Catastrophe de Courrières

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Catastrophe de Courrières
La catastrophe de Courrières illustrée par Le Petit Journal.
La catastrophe de Courrières illustrée par Le Petit Journal.
Généralités
Type catastrophe minière
Localisation entre Courrières et Lens
Coordonnées 50° 25′ 00″ N 2° 54′ 17″ E / 50.416614, 2.90462550° 25′ 00″ Nord 2° 54′ 17″ Est / 50.416614, 2.904625  
Date 10 mars 1906

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Catastrophe de Courrières

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Catastrophe de Courrières

La catastrophe de Courrières est la plus importante catastrophe minière d'Europe. Elle a lieu entre Courrières et Lens, le samedi 10 mars 1906 et a fait officiellement 1 099 morts. Elle tire son nom de la Compagnie des mines de Courrières qui exploite alors le gisement de charbon du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais dans le Pas-de-Calais.

La Compagnie fournit alors 7 % de la production nationale de charbon. Un coup de grisou suivi d'un coup de poussier dévaste 110 kilomètres de galeries dans les fosses nos 2 à Billy-Montigny, 3 à Méricourt et 4 - 11 à Sallaumines. Le choc a été si fort que les cages ne peuvent plus circuler dans le puits de la fosse no 3 et que des débris et des chevaux ont été projetés à une hauteur de dix mètres sur le carreau de la fosse.

Trois jours après l'explosion, les recherches pour retrouver les survivants sont abandonnées et une partie de la mine est condamnée, pour étouffer l'incendie et préserver le gisement. Cette gestion de la crise par la compagnie minière a été particulièrement mal vécue par les mineurs et par leurs familles. Le 30 mars, soit vingt jours après l'explosion, treize rescapés réussissent à retrouver le puits par leurs propres moyens après avoir erré dans le noir total sur des kilomètres, un quatorzième fut retrouvé quatre jours plus tard.

La catastrophe provoque une crise politique et un mouvement social qui débouchent sur l'instauration du repos hebdomadaire.

Les fosses concernées[modifier | modifier le code]

Les fosses de la Compagnie des mines de Courrières en 1906. Treize puits sont établis, dont un en cours de fonçage.

Les plus anciennes fosses de la Compagnie des mines de Courrières, ouvertes sous le Second Empire, présentent d'importantes veines de charbon gras, et l'essentiel du travail d'abattage s'effectue à un niveau compris entre 326 et 340 mètres.

À h 34, le samedi 10 mars 1906, un « coup de poussière » d'une rare violence ravage en quelques secondes 110 kilomètres de galeries communes aux trois fosses et situées sur les territoires de Billy-Montigny (fosse no 2 dite Auguste Lavaurs), Méricourt (fosse no 3 dite Lavaleresse ou Charles Boca) et Sallaumines (fosse n° 4 - 11 dite Sainte-Barbe ou Charles Derome)[A 1],[A 2]. La fosse no 10 de Billy-Montigny, située moins d'un kilomètre au sud-est de la fosse no 2 ne fut pas affectée par la catastrophe. Tout était en état de marche dans ce puits. Lorsque la catastrophe eut lieu, le puits no 15 était en cours de fonçage à côté du puits no 3 depuis 1905. Il n'était donc pas utilisable. Le puits no 20 ne sera adjoint au puits no 10 que quelques années plus tard[note 1].

Avant 1891, les puits fonctionnaient indépendamment, les galeries au fond ne communiquaient pas avec celles des autres sièges[1] dans le bassin minier, à de rares exceptions près. Cela changea lorsque les galeries d'une des fosses de la Compagnie des mines de Bruay furent inondées. Dès lors, l'administration autorisa le creusement de bowettes entre plusieurs sièges d'extraction car en cas d'inondation, les secours sont facilités et les eaux, étalées sur une plus grande surface, sont évacuées plus rapidement et font moins de dégâts[1].

Au sein de la Compagnie des mines de Courrières, chaque fosse est indépendante, les chantiers du fond sont reliés et les puits fonctionnent en réseau[1]. La première fosse ouverte par la compagnie est la fosse no 1 sur le territoire de Courrières. Elle entre en exploitation en 1851 mais n'étant pas rentable, l'extraction y cesse en 1888. Ce puits sera rebouché après la Première Guerre mondiale. Les puits des fosses no 2 à Billy-Montigny, no 3 de Méricourt et no 4 de Sallaumines commencent à extraire respectivement en 1856, 1860 et 1867[1]. Le fonçage du puits no 10 a débuté en 1896 et l'exploitation commence en 1900[1]. Initialement autonomes, ces fosses étaient reliées par des galeries au moment de la catastrophe. Cinq puits répartis sur quatre fosses (n° 2, 3, 4/11 et 10) sont connectés entre eux pour l'aérage. Les puits no 10 et 11 sont des entrées d'air, les puits no 2 et 4 sont des sorties d'air. Quant au puits no 3, il assure les deux fonctions : deux cloisons divisent le puits en trois compartiments. Le compartiment central est le plus grand, il permet la circulation des cages et l'entrée de l'air. Sur les côtés, il existe deux compartiments de plus petite taille. Le premier goyot sert à la sortie de l'air, quant au second, il est équipé d'échelles qui permettent au personnel de pouvoir remonter en cas de panne des cages. Le choc de l'explosion ayant endommagé les cloisons, la circulation de l'air ne fonctionnait plus. Une autre caractéristique de ce système est que l'air entrant dans le puits est envoyé dans trois zones : vers les puits no 2 et 4 et vers un quartier d'extraction au sud du puits no 3. C'est l'air qui est envoyé dans ce quartier qui remonte par le goyot du puits no 3.

La catastrophe[modifier | modifier le code]

Découverte de victimes dans une galerie.

Le coup de poussier a probablement été déclenché par un coup de grisou[réf. nécessaire] dû à l'utilisation de lampes à feu nu[réf. nécessaire].

