recherchent activement dès le mardi . Mais il n’y a personne à son domicile, qui est perquisitionné. Omar Raddad avait obtenu de travailler exceptionnellement chez Francine P. le dimanche 23 juin afin de se libérer deux jours de suite, les lundi et mardi, pour la célébration de l’Aïd el Kebir. Il se trouve en fait chez la mère de son épouse, à Toulon. Cette dernière est allée s’y reposer, avec leurs deux enfants, dont un nouveau-né [83].

Il est alors interpellé et placé en garde à vue, « comme témoin important » précise le Capitaine Cenci, soucieux de montrer que l’enquête n’avait pas été orientée dès le début [84]. Après avoir longuement interrogé le jardinier, Cenci note qu’il a toujours nié être l’auteur du crime et ne s’est jamais contredit. Il lui est apparu comme un homme « calme, réfléchi, atypique, déconcertant par son impassibilité, psychologiquement solide » [85]. Le psychologue l’ayant examiné le décrit « analphabète tant en arabe qu’en français » [86].

D’après Omar Raddad, cette garde à vue a été épuisante, physiquement et moralement. Il dit n’avoir pas su qu’il pouvait demander l’assistance d’un avocat et d’un interprète, et qu’il était gêné par son manque de vocabulaire en français, les quelques mots qu’il avait appris dans son travail concernant « essentiellement le jardinage » [87]. Lors de sa garde à vue, il n’a compris le sens du mot « tué » qu’en voyant les photos qu’on lui montrait. Et en voyant l’inscription sur la porte de la cave, « je n’y ai reconnu qu’un mot, « Omar », parce que c’est le seul que je sache écrire » [88]. Il racontera de même que son avocat, Me Girard, et lui-même n’arrivaient pas à se comprendre, et qu’ils durent avoir recours à un détenu tunisien parlant les deux langues, autorisé à les accompagner au parloir [89]. La question de ses difficultés en français a été fréquemment contestée par les enquêteurs et les juges, notamment lors de son procès [90].

Lors de la garde à vue, il dit avoir eu le sentiment que les gendarmes « écrivaient à peu près ce qu’ils voulaient sur les procès-verbaux » : lorsqu’il répondait en arabe, le gendarme continuait à taper, alors qu’il ne comprenait pas cette langue. Par extrême lassitude, et aussi par crainte d’être frappé, il aurait laissé entendre qu’il avait eu recours à des prostituées, mot qu’il dit ne pas avoir compris à l’époque [91]. Lors de sa deuxième nuit au poste, il ne tenait plus debout : « les gendarmes me retiraient ma chaise chaque fois que je voulais m’asseoir. C’était un vrai supplice » [92]. Le Capitaine Cenci écrira qu’ Omar Raddad n’a pas fait état de difficultés en français, et n’a pas demandé d’interprète [93].

Boulangeries[modifier | modifier le code]

Après la deuxième nuit de garde à vue, Omar Raddad raconte que les gendarmes l’emmènent chez lui et demandent à voir les vêtements qu’il portait le dimanche, et qui n’ont pas été lavés ; ils ne portent aucune trace de sang. Devant l’insistance des gendarmes, « j’ai fini par leur dire que je ne savais même pas faire marcher la machine à laver » écrira-t-il. Il raconte qu’au retour, les gendarmes se sont arrêtés près d’une boulangerie. L’un d’eux y entre, mais Omar Raddad affirme n’y « avoir prêté aucune attention », croyant qu’il allait acheter du pain. Sans faire descendre Omar Raddad de la voiture, les gendarmes le montrent de loin à l’une des vendeuses, qui ne sait pas si elle lui a vendu du pain le 23 juin. Or d'après lui, la boulangerie dont il était client n’était pas celle-là. Il ne se serait aperçu que bien plus tard, en voyant son dossier, que cet arrêt avait pour objet de vérifier son alibi (voir infra) [94].

Inculpation d'Omar Raddad[modifier | modifier le code]

À l'issue de sa garde à vue, au soir du 26 juin, Omar Raddad sera finalement présenté à Mme Sylvaine Arfinengo, juge d’instruction, pour l’interrogatoire de première comparution, toujours sans avocat, auquel il aurait renoncé « sans bien comprendre »[95], ni interprète. Dès le 27, elle lui notifie son inculpation et le fait écrouer.

La controverse à propos de l'incinération de la victime[modifier | modifier le code]

La juge signe le 1er juillet un permis d’incinérer, avant d’avoir reçu le rapport des médecins légistes [96]. La crémation de Ghislaine Marchal, intervenue le 3 juillet, soit 5 jours après l'autopsie, est jugée prématurée par la défense, privée de la possibilité de demander une contre-expertise. On pourra lire dans la presse que la famille aurait voulu faire rapidement incinérer le corps. Affirmation lamentable, d’après le Capitaine Cenci, qui affirme que ce délai n’a rien d’exceptionnel [97].

La controverse portera aussi sur les dernières volontés de Ghislaine Marchal. Elle aurait fait construire un « superbe caveau […] où elle souhaitait être enterrée », raconte une de ses amies à Jean-Marie Rouart [98]. Or, selon sa sœur Claude, Ghislaine Marchal avait exprimé le désir d’être incinéré[99],[100] comme le confirme un écrit trouvé par les enquêteurs. La concession en question avait été achetée par son deuxième mari, dont elle s’était séparée [101].

Partie peu après en congé maternité, Mme Arfinengo sera remplacée par le juge d'instruction Jean-Paul Renard [102].

La controverse sur la date et l'heure du crime[modifier | modifier le code]

La détermination de la date et de l’heure du crime a donné lieu à une controverse d’autant plus vive qu’Omar Raddad travaillait non loin de La Chamade le dimanche 23, mais qu’il n’était pas présent à Mougins le lundi 24.

  • Le vendredi 28 juin, jour de l’autopsie à laquelle il a assisté, le Capitaine Cenci rédige le procès-verbal aux fins d'inhumer[16], et situe le moment probable de l’assassinat le dimanche 23 vers midi, dans les minutes qui ont suivi l' entretien téléphonique avec Erika S.[103]. Il justifie cette estimation en remarquant : « Elle [la victime] n’est pas habillée, pas maquillée » et sort juste de sa douche. Toujours très ponctuelle, elle était ce jour-là pressée d’aller déjeuner chez ses amis K., qu’elle avait même appelés vers 10h30 pour préciser l’heure du déjeuner. Elle avait acheté un cadeau pour son hôte, dont c’était l’anniversaire, et vu la faible distance à parcourir en voiture, aurait dû quitter La Chamade vers 13h [104].
  • Mais dans le rapport du 2 novembre 1991[17] [105], les médecins légistes situent le moment du décès entre 11 h et 13 h 30 le lundi 24 juin[106]. Ils écrivent notamment que la rigidité complète du corps (examiné dans la cave le lundi 24 en fin de journée) indique que le décès remonte à plus de six heures [107]. Les avocats d’Omar Raddad ne découvrent qu’à la mi-décembre cette datation du crime, qui offre un alibi à leur client, et la signalent aussitôt... à la presse, et au juge. Le Parquet indique alors à la presse qu’il s’agit d’une simple faute de frappe d’une des secrétaires. Il fallait lire le 23. La défense fait remarquer que ce serait alors tout le paragraphe qui serait à revoir, et non seulement le chiffre 24 [108]. Suite à cette erreur, et pour lever toute ambiguïté, le juge demande aux médecins de préciser les éléments objectifs leur ayant permis de conclure à la date du 23 juin.
    • Pour justifier leur réponse, les experts précisent (rapport du 2 février) que le corps était à la température ambiante (température qu'ils n'avaient pas relevée), ce qui se produit au bout de 12 h, que la rigidité cadavérique était complète, ce qui se produit après 13 h, et que les lividités cadavériques avaient un aspect qui ne se voit [qu’] à partir de la 30e heure après la mort. Ils ajoutent que leur estimation se fonde aussi sur les constatations de l’enquête, concernant le laps de temps entre le dernier entretien téléphonique de la victime, à 11h45, et le premier coup de téléphone sans réponse de sa part, à 13h30 [109].
    • Une contre-expertise, à partir du dossier, sera effectuée à la demande de la défense par le Docteur Le Poivre, qui conclut à un décès le 24, les yeux paraissant encore clairs d’après les photos alors qu’ils auraient dû être voilés au bout de 5 ou 6 heures[110]. Il estime en outre que si les lividités prouvaient vraiment un décès datant de 30 heures, il est inexplicable que les experts n’en aient pas tenu compte dans leur premier rapport [111].
    • Il existe pourtant une explication possible à cette supposée faute de frappe : les experts ayant indiqué s’être fondés sur les constatations de l’enquête, ils auraient peut-être oublié à quelle date l’enquête avait situé le crime. Croyant se souvenir que c’était vers midi le jour-même où ils avaient examiné le corps, ils auraient rédigé leur rapport, quatre mois plus tard, en ne retenant que les observations confortant cette hypothèse.
    • Pour le Major Cenci, il n’y a aucune supercherie dans cette regrettable faute de frappe. La défense au contraire, ironise, Maître Vergès parlant de « la mise en harmonie de l’art médical avec l’accusation »[112]. Elle va s'appuyer sur cet élément du rapport pour suggérer une pression du juge qui aurait fait avancer le moment du crime[5] au 23 juin, puisque le 24, Omar Raddad avait un alibi, ayant pris le train au petit matin pour se rendre à Toulon fêter l’Aïd-el-Kébir en famille. Cette « erreur » contribuera à alimenter la thèse d'un « complot »[6] [113]. Ce qui n’empêchera pas la défense de soutenir qu’Omar Raddad a bien un alibi le dimanche 23 juin. Cette fois, c’est au tour du Capitaine Cenci d’ironiser : « La défense est poignante dans sa démarche [ quand elle soutient l’alibi d’Omar Raddad le 23 juin] pour se lancer à corps perdu dans la thèse du meurtre du lundi 24 juin » [114].

Omar avait-il un alibi le dimanche 23 juin ?[modifier | modifier le code]

Concernant son emploi du temps le dimanche 23, Omar Raddad en donne la description suivante lors de sa garde à vue :

  • Il affirme avoir travaillé toute la matinée chez Francine P. et s’être absenté de son lieu de travail entre 12 h et 13 h 10 pour aller déjeuner à son domicile situé au Cannet à 5,5 km.
  • Vers 12h05, il dit avoir acheté du pain dans une boulangerie du Val de Mougins. Ce point est d’importance, puisque c’est précisément aux environs de midi, le 23 juin, que l’enquête situe le meurtre de Ghislaine Marchal. Le Capitaine George Cenci a voulu vérifier ce qu’il en était, juste après la garde à vue (voir supra). Il affirme que Raddad lui-même lui a désigné la boulangerie La Huche à pain, celle « où il n’y a pas d’escalier » [9], celle « où il y a un homme qui [le] sert parfois » [115]. Vérification faite, personne ne se souvient de lui à La Huche à pain [116], où il n’y avait aucun boulanger à ce moment de la journée[117]. L’enquête en conclut qu’il n’a pas d’alibi aux environs de midi le 23 juin.

De son côté, Omar Raddad affirme n’avoir réalisé que bien plus tard, quand il eut accès à son dossier, qu’il y avait eu méprise sur la boulangerie. La sienne était « la première sur mon chemin – celle qui a des marches » écrira-t-il dans son livre, précisant y avoir fait longuement la queue ce jour-là [118]².

Il y avait en effet une deuxième boulangerie non loin de La Huche à Pain. La journaliste d’investigation Eve Livet retrouvera, des années plus tard, cet autre boulanger, Marcel M. désormais à la retraite. Il lui confirmera qu’Omar Raddad était un client habituel, qu’il « venait assez régulièrement sur le coup de midi, midi et demi », et s’étonnera que la gendarmerie n’ait enquêté que dans l’autre magasin : « Chez nous jamais personne ne nous a posé de questions » [119]. Lors du procès, le Président Djian déclarera en effet « ne pas avoir connaissance dans le dossier de vérifications auprès de l’autre boulangerie » [120].

