Nauru

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

0° 31′ 56″ S 166° 55′ 58″ E / -0.5322, 166.9327

Nauru, [nauru][4], en forme longue la République de Nauru, en nauruan Naoero et Ripublik Naoero, en anglais Republic of Nauru, est un État insulaire d'Océanie situé en Micronésie peuplé de 9 378 habitants en juillet 2012.

Située à 42 kilomètres au sud de l'équateur[5], l'île a une superficie de 21,3 km2 et est formée d'un plateau central peu élevé culminant à 71 mètres d'altitude au Command Ridge ceinturé par une étroite plaine côtière. Sur cette plaine se concentrent les logements et les infrastructures industrielles, agricoles, publiques et de transport, l'intérieur des terres étant majoritairement dévolu à l'extraction du minerai de phosphate qui constitue la seule richesse naturelle de Nauru. Le pays n'a pas de capitale officielle[1], toutefois Yaren est désigné de facto comme capitale car le district abrite le Parlement[1]. Par sa superficie, l'île est considérée comme la plus petite République du monde[1]. Sa densité est la plus élevée d'Océanie (9e rang mondial)

Image satellite de Nauru en 2002.

L'île, alors peuplée de quelques centaines de Nauruans aux origines micronésiennes et mélanésiennes, est approchée par le navigateur britannique John Fearn en 1798. Elle accède à l'indépendance le 31 janvier 1968. Entre ces deux dates, elle est successivement colonie allemande de 1888 à 1914 puis australienne de 1914 à 1968 avec une période d'occupation japonaise entre 1942 et 1945. Mais ce qui marque le plus profondément la société nauruane, c'est son histoire économique centrée sur le phosphate. Son extraction et son exportation débutent en 1906. Cette ressource, d'abord exploitée au bénéfice des nations colonisatrices de l'île, permet à la population de Nauru d'accéder à un très haut niveau de vie, à partir de l'indépendance en 1968. Cependant, dès les années 1990, l'épuisement des réserves minières, une mauvaise gestion des finances publiques et la dégradation de la santé publique caractérisée par l'apparition de maladies liées à une mauvaise hygiène de vie entraînent une paupérisation de la population et de l'État, aboutissant à une faillite générale.

La population de Nauru est très fortement marquée dans sa structure et sa culture par la colonisation : majoritairement de religion protestante, elle est principalement composée de Nauruans mais comporte une minorité chinoise et quelques Européens et Océaniens. Le nauruan, bien que seule langue officielle de l'île[6], est supplanté par l'anglais dans les relations formelles, il est largement employé dans le commerce, l'administration et les études supérieures. Le dollar australien est resté la monnaie du pays à son indépendance, et le sport national est le football australien.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie de « Nauru » est incertaine[7]. L'allemand Paul Hambruch qui visite l'île au début du XXe siècle indique que Naoero peut être interprété comme la contraction de la phrase a-nuau-a-a-ororo, qui s'écrirait aujourd'hui A nuaw ea arourõ, signifiant « je vais à la plage ». Anáoero entre en 1920 dans le dictionnaire colonial allemand[8].

L'Alsacien Alois Kayser, qui séjourna plus de trente ans sur Nauru au début du XXe siècle et étudia le nauruan, rejeta l'explication de Paul Hambruch pour le motif qu'il manquait le verbe de mouvement rodu, associé au mot « plage ». En effet, les Nauruans considèrent la plage comme le lieu le plus bas géographiquement aussi bien en ce qui concerne la terre que la mer. Ainsi, selon lui, l'absence de ce verbe dans la traduction de Paul Hambruch l'invalide de même que l'étymologie de Naoero et par la même occasion de « Nauru ».

L'île prit différents noms suivant les époques et les empires coloniaux en possession de ce territoire : les premiers colons britanniques l'appelèrent Pleasant Island (« Île Agréable ») ou encore Shank Island, tandis que les colons allemands la nommèrent Nawodo ou Onawero. Finalement, le nom actuel « Nauru » fut créé afin qu'Européens et Nord-Américains aient une appellation commune tandis qu'en nauruan, la langue parlée par les Nauruans, le pays est nommé Naoero[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de Nauru.

