Affaire Omar Raddad

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Affaire Omar Raddad
Omar Raddad en 2011.
Omar Raddad en 2011.

Nature du crime Homicide volontaire
Type de crime Meurtre
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Mougins
Type d'arme Chevron de bois, arme blanche
Date du crime
Nombre de victimes 1 : Ghislaine Marchal
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle ; libéré le
Tribunal Cour d'appel de Nice
Formation Cour d'assises des Alpes-Maritimes
Date du jugement
Recours Pourvoi en cassation rejeté le
Grâce partielle accordée le

L'affaire Omar Raddad est une affaire criminelle très médiatisée portant sur le meurtre de Ghislaine Marchal en 1991 sur les hauteurs de Mougins (Alpes-Maritimes) meurtre dont Omar Raddad, jardinier employé à cette époque par la victime, a été reconnu coupable par la justice. Défendu par Me Jacques Vergès, Omar Raddad, condamné en 1994 à dix-huit ans de réclusion criminelle, a bénéficié d'une grâce partielle en 1996, accordée par le président Jacques Chirac, mais se bat toujours pour faire réviser son procès.

L'inscription en lettres de sang : « OMAR M'A TUER » [sic], présente sur la scène du crime, reste l'aspect le plus célèbre de cette affaire des plus marquantes des années 1990 en France.

Déroulement de l'affaire[modifier | modifier le code]

Faits[modifier | modifier le code]

Le au soir, les gendarmes sont alertés par des voisins : Ghislaine Marchal ne donne plus de nouvelles depuis la veille alors qu'elle devait déjeuner le 23 juin midi chez son amie Colette Koster. Les gendarmes se rendent chez madame Marchal, villa « La Chamade » à Mougins. Née Ghislaine de Renty, elle est la riche veuve d'un équipementier automobile[1] et belle-sœur du bâtonnier Bernard de Bigault du Granrut (qui était notamment l'avocat du ministère de la Justice, du ministère de l'Intérieur et du ministère des Affaires étrangères). Vers 19 heures, les gendarmes découvrent son corps inanimé, portant des traces de coups, au fond de la cave de sa villa. « OMAR M'A TUER » est inscrit avec son sang sur une porte[2] blanche menant à la cave à vin . La phrase est inscrite de nouveau partiellement un peu plus loin sur une autre porte[3], celle menant à la chaufferie : « OMAR M'A T »[4].

Le 27 juillet, l'heure et la date du crime sont fixées par trois médecins légistes entre six et huit heures le lundi 24 juin 1991. La défense s'appuiera sur cet élément du rapport pour invoquer une pression du juge qui aurait fait avancer le moment du crime[5] au 23 juin car le 24, Omar Raddad avait un alibi : il a pris le train au petit matin pour se rendre à Toulon chez sa belle-sœur pour fêter l’Aïd-el-Kébir en famille. Selon l'accusation et la partie civile, il ne se serait agi que d'une erreur de frappe d'une des secrétaires et ce serait cette erreur notamment qui aurait permis d'alimenter la thèse d'un « complot »[6]. Les résultats de l'autopsie controversée (critiques sur le relevé décadactylaire et la datation de la mort) révèlent un corps percé d'une dizaine de coups d'une arme tranchante[7], une gorge profondément entaillée, une éventration, un crâne fracassé par au moins quatre coups ayant provoqué un œdème cérébral, un poignet cassé, un doigt fracturé et une phalange presque sectionnée à la main gauche suggérant qu'elle a cherché à se protéger en portant ses mains au visage et précisent également l'heure du crime : entre 11 h 00 et 13 h 30[8]. Les médecins indiqueront aussi que la victime avait les yeux clairs (ce qui est confirmé par les photographies figurant au dossier). Normalement, ce point est important pour situer l'heure de la mort, en effet, lorsqu'une personne décède, ses yeux deviennent opaques au bout de cinq à six heures, huit heures maximum (sauf chez les noyés), il s'agit d'un phénomène physique naturel bien connu, affectant la transparence de la cornée et baptisé par les scientifiques : "le voile glaireux de Winslow".

Mme Marchal a été tuée dans une annexe accolée à l'habitation principale. L'accès à la cave/chaufferie se fait par un palier desservant d'une part un local où sont entreposés les outils de jardinage et du bois et d'autre part un escalier descendant à la cave.

Enquête[modifier | modifier le code]

Le jardinier de la victime, Omar Raddad, est soupçonné, car les écritures de sang le désignent. Le soir de la découverte macabre, Francine Pascal, une voisine résidant à environ 800 mètres de la propriété de Ghislaine Marchal, indique aux gendarmes qu’elles ont en commun un jardinier répondant au nom d’Omar Raddad et que celui-ci est venu travailler chez elle, le dimanche 23 juin 1991. Les gendarmes, apprenant qu’il est de nationalité marocaine et craignant une fuite vers son pays d’origine, le recherchent activement dès le mardi . Absent de son domicile au Cannet. Il est alors placé en garde à vue en qualité de témoin important.