  • En arrivant dans la cour de son immeuble, « vers 12h15 ou 20 », Omar Raddad dit y avoir aperçu le gérant du Casino, Jean-Pierre G. [121]. Interrogé par Alain Léauthier, pour Libération, en septembre 1991, Jean-Pierre G. confirmera sa présence inhabituelle à cette heure-là dans la cour[122]. Il racontera que vers midi, revenant d’une promenade avec sa femme, son fils et leur chien, ils ont rencontré un voisin et convenu de monter déjeuner chez lui. Il précisera au journaliste qu’après être allé chercher des victuailles dans la réserve de son magasin « j'ai rejoint tout le monde chez notre ami, il devait être entre 12h15 et 12h25 ». Il dit n’avoir pas remarqué le jardinier « ce qui ne prouve rien d’ailleurs. Des fois on ne fait pas attention à des visages familiers » [123]. L’accusation signale qu’Omar Raddad n’a pas mentionné les autres personnes présentes, le voisin, l’épouse et le fils du gérant, qui ne l’ont pas remarqué non plus. Elle en conclut à l’absence d’alibi de l’inculpé [124]. Pour sa défense, Omar dira au juge que s’il avait su qu’il serait accusé, il aurait bien noté tous les détails utiles pour son alibi [125].
  • Il indique enfin avoir quitté son domicile aux alentours de 12 h 40, et avoir repris le travail après 13 h 10 au Mas Saint-Barthélemy, la villa de Mme Francine P. Selon l'accusation et la partie civile, la fille de celle-ci, Arlette B. se serait étonnée de le voir revenir travailler aussi tôt alors que son activité ne reprenait généralement qu'à 13 h 30 : Omar Raddad lui aurait répondu qu'il rattrapait le retard qu'il avait accumulé le matin.Arlette B. a précisé qu’« il n’avait aucune attitude particulière, il était souriant, comme d’habitude », et qu’il était arrivé « dans la tenue de travail qu’il conserve toute la journée » [126]. Son époux lui trouve « les traits tirés », pense qu’il n’a pas déjeuné et lui offre un sandwich et une glace [117]. La défense fera valoir que s’il avait assassiné Ghislaine Marchal à l’heure du déjeuner, il aurait eu bien besoin de ces 20 minutes pour effectuer son crime et revenir à son travail sans avoir l’air de rien. En outre, comment ses vêtements n’auraient-ils pas été tachés de sang, puisqu’il ne s’est pas changé ? Me Leclerc voit au contraire dans ce retour prématuré un indice à charge : il serait revenu « se faire voir » sur son lieu de travail le plus tôt possible, pour avoir un alibi [127]. La question du retard à rattraper donnera lieu à polémique : il aurait été plus tard établi qu'il n'aurait eu en réalité aucun retard [26].
  • Omar Raddad dit s’être arrêté en fin d’après-midi, après son travail, à une cabine téléphonique près de son domicile, pour appeler sa femme à Toulon [128]. Or, vérification faite, il l’a en fait appelée à 12h 51 minutes ; il avait donc oublié ce détail, pourtant favorable à l’établissement de son alibi [129]', et fera remarquer qu’il ne pouvait deviner qu’il serait accusé d’un crime, et qu’il aurait à décrire avec précision tous ses faits et gestes du jour [130]. Le Capitaine Cenci y voit une contradiction de plus dans ses propos, et s’interroge : « Le mensonge est-il chez Raddad une seconde nature ? » [131]. Les gendarmes vont minuter son trajet en motocyclette [132]et calculer qu’il aurait eu 35 à 40 minutes pour « accomplir son forfait » [133]. La justice conclut de toutes ces investigations et témoignages qu’il n’avait aucun alibi à l’heure du déjeuner, et qu'il aurait tout à fait eu le temps d'assassiner Mme Marchal entre 12 h et 13 h 10[10].

Personne n'a vu passer Omar Raddad sur le chemin de La Chamade le dimanche 23 juin entre 12h et 12h30.[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnes, dont messieurs Jean-Claude G. et Christian V., se trouvaient sur l'étroit chemin Saint-Barthélemy à Mougins, à un endroit situé entre la propriété de Francine P. (où Omar Raddad travaillait le dimanche 23 juin 1991) et la propriété de Ghislaine Marchal (où le crime a été commis). Pour se rendre à la Chamade, située au fond d'une impasse, ou pour en partir, Omar Raddad aurait obligatoirement dû passer devant eux ; or les deux hommes ne l'ont pas vu passer[134].

Le Capitaine Cenci note que ce témoignage tardif (trois mois après les faits) présente des imprécisions sur la date et le créneau horaire exact, et n’a pas été confirmé par Jean-Claude G.[135].Mais la fille de la gardienne de Francine P. a affirmé elle aussi qu’Omar n’est pas remonté vers la Chamade le dimanche 23 juin, car il serait passé le long de leur maison et, faisant aboyer leurs cinq chiens, aurait été repéré immanquablement [136]. Une autre personne, Mme T. qui remontait le même chemin en voiture vers 12h30, ne l’a pas vu non plus, à l’heure où il aurait dû passer pour aller téléphoner à sa femme [137].

Les employeurs et les proches d'Omar Raddad mis sur écoutes téléphoniques[modifier | modifier le code]

Les employeurs d’Omar Raddad, ainsi que la fille et le gendre de Francine P. se sont mobilisés dès son arrestation pour témoigner qu’ils ne croient pas à la culpabilité du jardinier et pour lui trouver un avocat. Leur mise sur écoutes téléphoniques, ainsi que les écoutes de la famille d’Omar Raddad, permettront aux enquêteurs de constater la multiplicité des appels de ces personnes entre elles, vers des avocats, ou vers la presse. Elles se réunissaient aussi pour discuter de l’affaire, et chercher des solutions[138]

Mme Francine P. sera mise en garde à vue malgré son âge, après avoir informé les enquêteurs d’un appel téléphonique anonyme qu’elle avait reçu le soir du 24 juin. Une voix d’homme lui avait dit : « Il en a fait de belles, votre jardinier. Elle l’a écrit avec son sang » [139]. Il lui sera reproché de ne pas en avoir parlé tout de suite aux gendarmes [140].

Me Girard parlera de « la sympathie générale qui a été constante […] de la part de grands bourgeois » à l’égard du jeune jardinier marocain [141]

Pour les enquêteurs, « l’étau se referme » sur Omar Raddad [142]. Les inscriptions l’accusent, la victime l’a reconnu et elle est coutumière de la faute d’orthographe constatée, la thèse de la mise en scène est impossible du fait du blocage de la porte, et il n’a pas d’alibi. En outre, lui seul et Francine P. savaient qu’il allait travailler ce jour-là à proximité de la Chamade [143]. Il reste à déterminer le mobile du crime : ce sera le besoin d’argent.

La recherche du mobile[modifier | modifier le code]

Pour le Capitaine Cenci, Omar Raddad « n’est pas venu pour tuer ni même pour voler » [144]. Il est venu réclamer de l’argent, et comme on l’a vu (supra), aurait été pris d’une fureur meurtrière devant les refus de Ghislaine Marchal.

L’enquête a établi qu’il aurait retiré de son compte de grosses sommes en deux ans (80 000 F). Pour quel usage ? « Parce que les prostituées et les machines à sous ont un coût » affirme le Capitaine Cenci[145]. Omar Raddad répond que ces 80 000 francs appartenaient à son frère, qui n’avait pas de compte bancaire en France. C’est donc à la demande de son frère que, chaque fois qu’il repartait au Maroc, il retirait une somme à rapporter au pays [146]

Il existerait en outre un motif de friction entre le jardinier et ses employeurs lié aux demandes d’avance sur salaire. D’après Francine P., à qui le jardinier demandait aussi des avances, Ghislaine Marchal était « exaspérée » par ces sollicitations, estimant qu’« il ne fallait pas se laisser faire, pour son bien » [147]. Son livre de comptes fait état, pour le mois de juin, d’une seule avance sur salaire de 1 000 F. La femme de ménage affirmera avoir été témoin d’une deuxième avance au jardinier, le 14 juin, ce qui est formellement contesté par Omar Raddad, et n’a jamais été noté par Mme Marchal [148]. Au mois de juin, il avait également demandé à Francine P. par deux fois des avances pour payer son loyer ou envoyer de l’argent au Maroc à sa mère. L’enquête a montré qu’il n’a fait ni l’un, ni l’autre [149].

Mais si le juge parle d’« énormes difficultés financières », le rapport de synthèse des enquêteurs n’en conclut pas moins : « Hormis les arriérés de loyer, l’enquête ne détermine pas d’autres dettes ou difficultés financières pour le couple Raddad » [150]. L’enquête révèle que les compte du couple sont créditeurs, en France comme au Maroc. Omar ne réclame d’ailleurs que ce qui lui est dû et qui correspond au travail effectué [151].

Pour sa défense, Omar Raddad fait valoir que pour avoir de l’argent « On peut voler. Pas besoin de faire quelque chose d’aussi sauvage que ça »[152]. Accusé d’avoir, le jour du meurtre, pris l’argent liquide dans le sac de Ghislaine Marchal, il indique que sa patronne soupçonnait sa femme de ménage de plusieurs vols chez elle [153]. Et s’il avait agi pour de l’argent, pourquoi n’aurait-il pas pris aussi les bijoux et la montre Cartier de la victime, lui que l’on a soupçonné d’avoir volé la chaîne en or de sa femme (voir infra).

Omar Raddad reconnaît toutefois qu’il joue aux machines à sous. Les procès-verbaux d'audition du personnel du casino de la Croisette de Cannes, et de deux autres établissements (soit 25 témoignages d’agents de sécurité [154]) décrivent un homme fréquentant les machines à sous à 5 francs plusieurs fois par semaine[12]. Omar Raddad affirmera au procès qu’il ne jouait que ce qu’il gagnait, et qu’il avait « parfois perdu ». Les représentants de l'accusation pensent qu'Omar Raddad aurait utilisé les avances sur salaires pour jouer au casino afin de récupérer sa mise, étant donné qu'il a caché sa passion du jeu à son épouse et aux magistrats [155]

Lors du procès, les enquêteurs évoqueront aussi la fréquentation de prostituées, mais Omar Raddad niera farouchement cette déposition, faite pendant la garde à vue (voir supra). Le Capitaine Cenci explique qu’ils ont « harponné toute la Croisette pour trouver les prostituées que fréquentait Omar Raddad ». En cinq nuits de recherches, ils ne trouvent que deux jeunes femmes. N.X se souvient seulement qu’Omar l’avait regardée. Quant à F.X, elle dit avoir eu Omar Raddad comme client, le décrit comme « très pressant et excité », et réclamant ensuite d’être remboursé[156]. Cette prostituée ne viendra pas finalement témoigner au procès, et niera plus tard avoir tenu de tels propos. Mais en attendant, l’enquête estime avoir trouvé une raison supplémentaire aux problèmes d’argent de l’inculpé.

"Est-ce bien là l'image parfaite et aseptisée de l'innocence que l'on a brossée à l'opinion publique?" s'exclame le Capitaine Cenci [157]

À la fin du mois d’août, l’enquête estime donc avoir un présumé coupable, à la personnalité moins lisse qu’il n’y paraît, affligé de vices coûteux (le jeu et « les prostituées »), sans alibi, qui ment à sa famille, dépense pour ses vices l’argent du loyer, a de gros problèmes financiers, et devant le refus de sa patronne de lui accorder une avance sur salaire, n’a pas eu d’autre alternative que de la tuer [158]. En outre, l'absence d'effraction à la Chamade et le supposé simple vol de 5 000 francs (762 euros) dans le sac à main de la victime[20] – alors que les objets de valeur et bijoux sont retrouvés intacts dans la villa – orientent l'enquête vers un familier des lieux proche de la victime.

Omar Raddad se plaindra à maintes reprises, et notamment lors du procès (voir infra) d'avoir été délibérément et injustement "sali" par les enquêteurs, qui cherchaient à donner de lui une image aussi négative que possible, faute de la moindre preuve formelle de sa culpabilité.

Il reste en effet à confirmer l'hypothèse de son implication dans le meurtre par des preuves : elles ont été recherchées, dès le début de l’enquête, dans les analyses des prélèvements effectués sur la victime, sur les vêtements d’Omar Raddad et dans la cave (murs, sol, chevron, barre de fer etc.).

La recherche de preuves et le rôle des médias[modifier | modifier le code]

En septembre, la presse mentionne le vol de l’argent liquide de la victime, et le goût d’Omar Raddad pour le jeu et « les prostituées » comme indices supposés des problèmes d’argent l’ayant mené au crime. Elle commence rapidement aussi à titrer sur les raisons de douter de sa culpabilité [159]. Le 9 août, Nice Matin avait en effet appris, par une fuite du laboratoire de police scientifique, que les analyses des prélèvements effectués dans la cave, sur la victime, et sur le jardinier, n’avaient rien donné [160].