Des conditions déjà dégradées[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce que l'on a longtemps pensé, l'incendie qui s'était déclenché les jours précédents n'en serait pas directement la cause bien qu'il ait largement contribué à dégrader les conditions de travail au fond (gaz toxiques) et donc à augmenter la mortalité. En effet, le 7 mars, un feu avait été découvert dans l’une des veines de la fosse de Méricourt. Il s'agit de la veine Cécile, à la profondeur de 326 mètres, l'exploitation y est terminée[1]. Il fut découvert à 22 heures par un ouvrier qui ramenait son cheval à l'écurie. Le feu était situé dans un vieux tas de bois[1]. Cet incendie serait dû à la lampe d'un mineur qui travaillait dans ce secteur. Les ingénieurs et les chefs (les porions) décident d’édifier des barrages pour l’étouffer. Dans la nuit du 6 au 7 mars, un barrage, une estoupée longue de trois mètres, est édifié. Elle est faite de terres et de cailloux[1]. Afin d'étouffer le feu, l'ingénieur de la fosse Barrault fait établir un autre barrage à la bifurcation de la veine Cécile avec la bowette de l'étage 280. D'autres barrages furent encore édifiés afin d'étouffer encore plus vite l'incendie en coupant les arrivées d'air et, donc, d'oxygène. Ces travaux durèrent toutes les journées des 7, 8 et 9[1]. La situation empirant, le 9 mars, la construction de plusieurs autres barrages consécutifs est décidée, le dernier est réalisé en maçonnerie, il fut achevé le soir.

Pierre Simon, plus connu sous le nom de Ricq[1], délégué-mineur depuis 1891, demande à ce que personne ne descende tant que le feu ne sera pas éteint. Poursuivre l'exploitation du charbon dans ces conditions est en effet trop dangereux[1]. Mais son avis n'est pas suivi.

Une galerie après l'éboulement.

L'explosion[modifier | modifier le code]

Le point de départ de cette catastrophe est l'explosion d'une poche de grisou[réf. nécessaire] dans le chantier Lecoeuvre[2]. La présence de ce gaz avait été suspectée quelques jours plus tôt par des mineurs de fond mais la compagnie n'avait pas tenu compte de leurs avertissements. Le coup de grisou a ensuite soulevé la poussière de charbon, cette dernière, beaucoup plus explosive que le grisou, s'est mise en auto-combustion et la flamme a parcouru 110 kilomètres de galeries[3] en moins de deux minutes. Le coup de grisou a donc été immédiatement suivi par un coup de poussier beaucoup plus dévastateur et meurtrier[4].

Le 10 mars, à six heures du matin, 1 664 mineurs et galibots (âgés de 14 à 15 ans), étaient déjà descendus dans les fosses 2, 3, 4 et 10 dont les zones de travail étaient situées à une profondeur variant entre 330 et 340 mètres. À h 30, des employés aperçoivent une fumée noire sortant de la porte du moulinage[note 2] de la fosse n° 3. Quelques minutes plus tard, une déflagration ébranle le puits n° 4. La chaleur causée par l'explosion a transformé les galeries en une véritable fournaise, et la déflagration associée a tout balayé sur une distance de 110 kilomètres. Ensuite, les gaz méphitiques[note 3] se sont répandus dans les galeries. La déflagration fut si forte que des débris et des chevaux furent projetés à une hauteur de dix mètres sur le carreau de la fosse n° 3[5].

Le début du sauvetage[modifier | modifier le code]

Les femmes assises en rond attendent sur le carreau de la fosse de Sallaumines.

Une violente secousse fut ressentie dans les quartiers avoisinant les trois charbonnages[2]. Elle fut immédiatement suivie d'un bruit sourd. Selon d'autres témoignages, il s'agirait d'une violente détonation[2]. Portes et fenêtres commencent à s'ouvrir. Les habitants s'interrogent et commencent à s'inquiéter. Ils ne savent en effet pas encore quelle fosse est touchée.

Le directeur de la Compagnie, Lavaurs, est immédiatement alerté. Son habitation est située à côté du carreau de fosse n° 2[2]. Il s'y rend aussitôt, donne ses instructions et se rend immédiatement à la fosse n° 3. L'ingénieur Voisin et un homme d'about[note 4] descendent prudemment dans le puits n° 2 qui est intact. À 306 mètres de profondeur, ils découvrent évanoui le chef-porion Lecerf qu'ils ramènent à la surface[2].

À la fosse n° 3, l'ingénieur principal Petitjean se trouve à une quarantaine de mètres du chevalement lorsqu'un nuage de poussières jaillit du puits dans un vacarme épouvantable et retombe sur les installations[2]. Le souffle est si fort qu'un cheval est projeté en l'air, le chevalet a été soulevé et le moulinage a été ravagé[2].

La foule aux abords de la fosse de Sallaumines.

Abasourdi, Petitjean reprend ses esprits et court vers le puits. Il constate que la cloison du goyot est démolie. Par conséquent, l'aérage ne peut plus se faire correctement, et certains travaux au fond risquent de manquer d'air frais[2]. Il est impossible de remonter la cage qui était au fond au moment de l'explosion étant donné que les parois du puits se sont rapprochées[2]. Pire encore, plus personne ne peut descendre par les échelles car le puits est totalement bouché par un amas de ferraille. Le directeur de la Compagnie Lavaurs passe. Pour atteindre les chantiers de la fosse n° 3, il va falloir descendre par le puits de la fosse 4/11. En effet, désobstruer le puits demanderait trop de temps[2].

Vers huit heures, à la fosse n° 2, l'ingénieur et l'homme d'about tentent une nouvelle descente. Ils sont cette fois-ci accompagnés de Charles Casteyes, il s'agit d'un jeune galibot originaire de Montigny-en-Gohelle chargé de porter les médicaments. Juste avant la descente, l'ingénieur Voisin demande au mécanicien de ne pas faire descendre la cage au-delà de l'étage d'exploitation n° 258, soit 258 mètres de profondeur. L'air devient irrespirable passé cette profondeur[2]. La cage descend dans le puits, passe au niveau de l'étage 258. Hélas, dans la panique, le mécanicien a oublié de stopper la machine. Lorsque la cage passe devant un étage, l'homme d'about en bondit et alerte les personnels au jour. Le mécanicien, ayant compris son erreur, fait machine arrière, la cage remonte[2]. L'ingénieur Voisin et Charles Casteyes sont évanouis. Le bras du galibot, la tête de l'ingénieur ainsi que son pied dépassent de la cage. Or, tout ce qui en dépasse risque d'être sectionné ou broyé. Soudain, une secousse survient dans le puits, la tête de l'ingénieur revient dans la cage. Finalement, Voisin a eu le pied cassé et Charles Casteyes a eu le bras broyé. Par la suite, les gaz envahissent le puits n° 2. Toute opération de sauvetage devient impossible[2].

Les restes d'une victime.