Période précoloniale[modifier | modifier le code]

Les événements antérieurs à la colonisation de Nauru à la fin du XIXe siècle sont peu connus faute de sources scripturales et en la quasi-absence de données archéologiques.

Vraisemblablement peuplée à l'origine de mélanésiens et de micronésiens, elle connaît l'arrivée d'une seconde vague de migration venant des littoraux chinois via les Philippines, aux alentours de -1200. La société nauruane s'organise alors en douze tribus[10], parlant chacune un dialecte différent du nauruan, la langue originaire de l'île, et vit de la culture des cocotiers, bananiers, pandanus et takamakas[11], et de la pisciculture des poissons-lait dans deux lagunes de l'île[12].

Période coloniale, occupations et mandats[modifier | modifier le code]

Guerrier nauruan en 1880.
Travailleurs chinois exploitant le phosphate

Nauru est approchée par les Européens le 8 novembre 1798 par le capitaine britannique John Fearn[13]. L'île sert alors de refuge à des déserteurs et des contrebandiers[14],[15]. En 1878, une guerre civile tribale se déclenche chez les Nauruans au cours de laquelle un tiers de la population disparaît[15],[16]. Le conflit prend fin le 16 avril 1888 lorsque l'Empire allemand annexe Nauru sous prétexte de rétablir la paix[14].

Les Allemands développent tout d'abord la culture du cocotier dont ils exportent le coprah mais la véritable mise en valeur de l'île prend ses sources en 1900 quand d'énormes gisements de phosphate sont découverts[10]. L'extraction commence en 1906, différentes compagnies minières se succèdent au fil du temps sur l'île. Elles y font venir de nombreux ouvriers étrangers, chinois et océaniens[13] . Dans le même temps, des missionnaires s'installent sur l'île, évangélisent, éduquent et occidentalisent la population[15].

L'ingénieur chef de la British Phosphate Commission accueilli par des Chinois de Nauru en 1938

En 1914, Nauru est confisqué par les Alliés comme le reste des colonies allemandes lorsque l'Australie prend possession de l'île le 6 novembre 1914[17]. Le statut de Nauru sera un point d'achoppement entre négociateurs de l'Empire britannique. Nauru est revendiquée avec véhémence tant par le gouvernement australien que par celui de Nouvelle-Zélande, au point que l'on sera forcé en mai 1919 de trouver une solution de compromis, faisant du mandat sur cette petite île le seul directement attribué à l'Empire britannique dans le Pacifique par le traité de Versailles[18]. Dans les faits, seule l'Australie administre la colonie[14],[10],[15]. L'extraction du phosphate se poursuit tout au long de la Première Guerre mondiale mais c'est durant l'entre-deux-guerres que la production décolle, la demande des agriculteurs australiens et néo-zélandais s'accroissant[14].

Bombardement allié sur Nauru.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en décembre 1940, Nauru subit des attaques de la marine allemande[19]. Les infrastructures servant à l'exportation du phosphate sont bombardées et cinq minéraliers sont coulés[20]. À partir d'août 1942, l'île, partiellement évacuée par les Occidentaux, est occupée par les Japonais[21]. Ils la fortifient et font construire par des travailleurs forcés une piste d'atterrissage qui sera la base de l'actuel aéroport international de Nauru[22]. Courant 1943, les Américains bombardent l'île dans le cadre de leur reconquête des îles du Pacifique, mais n'y débarquent pas[22]. Les habitants et occupants de Nauru, coupés des lignes d'approvisionnement japonaises, commencent alors à manquer de ravitaillement. Les Japonais décident en conséquence de déporter 1 200 Nauruans dans les îles Truk où ils sont astreints à des travaux forcés. Ceux qui restent sur l'île survivent dans des conditions très précaires[22],[15]. Le 13 septembre 1945, onze jours après la signature des actes de capitulation du Japon, la garnison de Nauru signe sa reddition. L'île repasse alors dans le giron australien[22]. Les derniers déportés des Îles Truk, qui ne sont plus que 737, sont rapatriés sur Nauru le 31 janvier 1946[14],[13].