Premières analyses : aucune trace du jardinier dans la cave[modifier | modifier le code]

Les premiers résultats d’analyses indiquent en effet que l’on n’a trouvé aucune trace du jardinier dans la cave, sur le chevron ou sur la barre de fer qu’il est censé avoir maniés, ni sur la victime (qui n’a pas été agressée sexuellement) ; le sang retrouvé sur le chevron, le tube galvanisé et sous les ongles de la victime est bien celui de Ghislaine Marchal [161]', mais il n’y a aucune trace provenant du corps de la victime sur les vêtements d’Omar Raddad dont il a été confirmé que c’étaient bien ceux qu’il portait le 23 juin [162]. Aucune empreinte digitale n'a été relevée sur les lieux du crime. Selon les gendarmes, aucune trace exploitable n'aurait été révélée[163], y compris celles de la victime elle-même sur son propre sac à main [164].

Aucune particule du sol de la cave sur ses chaussures, aucune trace de terre ou de brin d’herbe sur le sol de la cave, alors que le jardinier avait passé sa matinée à tondre l’herbe. Pour le Capitaine Cenci, l’absence de trace de terre ou d’herbe sous les semelles s’explique par le fait qu’elles sont « totalement usées et lisses » [165].

Mais si Omar Raddad n’a pas prémédité son crime, ne portait donc vraisemblablement pas de gants et ne s’est pas changé, comment alors expliquer qu’il n’ait laissé aucune empreinte et que ses vêtements ne soient pas tachés de sang [166]?

En octobre, le juge demande des précisions sur les modes de saignement de la victime : les enquêteurs répondent que « les hémorragies ont été surtout extériorisées […] sans projection importante ». Le peignoir aurait tout absorbé [167]. Il y avait pourtant des éclaboussures de sang sur le mur de la chaufferie [10] [168].

De "l'ADN animal" sur la cisaille[modifier | modifier le code]

En octobre, l’analyse de la cisaille, arme présumée du crime, établit qu’on a trouvé sur l’outil de l’ « ADN animal », « le terme animal étant pris au sens large d’où le sang humain n’est pas exclu ». Pour le Capitaine Cenci, le taille-haie pourrait donc être l’arme du crime [169].

Deuxième et troisième séries de recherches sur les poussières de la cave et d’éventuelles traces ADN

Le juge Renard demande par deux fois au laboratoire Serma des expertises des traces de poussière de la cave sur les vêtements et les chaussures d’Omar Raddad, ainsi que d’éventuelles traces d’ADN[170]. Il apprend que ces analyses n’ont rien donné, mais que le laboratoire a décelé la présence de « traces de plâtre ou de fibre de verre sur le pantalon d’Omar »[171].

Première grève de la faim[modifier | modifier le code]

Le 18 novembre 1991, Omar Raddad entame sa première grève de la faim. Une nuit, dans son désespoir, il met le feu à sa couverture[172]. Le 12 décembre, il est hospitalisé à Fresnes. Il ne consentira à se réalimenter que 36 jours plus tard, le 23 décembre, sur l’insistance de son père [173].

Rejet de la deuxième demande de mise en liberté provisoire[modifier | modifier le code]

La fin de l’année 1991 est une période délicate pour l’instruction. Le 18 décembre, la deuxième demande de mise en liberté provisoire a été rejetée, alors que la presse a relevé plusieurs éléments qui mettent en difficulté la thèse des magistrats : analyses négatives, grève de la faim de l’inculpé, affaire de la « faute de frappe » concernant la date présumée du meurtre que les avocats de la défense ont aussitôt signalée à la presse (voir supra)[174]. Me Girard, avocat de la défense, fait valoir que son client a été accusé à tort dans la presse de vol et de fréquentation des prostituées à la suite d’informations provenant « nécessairement de gens proches de l’enquête ». Dans ces conditions, il lui paraît justifié de défendre son client par le même moyen [175].

"Poussières accusatrices"[modifier | modifier le code]

Le 12 février 1992, une troisième demande de mise en liberté provisoire doit être défendue par les avocats d’Omar Raddad. Mais quelques jours auparavant, le 6 février, avant que les résultats définitifs de la deuxième expertise aient été transmis à la défense, Nice-Matin est informé par « des sources proches de l’enquête » qu’il a été retrouvé « des poussières accusatrices » sur le pantalon d’Omar[10]. Sous la plume de Paul Fronzes, le journal se demande si la révélation de ces résultats, encore officieux, par le parquet, n’aurait pas pour but de « faire contrepoids » à la nouvelle démarche de la défense [171].

Laine de roche[modifier | modifier le code]

Or que disaient les expertises en question ? L’expert, M. Grafeille, constatait d’abord que le plâtre étant un matériau très commun, les traces trouvées sur le pantalon du jardinier « peuvent aussi provenir d’un autre environnement ». En outre, le matériau stocké dans la cave est de la laine de roche, et ne correspond donc pas aux microparticules de fibre de verre trouvées sur le pantalon de l’inculpé [176].

« Corrélation à l’état de traces »

Au sujet des chaussures d’Omar Raddad, la composition chimique des fibres ne correspondait pas non plus avec les particules de la cave, mais l’expert signalait aux magistrats « une corrélation à l’état de traces » qui signifierait que l’accusé est passé dans cette cave à un moment donné, plus ou moins éloigné[177].

Pour les enquêteurs, la « corrélation à l’état de traces » est fondamentale, car elle prouve qu’Omar Raddad a marché sur le sol de la cave ; or il avait d’abord déclaré ne pas y être descendu depuis deux mois ; puis, le 18 février, il s’est soudain souvenu y être descendu deux jours avant le meurtre pour y entreposer des pots de fleurs. Pour les enquêteurs, il avait donc menti [178]. Mais lui-même affirme "Je l’avais oublié". Des pots de fleurs ont en effet été retrouvés dans la cave. Interrogé par Eve Livet plusieurs années plus tard, le juge Renard indique avoir commencé à douter de l’innocence du jardinier en raison, notamment, « de son changement de comportement concernant sa présence dans la cave dans un temps très proche du crime » [179].

Rejet de la quatrième demande de mise en liberté. La chaîne en or de Latifa.[modifier | modifier le code]

Le 18 mars, Me Girard et Me Baudoux doivent défendre en appel une quatrième demande de mise en liberté, qui sera rejetée comme les précédentes, alors que les résultats de la dernière expertise, favorables à l’accusé, ont été enregistrés le 13 mars et ne seront notifiés à l’accusé que le 9 avril

C’est en ces circonstances que, le 4 mars 1992 paraît un article du Figaro : « Omar : nouvel accroc dans une image trop lisse ». Le juge «  vient de délivrer une commission rogatoire » aux gendarmes pour établir si l’accusé n’aurait pas volé une chaîne en or à son épouse, par besoin d’argent. L’article indique qu’une personne du nom de Raddad a « négocié la vente » d’une chaîne en or dans une bijouterie en mai 1990, date à laquelle Omar Raddad affirme qu’il était au Maroc. L’article précise que l’enquête ne peut vérifier ce point, car le passeport d’Omar Raddad a disparu.

Cette commission rogatoire date en fait d’octobre 1991. Entre le 21 octobre et le 3 janvier, les enquêteurs ont contrôlé les livres de police de 70 bijouteries. Ils ont découvert effectivement la vente d’une chaîne en or dans l’une d’entre elles, en mai 1990, au nom de Raddad [180], mais c’est en mai 1991, soit un an plus tard, que Latifa Raddad avait constaté la disparition de sa chaîne. Quant au passeport d’Omar Raddad, les enquêteurs l’avaient saisi lors de la perquisition de son appartement, le 25 juin au matin [181].

Omar Raddad se plaint d'avoir été "sali" dans la presse[modifier | modifier le code]

Lors d’une rencontre avec le juge Renard, Omar Raddad se plaindra d’avoir été « sali dans la presse », accusé de vol et de commerce avec les prostituées, et ajoutera : « Je voudrais savoir qui a pu fournir ces informations » aux journalistes. Pour Eve Livet, la justice « avait été capable de savamment orchestrer fuites et fausses nouvelles pour parvenir à ses fins ». Le juge Renard, de son côté, affirme qu’il n’a jamais eu de contact avec les journalistes, et remarque que les enquêteurs s’en méfiaient aussi « car la presse leur était très critique »[182].

Les médias mis en accusation[modifier | modifier le code]

« Le procès de rue a commencé le 26 juin 1991. Pourquoi ? » se demande en effet le Capitaine Cenci. La garde à vue du jardinier n’était pas encore terminée que des informations paraissaient déjà dans la presse, alors que le procureur décidait d’ouvrir sans plus attendre une information judiciaire[183]. Le Capitaine Cenci estime que les fuites provenaient de « personnes ayant à en connaître » [184]. Même sévérité de sa part pour des émissions de télévision où « la désinformation omniprésente est toujours à sens unique […]» [185] Il met en cause également les avocats de la défense qui « ont facilement gagné la bataille de l’information, mais sans gloire […] L’opinion publique toujours prête à s’émouvoir a pris, sans savoir, fait et cause pour Omar Raddad » [186].

La partie civile se plaint aussi de l’attitude des journaux. Sous la plume de Me Leclerc, elle s’estime « victime d’une effroyable campagne de presse », et dénonce « les hypothèses les plus rocambolesques et les plus douloureuses » qui ont été publiées par les journaux [187].

Le journaliste Roger-Louis Bianchini, de Nice-Matin et France-Soir, estime pour sa part que les journalistes ont simplement fait leur travail « en exposant ce que l’on apprenait du dossier » [184].

Autres pistes : un meurtrier qui aurait ressemblé à Omar Raddad ?[modifier | modifier le code]

L’enquête avait conclu que Ghislaine Marchal avait bien écrit les messages sur les portes, et que c’était donc son meurtrier qu’elle avait voulu désigner. Mais était-il possible qu’elle se fût trompée sur l’identité de son agresseur ?

Des investigations ont été conduites par les enquêteurs sur quatre autres personnes, avec comme idée directrice : ressemble-t-il à Omar Raddad [188] ?

C’est ainsi qu’ont été successivement mis hors de cause le frère d’Omar, dont la victime trouvait qu’il ne lui ressemblait pas du tout[189],un ancien cuisiner de Ghislaine Marchal, parti en mauvais terme avec elle [190], et un français, M.T., parti en Suisse deux jours avant le meurtre et qui aurait été victime d’une dénonciation calomnieuse d’après les enquêteurs ; tous trois « ne peuvent être confondus physiquement avec Omar Raddad » précise le Major Cenci [191]. Enfin un homme, Gilbert F., vivant dans une caravane à proximité de La Chamade, qui disait se trouver au Maroc le jour du crime, et avait présenté son billet d’avion et son passeport portant les tampons d’entrée et de sortie du territoire [192].

Deuxième grève de la faim[modifier | modifier le code]

Après un cinquième refus de mise en liberté provisoire, à peine remis de sa précédente grève de la faim, Omar Raddad en entame une nouvelle, le 16 avril 1992 [193]. Quelque temps après, il décide de cesser aussi de boire. Le 16 juin, le juge vient à l’hôpital lui signifier, à son immense déception, un mandat de dépôt d’un an. Parmi les motifs invoqués : « … les faits qui lui sont reprochés ont gravement troublé l’ordre public ».. Me Girard se demande «  si ce trouble n’est pas plutôt celui causé par la détention d’une personne innocente » et souligne qu’une seule expertise lui a été défavorable jusqu’à présent : celle des graphologues. Omar Raddad finira par renoncer à cette grève de la faim, après 35 jours de privations[194].

Le 5 mars 1993, le procureur Farret achève son réquisitoire. Les éléments retenus contre Omar Raddad sont les inscriptions qui l’accusent, son absence d’alibi et les traces de poussière de la cave sous ses chaussures. Il s’agit probablement de la « corrélation à l’état de traces », puisque les résultats de toutes les autres expertises lui étaient favorables (Voir supra) [195].

Omar Raddad avale une lame de rasoir et se taillade les veine[modifier | modifier le code]

Omar Raddad est transféré le 22 mars à la maison d’arrêt de Nice et placé dans une pièce « sordide », celle où l’on met les nouveaux arrivants. « Les toilettes étaient bouchées, les prises de courant cassées, les murs maculés de taches » écrira-t-il. Il raconte que dans son désespoir et sa révolte, il a avalé une lame de rasoir après l’avoir mise dans de la mie de pain. Il prévient le gardien qui, d’après lui, s’en fiche ouvertement. « Sans doute avait-il souvent eu affaire à des détenus qui jouaient la comédie » remarque Omar, qui écrira ne pas lui en avoir voulu. Il se taillade alors les veines et obtient d’être soigné. Le lendemain, il est transféré dans une cellule normale où il attendra son jugement pendant dix mois [196].