Concernant son emploi du temps le jour du meurtre, il affirme avoir travaillé chez Francine Pascal et s’être absenté de son lieu de travail entre 12 h et 13 h 10 pour aller déjeuner à son domicile situé au Cannet à 5,5 km. Il détaille son passage dans une boulangerie du Val de Mougins qu'il aurait lui-même désignée aux enquêteurs (d’après le capitaine de la gendarmerie Georges Cenci[9]), il décrit les voisins rencontrés dans la cour de son immeuble (qui confirment leur présence à cette heure-là, mais qui ne se souviendront pas l'avoir croisé ce jour-là). Il indique enfin avoir quitté son domicile aux alentours de 12 h 40, s'être arrêté à une cabine téléphonique pour appeler sa femme à Toulon (un appel confirmé par France Telecom, de la cabine 407 rue Franklin-Roosevelt au Cannet à 12 h 51 min 19 s, d'une durée de 2 min 17 s, celle-ci est située à proximité de son domicile) et avoir repris le travail après 13 h 10 au Mas Saint-Barthélemy, la villa de Mme Pascal. Selon l'accusation et la partie civile, la fille de celle-ci se serait étonnée de le voir travailler aussi tôt alors que son activité ne reprenait généralement qu'à 13 h 30 : Omar Raddad lui aurait répondu qu'il rattrapait le retard qu'il avait accumulé le matin, alors qu'il aurait été plus tard établi qu'il n'aurait eu en réalité aucun retard[10]. Cette version, reprise ultérieurement dans une émission jugée par la défense d'Omar Raddad comme étant particulièrement partiale (la société de production ayant même été condamnée en diffamation à la suite de la diffusion du reportage), est toutefois réfutée par l'intéressée qui a été, avec sa famille, un des principaux soutiens à la thèse de l'innocence de leur ancien jardiner. Cependant, la justice ne se disant pas convaincue par son alibi a estimé qu'il aurait tout à fait eu le temps d'assassiner Mme Marchal entre 12 h et 13 h 10[10].

À l'issue de sa garde à vue, Omar Raddad sera finalement présenté au juge d’instruction Jean-Paul Renard[11] qui lui notifie son inculpation. Il va s'appuyer sur les inscriptions en lettres de sang qui le désignent explicitement et la découverte d'un système de blocage de la porte de la cave de l'intérieur, qui conforte le juge dans sa conviction que les inscriptions ont été faites par la victime. Par ailleurs, il existerait un motif de dispute entre le jardinier et son employeur lié aux demandes d’avance sur salaire. En effet, la semaine précédant le meurtre, Ghislaine Marchal aurait partiellement refusé une avance sur salaire de 2 500 francs (381 euros) en ne lui accordant que 1 500 francs (229 euros). Par la suite, elle aurait appris lors d'une conversation téléphonique avec Francine Pascal qu’Omar Raddad lui aurait également demandé une avance sur salaire. Les deux employeurs auraient alors décidé de ne plus répondre aux sollicitations de leur jardinier. En outre, l'alibi fourni par Omar Raddad, le dimanche 23 juin, entre 12 h et 13 h 10 (heure retenue du crime), ne sera pas confirmé par les personnes interrogées. Enfin, l'absence d'effraction à la Chamade et le supposé simple vol de 5 000 francs (762 euros) dans le sac à main de la victime[4] – alors que les objets de valeur et bijoux sont retrouvés intacts dans la villa – orientent l'enquête vers un familier des lieux proche de la victime. Or, Omar Raddad, comme la femme de ménage mise en cause par la défense, possédaient la clef du portail d'entrée.

L'instruction se termine au printemps 1993. Les avocats d'Omar Raddad tentent d'invoquer le non-lieu en se référant à des présumés manquements dans la procédure. Cependant la chambre d'accusation rejette cette demande et renvoie Omar Raddad devant les assises de Nice, le [10].

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès d'Omar Raddad s'ouvre le . Il est défendu par des « ténors » du barreau : Maîtres Georges Girard, Gérard Baudoux, Jean-Claude Giudicelli, puis Jacques Vergès. Un an après le crime, Jean-Claude Giudicelli renonce à assurer la défense d'Omar Raddad[10].

De son côté, la famille de Ghislaine Marchal sollicite les services de maître Henri Leclerc.

Le procès s'ouvre sur l'analyse de la personnalité de l'accusé. Omar Raddad est décrit par son épouse Latifa comme un « bon père de famille » sans histoire. Un incident de séance a lieu pendant le témoignage de Latifa Raddad qui affirme que « son mari est si gentil qu'il ne pourrait faire de mal à une mouche », ce à quoi le président de la cour d'assises Armand Djian, faisant référence à la fête de l'Aïd-el-Kébir, lui répondra « mais il égorge le mouton ».

L'analyse des comptes bancaires de l’accusé par les enquêteurs en France et au Maroc fait ressortir une face cachée. Omar Raddad a en effet effectué des retraits relativement importants, 80 000 francs (12 196 euros) au cours des deux dernières années, afin de jouer aux machines à sous. Les procès-verbaux d'audition du personnel du casino de la Croisette de Cannes décrivent un homme fréquentant l’établissement plusieurs fois par semaine[12].

Par ailleurs, le jardinier marocain aurait régulièrement demandé des avances sur salaires à ses employeurs afin, leur aurait-t-il dit, de payer son loyer. Ce motif sera contredit par le témoignage du gérant de son logement, car Omar Raddad lui devait un mois de loyer (mai 1991). Les représentants de l'accusation pensent qu'Omar Raddad aurait utilisé les avances sur salaires pour jouer au casino afin de récupérer sa mise, étant donné qu'il aurait caché sa passion du jeu à son épouse et que, devant les demandes de leur jardinier, ses employeurs seraient convenus de ne plus céder.

Les enquêteurs évoqueront aussi la fréquentation de prostituées, mais Omar Raddad niera farouchement cette déposition (qui a été faite sans interprète lors des premiers interrogatoires). La prostituée interrogée par les gendarmes lors de l’enquête ne viendra pas finalement témoigner au procès. Retrouvée et entendue par le détective Roger-Marc Moreau[13] en 1995, elle démentira, affirmant de plus que les militaires de la gendarmerie lui auraient fait signer une audition inexacte sans lui avoir fait relire le texte. Par la suite, elle n'aurait pas reçu de convocation pour témoigner au procès, alors que, contrairement à ce qui avait été prétendu, elle résidait toujours à la même adresse à Marseille (13), dans un appartement dont elle était la propriétaire.