Les Nations unies réattribuent en 1947 Nauru à l'Empire britannique et son administration à l'Australie[23],[21]. Les exportations de phosphate reprennent[15] mais les Nauruans ne profitent que très peu des retombées économiques. Hammer DeRoburt à la tête d'un groupe de jeunes gens éduqués en Australie devient le porte parole des revendications des Nauruans, qui consistent à demander plus d'autonomie et une meilleure répartition des bénéfices du phosphate. Un Conseil de gouvernement local est créé fin 1951 avec à sa tête Hammer DeRoburt, futur premier président de Nauru[14],[13]. En 1964, un projet australien de déplacement de la population nauruane sur une île australienne est abandonné car les Nauruans désirent à terme l'indépendance, ce que leur refuse l'Australie[14].

Indépendance[modifier | modifier le code]

Hammer DeRoburt le père de l'indépendance entouré de deux hommes politiques nauruans en 1968

Nauru devient indépendante sous la forme d'une république le 31 janvier 1968 au terme d'une période de transition durant laquelle les organismes économiques et politiques sont peu à peu transférés aux Nauruans[14]. Aux commandes de l'île et de son économie alors que le cours du phosphate atteint son plus haut niveau dans les années 1970, les Nauruans s'enrichissent considérablement[13]. La population atteint très vite un des plus hauts niveaux de vie du monde et adopte les pratiques d'une société de consommation[13]. Soucieux de préparer l'avenir du pays une fois les réserves de phosphate épuisées, le gouvernement effectue des acquisitions immobilières et foncières à l'étranger[15],[13],[24]. Le mode de vie occidental se révèlera par la suite néfaste pour la santé des Nauruans avec une hausse des cas de certaines maladies (notamment l'obésité et le diabète)[25] et la baisse de l'espérance de vie[26].

En 1989, Nauru porte plainte devant la Cour internationale de justice contre l'Australie, réclamant compensation pour la destruction du centre de l'île provoquée par l'extraction de phosphate[14]. Hors tribunal, l'Australie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande acceptent de verser plusieurs dizaines de millions de dollars australiens à l'État nauruan[14].

Lorsque les gisements de phosphate s'épuisent au début des années 1990[13], il s'avère que les investissements immobiliers se révèlent infructueux[24] et que les caisses de l'État ont pratiquement été vidées par le détournement de fonds et la corruption[13]. Confrontée à une grave crise économique, l'île voit les présidents se succéder[21], tentant de remplir les caisses de l'État tandis que les saisies se multiplient[13],[24]. N'ayant aucune autre ressource que celle qui est en train de s'épuiser, ils font le choix du blanchiment d'argent[24],[14], de la vente de passeports[13], de l'accueil de réfugiés demandant l'asile en Australie et jugés indésirables dans ce pays (la « solution du Pacifique »)[14], et vraisemblablement du monnayage des votes aux Nations unies à partir du moment où Nauru y adhère en 1999 et à la Commission baleinière internationale lors de son admission en 2005. Depuis 2004, une nouvelle majorité déclare cesser les activités qui font de Nauru un paradis fiscal et lancer des plans de restructuration de l'économie nauruane[27].

Le drapeau national[modifier | modifier le code]

Le drapeau national de Nauru, adopté le 31 janvier 1968, consiste en un fond bleu représentant l'océan Pacifique divisé en deux parts égales par une ligne horizontale jaune symbolisant l'équateur. Une étoile blanche à douze pointes situe l'emplacement de l'île par rapport à l’équateur. Les branches de l'étoile symbolisent les douze tribus de Nauru.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte de Nauru.
Articles détaillés : Géographie de Nauru et Transport à Nauru.

La République de Nauru n'est constituée que d'une seule île qui se situe en Océanie, dans l'ensemble régional appelé Micronésie, à 42 kilomètres au sud de l'équateur et sur le 167e méridien est. C'est une île isolée qui n'appartient à aucun sous-ensemble insulaire. La terre la plus proche, la petite île de Banaba, se situe à une distance de 265 kilomètres à l'Est, tandis que, toujours à l'Est, l'archipel le plus proche, celui des Gilbert se trouve à environ 600 km[28]. À l'Ouest, les îles Salomon sont à plus de 1 600 km[29].