L'instruction se termine au printemps 1993. Les avocats d'Omar Raddad tentent d'invoquer le non-lieu en se référant à des présumés manquements dans la procédure. Cependant la chambre d'accusation rejette cette demande et renvoie Omar Raddad devant les assises de Nice, le [26].

Omar Raddad se sépare de ses deux avocats, et s’en remet à Me Vergès

Omar Raddad raconte que c’est son voisin de chambre à l’hôpital de la prison de Nice, qui lui a conseillé de prendre un troisième avocat, Me Vergès. Mais devant l’impossibilité de mettre ses trois avocats d’accord sur la question de l’auteur des messages sanglants, après une valse hésitation révélatrice de son désarroi, il dut se résigner à se séparer de Me Girard et Me Baudoux [197].

Me Vergès lui fit aussitôt renoncer au pourvoi en cassation sur la décision de la chambre d’accusation, que ses collègues avaient introduit le 15 avril. Ce faisant, Omar Raddad renonçait à soulever la nullité des procès-verbaux, en garde à vue et en première comparution, au motif qu’il n’avait pas bénéficié d’un interprète. L’objectif de Me Vergès était d’éviter de nouveaux délais dans la procédure. Roger-Louis Bianchini estime qu’Omar Raddad a fait une lourde erreur en renonçant à ses deux avocats précédents, qui connaissaient parfaitement le dossier [198].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès d'Omar Raddad s'ouvre le devant une salle comble, « en majorité acquise au jardinier et persuadée qu’il serait acquitté » [199]. Le Capitaine Cenci estime que la défense a « occupé seule le terrain médiatique » et « façonné l’image » d’un innocent injustement accusé [200]. L'accusé est défendu par Me Jacques Vergès. assisté de Me Pétillault, et s’exprime en arabe, avec l’aide d’un interprète.

De son côté, la famille de Ghislaine Marchal sollicite les services de maître Henri Leclerc, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme, collègue et ami du Bâtonnier Bernard du Grandrut, beau-frère de la victime. Me Leclerc avait précisé, dans un entretien accordé à Jeune Afrique : « Si la famille m’a choisi, c’est justement parce qu’elle ne voulait pas de dérive raciste » [201]. Le Président de la Cour, Armand Djian, est présenté par le Capitaine Cenci comme un homme de grande expérience et rigueur intellectuelle, qui connaît parfaitement ses dossiers « dans le moindre détail », et qui est doté d’une « autorité naturelle à s’imposer » [202].

Lecture de l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation.

Le procès commence, comme c’est l’usage, par la lecture de l’arrêt de renvoi de la Chambre d’accusation [203]. L’inculpation d’Omar Raddad va s'appuyer sur les éléments suivants :

  • Les inscriptions en lettres de sang, qui le désignent explicitement, et le système de blocage de la porte de la cave de l'intérieur, qui conforte le juge dans sa conviction que ces messages ont été écrits par la victime.
  • Les besoins d’argent de l’inculpé, manifestés par les demandes d’avance sur salaire à ses employeurs (voir supra).
  • L'absence d’alibi : les informations données par Omar Raddad sur son emploi du temps, le dimanche 23 juin, entre 12 h et 13 h 10 (heure retenue du crime), n’ont pas été confirmées par les personnes interrogées.
  • Enfin, l'absence d'effraction à la Chamade et le supposé simple vol de 5 000 francs (762 euros) dans le sac à main de la victime[4] – alors que les objets de valeur et bijoux sont retrouvés intacts dans la villa – orientent l'enquête vers un familier des lieux proche de la victime. Or, Omar Raddad, comme la femme de ménage mise en cause par la défense, possédaient la clef du portail d'entrée.

On procède à l'analyse de la personnalité de l'accusé. Les témoignages des gendarmes et de l’expert psychiatre lui sont dans l’ensemble favorables. On évoque ses dépenses, ses demandes d’avance sur salaires, sa passion du jeu, la question du bijou disparu [204]. Ses proches lui « décerne[nt] des louanges » et sont tour à tour interrogés par le Président sur le niveau de français de l’accusé [205]. Omar Raddad est décrit par son épouse Latifa comme un « bon père de famille » sans histoire.

Le Président Armand Djian, qui a vécu en Algérie où il a commencé sa carrière [203], cite plusieurs fois le Coran pour s’étonner de l’illettrisme de l’accusé, ou qu’on l’ait vu manger un jour de ramadan, ou pour lui reprocher les jeux d’argent auxquels il s’était livré et son commerce supposé avec des prostituées, contrairement aux préceptes de l’Islam [206]. Un incident de séance a lieu pendant le témoignage de Latifa Raddad qui affirme que « son mari est si gentil qu'il ne pourrait faire de mal à une mouche », ce à quoi le président de la cour d'assises Armand Djian, faisant référence à la fête de l'Aïd-el-Kébir, lui répondra « mais il égorge le mouton » [207].

Omar Raddad fera remarquer que « le Président semblait avoir oublié qu’il devait juger si j’avais ou non tué Madame Marchal, et non si j’étais un bon ou un mauvais musulman » [208]. Me Vergès n’a pas réagi à ces propos du Président [209], estimant qu’il n’y avait là rien qu’on pût lui reprocher d’évident [210]. Mais l’ insistance du Président Djian à interroger le prévenu sur ses pratiques religieuses en choquera plus d’un : Maurice Peyrot parle de « réflexions désagréables », Solène Haddad s’étonne de « ces élucubrations qui n’ont que peu de rapport avec l’affaire » et s’interroge sur le « caractère potentiellement raciste » de la réflexion sur l’égorgement du mouton. Le Président Djian se défendra par la suite, lors d'un entretien avec la journaliste Eve Livet, de toute intention raciste dans ses propos, faisant valoir que la défense n’a pas demandé de donner acte [211].

Machines à sous et comptes en banque[modifier | modifier le code]

Les jours suivants, on examine longuement la fréquentation des machines à sous par Omar. Les procès-verbaux d'audition du personnel du casino de la Croisette de Cannes décrivent un homme fréquentant l’établissement plusieurs fois par semaine[100]. Suivra une longue étude de son compte en banque au Maroc, qui suscitera une certaine impatience des jurés, notée par le capitaine Cenci [212].

Ghislaine Marchal[modifier | modifier le code]

Au sujet de la personnalité et de la vie de Ghislaine Marchal, son fils, visiblement bouleversé, témoigne que plus qu’une mère, elle a été pour lui une amie et une confidente. Il dit avoir été très blessé de lire certaines choses sur elle. « Cette affaire a été pour nous un drame épouvantable et le restera [213]».

Madame Marchal adorait cet unique enfant, né en 1945 alors qu’elle n’avait que 19 ans [214]. Elle avait été très marquée par la déportation de ses deux parents, entrés dans la Résistance. Sa mère seule en était revenue. Ghislaine Marchal est décrite comme une femme au caractère affirmé, pouvant être adorable mais qui « pouvait pousser à bout », exigeante mais juste, avec de grandes qualités de cœur, courageuse et intraitable. Elle n’était pas du genre à se laisser faire, et n’aurait jamais écrit, même sous la torture, contre sa volonté [215]. On la présente comme une personne secrète. Personne ne sait rien de l’éventuelle vie sentimentale de Ghislaine Marchal, et Omar remarque : « Le juge n’a pas insisté. J’ai remarqué qu’il était beaucoup plus discret sur sa vie privée que sur la mienne » [216].

Le témoignage de la femme de ménage sur le congé donné pour le lundi[modifier | modifier le code]

La femme de chambre donne une description des demandes d’argent d’Omar à sa patronne qui amèneront l’inculpé à protester, et affirmer qu’elle ment (voir supra). Elle déclare aussi que le samedi 22 juin, vers 10h, Ghislaine Marchal avait reçu un appel téléphonique à la suite duquel elle lui avait donné son congé jusqu’au mardi matin. Liliane R. aurait pensé que sa patronne était invitée et qu’elle « devait partir loin » [217]. Cette déclaration fait l’effet d’un coup de théâtre aux assises. La femme de ménage avait pourtant déjà signalé ce congé du lundi aux enquêteurs, en juillet, mais elle n’avait pas mentionné alors l’appel téléphonique. Ces « additions » à sa précédente déposition seront prises très au sérieux par la défense lors de la recherche d’éléments nouveaux (voir infra) [218].

Avances sur salaires, loyers, "prostituées"[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, le jardinier marocain aurait régulièrement demandé des avances sur salaires à ses employeurs afin, leur aurait-t-il dit, de payer son loyer. Ce motif sera contredit par le témoignage du gérant de son logement, car Omar Raddad lui devait un mois de loyer (mai 1991). Les représentants de l'accusation pensent qu'Omar Raddad aurait utilisé les avances sur salaires pour jouer au casino afin de récupérer sa mise, étant donné qu'il aurait caché sa passion du jeu à son épouse et que, devant les demandes de leur jardinier, ses employeurs seraient convenus de ne plus céder.

Le Président revient sur la fréquentation de prostituées, « Un sujet auquel il tenait décidément beaucoup » remarque Omar, qui nie farouchement cette déposition, faite sans interprète lors des premiers interrogatoires. « Je voudrais bien qu’elles viennent, dit-il, car je ne les connais pas et elles ont fait des déclarations déshonorantes à mon sujet » [219]. La prostituée interrogée par les gendarmes lors de l’enquête ne viendra pas finalement témoigner au procès. Retrouvée et entendue par le détective Roger-Marc Moreau[220] en 1995, elle démentira, affirmant de plus que les militaires de la gendarmerie lui auraient fait signer une audition inexacte sans lui avoir fait relire le texte. Par la suite, elle n'aurait pas reçu de convocation pour témoigner au procès, alors que, contrairement à ce qui avait été prétendu, elle résidait toujours à la même adresse à Marseille (13), dans un appartement dont elle était la propriétaire.

Une prostituée occasionnelle, N.X., viendra dire qu’elle a remarqué Omar Raddad sur la Croisette et qu’il l’a fixée du regard, mais qu’elle ne l’a jamais eu comme client (elle ne se prostituait d’ailleurs pas encore à l’époque [221]).

Francine P. est longuement interrogée, ainsi que sa fille et son gendre, sur les demandes d’avances sur salaires du jardinier (voir supra) et son attitude le 23 juin à l’heure du déjeuner : « si Omar avait eu du sang sur lui, mon chien ne l’aurait pas laissé tranquille », remarque-t-elle [222].

La question de l’alibi

L’examen de l’alibi d’Omar Raddad le 23 juin donne lieu à l’audition des deux vendeuses de la boulangerie la "Huche à pain" [14] et du gérant du magasin Casino (voir supra : Omar Raddad avait-il un alibi ?).

Une habitante de l’immeuble, Mme Marie-Maryse B., témoignera aux enquêteurs qu’elle est restée sur son balcon de 11h30 à 12h45 pour guetter l’arrivée de sa fille, mais qu’à aucun moment elle n’a vu arriver Omar Raddad. « Durant ce laps de temps, je n'ai absolument pas vu Omar Raddad arriver sur son cyclomoteur. Son époux, interrogé par Me Vergès, admettra : « On ne l’a pas vu mais il est peut-être venu" [223]. Réentendue en 1995 par le détective Roger-Marc Moreau chargé d'une contre-enquête par Me Vergès, elle ne pourra pas expliquer comment elle a fait pour préparer le repas tout en restant continuellement sur son balcon pendant le laps de temps indiqué. De surcroît, cette personne souffrirait de difficultés de concentration et présentait des troubles des facultés cognitives à la suite de séquelles liées à un accident vasculaire cérébral [224]

La question des scellés

Les scellés auraient subi divers avatars. Des échantillons de sang auraient été confiés, sans ordonnance du médecin légiste, à un pharmacien qui n’était pas équipé pour ce travail et se plaignait que le sang lui était arrivé détérioré. Les experts chargés de rechercher des empreintes sur le sac de la victime ne l’auraient reçu que cinq mois plus tard, sous scellé ouvert. Le Capitaine Cenci répond point par point à ces critiques dans son livre. Il explique notamment qu’en ce qui concerne le chevron, l’enquête a privilégié la recherche d’ADN à celle d’empreintes, ces études s’excluant mutuellement. Il note que si Me Vergès a cherché à créer le doute sur ces expertises et « la célérité de l’enquête », il ne lui a posé aucune question pendant le procès, à sa grande surprise : « N’ayant pas eu de question, je n’ai pas eu à ouvrir mon porte-documents » [225].