Lors de leur audition, les deux vendeuses de la boulangerie la "Huche à pain" présentes le jour du meurtre, Corinne Dray et Carméla Landra, expliqueront ne pas se souvenir avoir vu Omar Raddad le jour du meurtre, précisant qu'il y avait eu beaucoup de clients ce midi-là. Le rapport de la gendarmerie mentionnera que les vendeuses se souvenaient explicitement ne pas l'avoir servi[14] , ce qui ne retranscrit pas fidèlement leur témoignage. La défense reprochera à la gendarmerie de n'avoir pas entendu le personnel d'une autre boulangerie, située à cent mètres de la "Huche à pain". Les gendarmes expliqueront qu'ils ne l'ont pas fait, car Omar Raddad avait explicitement désigné la "Huche à pain" et non l'autre boulangerie[12],[10].

Omar Raddad ayant affirmé avoir croisé dans le hall de l'immeuble Jean-Pierre Gaye, le gérant du magasin Casino, ce dernier a été auditionné. Il a confirmé être sorti de son appartement aux environs de 11 h 45 en compagnie de son épouse et de son fils, qu'il a croisé son voisin, monsieur Villeneuve-Gallez, puis qu'il s'est rendu dans la remise de son magasin et qu'il a regagné ensuite son domicile aux environs de 12 h 15. Cependant, il a précisé – ainsi que son épouse – ne pas avoir vu Omar Raddad au cours de cette période, tout en reconnaissant qu'il était tout à fait inhabituel qu'il se trouve à cette heure-là à cet endroit, un dimanche.

L'alibi de l'accusé fut ensuite contredit à l'audience par une voisine, Mireille Billioti, qui, le jour des faits, se serait tenue sur son balcon pour voir arriver sa fille qu'elle avait conviée à déjeuner. Elle a indiqué n'avoir pas vu l'accusé rentrer dans la cour de l'immeuble pour garer sa mobylette précisant : « j'ai guetté l’arrivée de ma fille sur mon balcon qui donne sur l'avenue de Grasse, de 11 h 30 à 12 h 45 - 12 h 50. Je n'ai jamais quitté ce balcon. Je peux vous affirmer et je suis formelle, durant ce laps de temps, je n'ai absolument pas vu Omar Raddad arriver sur son cyclomoteur »[15]. Cependant, réentendue en 1995 par le détective Roger-Marc Moreau chargé d'une contre-enquête par l'avocat Jacques Vergès, elle ne pourra pas expliquer comment elle a fait pour préparer le repas tout en restant continuellement sur son balcon pendant le laps de temps indiqué. De surcroît, cette personne souffrirait de difficultés de concentration et présentait des troubles des facultés cognitives à la suite de séquelles liées à un accident vasculaire cérébral.

Le défenseur d'Omar Raddad[12], maître Jacques Vergès, met en avant notamment les éléments suivants :

  • Le véritable meurtrier aurait utilisé la main de Ghislaine Marchal pour faire accuser le jardinier.
  • Dans le complément d'autopsie, la date du 24 juin 1991 est avancée pour le décès, or il a été établi qu'Omar Raddad était à Toulon, ce jour-là. Les experts ont ensuite publié une correction positionnant le décès au 23 juin, ce qui, selon la défense, signifierait que le juge avait fait pression sur eux. En réalité, la première datation de la mort figure dans le procès-verbal aux fins d'inhumer[16], émis le 28 juin 1991, et la positionne au 23 juin. Ce n'est que plus tard, dans leur rapport du 2 novembre 1991[17], que les experts mentionneront la date du 24 juin. Suite à cette erreur, le juge demandera un complément d'information aux médecins pour préciser les éléments objectifs leur ayant permis de conclure à la date du 23 juin, levant toute ambiguïté.
  • Lors du rapport d'autopsie, aucune trace de sang n'a été découverte sous les ongles de la victime, juste de la terre, détail qui avait échappé aux avocats à l'époque.
  • La femme de ménage – celle qui a déclaré aux enquêteurs que Ghislaine Marchal l'a plusieurs fois soupçonnée de vols d'argent – avait un amant, un personnage connu sous le sobriquet de « Pierrot le Fou » et notamment condamné pour violences, cambriolages et pour meurtre (par la cour d'assises de Paris en 1983), qui n'a pas d'alibi pour le jour du meurtre.
  • Les enquêteurs n'ont fait aucune investigation dans le milieu proche de la victime (héritiers potentiels, famille proche, milieu des affaires).
  • Le corps de la victime a été incinéré le 3 juillet, soit 5 jours après l'autopsie (la crémation aurait été un souhait de Ghislaine Marchal[12] selon sa sœur Claude épouse de l'avocat Bernard de Bigault du Granrut, ainsi qu'un écrit retrouvé chez elle par les enquêteurs). La défense jugera cette crémation précipitée (bien qu'elle semble être intervenue dans un délai habituel), qui ce indiquerait selon elle une volonté de la famille de faire disparaître le corps (et des preuves).
  • Aucune empreinte digitale n'a été relevée sur les lieux du crime. Selon les gendarmes, aucune trace exploitable n'aurait été révélée[18], y compris celles de la victime elle-même sur son propre sac à main.
  • Plusieurs personnes, dont messieurs Jean-Claude Goldstein et Christian Vellard, se trouvaient sur l'étroit chemin Saint-Barthélemy à Mougins, à un endroit situé entre la propriété de Francine Pascal (où Omar Raddad travaillait le dimanche 23 juin 1991) et la propriété de Ghislaine Marchal (où le crime a été commis). Pour se rendre à la Chamade (la maison où résidait la victime), située au fond d'une impasse, ou pour en partir, Omar Raddad aurait obligatoirement dû passer devant eux ; or les deux hommes ne l'ont pas vu passer, et il en est de même pour les autres personnes présentes ce jour-là (dont Nicole Jacquot, ses deux filles, son fils et son gendre ainsi que Jacques Montagne).
  • Un homme, Salah El Ouaer, se trouvait dans la propriété contiguë. Il a affirmé avoir constaté la présence de plusieurs personnes à la Chamade, dont celle de la femme de ménage, dans la matinée du lundi 24 juin 1991, donc juste quelques heures avant la découverte du crime. Ce témoin essentiel a été retrouvé en Tunisie et auditionné par le détective Roger-Marc Moreau devant les caméras de France 3, en 1998. Précédemment, en 1991, il avait été entendu par les gendarmes, qui n'auraient pas retranscrit la totalité de sa déposition (le procès-verbal incomplet établi par eux et figurant au dossier, mentionnait, en outre, un état-civil inexact, ses nom, prénom, date et lieu de naissance ayant été modifiés)[19].