L'île, ancien volcan recouvert de calcaire corallien[30], est grossièrement ovale et constituée d'un plateau central peu élevé occupant environ 80 % de la superficie de l'île. Le point culminant de Nauru est le Command Ridge, avec 71 mètres d'altitude[25]. Ce plateau est constitué de tourelles calcaires entre lesquelles se logeait du minerai de phosphate considéré comme le plus pur au monde[31]. Celui-ci a fait l'objet d'une extraction intensive durant tout le XXe siècle. Cette exploitation, bien qu'ayant enrichi considérablement mais temporairement la population de Nauru, a bouleversé la topographie de l'île, irrémédiablement détruit la forêt tropicale qui se trouvait sur le plateau et endommagé le récif corallien qui fait intégralement le tour de l'île[32].

Une plaine côtière très étroite (120 à 300 m de largeur[25]) fait le tour de l'île. Relativement fertile, elle permet une agriculture vivrière sur les quelques terres arables non construites.

L'hydrographie est quasiment inexistante sur l'île à l'exception de la lagune Buada, un lac qui se trouve sur le plateau et qui accueille sur ses rives quelques cultures et une petite partie de la population.

Le climat est tropical avec une mousson de novembre à février et une période sèche pouvant aller jusqu'à la sècheresse[25],[33]. L'île n'est pas soumise au passage des cyclones car trop proche de l'équateur[34],[25].

La population de Nauru est concentrée sur la bande côtière de l'île, formant un ruban urbain presque continu avec des densités moindres au nord-est. L'unique autre foyer de population est centré autour de la lagune Buada, le reste du centre de l'île étant constitué d'un plateau calcaire rendu inculte et extrêmement aride à la suite de l'exploitation de son phosphate. Il n'y a pas à proprement parler de villes à Nauru, l'État ne dispose pas de capitale.

Le réseau de transport à Nauru adopte une structure relativement simple en raison de la petite taille de l'île qui ne comporte pas de reliefs majeurs. La Island Ring Road, la route circulaire longeant la côte de 12 km, fait le tour de l'île et une autre permet de rejoindre la lagune Buada. Ce réseau est complété par une série de pistes liées à l'extraction minière. Il existe un chemin de fer d'exploitation à voie étroite utilisé dans le passé par l'industrie phosphatière[35]. Nauru, très éloignée des principaux archipels du pacifique, ne dispose pas de ports en eau profonde[36]. Les produits importés doivent donc être amenés à quai par de petites barges tandis que les cargos restent au large. Ceci a conduit à la construction près du port d'Aiwo de deux structures en porte à faux s'avançant en pleine mer permettant de charger les phosphatiers ancrés plus loin[36]. Quelques vols hebdomadaires de la compagnie nationale Our Airline sont assurés depuis l'aéroport international de Nauru, le seul de l'île[37].

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Pointes de corail sur la plage.
Article détaillé : Liste des oiseaux de Nauru.

La végétation tropicale est relictuelle sur le littoral et autour de la lagune Buada mais relativement absente au centre de l'île à la suite de l'exploitation minière.

Quelques espèces endémiques ou indigènes se rencontrent sur Nauru mais leur survie est compromise par la destruction de leurs milieux (exploitation minière, pollution) et par l'introduction d'espèces invasives (chien, chat, poule, rat polynésien...)[38].

L'avifaune comprend 27 espèces, dont une seule endémique, la rousserolle de Nauru.

L'environnement marin (en particulier la ceinture de corail qui entoure l'île) a largement été dégradé par les rejets liés à l'exploitation des phosphates et l'urbanisation.

Subdivisions administratives[modifier | modifier le code]

Nauru ne possède pas de division territoriale correspondant aux communes. L'île est divisée en 14 districts regroupés en 8 circonscriptions électorales, mais aucun n'a de chef-lieu[1]. Les districts sont :

Politique[modifier | modifier le code]

Parlement de Nauru

Nauru est une démocratie parlementaire[36] de type Westminster[39]. Le Parlement de Nauru est composé de dix-huit membres et est élu tous les trois ans, un chiffre considérable pour un si petit pays, chaque parlementaire représente environ 320 votants[40]. L'assemblée élit un président parmi ses membres, lequel nomme un Cabinet de cinq à six personnes. Le président est à la fois chef de l'État et chef du gouvernement[36]. Le système politique du pays se rapproche du bipartisme libre, les deux principaux partis étant le Parti démocrate et le Naoero Amo.