Au puits n° 4, la cage a été projetée à une dizaine de mètres de hauteur. Elle est retombée de travers par conséquent, elle est inutilisable en l'état, il va falloir la dégager des décombres. Ici, la violence du choc a fait voler en éclats tous les carreaux du bâtiment central[2]. Georges Engelaêre, d'Avion réparait au moment de la catastrophe l'armature métallique du chevalet. Il a été projeté sur l'escalier menant au moulinage[2]. Il y gît, son crane est fracturé. Des mineurs le transportent dans une pièce près du logement du concierge[2] car il est encore en vie. L'ingénieur en chef Bar arrive à la fosse 4/11 peu après l'explosion. il constate que la cage du fond est bloquée à 383 mètres de profondeur[2]. Il descend immédiatement par les échelles du goyot sans prendre le temps d'enfiler ses habits de fosse. Il descend, accompagné de l'ingénieur principal de la fosse Domézon, son adjoint l'ingénieur Bousquet, le délégué mineur Dacheville, l'ancien chef-porion Lecomte et le chef-porion Douchy. Une fois au-dessus de la cage, ils la libèrent. À ce moment, apparaissent à l'orifice du puits n° 11 trois mineurs : Joseph Mary, Louis Lévêque et Louis Martin[2]. Quelques minutes après, c'est le porion-contrôleur Payen qui sort[2].

À neuf heures, quand la fumée fut enfin dissipée dans le puits n° 3, un porion[note 5] et un ingénieur descendirent par les échelles du goyot[note 6]. Ils furent malheureusement bloqués à 70 mètres de profondeur car les échelles étaient tombées[2].

À la fosse n° 4/11, la cage fut rapidement dégagée des décombres. Les sauveteurs ont pu descendre par les échelles et ils trouvèrent des rescapés à 331 mètres de profondeur[2]. À la fosse n° 2, les cages pouvaient fonctionner comme d'ordinaire. Dans le puits, rien ne laissait croire à une catastrophe. Les bowettes[note 7] entre la fosse n° 2 et la fosse n° 3 étaient coupées. Certains ouvriers de la fosse n° 3 ont malgré tout pu s'enfuir et remonter à la surface en passant par le puits n° 2[2].Pendant ce temps, à la fosse n° 10, la cage fonctionne comme d'habitude, les mineurs de la fosse sont remontés. À ce groupe s'ajoutent des mineurs de la fosse n°2[2].

La remonte des victimes.

Dans les corons, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre : une catastrophe a touché les fosses. Aussitôt, les épouses, les mères, les grands-parents et les enfants se précipitent vers les puits sinistrés. Devant les installations de surface, les grilles sont fermées. Devant l'afflux de personnes, des gendarmes sont appelés en renfort[2]. Tous attendent des nouvelles, des femmes sont même atteintes de crises nerveuses[2]. Certaines ont encore plusieurs membres de leur famille dans les galeries.

Les avenues de fosses et les rues des cités sont envahies par des milliers de personnes. Tous sont à la recherche de parents ou d'amis. Des nouvelles partielles parviennent à la préfecture d'Arras et au journal le Réveil du Nord. La préfecture apprend qu'une importante catastrophe aurait touché la fosse 4/11 de Sallaumines[2], au journal, une épouvantable catastrophe aurait eu lieu à Billy-Montigny. La réalité apparaît bien vite : un coup de grisou a touché les fosses n° 2, 3 et 4/11 des mines de Courrières. 1 800 mineurs y étaient descendus au matin[2].

Dès l'annonce de la catastrophe, Monsieur Tournay, maire de Billy-Montigny, accourt à la fosse n°2. La foule est maintenue à distance par les gendarmes locaux aidés par quelques agents d'Hénin-Liétard. Les docteurs Minet et Boulogne amputent sur place le galibot Charles Casteye. Ce dernier est ensuite emmené à l'hôpital. Pour réanimer les asphyxiés, des médecins des compagnies voisines arrivent. D'autres médecins arrivent même de Lille, les docteurs Colle et Albert Debeyre, ainsi que des médecins militaires, des internes et des externes de l'hôpital Saint-Sauveur[2]. 400 personnes environ travaillent à la fosse n° 2. Pour l'instant, seulement une dizaine de blessés a été remontée. Parmi eux, on compte le porion Fossez, Louis Briou père et fils, Émile Bouillez père et fils, l'ingénieur Peger et le chef-porion Lecerf[2]. Une question commence à se poser : que sont devenus les autres mineurs ? On sait déjà que 200 mineurs voire plus seraient remontés par le puits n° 10. Il devrait alors en rester autant au fond. Il est toutefois encore impossible de descendre étant donné que les gaz ne se sont pas suffisamment dissipés[2].

Simon, plus connu sous le nom de Ricq est délégué mineur à la fosse n°3. Il était chez lui à Méricourt-Village lorsqu'il entendit le bruit sourd de la déflagration. Il ne doute pas un instant. Un accident a eu lieu à cause du feu qui couvait dans la veine Cécile. Il enfile ses habits de fosse et accourt au carreau de fosse[2]. Un ventilateur se remet à fonctionner. Le mauvais air est expulsé. Pour descendre, on attacha un cuffat (grand tonneau) à la place de la cage du puits de la fosse n° 3 : quatre hommes s'y installèrent et on les descendit. La descente s'arrêta à 50 mètres de profondeur étant donné que le puits était envahi de débris. Ces débris furent évacués pendant toute la journée afin de libérer le passage. Quatorze hommes seulement sont remontés. Il en reste 459 au fond[2]. À la fosse n°4, le docteur Lecat constate le décès de Georges Engelaere, le mineur qui réparait le chevalet au moment de la déflagration. Il s'agit de la première victime officielle[2].

Sur le carreau de la fosse n°3, le directeur de la Compagnie Lavaurs s'entretient avec le directeur des mines de Lens Reumaux, le directeur des mines de Dourges Robiaud, le directeur des mines de Meurchin Tacquet (qui avait été ingénieur à la fosse n° 3) ainsi que des ingénieurs des compagnies voisines[2]. Sur le site, on peut apercevoir des médecins ainsi qu'une cinquantaine de gendarmes. Bar et Lecomte sortent du puits et vont voir le directeur Lavaurs. Ce qu'ils ont vu ressemble à un champ de bataille de 1870. Toutes les bowettes sont effondrées à 20 mètres de l'accrochage[2].