Le cinquième jour est consacré entre autres au profil de l’accusé, qui ne sait ni lire ni écrire dans aucune langue, comprend « les termes usuels de la langue française », est « poli et calme ». On examine en détail son handicap à la main droite, résultant d’un accident survenu en 1988, ce qui ne l’aurait pas empêché d’assassiner Ghislaine Marchal [226].

Après un exposé des experts et médecins sur les blessures de la victime, l’arme supposée du crime et sa datation, l’assistance écoute, « dans un silence de plomb », le Major Cenci donner sa version du scénario de l’agression (voir supra ). Me Vergès fait remarquer que l’enquêteur, en tant que témoin, n’a pas à donner son interprétation des faits, ni à faire un réquisitoire contre l’inculpé [227]. Il reproche à l’enquête d’avoir été orientée dès le début, et affirme que d’autres pistes n’ont pas été recherchées.

Photos détruites.

Me Vergès accuse notamment les enquêteurs d’avoir détruit la pellicule de photos « sans doute intéressantes » qui a été retrouvée dans l’appareil de Ghislaine Marchal. Le Capitaine Cenci s’étonnera de n’avoir pas été interrogé alors sur leur contenu : il s’agissait de photos de la propriété et de Mesdames Francine P. et Colette K. posant au bord de la piscine ; ces photos ont probablement été prises le mercredi 19 juin, jour où Francine P. confirme qu’elles avaient été invitées à déjeuner à La Chamade [228]

Me Vergès revient sur le voisin, Gilbert F., qui avait affirmé être au Maroc le jour du crime. Il fait remarquer que le billet et les tampons sur son passeport ne prouvent pas que c’est bien lui qui a fait ce voyage et demande pourquoi on n’a pas vérifié les affirmations de cet homme, en contradiction avec celles de sa compagne ? Il lui est répondu qu’il « ne ressemblait pas à Omar Raddad »[229].

Puis le débat porte sur l’incinération du corps de la victime, conformément à ses dernières volontés (voir supra). Le Capitaine Cenci dit avoir attendu en vain des questions de la défense à ce sujet [230].

« Impressionnisme judiciaire »[modifier | modifier le code]

À propos de ces journées, le journaliste Maurice Peyrot parle « d’impressionnisme judiciaire » : lorsque le dossier de l’accusation est maigre, la justice « a une méthode qui consiste à multiplier les doutes sur des aspects mineurs de l’accusation ». Ces multiples petites touches, ces petits éléments ne prouvent rien, mais en les accumulant, on finit par « créer un doute sur l’innocence » [231].

La journaliste Eve Livet dit du Président Djian qu’il prenait tout son temps, entrant minutieusement dans tous les détails, comme pour « avoir les jurés à l’épuisement ». Il était accusé par les avocats d’avoir « un parti pris certain de départ »[232].

Deux jurés démissionnent[modifier | modifier le code]

Deux jurés se retirèrent en deux jours, sous divers prétextes [233] Un autre juré confiera à VSD, après l’audience : « ça m’a fait mal, parce que je suis sûr qu’ils étaient comme moi, bouleversés, et qu’ils se sont retirés pour ne pas avoir à prendre parti ». Il parle d’une ambiance « anti-Omar ». Pendant les interruptions de séance, il y avait ceux qui « suivaient le président » et qui s’exprimaient le plus. Les autres, comme moi, restaient dans leur coin » [234].

Les inscriptions sur les portes sont présentées aux jurés.[modifier | modifier le code]

En début d’après-midi, le sixième jour, le Président fit apporter les deux portes avec les inscriptions en lettres de sang. « Les murmures se turent dans la salle et chacun retint son souffle » [235]. Ce fut un intense moment d’émotion. Selon Maître Henri Leclerc, avocat de la partie civile, « dire qu’elle n’a pas délivré ce message, c’est nier l’ultime manifestation de courage infini de cette femme agonisante » [236]. « Il est clair que ces portes ont eu un impact psychologique indéniable, et pour les enquêteurs, et pour la cour d’assises » dira plus tard le juge Renard [237]

Me Vergès conteste les expertises graphologiques[modifier | modifier le code]

Me Vergès conteste que l’écriture des messages soit celle de la victime et met en doute la pertinence des expertises graphologiques : il se lance dans l’évocation des affaires Gregory et Dreyfus, et conclut que les graphologues devraient être « écartés des tribunaux » [238]. Il entreprend de démontrer les dissemblances entre les lettres sur les portes et celles des mots croisés de Ghislaine Marchal [239], et obtient du graphologue Gilles Giessner qu’il admette « une probabilité des deux tiers qu’elle ait écrit, et d’un tiers non ». Les médecins, quant à eux, réaffirment que Ghislaine Marchal était restée lucide et savait ce qu’elle faisait [240].

Quant à la prostituée qui, lors de l’enquête, avait reconnu avoir eu Omar Raddad comme client, elle ne viendra pas finalement témoigner au procès. Elle avait écrit en janvier pour dire qu’elle ne viendrait pas, furieuse que son état civil ait été donné à la presse [241]. Le Président annonce qu’on ne l’a pas retrouvée, et lit à l’assistance la déposition de cette personne, la seule qui présente Omar sous un jour défavorable. Me Vergès laisse passer [242].

On a vu (voir supra) que le détective Roger-Marc Moreau[13] retrouvera cette femme en 1995, et qu'elle démentira sa déposition. Eve Livet retrouvera aussi sans difficulté F.X. quelques années plus tard et lui fera relire son procès-verbal d’audition. F.X affirmera qu’elle n’a « jamais dit ça », et regrettera son témoignage. Elle aurait signé sa déposition sans l’avoir lue [243].

Suivront la plaidoirie de Me Leclerc et le réquisitoire de l’avocat général, qui reprennent les conclusions de l’enquête, puis la plaidoirie de Me Pétillault pour la défense, qui soutient la thèse de la mise en scène et la datation du crime au 24 juin [244].

Le défenseur d'Omar Raddad[100], maître Jacques Vergès, met en avant notamment les éléments suivants :

  • Le chef de la gendarmerie a privilégié une hypothèse dès le départ. L’enquête a été bâclée et menée exclusivement à charge
  • La victime a été traînée par son meurtrier et ne s'est jamais relevée. L’écriture des messages n’est pas celle de Ghislaine Marchal.
  • Les légistes ont essayé de « faire coller » leurs constatations aux hypothèses des enquêteurs [245].
  • Quoique Omar dise ou fasse, il a toujours tort pour ses accusateurs : il arrive en avance à son travail, c’est qu’il veut « se faire voir », il est calme, c’est le calme d’un assassin, il se trompe sur l’heure de son appel téléphonique, c’est qu’il ment [246].
  • Il n’a pas de mobile, et il n’existe aucune trace de lui nulle part, aucun indice
  • Il n’y a aucune preuve qu’il ait pris l’argent dans le sac à main de la victime : quand il est arrivé à Toulon, il n’avait que très peu de liquide sur lui.
  • L’hypothèse de la présence du chevron a été rajoutée après coup pour expliquer le blocage de la porte
  • Les enquêteurs n'ont fait aucune investigation dans le milieu proche de la victime (héritiers potentiels, famille proche, milieu des affaires).

La condamnation à 18 ans de réclusion[modifier | modifier le code]

Le 2 février au soir, Omar Raddad est condamné à 18 ans de réclusion criminelle, les jurés le reconnaissant coupable du crime avec circonstances atténuantes[247]. Beaucoup de pénalistes présents lors du procès furent unanimes pour constater le peu de combativité de la défense devant les jurés et selon certains, le manque de connaissance du dossier de maître Vergès[100]. Jacques Vergès expliquera qu'il avait été volontairement sobre car, contrairement à ses autres procès médiatisés, il défendait un homme dont il était convaincu de la réelle innocence. Il n’aurait pas voulu de stratégie de rupture, susceptible d’indisposer les jurés [210].

À propos de l’attitude du Président Djian lors du délibéré, qui réunissait autour de lui les 9 jurés et deux autres magistrats, Me Vergès confiera à Eve Livet avoir été choqué par « le travail qu’il a fait pendant les six heures et demie dans le dos de la défense » [248]. Il pense qu’Omar aurait été acquitté sans la pression exercée par le Président pour amener les jurés à voter la culpabilité[249]. L’un d’entre eux accepta par la suite de confier au journal VSD ses impressions du délibéré : dès qu’une des personnes présentes manifestait des doutes sur la culpabilité d’Omar Raddad, le Président reprenait alors toute l’affaire, avec douceur et en détail. « C’était très subtil et très long […] et à la fin, on ne savait plus quoi penser ». Il décrit aussi les idées reçues de certains jurés sur « une supposée mentalité maghrébine » [250].

Une information judiciaire fut ouverte après cette publication, et les neuf jurés furent interrogés, ainsi que le journaliste de VSD, Antoine Casubolo. D’après l’arrêt du 1er décembre 1994 de la chambre d’accusation de la cour d’appel d’Aix en Provence, ce journaliste a admis n’avoir pu contacter aucun des jurés. À la suite de quoi fut rendue une ordonnance de non-lieu [251].

Après la condamnation, sur les marches du palais de justice, Me Vergès fera sensation en lançant une phrase qui marquera les esprits : « C'est la célébration de l'anniversaire du centenaire de l'Affaire Dreyfus. Il y a cent ans, on condamnait un officier qui avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier parce qu'il a le tort d'être maghrébin »[252].

Protestations après une condamnation controversée.[modifier | modifier le code]

Le verdict fut très critiqué, tant en France qu’au Maroc, où il souleva la colère de la population. En France, il va contribuer à relancer le débat sur la réforme de la cour d’assises, accusée de prononcer de lourdes condamnations sans preuves, et sans possibilité de faire appel [253].

Sabine Mariette, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature, estime que cette affaire est « révélatrice de tous les dysfonctionnements judiciaires » qui peuvent amener quelqu’un à la cour d’assises « sans que tout ce qui aurait pu être fait pour exploiter justement les éléments à décharge ne l’ait été », un système dans lequel « l’intime conviction » des enquêteurs et magistrats suffit à orienter celle des jurés [254].

Dix-huit avocats font paraître une déclaration, dès le 5 février, pour dénoncer la condamnation d’Omar Raddad « sans charge suffisante » et réclamer un nouveau procès. À la suite de quoi l’Union Syndicale des Magistrats s’indigne de cette déclaration, et fustige « une petite minorité d’avocats politisés et avides de publicité » qui dénigrent la justice [255].

Tentatives de réhabilitation d'Omar Raddad[modifier | modifier le code]

Rebondissements avortés et pourvoi en cassation[modifier | modifier le code]

À la suite du procès, deux détectives privés [256], sont mandatés par la défense pour mener une contre-enquête afin de trouver des éléments nouveaux susceptibles d’obtenir la révision de la condamnation. Maître Jacques Vergès sollicite les services du détective Roger-Marc Moreau, tandis que maître Georges Girard, l'un des deux premiers avocats d'Omar Raddad, recommandés par Moulay Hicham ben Abdellah el-Alaoui (neveu d'Hassan II qui vise la couronne), mandate de son côté le détective Bernard Naranjo, dont les investigations sont financées par un proche du roi Hassan II du Maroc[100],[257].

Création d'un comité de soutien et publication de deux livres.[modifier | modifier le code]

En mars 1994, l’académicien Jean-Marie Rouart fait paraître un livre sur l’affaire, au titre évocateur : « Omar La construction d’un coupable ». Il indique l’avoir écrit en trois semaines, « dans la hâte et dans la passion. L’indignation me brûlait » [258]. Son idée : Omar Raddad aurait été victime d’un complot, mettant en cause la famille de la victime et les juges, sur fond d’éventuels règlements politiques obscurs. Il critique l’enquête, s’indigne de l’incinération rapide du corps et de la destruction des dernières photos prises par la victime, soutient la thèse d’un assassinat le 24 juin, se glisse même dans le jardin de La Chamade en franchissant clôtures et haies, afin de prouver que l’assassin aurait pu entrer sans avoir de clé [259]. Il détaille les activités multiples, en Afrique notamment, et les nombreuses relations dans les milieux d’affaires, d’un des beaux-frères de Ghislaine Marchal et s’interroge sur les risques potentiels des contacts qu’il aurait pu avoir [260]. Il s’interroge aussi sur l’influence éventuelle de l’autre beau-frère de Ghislaine Marchal, le bâtonnier du Grandrut, et suggère dans un article du Figaro que «  la justice a donné l’impression de s’être laissé dicter ses décisions par une camarilla de « chers confrères » [261]

Très mobilisé sur cette affaire, il rencontre les avocats d’Omar Raddad, se fait inviter à une émission de Bernard Pivot et organise un comité de défense d’Omar Raddad en faisant signer une pétition à des personnalités, écrivains célèbres, académiciens, avocats [262]. Il fera même inviter Omar Raddad à l’Académie Française après sa libération [263].