Entre 1999 et 2003 une série de votes de défiance et d'élections ont amené René Harris et Bernard Dowiyogo à diriger le pays en alternance. Bernard Dowiyogo meurt alors qu'il dirige le pays le 10 mars 2003 à Washington à la suite d'une opération cardiaque. Ludwig Scotty est élu président le 29 mai 2003, faisant penser que la période d'instabilité politique va s'achever. Cependant en août 2003, un nouveau vote de défiance est passé et René Harris est de nouveau élu président. À nouveau en minorité en 2004 à la suite de l'état de faillite dramatique de sa république, René Harris est battu une nouvelle fois par Ludwig Scotty, qui déclare l'état d'urgence et dissout le parlement après le rejet de son budget. Marcus Stephen lui succède le 19 décembre 2007, et demeure quatre ans à la tête de l'État, non sans difficulté en raison d'une faible majorité parlementaire.

Le trait dominant de la politique étrangère de Nauru est l'opportunisme. Entré en 1999 à l'ONU et membre de 17 autres organismes internationaux[40], l'État, constamment en quête d'aides lui permettant de sortir la tête de l'eau, monnaye ses votes. C'est ainsi que Nauru est l'un des rares pays à reconnaitre Taïwan, pays qui est d'ailleurs le seul à maintenir une ambassade sur place[41]. L'île a aussi voté en faveur de la fin du moratoire sur la chasse à la baleine à la commission baleinière internationale en échange du soutien économique du Japon[42]. Le 15 décembre 2009, Nauru reconnaît l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud moyennant 50 millions de dollars pour financer les besoins essentiels du pays[43]. Le 29 novembre 2012, Nauru a voté contre l'admission de l'État de Palestine en tant qu’État observateur aux Nations unies, avec huit autres pays dont les proches États insulaires des Palaos, des Îles Marshall et de Micronésie[44].

Économie[modifier | modifier le code]

Usine de raffinage du phosphate, tombant en ruines.
Le Nauru House, gratte-ciel construit par Nauru à Melbourne.
Article détaillé : Économie de Nauru.

Nauru a profité durant 30 ans de la richesse apportée par le phosphate, une ressource dont on savait dès les années 1950 qu'elle serait épuisée au tournant du XXIe siècle. 1974 est une année record pour l'île avec 225 millions d'euros de bénéfices. Le PIB par habitant de Nauru est alors le second du monde après celui de l'Arabie saoudite[40]. Le modèle de développement suivi par l'île à l'indépendance est marqué par un important étatisme économique, les revenus du phosphate collecté par l'entreprise publique Nauru Phosphate Corporation sont engrangés par le Nauru Phosphate Royalties Trust qui place les fonds de manière à fournir à l'île une rente pour le futur[40]. De nombreuses autres entreprises publiques sont lancées telles Air Nauru qui dessert tout le Pacifique et va s'avérer à elle seule un véritable gouffre économique. À la fin des années 1990, l'État emploie 1600 Nauruans[40].

La production connait un fort déclin à la fin des années 1990, elle passe de 1,67 million de tonnes en 1985-1986 à 162 000 tonnes en 2001-2002. Elle cesse totalement en 2003[45]. En 2006 elle reprend après des travaux de remise à niveau des infrastructures minières menés par une entreprise minière australienne en partenariat avec la RONPHOS, la nouvelle entreprise publique du phosphate à Nauru. L'exploitation primaire devrait être terminée en 2010[45]. Une exploitation secondaire consistant à récupérer le phosphate situé en dessous des pinacles est planifiée. Cette nouvelle forme d'extraction ainsi que la vente de gravier obtenue après concassage et vendu aux petites nations océaniennes voisines devrait assurer à Nauru des rentrées d'argent pour 30 ans. Parallèlement un programme de réhabilitation des terres est prévu[45].