Un grand nombre d'ambulances, des voitures tirées par des chevaux arrivent sur les carreaux des fosses n°2, 3 et 4/11. Elles sont chargées de ballons d'oxygène, de gouttières, de médicaments, de matelas et de paquets d'ouate. Des salles ont été transformées en infirmeries, des baquets ont été remplis d'acide picrique[2]. Des boissons chaudes ont été préparées par des femmes. L'explosion a eu lieu il y a trois heures. Seuls quelques hommes sont remontés. La foule prend peu à peu conscience de l'ampleur de la catastrophe à la vue de l'organisation des secours.

Les efforts ont été concentrés au puits n°4. Dirigé par l'ingénieur Dinoire, le mécanicien d'extraction parvient à rétablir le libre jeu de la cage. Vers 10 heures commence à courir un bruit. Le porion-contrôleur Payen aurait réussi à ramener à l'étage d'exploitation 300 une cinquantaine de mineurs qui travaillaient dans un quartier du n° 11[2]. Parmi la foule aux abords de la fosse de Sallaumines, l'espoir de chaque personne est de retrouver un être cher. La cage remonte au jour. En trois voyages, 44 mineurs sont sauvés. Dans le lot, un des mineurs est gravement brûlé. Ses vêtements sont en lambeaux et son corps est presque nu. Il est immédiatement transporté à l'infirmerie où son corps est enveloppé de bandes de gaze jaunies d'acide picrique. La foule commence à s'agiter, les personnes présentes veulent à tout prix savoir qui sont les mineurs remontés. Au loin, tous les mineurs se ressemblent. Lorsqu'ils sortent du carreau de la fosse, ils sont tout de suite emmenés par les membres de leur famille chez eux[2].

C'est vers 10 h 30 qu'arrivent d'Arras le préfet du Pas-de-Calais Duréault, l'ingénieur en chef du contrôle des mines Léon. Viennent ensuite des membres du parquet de Béthune. Le préfet interroge le chef-porion Douchy qui venait juste de remonter. Ce dernier vient de voir une douzaine de cadavres près de la recette (près du puits). À une vingtaine de mètres, les galeries sont éboulées, les bois tombés et les portes arrachées. Des coups sur des tuyaux ont été entendus par un autre sauveteur. Il reste donc des survivants dans les galeries. Hélas, en l'état actuel des choses, il est impossible d'aller les sauver : les sauveteurs s'évanouissent à cause des gaz qui envahissent les galeries, et la cage ne peut plus descendre en dessous de 300 mètres de profondeur car ses guides tordus la bloquent[2].

Sous la direction de l'ingénieur en chef Léon, les ingénieurs de l'État prennent en main les opérations de sauvetage conformément au règlement. Il reste à la fosse n°4/11 et envoie Leprince-Ringuet à la fosse n°3 et Heurteau au 10. Il est impossible de coordonner le sauvetage car la plupart des ingénieurs sont déjà occupés dans leurs puits respectifs et les galeries pour tenter de sauver les survivants[2].

Par la suite, la fosse n°10 devient le centre des secours étant donné que l'on peut accéder par les galeries aux puits n°2 et 3. C'est également dans cette fosse que l'équipe médicale venue de Lille opère. Les premiers cadavres commencent à être remontés. Deux cadavres couverts d'un linceul gisent sur deux lits de camps dans le bureau du chef de carreau. Les galeries accessibles sont sillonnées par des équipes de secours. Le maire de Billy-Montigny est interrogé alors qu'il allait rentrer chez lui. Il prévoit la mort de 1 200 mineurs et reste étonné qu'un coup de grisou ait ravagé trois fosses[2].

Pour accéder aux différents étages d'extraction de la fosse n°3, il faut tout d'abord déboucher le puits. Ingénieurs, mineurs et porions s'occupent à retirer le fatras de ferrailles tordues et de planches cassées[2]. Certains scient les fers, d'autres cassent à la hache les planches. Le tout est remonté par le cuffat. Le déblaiement effectué, l'opération recommence quelques mètres en dessous. Vers 15 heures, la profondeur atteinte est de 55 mètres. En fin de journée, les mineurs ont atteint 170 mètres. Impossible d'aller plus loin, les débris forment un amas inextricable[2]. Diverses solutions sont proposées. Le directeur des mines de Lens propose d'utiliser de la dynamite. D'autres proposent de laisser tomber un bloc de fonte dans le puits pour y précipiter au fond les débris. Petitjean n'est pas pour l'utilisation de la dynamite. Quant à Bar, il craint que le bloc dévie de sa chute et aille cogner contre les parois du cuvelage et que ces dernières ne cèdent. Ces nouveaux éboulements risqueraient de réduire la section d'aérage. De plus, il faudrait encore pouvoir avertir les éventuels rescapés de s'éloigner du puits au moment de la chute. L'ingénieur Léon décida de surseoir la décision. Toutefois, tout est prêt dans l'éventualité où un choix serait nécessaire[2].

À la fosse n°4/11, les ventilateurs marchent à fond. L'air devient plus respirable dans le puits, toutefois, il reste impossible pour la cage de descendre au-delà de 300 mètres. L'idéal serait de remplacer la cage par une plus petite mais cette opération prendrait plus d'une heure. Ce délai est trop long, des hommes meurent au fond[2]. À cette heure, un bilan est dressé pour cette fosse : 852 descentes ont été enregistrées au matin. 47 hommes ont déjà été sauvés, et 125 mineurs furent miraculés. L'ingénieur avait fait remonter 125 personnes étant donné qu'ils n'avaient pas pu arriver à leurs tailles d'exploitation proches de l'incendie, quelques minutes avant la catastrophe. 680 mineurs manquent donc à l'appel. Des mineurs descendent sous la cage afin de scier les guides. Après une heure d'efforts, la cage peut passer. Un spectacle de désolation attend l'équipe de sauvetage lorsqu'elle atteint le dernier accrochage : des blessés souffrent atrocement au milieu des cadavres déchiquetés[2]. Pendant que certains sauveteurs font remonter au jour les blessés, d'autres explorent les bowettes. Les galeries sont remplies de mauvais air, d'éboulements et de cadavres.

Certains sauveteurs commencent à se sentir asphyxiés. Près de l'accrochage, Dinoire et Lafitte tombent. Quatorze cadavres sont remontés sur le carreau. La foule est anxieuse. Des ambulances arrivent. Des blessés ont donc été remontés mais ils sont dans un sale état. Ils sont presque nus, leur peau se détache par lambeaux. L'un d'eux est même scalpé. Ils sont transportés à la lampisterie sur des civières. Ils sont pansés. Ils sont ensuite mis dans les ambulances. La grille s'ouvre, la foule arrête l'ambulance, des hommes montent à bord pour demander au blessé son nom. Ce nom est ensuite crié à la foule. On a ainsi Pierre Devos de Sallaumines, son bras droit est arraché. Viennent ensuite trois grands brûlés Eugène Choisy, cabaretier à Pont de Sallaumines, Gaspard Guilleman, de Méricourt-Village et Jean-Baptiste Lemal, de Méricourt-Corons. Certains blessés, aidés de leurs camarades, rentrent à pied dans leur coron. Les familles des mineurs veulent avoir des nouvelles des leurs[2].