Une charge a exacerbé l'émotion et l'activité médiatique : la phrase « Omar m'a tuer », que, selon l'accusation, Mme Marchal aurait écrite pendant son agonie, qui a duré de 15 à 30 minutes[10]. Les experts en écriture affirment que celle-ci a pu écrire cette phrase et sont d'accord sur le fait que les inscriptions ont bien été écrites avec son sang. Début juillet 1991, le juge d'instruction demande une expertise en écriture, après quoi la défense demande une contre-expertise. Les deux experts arrivent à la même conclusion : l'écriture est bien celle de Ghislaine Marchal[10]. Selon la défense, Ghislaine Marchal n'aurait jamais fait une telle faute, mais plusieurs documents indiquent qu'elle ferait preuve d'une orthographe parfois défaillante (elle aurait en particulier écrit « payer » sur une facture déjà réglée), notamment vis-à-vis de l'usage du passé composé[20],[10], cependant ce point est vivement contesté par la défense et par des journalistes[21],[22],[23]. Un collège d'experts agréés par la Cour de cassation, saisi par la Commission de révision, va désavouer les deux experts en établissant ultérieurement qu'il était en fait impossible de se prononcer[24]. Selon la défense, l'inscription « Omar m'a tuer » a été écrite dans l'obscurité de manière parfaitement rectiligne et espacée, une prouesse impossible à reproduire. En réalité, seule la première inscription, proche de la lumière du couloir, était parfaitement rectiligne et non pas la deuxième rédigée dans une totale obscurité[25]. Maître Vergès ne motive pas les raisons qui auraient poussé le(s) meurtrier(s) à écrire par deux fois cette phrase sur deux portes distinctes et si distantes. Le détective Roger-Marc Moreau et l'expert en écriture Danièle Dumont développeront la théorie selon laquelle l'inscription incomplète ayant été tracée en premier en tenant la main du cadavre de la victime, cette dernière n'aurait pas été suffisamment lisible, d'où l'idée qu'auraient eue les auteurs du crime d'écrire plus clairement, en lettres géantes, la seconde inscription accusatrice. Cependant, l'experte Florence Buisson-Debar, qui sera désavouée par les experts agréés par la Cour de cassation et nommés par la Commission de révision des condamnations pénales, indique que, lorsque l'on guide la main de quelqu'un pour l'obliger à écrire, une opposition de force se produit, et le geste graphique est déterminé par celui qui tient la main, ce qui rentre en contradiction avec les études montrant qu'il s'agit de l'écriture de Mme Marchal[10]. Quoi qu'il en soit, les constatations médico-légales révèlent que les traces de poussières et de ciment relevées sur le peignoir et sur les anses intestinales de la victime sont la preuve que celle-ci a rampé ou marché à quatre pattes sur le sol, hypothèse confirmée par les ecchymoses sur ses membres inférieurs et supérieurs[26], tandis que la défense voit là, la démonstration qu'elle a été traînée sur le sol, comme semble le confirmer la position de son peignoir.

Au sujet des inscriptions, l'accusation a soulevé un point important : l'hypothèse d'une mise en scène suppose que le ou les meurtriers savaient qu'Omar Raddad allait se trouver à proximité du lieu du crime ce jour-là pour pouvoir le faire accuser. Or, le jardinier ne travaillait jamais le dimanche et en ce jour de fête religieuse musulmane, il aurait du rester en famille, ce qui rend sa présence très improbable ce dimanche 23 juin à la Chamade. Pour être sûr de faire accuser quelqu'un qui n'aurait pas d'alibi, les meurtriers présumés auraient du avoir connaissance du fait qu'Omar Raddad se rendrait à proximité des lieux du crime à ce moment-là, ce qui est très improbable.

Des particules de poussière ayant des corrélations avec la poussière se trouvant dans la cave sont retrouvées dans la texture du pantalon et les semelles de chaussures d'Omar Raddad[10], mais durant le procès, il sera reconnu que le même type de poussière se trouvait dans la propriété de Francine Pascal, endroit où précisément il a travaillé le dimanche en question.[réf. nécessaire] En revanche, aucune trace de sang n'est retrouvée sur ses vêtements, ce qui, selon l'accusation, pourrait s'expliquer par le fait que les coups portés n'auraient pas provoqué de saignements[10]. Mais selon la défense d'Omar Raddad, cette version serait contredite par les constatations effectuées, du sang ayant giclé jusqu'à tacher le plafond de la chaufferie. Lors de la reconstitution demandée par les avocats d’Omar Raddad, ces derniers n'auraient pas réussi à bloquer la porte de l'extérieur tel que constaté lors de l'arrivée des gendarmes : le positionnement du tube près des gonds à droite et du lit pliant contre la porte. Cependant, le détective Roger-Marc Moreau trouvera un procédé permettant facilement de bloquer ladite porte dans les mêmes conditions de l'extérieur, la démonstration sera filmée et diffusée, à plusieurs reprises, à la télévision (sur TF1 dans Témoin numéro 1 et Sans aucun doute, sur France 2 dans La Marche du siècle). Il n'a toutefois pas été confirmé que ces méthodes avaient permis de bloquer la porte avec la même efficacité, l'avocat Me Girard avait également trouvé des méthodes de blocage de la porte qui avaient été invalidées par les gendarmes Teulière et Liedke, lorsqu'ils avaient reproduit la méthode qu'ils avaient utilisée à l'époque pour pénétrer dans la chaufferie. En effet, pour que le système de blocage soit efficace, il est nécessaire de positionner le tube d'acier et le chevron de manière très précise : si le chevron est trop éloigné de la porte, il n'est pas efficace et ne résiste pas à la poussée des deux gendarmes.