Pour faire face à ses dettes et couvrir ses besoins les plus urgents, Nauru a recourt, à partir de la fin des années 1990, à des solutions parfois à la limite de la légalité. Le pays devient un paradis fiscal et est mis sur la liste noire du Groupe d'action financière en 2000. On compte à l'époque 400 banques fantômes (shell banks) domiciliées à Nauru[46]. Le pays vend aussi des passeports au prix fort, un trafic qui aurait rapporté 7,4 millions de dollars au pays. Ces affaires conduisent les États-Unis à qualifier le pays d'État voyou, Nauru perd toute crédibilité aux yeux de la communauté internationale[46]. Au milieu des années 2000, Nauru adopte une politique financière plus stricte, ce qui lui permet de régulariser sa situation auprès des instances internationales[46].

De 2001 à 2007, Nauru héberge un centre de détention d'immigrés clandestins pour le compte de l’Australie. Ce centre a constitué une manne financière importante, représentant jusqu'à 20 % des revenus de l'île[47]. À la suite de la fermeture de ce centre, le ministre des Affaires étrangères Kieren Keke annonce que Nauru va devoir faire face à « une crise de chômage majeure »[48]. En 2013, Nauru accepte d'accueillir des migrants clandestins refoulés d'Australie, en échange d'une aide financière[49].

En 2009, Nauru a l'un des taux de chômage les plus élevés du monde, celui-ci atteignant les 90 %[50].

Démographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Démographie de Nauru.

Selon le CIA World Factbook, 9 267 personnes résident à Nauru, 58 % sont Nauruans, 26 % Océaniens, 8 % Chinois et 8 % Occidentaux[1]. Cependant, le dernier recensement effectué sur Nauru en 2002 donne une population totale de 9 872 et certaines sources estiment que la population de l'île est située en 2007 dans une fourchette de 7 500 à 8 000 résidents en raison du rapatriement de la plupart des travailleurs Gilbertins et Tuvaluans courant 2006[51].

La langue officielle est le nauruan mais l'anglais est très répandu en tant que langue de travail du gouvernement et dans le commerce.

Les habitants sont majoritairement chrétiens (deux tiers sont protestants, un tiers catholiques). La constitution octroie la liberté de culte, cependant le gouvernement a restreint ce droit pour deux religions : l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormonisme) et l'Église des Témoins de Jéhovah, dont les fidèles sont le plus souvent des employés étrangers travaillant pour la Nauru Phosphate Corporation[52].

L'accroissement du niveau de vie au fil du XXe siècle a eu des effets néfastes sur la santé publique. Les Nauruans sont l'une des populations où le taux d'obésité est le plus élevé au monde, et parmi les adultes, 90 % ont un surpoids[53]. Nauru possède le plus fort taux mondial de diabète de type 2 (40 % de la population est affectée)[54]. On constate aussi un fort taux de problèmes rénaux et d'insuffisance cardiaque, l'espérance de vie a chuté à 58 ans pour les hommes et 65 ans pour les femmes[55].

Le taux d'alphabétisation est de 97 %, l'éducation est obligatoire pour les enfants de 6 à 15 ans[56]. Il existe un campus de l'Université du Pacifique Sud sur l'île. Avant que ce dernier ne soit construit, les étudiants devaient se rendre en Australie pour faire des études universitaires.

Culture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture nauruane.
Un missionnaire à Nauru entouré de Nauruans vêtus traditionnellement en 1916-17

Les Nauruans, longtemps très isolés du monde extérieur, ont élaboré une mythologie et une langue propres. Ils ont développé des jeux de ficelle très sophistiqués, des techniques de pêche et de chasse propres. Les danses et les chants forment une composante importante de la culture.

Cette culture traditionnelle a été bouleversée par les colonisations successives, l'évangélisation, l'industrialisation et l'entrée de plain-pied dans la société de consommation[15]. Les premiers missionnaires, protestants et catholiques, arrivés au tournant du XXe siècle convertissent l'ensemble des indigènes et poussent à l'abandon des cultes traditionnels ainsi que de certaines pratique sociales[15]. Ils s'attachent parallèlement à recueillir certains éléments de cette culture, posant les premiers jalons de son étude académique et forment les premières élites locales familières avec le monde occidental qui deviendront les pères de l'indépendance nauruane[15],[57].