Les sauveteurs se reposent un peu sur le carreau. Ils pensent avoir entendu des appels mais l'air demeure irrespirable au fond. Un journaliste demande s'il reste encore des blessés. Un sauveteur lui répond que c'est fini. Tous les survivants ont été remontés, il ne reste plus que des morts. L'ingénieur Dinoire confirme[2].

À 14 et 19 heures, les sauveteurs réussirent à entendre des appels provenant du fond du puits.

À 22 heures, une équipe d'ingénieurs des Mines de l'État arrive. Elle prend désormais en main la conduite des opérations de sauvetages. Estimant que les conditions minimales de sécurité n'étaient pas remplies, ils ordonnèrent l'arrêt immédiat d'une descente plus profonde avant que ne soit consolidé le puits n°3. Les sauveteurs étaient pourtant parvenus à 160 mètres de profondeur.

Le 11 mars, à 22 heures, la profondeur de 180 mètres est atteinte. On donna l'ordre de stopper définitivement les travaux de sauvetage. Un bilan du sauvetage des fosses n°2 et 4 est dressé : après deux jours et deux nuits d'efforts, on ramena 25 survivants et 43 cadavres. Quelques sauveteurs disparurent pendant ce sauvetage.

Le sauvetage des installations avant celui des mineurs[modifier | modifier le code]

L'appareil Guglielminetti-Drager.
L'appareil Guglielminetti-Drager.
Le député Basly s'intéressant à la remontée des victimes.

Dans la journée du 11 mars, l'ingénieur en chef a voulu réunir une table ronde et interroger les survivants. Le but était de faire un point précis sur la situation. En revanche, les ingénieurs et les mineurs ne voulaient pas perdre de temps en bavardages pendant que leurs camarades mouraient au fond. Cette opposition eut sa part de responsabilité dans l'ampleur des pertes humaines car les ingénieurs envoyés par l'État, piqués dans leur orgueil, adoptèrent des mesures qui furent parfois aberrantes. Ils considéraient qu'il n'était pas possible de désobstruer le puits n°3, dont le cuvelage et les installations étaient fortement abimés à la profondeur de 160 mètres. De plus, toutes les recherches qui avaient été menées à partir des puits n°2 et 4 démontraient qu'il ne restait aucun survivant dans les quartiers du n°3, les ingénieurs de l'État décidèrent de fermer le puits n°3, d'actionner les ventilateurs afin de le transformer en puits de sortie d'air. La polémique vient du fait que le grand nombre de victimes soit dû en grande partie à l'obstination de la compagnie minière à poursuivre l'exploitation dans les autres puits alors qu'au fond un incendie n'avait pas encore été complètement maîtrisé et que des fumées et gaz toxiques remplissaient encore les galeries. Mais il y aurait aussi eu probablement moins de morts si les recherches n'avaient pas été arrêtées dès le troisième jour et si une partie de la mine n'avait pas été murée, sur ordre de l'ingénieur général Delafond, pour étouffer l'incendie et préserver le gisement.

La gestion de la crise par la compagnie minière fut particulièrement mal vécue par les mineurs et par leurs familles. La compagnie fut accusée d'avoir fait passer la sécurité des mineurs après la protection des infrastructures en particulier en prenant la décision de murer les galeries et d'inverser l'aérage pour extraire la fumée et étouffer l'incendie au lieu de faciliter le travail des sauveteurs en leur envoyant de l'air frais. De plus, les trois premiers jours, les corps extraits de la mine ne furent pas présentés aux familles pour identification. Quand celle-ci devint possible, elle ne fut ouverte qu’un seul jour : les familles durent ainsi passer en une journée devant les mille corps pour identifier leurs proches. Aucun responsable de la mine, ni aucun fonctionnaire ne donna non plus d’informations aux familles. Enfin, les veuves furent chassées des corons[note 8].

Le 12 mars, à une heure du matin, le plan est mis en œuvre, les orifices du puits sont fermés et les ventilateurs du puits n°3 sont redémarrés pour en faire sortir l'air. À l'inverse, les ventilateurs sont stoppés sur les puits n°2 et 4. Ils deviennent ainsi des entrées d'air. Le puits n°4 est fermé.

À 9 heures, une équipe de 25 mineurs allemands volontaires (de la 'Zeche Shamrock' à Herne et de la 'Zeche Rheinelbe' à Gelsenkirchen) arrive pour aider dans les secours : ils sont équipés de masques à oxygène, éléments que ne possèdent pas les sauveteurs français. Lorsque les sauveteurs allemands arrivent, les recherches sont déjà abandonnées. De plus, ils sont accueillis avec hostilité alors que se déroule la crise franco-allemande au Maroc. Avec leurs masques, ils avancent dans la fumée mais ne ramènent que de nombreux cadavres.

Le lendemain, c'est sous une tempête de neige que se déroulent les obsèques officielles. À cause des flammes, un grand nombre de mineurs ne pourront jamais être identifiés. Pour éviter les épidémies, les corps sont ensevelis dans une fosse commune, appelée le silo[6]. La cérémonie se déroule à la va-vite ce qui provoque colère et amertume chez les familles. L'ingénieur en chef et le directeur de la compagnie furent tellement hués par la foule qu'ils durent quitter le cimetière.

La colère monte[modifier | modifier le code]

Les sauveteurs découvrent un amoncellement de cadavres.

Le 14 mars, un nouveau bilan est établi : on dénombre 429 morts à la fosse n°3, 506 morts à la fosse n°4 et 162 morts à la fosse n°2.

Le 15 mars, les sauveteurs doivent se décider à stopper les recherches à cause d'un incendie qui s'est déclenché dans les galeries. Ils ne trouvèrent que des cadavres ce jour-là.

La colère puis la révolte montèrent dans le bassin minier. Les mineurs se mirent en grève pour exiger de meilleures conditions de travail. 40 000 ouvriers étaient dénombrés dans ce mouvement à la fin du mois de mars. La visite effectuée par le ministre de l'intérieur Georges Clemenceau et l'arrivée de 20 000 militaires n'ont pas réussi à calmer la situation, bien au contraire.

On commença à se demander si les ingénieurs de l'État n'avaient pas fait une erreur en considérant qu'il n'y avait plus de survivants au fond seulement trois jours après la catastrophe. D'autres rescapés auraient peut-être pu être retrouvés. Jean Jaurès, dans L'Humanité, alla jusqu'à poser cette question : « Et serait-il vrai que, par une funeste erreur, ceux qui dirigeaient les sauvetages, croyant qu'il n'y avait plus en effet d'existence humaine à sauver, se sont préoccupés plus de la mine que des hommes ? »

Un miracle, 20 jours après la catastrophe[modifier | modifier le code]

Les treize rescapés.

Le 30 mars, soit vingt jours après l'explosion, treize rescapés réussirent à retrouver le puits par leurs propres moyens après avoir erré dans le noir total sur des kilomètres. Ils furent aperçus par un ouvrier sauveteur à proximité de l'accrochage dans le puits n° 2. Une équipe descendit et trouva 13 hommes faisant des gestes désespérés dans l'obscurité. Les mineurs ont raconté avoir mangé le peu qu'ils trouvaient, y compris de l'avoine et un cheval qu'ils ont abattu à coups de pic.

Les treize rescapés sont Léon Boursier (19 ans), Louis Castel (22 ans), Honoré Couplet (20 ans), César Danglot (27 ans), Albert Dubois (17 ans), Élie Lefebvre (38 ans), Victor Martin (14 ans), Henri Neny (39 ans), Romain Noiret (33 ans), Charles Pruvost (40 ans) et son fils Anselme Pruvost (15 ans), Vanoudenhove Léon (18 ans) et Henri Wattiez (27 ans).

Berthou, le dernier survivant.

Le dernier survivant des treize rescapés de la catastrophe était Honoré Couplet. Il est décédé en 1977 à l'âge de 91 ans. Parmi les rescapés deux d'entre eux continuèrent à travailler à la mine durant quarante-deux et quarante-cinq ans, étant donné que c'était leur seul gagne-pain.

L'impensable, 24 jours après la catastrophe[modifier | modifier le code]

Un quatorzième survivant, Auguste Berthou, mineur à la fosse n° 4 de Sallaumines, fut retrouvé le 4 avril, grâce aux secouristes allemands qui avaient apporté des appareils respiratoires qui faisaient cruellement défaut aux compagnies minières locales. Il avait erré durant 24 jours à plus de 300 mètres de profondeur, dans le noir complet et les fumées toxiques. Il fut remonté par le puits n° 4.

Répercussions politiques et sociales[modifier | modifier le code]

La grève des mineurs.
Le cortège des grévistes parcourant les corons[7].

L'émotion qui s'ensuivit, et la polémique sur la gestion des secours, sont à l'origine d'un vaste mouvement de grève. Le 13 mars, lors des obsèques des premières victimes, à la fosse commune de Billy-Montigny, sous une tempête de neige, en présence de 15 000 personnes, le directeur de la compagnie est accueilli par des huées et des « assassins ! » et doit rapidement partir ; la foule scande « Vive la révolution ! Vive la grève ! ». Le lendemain, les mineurs refusent de redescendre au fond. Les syndicats appellent à une grève qui s'étend aux puits environnants. Le mouvement s'étend à tous les bassins miniers français et se développe jusque dans le Borinage, en Belgique. Le 16 mars, 25 000 ouvriers sont en grève, chiffre qui monte même à 60 000. Les incidents se multiplient entre grévistes et non-grévistes, mais aussi entre les partisans du « Vieux Syndicat » mené par Émile Basly et le « Jeune Syndicat », affilié à la CGT et mené par Benoît Broutchoux. Face aux mineurs en colère, Georges Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur, mobilise 30 000 gendarmes et soldats et envoie treize trains de renforts militaires[note 9]. De nombreuses arrestations ont eu lieu.

Les mineurs en grève.
Obsèques du lieutenant Lautour à la suite des manifestations.

La colère des mineurs est renforcée par la découverte tardive de rescapés. Les secours ont manifestement été abandonnés trop tôt et la Compagnie de Courrières est accusée de vouloir enterrer vivantes les victimes. La grève se durcit et un officier de l'armée est tué le 23 avril. À la fin du mois, malgré la répression et le manque d'argent des familles des mineurs, le patronat concède des augmentations de salaires. Le travail reprend début mai.

Cette catastrophe a suscité un élan de générosité sans précédent en France et en Europe et 6,5 millions de francs-or sont collectés. La compagnie minière elle-même donne 2,2 millions de francs aux ayants droit et verse des rentes annuelles de l'ordre de 500 000 francs aux familles.

La catastrophe provoqua une crise politique et un mouvement social qui déboucha sur l'instauration du repos hebdomadaire[8]. Elle donne aussi le coup de départ de l'immigration dans le Nord-Pas-de-Calais. Environ 900 mineurs kabyles sont recensés dès 1910 par la commission d'enquête d'Octave Dupont[9] et ils travaillent pour la Compagnie des mines de Courrières[10]. La Compagnie des mines d'Anzin lui emboîte le pas, et recrute des jeunes célibataires ou venant sans leur famille. Une enquête réalisée en 1914 décompte 1500 kabyles employés dans les mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais[10].

Après la catastrophe, la langue française s'est enrichie d'un mot nouveau d'origine picarde : rescapé, largement repris dans la presse, et qui supplanta réchappé.

Répercussions techniques[modifier | modifier le code]

À la suite d'une catastrophe d'une telle ampleur, une légitime exigence de « plus jamais ça » s'est imposée. Des études ont donc été conduites pour analyser ce qui s'était passé et mettre au point des méthodes permettant de diminuer le risque, et, plus encore, sa gravité.

L'analyse a montré que trois facteurs avaient causé la catastrophe. Le premier est un « coup de grisou », l'explosion d'une masse d'air mélangée de grisou, gaz naturel associé au charbon et essentiellement composé de méthane. Ce gaz est dissous dans le charbon et les roches encaissantes (des schistes et des grès), mais s'en échappe du fait que la pression est bien moindre dans l'air des galeries que dans les roches. La fracturation des roches, naturelle ou induite par le foudroyage, facilite ce dégazage. Le deuxième facteur est l'inflammabilité des poussières de charbon. Le souffle brûlant du coup de grisou les met en suspension dans l'air et les consume instantanément, ce qui renforce l'explosion qui peut ainsi se propager, littéralement comme une trainée de poudre. C'est le « coup de poussier ». Le troisième facteur est l'absence d'obstacle qui pourrait empêcher l'explosion de se propager indéfiniment dans les galeries et les puits.