Lors de son procès, Omar Raddad va évoquer sa difficulté de compréhension de la langue française au cours de son audition par les différents enquêteurs pour expliquer ses « oublis » concernant ses dépenses aux jeux. Il communique ainsi avec le président du tribunal et les jurés par interprète interposé. Selon l'accusation, il aurait toutefois préalablement réussi à échanger avec le juge d'instruction – en présence de son avocat (ce que ce dernier réfute) – sans interprète et plus tard directement avec ses avocats au cours du procès.

Le 2 février au soir, Omar Raddad est condamné à 18 ans de réclusion criminelle, les jurés le reconnaissant coupable du crime avec circonstances atténuantes[27]. Beaucoup de pénalistes présents lors du procès furent unanimes pour constater le peu de combativité de la défense devant les jurés (Jacques Vergès expliquera qu'il avait été volontairement sobre car, contrairement à ses autres procès médiatisés, il défendait un homme dont il était convaincu de sa réelle innocence) et selon certains, le manque de connaissance du dossier de maître Vergès[12]. Celui-ci a cependant une phrase qui marque les esprits : « C'est la célébration de l'anniversaire du centenaire de l'Affaire Dreyfus. Il y a cent ans, on condamnait un officier qui avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier parce qu'il a le tort d'être maghrébin »[28].

Tentatives de réhabilitation d'Omar Raddad[modifier | modifier le code]

Rebondissements avortés et pourvoi en cassation[modifier | modifier le code]

À la suite du procès, deux détectives privés, dont les méthodes ont été mises en cause par plusieurs personnes, dont le journaliste Guy Hugnet[29], sont mandatés par la défense pour mener une contre-enquête censée faire apparaître des éléments nouveaux. Maître Jacques Vergès sollicite les services du détective Roger-Marc Moreau, tandis que maître Gérard Baudoux et maître Georges Girard, les deux premiers avocats d'Omar Raddad recommandés par Moulay Hicham ben Abdellah el-Alaoui (neveu d'Hassan II qui vise la couronne), mandate de son côté le détective Bernard Naranjo, dont les investigations sont financées par un proche du roi Hassan II du Maroc[12].

Malgré les nombreux éléments soumis, dont la plupart ont été découverts par Roger-Marc Moreau (bien que la majorité se verront occultés lors du complément d'information) et ce, nonobstant la confirmation de ceux-ci notamment par le journaliste Christophe Deloire qui a suivi le détective pendant plusieurs mois (ce dernier publiera d'ailleurs plusieurs articles dans l'hebdomadaire Le Point dont notamment Révélation sur la piste oubliée[30] ainsi qu'un essai intitulé Omar Raddad - Contre-enquête pour la révision d'un procès manipulé[31]), contrairement à la Commission de révision, pour la Cour de révision statuant en 2002, « aucun élément soulevé par Omar Raddad ne serait nouveau ni ne s’avérerait "de nature à faire naître l'existence d'un doute" quant à la culpabilité d'Omar Raddad ».

Près de trois mois après le verdict de la cour d'assises, Jacques Vergès avait tenu une conférence de presse, le , en compagnie d'une Néo-Zélandaise, Patricia Clark, résidente épisodique de Mougins. Ce témoin s'était manifesté à la suite de la lecture du livre de Jacques Vergès, Omar m'a tuer : Histoire d'un crime. Le jour du crime, elle aurait remarqué devant son domicile, situé à quelques kilomètres de la villa de Ghislaine Marchal, une camionnette apparemment abandonnée avec, à l'intérieur, des traces de sang et des chevrons de bois à l'arrière[32]. La gendarmerie de Mougins ne retient toutefois pas ce témoignage, étant donné qu'aucune camionnette n'a fait l'objet d'un enlèvement dans les jours précédant ou suivant la date du meurtre. Par ailleurs, il s'avère qu'un voisin de Mme Clark possède une camionnette correspondant à la description faite par ce nouveau témoin et qu'il lui est arrivé effectivement de transporter des planches de bois et un produit rouge pour la moquette, que le témoin a pu confondre avec du sang. La gendarmerie de Mougins prend cette piste très au sérieux et interroge cet individu. Finalement, l'enquête conclut qu'il s'agit d'une dénonciation calomnieuse étant donné que cette personne, résidant à quinze kilomètres de Mougins n'avait absolument aucun lien avec Ghislaine Marchal. Il n'avait de commun avec l'accusé Omar Raddad que son prénom.

Le , le pourvoi en cassation formé par la défense de Raddad est rejeté, la Cour de cassation n'ayant relevé aucune faute de procédure et arguant que l'accusé a eu droit à un procès équitable[10].

Le , Mohamed Moumen, ancien détenu de la prison de Clairvaux, a révélé dans le journal quotidien marocain L’Opinion qu'un de ses anciens codétenus lui aurait confié être le véritable assassin de Ghislaine Marchal : « Il aurait eu une petite amie qui travaillait comme femme de ménage chez madame Marchal, mais cette dame la soupçonnait de vol. Un jour, la fille avait gardé un billet de 500 francs, un Pascal qui traînait par terre. D'après ce qu'il m'a dit, madame Marchal avait viré sa petite amie. Alors ils ont décidé de cambrioler la maison. Madame Marchal l'aurait surpris. Il m'a dit « Je ne voulais pas la tuer, j'étais obligé ». C'est lui qui aurait écrit Omar m'a tuer »[33]. Une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Grasse afin d'interroger Alain V-B. Celui-ci est rapidement mis hors de cause, car le jour du crime, il était hospitalisé à Saint-Roch, à Nice, après un accident de moto. Le témoignage de Mohamed Moumen apparaît d'ailleurs en contradiction avec les éléments relevés par la gendarmerie de Mougins, qui n'avait constaté aucune effraction ni aucun vol à la Chamade. La piste d’un cambriolage qui aurait mal tourné avait été écartée à l'époque. Cependant, l'enquête du détective Roger-Marc Moreau permettra d'établir que l'individu en question avait partagé la vie d'une jeune femme, Céline Moret, qui était en 1991, la concubine d'un des fils de la fameuse femme de ménage de Ghislaine Marchal. Cette dernière affirmera qu'Alain V-B s'était vanté en prison en s'appuyant sur des faits dont il avait eu connaissance par son intermédiaire et, que pour se faire mousser et jouer au dur en prison, il se serait identifié à celui qu'elle considérait à l'époque comme étant son beau-père, surnommé « Pierrot le fou », le compagnon de la femme de ménage de Ghislaine Marchal.

Grâce présidentielle[modifier | modifier le code]

Le , le président Jacques Chirac accorde une grâce partielle à Omar Raddad, réduisant sa peine de quatre ans et huit mois, notamment sur la demande du roi Hassan II du Maroc, un accord secret prévoyant en échange la libération d'un Franco-Marocain détenu au Maroc[10],[34].

Omar Raddad, qui pouvait bénéficier d’une libération conditionnelle à mi-peine au bout de neuf ans, peut donc espérer être libéré au bout de six ans et demi, soit en janvier 1998, à condition de fournir une adresse et un emploi. Si l’adresse de sa famille à Toulon a été acceptée rapidement par la justice, il n’en fut pas de même pour son emploi. Les deux premières propositions d’emploi seront rejetées par la garde des Sceaux, Élisabeth Guigou. En effet, le premier emploi était une place de jardinier chez une riche veuve du Var, situation offrant de scabreuses similitudes avec l'emploi qu'occupait Omar Raddad chez Mme Marchal. Le deuxième était l'entretien d'une propriété chez un avocat d'Aix-en-Provence. Finalement, le poste de coursier dans une conserverie de viande de Marseille reçoit un avis favorable d’Élisabeth Guigou[35].

À l'issue d'une campagne de presse menée par l'avocat Jacques Vergès, l'écrivain Jean-Marie Rouart et le détective Roger-Marc Moreau, Omar Raddad est libéré le . Il a eu un comportement irréprochable en détention, d'où l’avis favorable émis en février de cette année-là par le comité consultatif de libération conditionnelle. Omar Raddad retrouve la liberté dans le cadre d'une mesure de libération conditionnelle pour éviter toute récidive. Omar Raddad a fait quarante-cinq jours de grève de la faim et a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des lames de rasoir[36].

Tentatives de révision[modifier | modifier le code]

Le , six ans exactement après la condamnation d'Omar Raddad, la Commission de révision des condamnations pénales a ordonné de nouvelles investigations et notamment, une nouvelle expertise d'écriture pour savoir si Mme Marchal est l'auteur des inscriptions « Omar m'a tuer ». Deux experts ont été nommés : Anne Bisotti et Françoise Ricci D'Arnoux. De plus, à la demande de la défense, le , la justice a ordonné une nouvelle expertise sur les portes et sur le chevron de bois ayant servi à frapper Ghislaine Marchal. Sur les trois supports ils découvriront des ADN.

Le , après vérification, les experts ont déclaré que les ADN masculins retrouvés sur les portes de la chaufferie et sur le chevron n'étaient pas celui d'Omar Raddad, sans toutefois être en mesure de préciser à qui appartenaient ces empreintes génétiques, ni leur provenance. En revanche, deux ADN masculins ont bien été retrouvés sur les portes et le chevron, mêlés au sang de la victime (rendant impossible l'hypothèse d'ADN d'enquêteurs). Selon l'accusation, la scène de crime aurait peut-être été « polluée » après les premières constatations des enquêteurs – les gendarmes, pour être précis – et les conditions de prélèvement des ADN ne seraient pas documentées.

Le , la commission de révision des condamnations pénales a décidé de saisir la Cour de révision, car des éléments nouveaux inconnus au moment du procès devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes avaient été confortés par les expertises. Cependant, la Cour de révision va quelques mois plus tard, le , rejeter la demande de révision de la condamnation en affirmant que les éléments nouveaux invoqués ne lui paraissaient pas de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné.

À la suite de démarches effectuées auprès du ministère de la justice par Maître Sylvie Noachovitch, la nouvelle avocate d'Omar Raddad, le , le parquet de Grasse a demandé à un expert d'établir un profil génétique à partir des traces d'ADN retrouvées en 2001[37]. Le 29 juin 2011, le parquet de Grasse a indiqué qu'il n'était pas en mesure d'établir un profil génétique à partir des traces d'ADN retrouvées mélangées au sang de Ghislaine Marchal en 1991 : « On nous a demandé d'extraire du matériel génétique pour établir un profil génétique. Ce qui n'a pas été possible puisque les prélèvements avaient déjà été utilisés dans le cadre de la procédure », a précisé le parquet de Grasse. Cependant ces profils génétiques, provenant très vraisemblablement de sécrétions de sueur, ont été relevés sur trois supports distincts, les deux portes de la chaufferie (où figuraient les célèbres inscriptions accusatrices), ainsi que sur le chevron manipulé par le meurtrier pour frapper Ghislaine Marchal. Il a été établi qu’aucun des deux ADN n'est celui d'Omar Raddad. Or, le fait que ces traces génétiques se trouvent seulement mêlées au sang et nulle part ailleurs (comme le démontreront les tamponnements effectués) et, en outre, sur trois supports différents éloignés les uns des autres, semble bien prouver qu'il ne peut pas s’agir d’ADN de contamination[réf. nécessaire].