À la suite d’une plainte en diffamation, examinée en janvier 2002, il sera condamné au paiement de dommages et intérêts à la famille de la victime. Les juges relèveront la gravité de ses propos, l’absence de preuves du prétendu complot, le manque de prudence dont il a fait preuve, se dispensant par exemple de contacter la famille de Ghislaine Marchal à propos de l’incinération ou des photos détruites. Pour les juges, son hypothèse ne repose « que sur des éléments épars, incomplets et dont la recherche est surtout la conséquence d’une conviction et non son préalable » [264]

C’est également en mars 1994 que paraît le livre de Me Vergès, « Omar m’a tuer Histoire d’un crime ». Vergès est à cette époque poursuivi par le parquet de Nice pour son commentaire sur le supposé racisme du verdict. Il reprend assez succinctement les détails de l’affaire, en insistant sur la critique des expertises graphologiques et des graphologues en général, et propose une réforme des assises. Sont visées la participation des magistrats au délibéré, l’absence de motivation des arrêts de la cour et l’impossibilité de faire appel d’une condamnation aux assises.

Rejet du pourvoi en cassation[modifier | modifier le code]

Le , le pourvoi en cassation formé par la défense de Raddad est rejeté, la Cour de cassation n'ayant relevé aucune faute de procédure et arguant que l'accusé a eu droit à un procès équitable[26].

Nouvelles hypothèses[modifier | modifier le code]

La camionnette du peintre[modifier | modifier le code]

Près de trois mois après le verdict de la cour d'assises, Jacques Vergès avait tenu une conférence de presse, le , en compagnie d'une Néo-Zélandaise, Patricia C., résidente épisodique de Mougins. Elle s'était manifestée à la suite de la lecture du livre de Jacques Vergès, Omar m'a tuer : Histoire d'un crime. Le jour du crime, elle aurait remarqué devant son domicile, situé à quelques kilomètres de la villa de Ghislaine Marchal, une camionnette apparemment abandonnée avec, à l'intérieur, des traces de sang et des chevrons de bois à l'arrière[265]. Le véhicule aurait disparu quelques jours plus tard. Après vérifications, la gendarmerie de Mougins constate qu'un peintre, voisin de Mme Patricia C., possède une camionnette correspondant à cette description, et qu'il lui est arrivé effectivement de transporter des planches de bois et un produit rouge pour la moquette, que le témoin a pu confondre avec du sang[266].

Le « second Omar ».[modifier | modifier le code]

Fin mai 1994, le journal Libération mentionne la piste d’un « second Omar ». Le détective Bernard Naranjo aurait appris que Ghislaine Marchal connaissait un jeune homme prénommé Omar. Elle aurait été vue en sa compagnie quelque temps avant le meurtre devant un casino.

La gendarmerie de Mougins interroge cette personne et conclut qu'il s'agit d'une dénonciation calomnieuse étant donné que ce jeune homme, résidant à quinze kilomètres de Mougins, n'aurait absolument aucun lien avec Ghislaine Marchal. Il n'avait de commun avec l'accusé Omar Raddad que le prénom[267]. Eve Livet signale que la Chancellerie a demandé au Parquet d'ouvrir une enquête à ce sujet, mais n'en a trouvé aucune trace dans le dossier. Elle se demande si ce n'est pas lui que les criminels auraient voulu désigner, pour le faire accuser d'un crime qu'il n'aurait pas commis [268].

Le codétenu de Mohamed M.[modifier | modifier le code]

Le , Mohamed M., ancien détenu de la prison de Clairvaux, révèle, dans le journal quotidien marocain L’Opinion, qu'un de ses anciens codétenus lui aurait confié être le véritable assassin de Ghislaine Marchal. Il aurait eu comme petite amie une ancienne femme de ménage de Ghislaine Marchal, renvoyée à la suite de la disparition d’une somme d’argent. Ayant entrepris de cambrioler la villa, ils auraient été surpris par Ghislaine Marchal et l’auraient tuée. C'est lui qui aurait écrit "Omar m'a tuer" [269]. Une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Grasse afin d'interroger le détenu en question, Alain V-B. Celui-ci est rapidement mis hors de cause, car le jour du crime, il était hospitalisé à Saint-Roch, à Nice, après un accident de moto. Le témoignage de Mohamed M. apparaît d'ailleurs en contradiction avec les éléments relevés par la gendarmerie de Mougins, qui n'avait constaté aucune effraction ni aucun vol à la Chamade. La piste d’un cambriolage qui aurait mal tourné avait été écartée à l'époque. L'enquête du détective Roger-Marc Moreau permettra d'établir qu' Alain V-B, pour se faire mousser et jouer au dur en prison, se serait attribué des faits dont il aurait eu connaissance par une ancienne petite amie, qui avait fréquenté [270] l'un des fils de la femme de ménage de Ghislaine Marchal.

Qui est venu à La Chamade le dimanche 23 juin ?[modifier | modifier le code]

À la suite de l’affaire de la « faute de frappe » du rapport d’autopsie, concernant la date du décès de la victime, la défense va s’attacher à démontrer que le crime avait eu lieu le lundi 24 juin dans la matinée. Plusieurs éléments l’orientent dans cette direction :

    • Lors du procès, la femme de ménage a mentionné un appel téléphonique reçu par Ghislaine Marchal le samedi matin 22 juin, à la suite duquel sa patronne lui avait donné son congé jusqu’au mardi. La défense s’interroge : pourquoi ce congé donné le lundi ? Ghislaine Marchal attendait-elle quelqu’un [271] ?
    • Deux maçons, qui travaillaient à proximité de La Chamade le lundi 24 juin, furent interrogés par les gendarmes le 26 juin. Fabrice A. se souvint de l’arrivée d’Erika S. en fin de matinée, tandis que Salem El O., se rappela seulement l’arrivée d’un homme blond conduisant une Volvo rouge type Land Rover. Il dit avoir entendu une femme crier de l’intérieur de la maison : « Qui est là ? ». Il se souvint aussi avoir vu deux dames entrer dans la propriété [272]. La défense se demande qui étaient ces personnes présentes le 24 à La Chamade.
    • Un voiture immatriculée en Suisse a été vue devant la Chamade par la gardienne d’une villa voisine, le 23 juin en fin d’après-midi. La défense s’interroge sur une éventuelle « piste Suisse » qui aurait été négligée [273]. En ce qui concerne la journée du lundi, on sait que Ghislaine Marchal avait invité son amie Erika S. à déjeuner, lui demandant même d’apporter les journaux, puisque la femme de ménage, qui s’en charge habituellement, ne viendrait pas. Contactée par Guy Hugnet, Erika S. confirma que les deux amies avaient prévu de pique-niquer au bord de la piscine le lundi 24, et n’avaient aucun besoin de service à cette occasion [274]. Les gendarmes vont déterminer sans difficulté que la voiture rouge décrite par l’ouvrier correspond au signalement du 4 x 4 Lada Niva rouge du médecin de Ghislaine Marchal, venu participer aux recherches dans l’après-midi. La voix de femme qui répond à son coup de sonnette est celle de Francine P. ou celle de sa gardienne, présentes sur les lieux dans l’après-midi avec l’employé de la société de gardiennage, venu aussi en voiture (voir supra) [275]. La voiture immatriculée en Suisse correspond à l’Audi de Colette K., qui avait attendu en vain Ghislaine Marchal pour déjeuner, et s’était rendue sur place en fin d’après-midi le dimanche 23 [276].
Une piste italienne[modifier | modifier le code]

Le 3 septembre 1998, le Midi Libre fait état d'une nouvelle piste, levée par Bernard Naranjo : deux italiens et une femme auraient perpétré le forfait, en raison d'un important litige financier avec la victime. Nouvelle piste passée assez inaperçue dans les médias car elle coïncidait avec la libération d'Omar Raddad, le 4 septembre 1998 [277].

L’Ordre du Temple solaire.[modifier | modifier le code]
  • En 2002, Rouart est contacté par un certain Guy M., chauffeur du gourou de la secte de l’Ordre du Temple Solaire, Joseph Di Mambro. Guy M., au volant d’une Bmw prune immatriculée en Suisse, aurait conduit trois personnes à La Chamade le lundi 24 juin vers 11h45, (à l’heure où Erica S. sonne à la porte de son amie), et serait revenu les chercher vers 14h15 ( à l’heure de l’arrivée de l’employé de la société de gardiennage) [278]. Guy M. sera invité dans l’émission de Thierry Ardisson du 28 janvier 2002,. Mme Marchal serait devenue membre de cette secte, qui aurait décidé de la supprimer à la suite d’un différend financier. Mais il ne fournit aucune preuve de ces affirmations. Il s’avère que ce Guy M. a été condamné pour chantage en Suisse en 1979, puis condamné pour diverses escroqueries à Lausanne en 1997 [279] Solène Haddad estime que « toutes ces pistes, plus ou moins farfelues, plus ou moins honnêtes dans leur traitement, n’ont peut-être pas agi en faveur de l’accusé » [280].
Que sait-on de la vie de Ghislaine Marchal ?[modifier | modifier le code]
  • La défense d’Omar Raddad a beaucoup reproché à l’enquête de ne pas avoir effectué d’investigations dans la vie et les relations de la victime, le dossier étant vide sur ces questions. « Tellement vide que cela en est suspect » estime Eve Livet. Interrogé à ce sujet, le juge Renard avait admis : « Elle était très discrète et secrète sur ses amis, on ne lui a connu personne […] » [281]. Ghislaine Marchal n’aimait pas que l’on se mêle de ses affaires. Ses amis la disaient « secrète ». Il lui arrivait de partir, pour une durée plus ou moins longue, sans dire où elle allait, indique Colette K. qui dit ignorer si elle avait un amant. Ses amis mentionnent une relation ancienne qu'elle aurait eue avec un grec, et plus récente avec « un italien qui a un bateau », mais personne n’a l’air de savoir vraiment [282] Elle était active tard dans la nuit, aimait téléphoner jusqu’à 2h du matin, et écrire longuement sur « un gros cahier », qui n’a pas été retrouvé. Arlette B. se demande si elle n’écrivait pas ses mémoires [283].

Grâce présidentielle[modifier | modifier le code]

Le , le président Jacques Chirac accorde une grâce partielle à Omar Raddad, réduisant sa peine de quatre ans et huit mois, notamment sur la demande du roi Hassan II du Maroc, un accord secret prévoyant en échange la libération d'un Franco-Marocain détenu au Maroc[26],[284].

Omar Raddad, qui pouvait bénéficier d’une libération conditionnelle à mi-peine au bout de neuf ans, peut donc espérer être libéré au bout de six ans et demi, soit en janvier 1998, à condition de fournir une adresse et un emploi. Si l’adresse de sa famille à Toulon a été acceptée rapidement par la justice, il n’en fut pas de même pour son emploi. Les deux premières propositions d’emploi seront rejetées par la garde des Sceaux, Élisabeth Guigou. En effet, le premier emploi était une place de jardinier chez une riche veuve du Var, situation offrant de scabreuses similitudes avec l'emploi qu'occupait Omar Raddad chez Mme Marchal. Le deuxième était l'entretien d'une propriété chez un avocat d'Aix-en-Provence. Finalement, le poste de coursier dans une conserverie de viande de Marseille reçoit un avis favorable d’Élisabeth Guigou[285].

À l'issue d'une campagne de presse menée par l'avocat Jacques Vergès, l'écrivain Jean-Marie Rouart et le détective Roger-Marc Moreau, Omar Raddad est libéré le . Il a eu un comportement irréprochable en détention, d'où l’avis favorable émis en février de cette année-là par le comité consultatif de libération conditionnelle. Omar Raddad retrouve la liberté dans le cadre d'une mesure de libération conditionnelle pour éviter toute récidive. Omar Raddad a fait quarante-cinq jours de grève de la faim et a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des lames de rasoir[286].

Tentatives de révision[modifier | modifier le code]

Le , six ans exactement après la condamnation d'Omar Raddad, la Commission de révision des condamnations pénales a ordonné de nouvelles investigations et notamment, une nouvelle expertise d'écriture pour savoir si Mme Marchal est l'auteur des inscriptions « Omar m'a tuer ». Deux experts ont été nommés : Anne Bisotti et Françoise Ricci D'Arnoux. De plus, à la demande de la défense, le , la justice a ordonné une nouvelle expertise sur les portes et sur le chevron de bois ayant servi à frapper Ghislaine Marchal. Sur les trois supports ils découvriront des ADN.