Depuis bien longtemps, le risque de coup de grisou est prévenu par une aération suffisamment importante pour que la teneur du grisou dans l'air n'atteigne jamais les teneurs dangereuses de 6 à 12 %. Cette précaution n'est pas infaillible car le débit des émanations de grisou peut varier de manière imprévisible. Le risque de coup de poussier est difficile à prévenir car la poussière de charbon est omniprésente dans la mine, et parce que l'aération, qui dilue et emporte le grisou, dessèche aussi ces poussières. Les parades sont, d'une part l'arrosage, et d'autre part l'ajout à la poussière de charbon de poussière ininflammable, comme la poussière de roche. L'énormité de la catastrophe de Courrières s'explique par la propagation indéfinie de l'explosion, 110 km de galeries ravagées, rappelons-le. Ce risque ne faisait alors l'objet d'aucune prévention. Les études menées ensuite portèrent donc notamment sur cet aspect, et aboutirent aux arrêts barrages, ou taffanels, du nom de leur inventeur Jacques Taffanel. Ces arrêts barrages consistent en une sorte de faux plafond en planches sur lequel sont posés des auges remplies d'eau, de plâtre ou de poussières ininfammables, et sont généralement associés à une cloison bouchant la galerie, une porte normalement fermée permettant néanmoins le passage. Le but de cette cloison n'est pas d'arrêter un éventuel coup de poussier, mais plutôt de concentrer son souffle sur les auges pour en disperser le contenu dans un grand volume d'air qui, lui, fera bouchon en privant l'explosion de nouveau combustible. Disposés le long des galeries, ces dispositifs se sont révélés efficaces, puisqu'aucune catastrophe n'a atteint depuis, et de loin, l'ampleur de celle de Courrières.

À partir de cette époque, les lampes à feu nu sont bannies au profit des lampes dites de sûreté (lampes Davy). En 1907, le premier poste central de secours du bassin Nord-Pas-de-Calais est créé à Liévin (il sera transféré à Éleu-dit-Leauwette après sa destruction pendant la Première Guerre mondiale). On y forme des équipes spécialisées de sauveteurs. Des travaux d'études sur les risques dus au grisou et aux poussières, seront entrepris par une suite d'ingénieurs, tous issus de l'École Polytechnique, tout d'abord dans le laboratoire créé à Liévin en 1907 par le savant Jules Taffanel, puis après la Première Guerre mondiale à la station d'essais de Montluçon de son successeur, le savant Étienne Audibert qui créera à son tour le CERCHAR (Centre d'Études et de Recherche des Charbonnages) à Verneuil en Halatte en 1947, lequel sera dirigé successivement par le professeur Raymond Chéradame (1954-1972), le mathématicien Georges Edouard Delannoy (1972-1981), P. Foch (1981-1990) avant de devenir l'INERIS en 1990. En 1910, apparait le marteau-piqueur qui augmente le rendement, mais aussi la quantité de poussières, avec les risques d'explosion et de maladies (silicose et pneumoconiose) qui en découlent…

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Plusieurs jours après la catastrophe, les familles avaient toujours l'espoir que l'un des leurs soit retrouvé sain et sauf.
Quelques survivants.
Beaucoup de mineurs passèrent quelques jours à l'hôpital.
Quelques cadavres.
Les rescapés attendent le train pour Biarritz.

L'accident fit officiellement 1 099 morts sur près de 1 800 mineurs descendus ce jour-là, mais le bilan réel est probablement supérieur en raison de la présence de travailleurs « irréguliers » dont le décès n'a pas été imputé à cet accident. Pris au piège, la plupart des ouvriers sont morts asphyxiés ou brûlés par les nuées ardentes de gaz toxiques. En fin de journée, seulement 576 mineurs étaient parvenus à s'échapper de la catastrophe. À ce bilan doit encore être ajouté le décès d'au moins seize sauveteurs qui interviennent dans des conditions de sécurité et d'hygiène précaires[note 10].

Répartition des victimes par commune[11]
Communes Nombre
de morts
Communes Nombre
de morts
Acheville 5 Loison-sous-Lens 22
Achicourt 1 Méricourt 404
Athies 2 Montigny-en-Gohelle 9
Avion 30 Neuville-Vitasse 1
Bailleul-Sir-Berthoult 8 Neuvireuil 1
Beaurains 1 Noyelles-sous-Lens 102
Billy-Montigny 114 Oppy 5
Dourges 1 Rouvroy 9
Farbus 1 Sailly-Labourse 1
Feuchy 1 Saint-Laurent-Blangy 1
Fouquières-lez-Lens 36 Sallaumines 304
Hénin-Liétard 8 Thélus 2
Izel-lès-Équerchin 1 Vimy 13
Lens 12 Vitry-en-Artois 1
Willerval 3
Répartition des victimes par âge[12]
Âge Billy-
Montigny
Méricourt Noyelles-
sous-Lens
Sallaumines Autres
Communes
Total Pourcentage
13 ans 0 2 0 0 0 2 0,182 %
14 ans 6 17 5 14 5 47 4,273 %
15 ans 9 27 10 15 12 73 6,637 %
16 ans 5 20 6 11 13 55 5 %
17 ans 8 19 6 21 11 65 5,909 %
18 ans 3 28 2 14 13 60 5,454 %
19 ans 3 13 5 13 13 47 4,273 %
20 ans 8 17 5 5 13 48 4,364 %
21 à 25 ans 17 45 10 39 18 129 11,728 %
26 à 30 ans 11 65 19 49 25 169 15,364 %
31 à 35 ans 14 40 9 54 16 133 12,090 %
36 à 40 ans 17 37 12 32 17 115 10,454 %
41 à 45 ans 7 40 7 22 10 86 7,818 %
46 à 50 ans 1 22 6 11 5 45 4,090 %
51 à 55 ans 5 10 0 3 5 23 2,091 %
56 ans et plus 0 2 0 1 0 3 0,273 %
Total 114 404 102 304 176 1099 100 %
Monument aux victimes de la catastrophe de Courrières, à Avion.