Toutefois, selon l'avis d'un expert sollicité par la chancellerie, il est toujours possible de faire de nouveaux prélèvements sur les traces de sang se trouvant sur les deux portes et sur le chevron et donc de procéder à de nouvelles analyses génétiques surtout à l'aune des importants progrès effectués en cette matière et en particulier des techniques d'amplification de l'ADN. Selon les représentants de la défense, cela permettrait d'inscrire lesdits profils ADN découverts sur la scène du crime au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) et éventuellement de procéder à des comparaisons avec les profils de personnes faisant l'objet de présomptions. En septembre 2013, la chancellerie a donné son accord pour que de nouveaux tests ADN soient effectués[38]. Cependant, le procureur ne donne pas suite à la demande de l’avocate d’Omar Raddad, Me Sylvie Noachovitch. En octobre 2014, en vertu de la nouvelle loi sur la réforme des condamnations pénales[39], Maître Noachovitch envoie une nouvelle demande d’expertise ADN sur deux portes et un chevron[40].

Controverses[modifier | modifier le code]

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L'affaire Omar Raddad a soulevé un grand nombre de controverses, en particulier concernant la culpabilité d'Omar Raddad. Son avocat, Me Vergès a largement utilisé les médias, prolongeant sa plaidoirie dans la salle des pas perdus, pour convaincre l'opinion publique de l'innocence de son client. Ses discours, sous-tendu par des accusations de racisme et une mise en parallèle avec l'affaire Dreyfus a trouvé un écho particulièrement fort dans la presse et de nombreuses personnes sont convaincues de l'innocence du jardinier. Malgré tout, à l'examen des faits, cette innocence peut paraître peu probable :

  • La culpabilité a été confirmée plusieurs fois par la justice, après des procédure jugées régulières par la Cour de cassation. Les éléments de preuve et le dossier sont jugés solides par les experts judiciaires.
  • Le système de blocage de l'intérieur, ainsi que la dénonciation par la victime elle-même de son bourreau sont des éléments forts.
  • Aucun témoin n'a confirmé la présence d'Omar Raddad sur l'itinéraire qu'il dit avoir emprunté ce jour-là et les trous dans son emploi du temps peuvent lui avoir laissé le temps de commettre le meurtre.
  • Sa situation personnelle, notamment ses grandes difficultés financières, ne plaident pas en sa faveur et peuvent représenter un mobile crédible.
  • Les réponses d'Omar Raddad aux questions des enquêteurs n'ont cessé de changer au fil de temps.
  • La contre-enquête a été menée par des enquêteurs aux méthodes controversées[41].
  • Cette contre-enquête n'a par ailleurs pas permis de faire émerger une théorie crédible, elle se résume finalement à un ensemble d'hypothèses que rien ne recoupe et qui sont peu cohérentes entre elles : justice corrompue qui aurait modifié un rapport d'autopsie et procédé à l'incinération du corps dans l'urgence, mise en scène improbable pour faire accuser Omar Raddad, mise en cause de proches de Mme Ghislaine Marchal sans réelle base tangible, etc.

En définitive, la solidité du dossier, la confirmation de la condamnation à plusieurs reprises, le refus de réviser le procès et la procédure jugée régulière et conforme au code de procédure pénale peine à être contrebalancée par une contre-enquête qui n'apporte que des suppositions, et un grand bruit médiatique. Roland Agret lui-même, pourtant porte-étendard des erreurs judiciaires, a dénoncé cette contre-enquête et les méthodes utilisées[42]. D'autres experts judiciaires, notamment Philippe Bilger ont pris position pour la culpabilité d'Omar Raddad[20]. Des contre-enquêtes sérieuses (notamment celles de Guy Hugnet[29]) ont depuis été publiées et apparaissent beaucoup plus crédibles[20],[42].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

En 2007, Roschdy Zem achète les droits d'adaptation du livre Pourquoi moi ? écrit par Omar Raddad et Sylvie Lotiron et sorti en 2002 aux éditions du Seuil[43] et explique son but de reprendre « l'histoire d'un jeune homme qui avait énormément souffert d'avoir été accusé à tort d'un meurtre »[44]. Le film Omar m'a tuer est sorti le 22 juin 2011 en France. Omar Raddad y est interprété par Sami Bouajila, et Jacques Vergès par Maurice Bénichou.

Déclinaisons autour d'« Omar m'a tuer »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Omar m'a tuer.

L'affaire Omar Raddad est devenue célèbre en partie à cause de la faute d'accord de l'inscription « Omar m'a tuer » qui aurait dû ici être « Omar m'a tuée ». Cette faute d'accord semble assez surprenante de la part d'une veuve présentée comme de bonne famille et cultivée mais les gendarmes remarquent des fautes similaires dans les documents saisis de celle-ci. Des bulletins de paie contiennent la même faute quand la victime écrit « payer par l’employeur »[45] mais ce point est vivement contesté par la défense d'Omar Raddad et par des journalistes s'étant penchés sur le dossier[21],[22],[23].

« Omar m'a tuer » sera ensuite souvent reprise en clin d'œil à l'affaire, notamment dans des titres de presse ou de livres. Dans certains cas, c'est parce qu'il y a un lien avec l'affaire, par exemple le titre de Libération « Chirac m'a gracier »[46]. Dans d'autres cas, le clin d'œil constitue le seul lien avec l'affaire Omar Raddad. C'est le cas par exemple du « Omar m'a échapper » du Canard enchaîné (il s'agit du Mollah Omar)[47].