Le , après vérification, les experts ont déclaré que les ADN masculins retrouvés sur les portes de la chaufferie et sur le chevron n'étaient pas celui d'Omar Raddad, sans toutefois être en mesure de préciser à qui appartenaient ces empreintes génétiques, ni leur provenance. En revanche, deux ADN masculins ont bien été retrouvés sur les portes et le chevron, mêlés au sang de la victime (rendant impossible l'hypothèse d'ADN d'enquêteurs). Selon l'accusation, la scène de crime aurait peut-être été « polluée » après les premières constatations des enquêteurs – les gendarmes, pour être précis – et les conditions de prélèvement des ADN ne seraient pas documentées.

Le , la commission de révision des condamnations pénales a décidé de saisir la Cour de révision, car des éléments nouveaux inconnus au moment du procès devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes avaient été confortés par les expertises. Le premier est la découverte d'un ADN masculin qui n'est pas celui d'Omar Raddad. Le deuxième est la nouvelle expertise graphologique, établissant que "Madame Marchal n'est pas l'auteur des inscriptions" [287]. Cependant, la Cour de révision va quelques mois plus tard, le , rejeter la demande de révision de la condamnation en affirmant que les éléments nouveaux invoqués ne lui paraissaient pas de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné.

À la suite de démarches effectuées auprès du ministère de la justice par Maître Sylvie Noachovitch, la nouvelle avocate d'Omar Raddad, le , le parquet de Grasse a demandé à un expert d'établir un profil génétique à partir des traces d'ADN retrouvées en 2001[288]. Le 29 juin 2011, le parquet de Grasse a indiqué qu'il n'était pas en mesure d'établir un profil génétique à partir des traces d'ADN retrouvées mélangées au sang de Ghislaine Marchal en 1991 : « On nous a demandé d'extraire du matériel génétique pour établir un profil génétique. Ce qui n'a pas été possible puisque les prélèvements avaient déjà été utilisés dans le cadre de la procédure », a précisé le parquet de Grasse. Cependant ces profils génétiques, provenant très vraisemblablement de sécrétions de sueur, ont été relevés sur trois supports distincts, les deux portes de la chaufferie (où figuraient les célèbres inscriptions accusatrices), ainsi que sur le chevron manipulé par le meurtrier pour frapper Ghislaine Marchal. Il a été établi qu’aucun des deux ADN n'est celui d'Omar Raddad. Or, le fait que ces traces génétiques se trouvent seulement mêlées au sang et nulle part ailleurs (comme le démontreront les tamponnements effectués) et, en outre, sur trois supports différents éloignés les uns des autres, semble bien prouver qu'il ne peut pas s’agir d’ADN de contamination[réf. nécessaire].

Toutefois, selon l'avis d'un expert sollicité par la chancellerie, il est toujours possible de faire de nouveaux prélèvements sur les traces de sang se trouvant sur les deux portes et sur le chevron et donc de procéder à de nouvelles analyses génétiques surtout à l'aune des importants progrès effectués en cette matière et en particulier des techniques d'amplification de l'ADN. Selon les représentants de la défense, cela permettrait d'inscrire lesdits profils ADN découverts sur la scène du crime au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) et éventuellement de procéder à des comparaisons avec les profils de personnes faisant l'objet de présomptions. En septembre 2013, la chancellerie a donné son accord pour que de nouveaux tests ADN soient effectués[289]. Cependant, le procureur ne donne pas suite à la demande de l’avocate d’Omar Raddad, Me Sylvie Noachovitch. En octobre 2014, en vertu de la nouvelle loi sur la réforme des condamnations pénales[290], Maître Noachovitch envoie une nouvelle demande d’expertise ADN sur deux portes et un chevron[291].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

En 2007, Roschdy Zem achète les droits d'adaptation du livre Pourquoi moi ? écrit par Omar Raddad et Sylvie Lotiron et sorti en 2002 aux éditions du Seuil[292] et explique son but de reprendre « l'histoire d'un jeune homme qui avait énormément souffert d'avoir été accusé à tort d'un meurtre »[293]. Le film Omar m'a tuer est sorti le 22 juin 2011 en France. Omar Raddad y est interprété par Sami Bouajila, et Jacques Vergès par Maurice Bénichou.

Déclinaisons autour d'« Omar m'a tuer »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Omar m'a tuer.

L'affaire Omar Raddad est devenue célèbre en partie à cause de la faute d'accord de l'inscription « Omar m'a tuer » qui aurait dû ici être « Omar m'a tuée ». Cette faute d'accord semble assez surprenante de la part d'une veuve présentée comme de bonne famille et cultivée mais les gendarmes remarquent des fautes similaires dans les documents saisis de celle-ci. Des bulletins de paie contiennent la même faute quand la victime écrit « payer par l’employeur »[294] mais ce point est vivement contesté par la défense d'Omar Raddad et par des journalistes s'étant penchés sur le dossier[27],[28],[29].

« Omar m'a tuer » sera ensuite souvent reprise en clin d'œil à l'affaire, notamment dans des titres de presse ou de livres. Dans certains cas, c'est parce qu'il y a un lien avec l'affaire, par exemple le titre de Libération « Chirac m'a gracier »[295]. Dans d'autres cas, le clin d'œil constitue le seul lien avec l'affaire Omar Raddad. C'est le cas par exemple du « Omar m'a échapper » du Canard enchaîné (il s'agit du Mollah Omar)[296].