D'après les chiffres du tableau, parmi l'ensemble des victimes, les mineurs âgés de 13 à 18 ans inclus représentent 27,45 % des victimes, 36,10 % pour la tranche d'âge de 13 à 20 ans inclus, 39,20 % pour la tranche d'âge de 21 à 35 ans inclus, enfin, les mineurs de 36 ans et plus représentent 24,70 % des victimes.

Si la catastrophe est connue sous le nom de « catastrophe de Courrières » car c'est dans cette commune que siégeait la compagnie des mines concernée, elle ne s'est en fait pas déroulée sur le territoire de cette commune, et n'a même tué aucun Courrièrois.

La catastrophe a eu lieu vingt ans après la première parution du roman Germinal d'Émile Zola, qui était décédé depuis quatre ans.

Commémorations[modifier | modifier le code]

La nécropole (le « silo ») de Méricourt.
Inauguration du « parcours des rescapés » vers la fosse no 2 à Billy-Montigny.

La nécropole de Méricourt abrite dans une fosse commune (le « silo ») les corps de 272 mineurs non identifiés. Un monument commémoratif y a été édifié ; un autre rappelle la catastrophe survenue dans la ville voisine de Fouquières-lez-Lens le 4 février 1970. À l'occasion du centième anniversaire de la catastrophe de 1906, la Communaupole de Lens-Liévin a aménagé un « parcours des rescapés » entre la nécropole et l'emplacement de l'ancienne fosse de 2 de Billy-Montigny où 13 survivants ont rejoint le jour, 17 jours après l'arrêt des recherches. Cet aménagement d'un kilomètre de long comprend 21 bornes métalliques sur lesquelles sont relatés le quotidien et les événements qui suivirent en surface et la survie des rescapés dans les galeries. La création de cet aménagement a été conçue par Territoires, Sites et Cités-paysagistes, Vrignaud Nicolas et Louazon Jean-Marc (scénographes).

La Poste française a mis en vente le 6 mars 2006 un timbre d'une valeur de 0,53 € commémorant le souvenir de cette catastrophe. Au format vertical de 30x40 mm, il a été dessiné par Paul Véret-Lemarinier d'après une œuvre de Lucien Jonas (1880-1947) et représente un mineur agenouillé avec une lampe à la main et une barrette (chapeau en cuir alors porté dans les mines) sur la tête. Il est imprimé en héliogravure par feuille de 48 timbres.

Du 9 au 11 octobre 2006 a été organisé au Centre historique minier de Lewarde un colloque international sur la catastrophe et ses conséquences ainsi qu'une double exposition sur Courrières et Marcinelle qui s'est déroulée jusqu'au 7 janvier 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. La Compagnie des mines de Courrières numérote ses puits de manière chronologique. Ainsi, lorsqu'un puits secondaire est ajouté, il ne porte pas de numéro bis mais un nouveau numéro. Lors de la mise en fonction du puits secondaire, la fosse porte comme nom les deux numéros comme ici 3 - 15, 4 - 11 ou encore 10 - 20.
  2. Le moulinage est le débouché au jour des cages qui remontent les wagonnets.
  3. Des gaz méphitiques sont des gaz toxiques, asphyxiants et nauséabonds.
  4. Un homme d'about est un mineur qui s'occupe de l'entretien du puits, des ascenseurs et du cuvelage.
  5. Un porion est un contremaître.
  6. Un goyot est un compartiment dans le puits séparé du puits d'extraction par une cloison étanche. Le goyot peut servir pour l'aérage ou pour les échelles.
  7. Une bowette est une galerie de communication principale.
  8. Les corons sont les logements de fonction des mineurs.
  9. Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est quadrillé par les militaires, soldats et gendarmes, avec un rapport de force d'un soldat pour trois mineurs (Denis Varachin, 2006)
  10. Fumées et gaz d'incendie, corps en décomposition et invasion de mouches (Denis Varaschin, 2006)
Références
  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k http://fouquiereschf.free.fr/ Chapitre 1
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag, ah, ai, aj, ak, al, am, an, ao, ap, aq, ar, as, at, au et av http://fouquiereschf.free.fr/ Chapitre 2
  3. www.force-ouvriere.fr/
  4. www.herodote.net/
  5. http://cpascans.canalblog.com/
  6. voir aussi VIE ILLUSTREE [No 387] du 16/03/1906 - LA CATASTROPHE DE COURRIERES - LA CEREMONIE FUNEBRE DU MARDI 13 MARS.
  7. Supplément illustré du Petit Journal, 1er avril 1906.
  8. www.ladepeche.fr/
  9. Rapport André Dilligent [1]
  10. a et b « "Ahmed, Wladislaw, Dario… tous gueules noires: Histoire de l’immigration dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais" », Centre historique minier de Lewarde
  11. http://fouquiereschf.free.fr/ en bas de page.
  12. http://fouquiereschf.free.fr/ en bas de page et le livre Die Grubenkatastrophe von Courrières 1906 de Heintz-Otto Sieburg.
Références à Guy Dubois et Jean Marie Minot, Histoire des Mines du Nord et du Pas-de-Calais. Tome I,‎ 1991

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Guy Dubois et Jean-Marie Minot, Histoire des Mines du Nord et du Pas-de-Calais : Des origines à 1939-45, t. I,‎ 1991, 176 p., p. 97-98 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Guy Dubois et Jean Marie Minot, Histoire des Mines du Nord et du Pas-de-Calais. Tome II,‎ 1992
  • Denis Varaschin, « 1906 : catastrophe dans les mines de Courrières », L'Histoire, n°306, février 2006, pages 60 à 65, ISSN 0182-2411. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Collectif, La Catastrophe des mines de Courrières, éditions L'Œil d'or, 2006, ISBN 2-913661-22-X. Reprise des témoignages des 14 rescapés.
  • Gérard Dumont (collectif), 10 mars 1906, Compagnie de Courrières, Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais.
  • A.B. Daniel (Jean-Daniel Baltassat), Les Roses noires, Éditions XO, 2007. Roman sur la catastrophe du point de vue d'un jeune ingénieur, fictif, et des survivants.
  • Conditions humaines, ballet de création contemporaine de Marie-Claude Pietragalla Compagnie, création à Sallaumines le 13 avril 2006. Cette évocation du monde de la mine et allégorie de la condition des mineurs est un questionnement l'identité et la mémoire collective. À l'initiative de la région Nord-Pas-de-Calais, le ballet est librement inspiré de la catastrophe de Courrières.
  • Jean-Luc Loyer, Sang Noir, la catastrophe de Courrières, Futuropolis, 2013 (ISBN 978-2754806114)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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