Plus généralement, « m'a tuer » est la partie de la phrase qui est largement réutilisée car elle contient une faute de conjugaison[48].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Omar Raddad réclame sa réhabilitation », sur nouvelobs,‎
  2. Photo de la porte de la cave à vin
  3. Photo de la porte de la chaufferie
  4. a et b Le Monde, Grandes affaires criminelles, « Omar m'a tuer », .
  5. [1]
  6. Six mois après le meurtre de Ghislaine Marchal, Le Monde
  7. Probablement un coupe-papier, correspondant à la description que les médecins légistes ont fait de l'arme du crime au vu des blessures : « une lame effilée à double tranchant, mesurant de 15 à 20 centimètres de long, et large de 2 centimètres au maximum ». Source : Christophe Deloire, « Révélations sur la piste oubliée », sur Le Point,‎ .
  8. Dominique Conil, Notre justice, Flammarion, , p. 239
  9. [http://omarlatuee.free.fr/index.php?category/L-auteur
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Faites entrer l'accusé - Omar Raddad, le coupable désigné, 2002.
  11. - LE ROMAN DU JUGE RENARD, Le Point, .
  12. a, b, c, d, e et f Guy Hugnet, « L'affaire Omar Raddad », émission L'Heure du crime sur RTL, .
  13. http://www.contre-enquete-judiciaire.fr/blog/photo-468831-8862993-portrait_du_criminaliste_roger_marc_moreau.html
  14. http://www.liberation.fr/societe/0101250305-un-prive-mene-la-contre-enquete-moreau-a-reuni-faits-et-temoignages
  15. Omar Raddad, le meurtrier sans aveu « j'ai guetté l'arrivée de ma fille sur mon balcon qui donne sur l'avenue de Grasse, de 11 h 30 à 12 h 45 - 12 h 50. Je n'ai jamais quitté ce balcon. Je peux vous affirmer et je suis formelle, durant ce laps de temps, je n’ai absolument pas vu Omar Raddad arriver sur son cyclomoteur »
  16. « Le procès-verbal aux fins d'inhumer », sur omarlatuee.free.fr (consulté le 29 août 2016)
  17. « Compléments d'expertise sur la datation de la mort », sur omalatuee.free.fr,‎ (consulté le 29 août 2016)
  18. Les traces et microtraces dans l'affaire Omar Raddad
  19. « Omar, le récit du témoin qui n'a jamais témoigné selon Salah El-Ouaer : des visiteurs seraient entrés chez Ghislaine Marchal à l'heure où l'autopsie la donnait déjà morte », Libération.
  20. a, b et c Omar Raddad innocent : c'est du cinéma !, Philippe Bilger, , article publié sur son blog.
  21. a et b « “Omar m'a tuer” - L'affaire Omar Raddad », Les Faits Karl Zéro, 2011.
  22. a et b Jacques Vergès, « Omar m'a tuer » : histoire d'un crime, Paris, M. Lafon, 1994, 237 p. (ISBN 978-2-84098-032-2)
  23. a et b Christophe Deloire et Roger-Marc Moreau, Omar Raddad : contre-enquête pour la révision d'un procès manipulé, Paris, Raymond Castells, , 216 p. (ISBN 9782912587398)
  24. Le Monde, .
  25. Des contre-vérités dans l'affaire Omar Raddad, Le Monde, .
  26. [2]
  27. Jean-Marie Rouart, « Un nouveau jugement pour Omar Raddad », sur le Monde,‎
  28. Dominique Conil, op. cit., p. 257
  29. a et b Guy Hugnet, Omar m'a tuer - Affaire Raddad, le vrai coupable, Paris, L'Archipel, 2011.
  30. « Révélations sur la piste oubliée », Le Point, .
  31. http://roger-marc.moreau.pagesperso-orange.fr/resu_raddad.htm
  32. L'affaire Omar Raddad : fait nouveau, INA.
  33. http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAB95048812/enquete-omar.fr.html
  34. Stephen Smith, « Chirac offre la grâce partielle d'Omar Raddad à Hassan II », Libération,‎ (lire en ligne).
  35. « Omar Raddad sort de prison demain », La Dépêche, .
  36. http://fides.ifrance.com/html/raddad1.html
  37. http://www.europe1.fr/France/Affaire-Raddad-exploitation-de-l-ADN-533415/
  38. http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/analyses-de-la-derniere-chance-pour-omar-raddad-04-09-2013-3105289.php
  39. Possibilité pour l'avocat qui envisage de « saisir la cour de révision et de réexamen d'une demande en révision de saisir le procureur de la République d'une demande écrite et motivée tendant à ce qu'il soit procédé à tous actes préalables qui leur paraissent nécessaires à la production d'un fait nouveau ou à la révélation d'un élément inconnu au jour du procès ». Source : LOI no 2014-640 du 20 juin 2014 relative à la réforme des procédures de révision et de réexamen d'une condamnation pénale définitive
  40. Christelle Monteagudo, « Affaire Omar Raddad : l’enquête relancée ? », sur Lyon Capitale,‎
  41. « Roger-Marc Moreau : Quand le feu détective, s’étant intronisé « Criminaliste gratos » détourne pour Non Elucidé les dossiers « d’Action Justice ». », sur action justice et faits divers (consulté le 26 août 2016)
  42. a et b « Omar Raddad et le détective Roger-Marc Moreau… », sur action justice et faits divers (consulté le 26 août 2016)
  43. Pascale Égré, « Omar Raddad, gracié mais toujours traumatisé », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  44. « Un film sur l'affaire Omar Raddad en tournage dans la région », Nice Matin,‎ (lire en ligne)
  45. http://www.police-scientifique.com/omar-raddad/les-expertises-en-%C3%A9criture/
  46. Orthographe et identité
  47. Jacques Bres, Dialogisme et polyphonie : approches linguistiques
  48. François Krug, « « Sarko m'a tuer » : pourquoi le titre de Rue89 vous a choquer », Rue89,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]