Plus généralement, « m'a tuer » est la partie de la phrase qui est largement réutilisée car elle contient une faute de conjugaison[297].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Omar Raddad réclame sa réhabilitation », sur nouvelobs,
  2. Vergès p. 27, Hugnet p. 13.
  3. Cenci p. 62-63, Foucart p. 15, Livet p. 42-43.
  4. Cenci p. 63 et 195, Foucart p. 16-17, Vergès p. 13, Hugnet p. 15.
  5. Foucart p. 17, Hugnet p. 17-18
  6. Cenci p. 26-27, Vergès p. 15.
  7. Cenci p. 31-32, Livet p. 160 et 168, Vergès p. 56
  8. Cenci p. 75, Livet p. 168
  9. Foucart p. 19, Cenci p. 36, Vergès p. 20.
  10. Cenci p. 37 et 56 à 58, Vergès p. 20
  11. Cenci p. 67
  12. Foucart p. 19
  13. Foucart p. 36, Livet p. 191
  14. Vergès p. 20 et 73
  15. Cenci p. 58
  16. Entretien avec Eve Livet, Livet p. 184-188
  17. Livet p. 189, Cenci p. 59.
  18. Photo de la porte de la cave à vin
  19. Photo de la porte de la chaufferie
  20. a et b Le Monde, Grandes affaires criminelles, « Omar m'a tuer », . et Rouart p. 94, Cenci p. 39
  21. Cenci p. 41-42.
  22. Cenci p. 357 et 232.
  23. Cenci p. 38.
  24. Raddad p. 117, Livet p. 177
  25. Omar Raddad innocent : c'est du cinéma !, Philippe Bilger, , article publié sur son blog.
  26. a, b, c, d, e et f Faites entrer l'accusé - Omar Raddad, le coupable désigné, 2002. Cette version, reprise ultérieurement dans une émission jugée par la défense d'Omar Raddad comme étant particulièrement partiale (la société de production ayant même été condamnée en diffamation à la suite de la diffusion du reportage), est toutefois réfutée par l'intéressée qui a été, avec sa famille, un des principaux soutiens à la thèse de l'innocence de leur ancien jardiner.
  27. a et b « “Omar m'a tuer” - L'affaire Omar Raddad », Les Faits Karl Zéro, 2011.
  28. a et b Jacques Vergès, « Omar m'a tuer » : histoire d'un crime, Paris, M. Lafon, 1994, 237 p. (ISBN 978-2-84098-032-2)
  29. a et b Christophe Deloire et Roger-Marc Moreau, Omar Raddad : contre-enquête pour la révision d'un procès manipulé, Paris, Raymond Castells, , 216 p. (ISBN 9782912587398)
  30. Cenci p. 270, Livet p. 178
  31. Cité par Cenci p. 352.
  32. Livet p. 240, Rouart p. 94.
  33. Haddad p. 71-73, Foucart p. 80
  34. Livet p. 175
  35. Haddad p. 75 à 77
  36. Livet p. 174
  37. Cenci p. 317-319
  38. Bouzon-Thiam p. 57. On trouvera des reproductions des lettres des mots croisés de Ghislaine Marchal, confrontées à celles des portes, dans les ouvrages suivants : Vergès p. 45-49, Bouzon-Thiam p. 55-65, Hugnet p. 192-193 (on notera que les lettres figurant en couverture de son livre ne sont pas la reproduction d'un des messages tracés sur les portes).
  39. Cenci p. 32
  40. Livet p. 167, Cenci p. 84
  41. Cenci p. 83-86
  42. Vergès p. 57
  43. Vergès p. 58, Livet p. 160
  44. Livet p. 166-168 Croquis en annexe
  45. La démonstration sera filmée et diffusée, à plusieurs reprises, à la télévision (sur TF1 dans Témoin numéro 1 et Sans aucun doute, sur {{{1}}} dans La Marche du siècle)
  46. Cenci p. 321
  47. a et b Georges Cenci, « Les deux premiers avocats de Raddad ont avancé la thèse d'une mise en scène. Était-elle possible ? », Omar l'a tuée,‎ (lire en ligne)
  48. Livet p. 170-171
  49. Cenci p. 65 et p. 263, Voir aussi le « Rapport de synthèse des enquêteurs » in Livet p. 121-122
  50. Cenci p. 66-68.
  51. Cenci p. 121-126.
  52. Cenci p. 48 et 122-124
  53. Cenci p. 70-72, Livet p. 121 et p. 198-199, Vergès p. 35-36
  54. Livet p. 236, Cenci p. 282
  55. Livet p. 200
  56. Cenci p. 73
  57. Rouart p. 94
  58. Cenci p. 73-74
  59. Cenci p. 74-75
  60. Cenci p. 76-77
  61. Cenci p 77, Vergès p. 35-40
  62. Rouart p. 71-72, Vergès p. 76 et 84
  63. Livet p. 243
  64. Vergès p. 52-53 et 77, Rouart p. 164
  65. Vergès p. 76-77, Livet p. 192, Raddad p. 117
  66. Rouart p. 88 107 Vergès p. 85
  67. Livet p. 190/191
  68. Vergès p. 75
  69. Moreau p. 202
  70. a et b Rouart p. 107
  71. Cenci p. 153 et 157
  72. Rouart p. 108.
  73. Rouart p. 120
  74. Vergès p. 85, Cenci p. 83
  75. Raddad p. 85
  76. Hypothèse mise en scène dans le film Omar m'a tuer, réalisé par Roschdy Zem et sorti le 22 juin 2011
  77. Cenci p. 97-98 et 265
  78. Cenci p. 69
  79. Raddad p. 18
  80. Raddad p. 21-25
  81. Raddad p. 26-28
  82. Raddad p. 9 et 164, Cenci p. 54, Foucart p. 41
  83. Cenci p. 43-45
  84. Cenci p. 335-336
  85. Cenci p. 45
  86. Cenci p. 146
  87. Raddad p. 34. La femme de chambre de Ghislaine Marchal témoignera qu’Omar ne comprenait pas toujours les instructions de sa patronne : Cenci p. 147
  88. Raddad p. 11
  89. Raddad p. 45
  90. Cenci p. 175. Voir aussi le témoignage d’un ancien employeur d’Omar Raddad, selon lequel il comprenait mal le français : Cenci p. 226.
  91. Raddad p. 35, Livet p. 108, Cenci p. 111
  92. Raddad p. 37-38
  93. Cenci p. 156
  94. Cenci p. 87, Livet p. 71, Raddad p. 39- 40
  95. Livet p. 36
  96. Livet p. 37
  97. Cenci p. 247-248.
  98. Rouart p. 17
  99. Cenci p. 247 et 368-370
  100. a, b, c, d et e Guy Hugnet, « L'affaire Omar Raddad », émission L'Heure du crime sur RTL, .
  101. Cenci p. 370, Foucart p. 36, Haddad p. 135-138.
  102. - LE ROMAN DU JUGE RENARD, Le Point, .
  103. « Le procès-verbal aux fins d'inhumer », sur omarlatuee.free.fr (consulté le 29 août 2016)
  104. Cenci p. 61- 63, Livet p. 42.
  105. Livet p. 52
  106. « Compléments d'expertise sur la datation de la mort », sur omalatuee.free.fr, (consulté le 29 août 2016)
  107. Cenci p. 59
  108. Livet p. 55-56
  109. Cenci p. 60, Livet p. 57
  110. Les médecins légistes avaient également indiqué que la victime avait les yeux clairs (ce qui est confirmé par les photographies figurant au dossier). Normalement, ce point est important pour situer l'heure de la mort, en effet, lorsqu'une personne décède, ses yeux deviennent opaques au bout de cinq à six heures, huit heures maximum (sauf chez les noyés), il s'agit d'un phénomène physique naturel bien connu, affectant la transparence de la cornée et baptisé par les scientifiques : "le voile glaireux de Winslow".
  111. Livet p. 58-61 et 234-235.
  112. Livet p. 57
  113. Hugnet p. 138
  114. Cenci p. 159.
  115. Cenci p. 46 à 48
  116. Livet p. 71-72
  117. a et b Cenci p. 48
  118. Raddad p. 30 et 40
  119. Livet p. 73
  120. Cenci p. 222
  121. Vergès p. 64 citant le rapport des gendarmes Cenci p. 90
  122. Raddad Note 1 p. 30 citant Libération du 5 septembre 1991 Vergès p. 64-65
  123. Raddad p. 31 note 1 citant Libération du 5 septembre 1991
  124. Cenci p. 46, 48, 90-92 et 224-225, Hugnet p. 101-103 et Raddad Note 1 p. 30 citant Libération du 5 septembre 1991 Moreau p. 61 La description de cette scène est confuse : à la lecture de ce qu’en ont rapporté le Capitaine Cenci, Guy Hugnet, Omar Raddad dans son livre et Jean-Pierre G. interrogé par Libération, on ne comprend pas la configuration des lieux (la disposition de la cour, du hall, de l’interrupteur mentionné, l’emplacement des mobylettes, de la réserve), ni à quel moment telle ou telle personne est montée à l’étage, ni même si l’homme aperçu par Omar Raddad entrait ou sortait de l’immeuble (voir Cenci p. 90 et 91). Ces circonstances auraient dû donner lieu à une reconstitution in situ car, à cette tranche horaire, l’alibi éventuel de l’inculpé en dépendait largement.
  125. Cenci p. 91
  126. Livet p. 125-126
  127. Cenci p. 48, Livet p. 131
  128. Cenci p. 46
  129. Un appel confirmé par {{{1}}}, de la cabine 407 rue Franklin-Roosevelt au Cannet à 12 h 51 min 19 s, d'une durée de 2 min 17 s, celle-ci est située à proximité de son domicile, donc à 5 km environ de La Chamade et Livet p. 131
  130. Raddad p. 32
  131. Cenci p. 95-96 et 210
  132. Voir le détail de l’itinéraire chronométré dans Livet p. 122-125
  133. Livet p. 76
  134. Livet p. 77
  135. Cenci p. 133-138, Livet p. 239, Hugnet p. 109
  136. Livet p. 74
  137. Livet p. 75
  138. Hugnet p. 110-111
  139. Cenci p. 210-215
  140. Livet p. 230-231
  141. Livet p. 90-92
  142. Cenci p. 97
  143. Cenci p. 69-70
  144. Cenci p. 101
  145. Cenci p. 110-111
  146. Raddad p. 62
  147. Cenci p. 104 et 107
  148. Livet p. 103-106, Raddad p. 91
  149. Cenci p. 106
  150. Livet p. 118
  151. Livet p. 118 et 105
  152. Livet p. 116
  153. Raddad p. 61
  154. Livet p. 114
  155. Raddad p. 97, Cenci p. 119, Livet p. 117-118.
  156. Rouart p. 143, Cenci p. 112, Livet p. 109-110
  157. Cenci p.110
  158. Livet p. 119, Cenci p. 99
  159. Livet p. 128
  160. Raddad p 59, Livet p. 136-137, Cenci p 129.
  161. Cenci p. 232, Hugnet p. 164
  162. Livet p. 127 et 194
  163. Les traces et microtraces dans l'affaire Omar Raddad
  164. Cenci p. 230-233 et 267, Livet p 194-195
  165. Livet p.137 et 197, Cenci p 129
  166. Livet p. 131 et 138
  167. Cenci p. 59 et 120 et 160, Livet p. 131-132
  168. Hugnet p. 179
  169. Cenci p. 126-127, Livet p. 129
  170. Livet p. 129
  171. a et b Livet p. 139-141
  172. Raddad p. 66-67
  173. Raddad p. 66-68
  174. Livet p. 129
  175. Livet p. 149
  176. Livet p. 142-143
  177. Livet p. 143, Hugnet p. 170-171.
  178. Cenci p. 127-129
  179. Livet p. 205
  180. Note : il s’agit en fait de l’achat de sa chaine en or par Latifa. C’est le magasin qui a « négocié la vente » de cette chaîne, comme le précise le Capitaine Cenci p. 177, voir aussi Livet p.144
  181. Livet p. 144-145
  182. Livet p. 147- 149
  183. Cenci p. 50
  184. a et b Livet p. 147
  185. « Le procès K-Omar Raddad » sur Canal+ et « Secrets d’actualité » du 20 novembre 2000 sur M6 Cenci p. 330-335
  186. Cenci p. 152
  187. Livet p. 146
  188. Livet p. 201-202, Cenci p. 142-144
  189. Livet p. 202, Cenci p. 142
  190. Livet p. 201, Cenci p. 143
  191. Cenci p. 143
  192. Cenci p. 143, Livet p. 202, Vergès p. 83-84
  193. Raddad p 69, Livet p.205
  194. Livet p. 206-208, Raddad p. 72-7
  195. Livet p. 209
  196. Raddad p. 88-90
  197. Raddad p. 83-84
  198. Livet p. 214-216
  199. Livet p. 218
  200. Cenci p. 171
  201. Livet p. 218-219
  202. Cenci p. 172, Haddad p. 174
  203. a et b Livet p. 221
  204. Cenci p. 177
  205. Cenci p. 179-183
  206. Raddad p. 114
  207. Livet p. 221-223, Raddad p. 97-98
  208. Raddad p. 114 Au sujet de l’orientation de l’enquête sur les pratiques religieuses d’Omar Raddad, voir aussi Livet p. 223-224.
  209. Livet p. 224
  210. a et b Livet p. 248
  211. Haddad p. 177 et 182, Livet p. 224-225 et 272
  212. Cenci p. 186
  213. Cenci p. 188, Livet p. 226, Rouart p 134
  214. Cenci p.147-150
  215. Cenci p. 186-187, Livet p. 226
  216. Raddad p. 99
  217. Cenci p. 192
  218. Haddad p. 167-168, Livet p. 227 et 257, Moreau p. 131-133.
  219. Omar p. 99
  220. http://www.contre-enquete-judiciaire.fr/blog/photo-468831-8862993-portrait_du_criminaliste_roger_marc_moreau.html
  221. Rouart p. 143, Cenci p 209-210
  222. Cenci p. 210-215, Livet p. 230-231, Vergès p. 66-67.
  223. Cenci p.93 et 226-227, Livet p. 68-70 et 232
  224. Cenci p. 227, Vergès p. 65-66, Moreau p. 62-63.
  225. Cenci p. 228-231
  226. Cenci p. 236
  227. Haddad p. 199-200, Cenci p. 243
  228. Cenci p. 244-245.
  229. Livet p. 236
  230. Cenci p. 247
  231. Livet p. 230, voir aussi Raddad p. 114-115
  232. Livet p. 220
  233. Cenci p. 249, Livet p. 239-241
  234. Livet p. 241 citant VSD n°858, 10 au 16 février 1994
  235. Livet p. 239
  236. Livet p. 243
  237. Entretien du juge Renard avec Eve Livet Livet p 202, Voir aussi Foucart p 174, Cenci p 251-258
  238. Livet p. 244, Cenci p. 288
  239. Vergès p. 43-51
  240. Livet p. 240-241, Cenci p. 251-258
  241. Livet p. 112
  242. Livet p. 241-242
  243. Livet p. 112-113
  244. Livet p. 242-243
  245. Haddad p. 208
  246. Haddad p. 209, Livet p. 244 et suivantes
  247. Jean-Marie Rouart, « Un nouveau jugement pour Omar Raddad », sur le Monde,
  248. Livet p. 248 citant son entretien avec Me Vergès pour le film Le Procès K Omar Raddad
  249. Livet p. 247 citant VSD n°858, 10 au 16 février 1994, Raddad p. 111
  250. Livet p. 247 et 241.
  251. Cenci p. 299-300
  252. Dominique Conil, op. cit., p. 257
  253. Haddad p. 213-214, Livet p. 273-274.
  254. Livet p. 211 et 270 Entretien de Sabine Mariette avec Eve Livet pour le film Le procès K Omar Raddad, Haddad p. 214.
  255. Haddad p. 214-215, Rouart p. 185-186
  256. Les méthodes de ces détectives ont été mises en cause par plusieurs personnes, dont le journaliste Guy Hugnet dans son livre Omar m'a tuer Affaire Raddad Le vrai coupable (op. cité)
  257. Livet p. 252, Cenci p. 20, 297, 305, Hugnet p. 86
  258. Rouart p. 7
  259. Cenci p. 376
  260. Rouart p. 182 et 19
  261. Le Figaro du 26 juin 2001 cité par Cenci p. 372-373, voir aussi Livet p. 271, Rouart p. 175.
  262. Rouart p. 24-25, Moreau p. 9-10
  263. Raddad p. 143-144
  264. Cenci p. 377
  265. L'affaire Omar Raddad : fait nouveau, INA.
  266. Cenci p. 301-302, Livet p. 253.
  267. Cenci p. 302-303, Livet p. 253-254
  268. Livet p.254
  269. Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, « ENQUETE OMAR », sur Ina.fr, (consulté le 10 avril 2017)
  270. Moreau p. 167-170
  271. Moreau p. 133, Haddad p. 167-168
  272. Hugnet p. 38-39 et 66, Cenci p. 325
  273. Cenci p. 326
  274. Hugnet p. 34 et 40
  275. Hugnet p. 67, Cenci p. 325
  276. Livet p. 48-49, Hugnet p. 89
  277. Livet p.266, Raddad p.81
  278. Cenci p. 381-382
  279. Hugnet p. 146, voir aussi Cenci p. 382
  280. Haddad p. 221
  281. Livet p. 255
  282. Livet p. 18, Vergès p. 27, Hugnet p. 13, Rouart p. 58
  283. Livet p. 18-19
  284. Stephen Smith, « Chirac offre la grâce partielle d'Omar Raddad à Hassan II », Libération,‎ (lire en ligne).
  285. « Omar Raddad sort de prison demain », La Dépêche, .
  286. http://fides.ifrance.com/html/raddad1.html
  287. Cenci p. 365
  288. http://www.europe1.fr/France/Affaire-Raddad-exploitation-de-l-ADN-533415/
  289. http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/analyses-de-la-derniere-chance-pour-omar-raddad-04-09-2013-3105289.php
  290. Possibilité pour l'avocat qui envisage de « saisir la cour de révision et de réexamen d'une demande en révision de saisir le procureur de la République d'une demande écrite et motivée tendant à ce qu'il soit procédé à tous actes préalables qui leur paraissent nécessaires à la production d'un fait nouveau ou à la révélation d'un élément inconnu au jour du procès ». Source : LOI no 2014-640 du 20 juin 2014 relative à la réforme des procédures de révision et de réexamen d'une condamnation pénale définitive
  291. Christelle Monteagudo, « Affaire Omar Raddad : l’enquête relancée ? », sur Lyon Capitale,
  292. Pascale Égré, « Omar Raddad, gracié mais toujours traumatisé », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  293. « Un film sur l'affaire Omar Raddad en tournage dans la région », Nice Matin,‎ (lire en ligne)
  294. http://www.police-scientifique.com/omar-raddad/les-expertises-en-%C3%A9criture/
  295. Orthographe et identité
  296. Jacques Bres, Dialogisme et polyphonie : approches linguistiques
  297. François Krug, « « Sarko m'a tuer » : pourquoi le titre de Rue89 vous a choquer », Rue89,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Chanson[modifier | modifier le code]

Le rappeur Sayto fait allusion à Omar Raddad et Patrick Dils dans sa chanson Justice Imparfaite. On l'entend dire : « une pensée pour Omar Raddad, Patrick Dils victime d'erreur judiciaire, un jugé pour son Faciès deux les faux aveux d'un môme de 16 piges à cause de la pression des keuf »(2017)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]