Les différentes compagnies qui se succèdent à la tête de l'exploitation du phosphate nauruan gèrent des bibliothèques et des écoles pour leurs employés étrangers; australiens, chinois et originaires du Pacifique mais se désintéressent globalement des Nauruans qui ne sont pas intégrés à leur système économique. À l'époque coloniale l'accueil d'ouvriers immigrés est fait de telle manière qu'ils ont peu d'interactions avec les Nauruans. Ils vivent dans un quartier séparé et sont soumis au couvre-feu. L'Australie qui balaie en 1914 la colonie allemande et a administré l'île jusqu'en 1968 (excepté durant la période japonaise de 1942-45) occupe un statut d'ancienne métropole pour Nauru. C'est là que plusieurs générations de Nauruans sont allés poursuivre leurs études supérieures. Ils ont introduit à leur retour de nombreux éléments de la culture australienne, notamment la pratique du football australien. À l'indépendance, l'État fort de l'argent du phosphate dépense sans compter y compris dans le domaine de l'éducation, payant par exemple les études de ses élites à l'étranger, mais peu est fait pour préserver et diffuser la culture endogène de Nauru.

Fêtes et jours fériés[58]
Date Nom Remarques
1er janvier Jour de l'an
31 janvier Fête de l'indépendance Anniversaire de l'indépendance obtenue en 1968.
mars/avril Pâques Ainsi que le Vendredi saint et le Lundi de Pâques.
17 mai Jour de la Constitution Anniversaire de la Constitution écrite en 1968.
25 septembre National Youth Day
26 octobre Angam Day Anniversaire du premier dépassement du seuil de 1 500 habitants.
25 décembre Noël
26 décembre Boxing Day

Codes[modifier | modifier le code]

Nauru a pour codes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g CIA World Fact Book Consulté le 12 février 2011
  2. Nauru ne possède pas de capitale officielle. Le district de Yaren héberge les institutions gouvernementales du pays et est donc considéré de facto comme la capitale officielle du pays.
  3. (en) Human Development Report - Statistiques de 2006
  4. (fr) (en) Le Robert & Collins senior, Dictionnaire français/anglais anglais/français
  5. (en) Mission de Nauru auprès des Nations-Unies
  6. (fr) Université de Laval - Aménagement linguistique dans le monde
  7. A. Cherpillod, Dictionnaire étymologique des noms géographiques, éd. Masson, 1991, p. 325, (ISBN 2-225-81038-9)
  8. Folliet 2009, p. 21
  9. (en) International Organisation for Standardisation - Newsletter I-8 (2007-04-17), page 27
  10. a, b et c (en) Site sur l'histoire de l'administration de Nauru
  11. (en) FAO - Forestry
  12. (en) Secretariat of the Pacific Community - Nauru aquaculture development plan
  13. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (en) Center for Independant Studies [PDF]
  14. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Encyclopedia of the Nations - Histoire de Nauru
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Carl N. McDaniel, John M. Gowdy, Paradise for Sale, Chapitre 2
  16. (en) U.S. Department of state - Nauru
  17. (en) Arthur W. Jose, Official History of Australia in the War of 1914-1918, Volume IX - The Royal Australian Navy: 1914 - 1918, Chapter XII – The Royal Australian Naval Brigade [PDF], 1928
  18. (en) Margaret MacMillan, Peacemakers, Six months that changed the world, John Murray, 2003 (ISBN 978-0-7195-6237-2), p. 114
  19. (en) Fiche d'information sur le navire Komet
  20. (en) Waters, The Royal New Zealand Navy,‎ 1956 (lire en ligne), pp.147–148
  21. a, b et c (en) World Statesmen - Nauru
  22. a, b, c et d Pacific Magazine Histoire de Nauru durant la Seconde Guerre mondiale
  23. Texte officiel détaillant l'accord sur la tutelle de Nauru.
  24. a, b, c et d (fr) Article de L'EXPRESS, « Nauru, île en perdition », 7 mars 2005
  25. a, b, c, d et e (en) Republic of Nauru National Assessment Report [PDF]
  26. (en) Nauru WHO The world health report 2005 URL Accessed 2006-05-02
  27. (fr) Ministère français des Affaires étrangères - Politique intérieure de Nauru
  28. (en) Viviani 1970, p. 3
  29. (en) Petit - Skinner 1982, p. IV
  30. (en) Ministère nauruan de l'Éducation Géologie de Nauru
  31. Nauru, the economy, article de l'encyclopédie Britannica
  32. République de Nauru, 1999 Climate Change Response Under the United Nations Framework Convention on Climate Change [PDF]
  33. (en) Nauru Department of Economic Development and Environment. 2003. First National Report To the United Nations Convention to Combat Desertification (UNCCD) [PDF] URL Accessed 2006-05-03
  34. (en) Protected Areas and World Heritage Programme
  35. (en) Papua New Guinea Books Useful Articles & Information Recensement des lignes de chemin de fer construites par l'Allemagne dans le Pacifique
  36. a, b, c et d (en) Asian Development Bank - Nauru
  37. (en) Information disponible sur le site d'Our Airline. Consulté le 12 juin 2008.
  38. (en) United Nations Environment Programme Islands Web Site - Nauru
  39. (en) « Parliament of Nauru » (consulté le 25 janvier 2011)
  40. a, b, c, d et e (en) Helen Hugues, « From Riches to Rags What Are Nauru’s Options and How Can Australia Help? », The center for independent studies,‎ 18 août 2004 (lire en ligne)
  41. Folliet 2009, p. 106-111
  42. Folliet 2009, p. 114-115
  43. (en) New York Times - Abkhazia is recognized by Nauru
  44. (en) Détail des votes, ONU,‎ 29 novembre 2012 (lire en ligne)
  45. a, b et c Gouvernement australien, ministère des affaires étrangères et du commerce., « Republic of Nauru Country Brief », sur http://www.dfat.gov.au/,‎ septembre 2008 (consulté le 22 décembre 2008)
  46. a, b et c Folliet 2009, p. 69-74
  47. Helen Hugues, « Whither Nauru? », Center for Independant studies,‎ 22 janvier 2008 (lire en ligne)
  48. (en) "Nauru 'hit' by detention centre closure", The Age, 7 février 2008
  49. http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/08/03/l-ile-de-nauru-accepte-de-recevoir-les-demandeurs-d-asile-australiens_3457187_3216.html
  50. (fr) « Taux de chômage - Monde », Index Mundi (consulté le 23 avril 2011)
  51. Nauru technical report, SOPAC, project report 80, 2007, p.39
  52. US Department of State. 2003. International Religious Freedom Report 2003 - Nauru URL accessed 2005-05-02.
  53. [PDF] Obesity in the Pacific: too big to ignore, 2002, Secretariat of the Pacific Community ISBN 982-203-925-5
  54. King, H. and Rewers M. 1993. Diabetes in adults is now a Third World problem. World Health Organization Ad Hoc Diabetes Reporting Group. Ethnicity & Disease 3:S67-74.
  55. WHO The world health report 2005. Nauru URL Accessed 2006-05-02
  56. Waqa, B. 1999. UNESCO Education for all Assessment Country report 1999 Country: Nauru URL Accessed 2006-05-02.
  57. (en) John Garrett, Where nets were cast: Christianity in Oceania since World War II, Institute of Pacific Studies, University of the South Pacific, World Council of Churches,‎ 1997, 499 p. (ISBN 982-02-0121-7, lire en ligne)
    p.222-224
  58. (en) Mission permanente de Nauru aux Nations-Unies

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Folliet, Nauru, l'île dévastée - Comment la civilisation capitaliste a détruit le pays le plus riche du monde, La Découverte,‎ 2009 (ISBN 978-2-7071-5816-1)
  • (en) Peter Bellwood, The Austronesians, Research School of Pacific and Asian Studies, Australian National University,‎ 1995
  • (de) Thilenius, Georg et Otto Reche, Ergebnisse der Südsee-Expedition 1908-1910, L. Friederichsen
  • (de) Ferdinand Karl, Hermann Mückler, Oasen der Südsee. Die größten "Kleinststaaten" der Welt. Ostmikronesien: Marshall-Inseln, Gilbert-Inseln, Nauru, Weishaupt,‎ 2002 (ISBN 3-7059-0121-4)
  • (en) Nancy Viviani, Nauru, Phosphate and Political Progress, Australian National University Press,‎ 1970 (ISBN 0-7081-0765-6)
  • Solange Petit - Skinner, Pêcheurs de Nauru, Éditions Lanore,‎ 1982

Source[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :