Chasse à la baleine

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Chasse à la baleine, Abraham Storck.
Scène de chasse à la baleine, XIXe siècle

La chasse à la baleine a eu lieu dans les nombreuses régions du monde où les baleines vivent. La grande taille de ces mammifères marins présente l'avantage d'apporter des quantités considérables de nourriture mais sa chasse est particulièrement dangereuse, sauf avec l'assistance des moyens techniques modernes.

Histoire et préhistoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

On a longtemps pensé que l'origine de cette chasse était d'origine pré-historique mais sans disposer de preuves tangibles. En fait, plusieurs représentations paléolithiques (en particulier, dans le Sud-Ouest de la France et en Espagne) n'ont pas été immédiatement reconnues comme telles.

Les premières traces historiques généralement admises sont des documents qui attestent la chasse des Basques au XIe siècle et un poème japonais [Lequel ?] antérieur au Xe siècle qui évoque la capture de cétacés.

Les baleines ciblées étaient des baleines franches :

Ces animaux nagent lentement (ce qui en facilite la poursuite) et leurs carcasses (contrairement à celles des rorquals) flottent naturellement en surface (ce qui en facilite la récupération et l'exploitation, d'où leur nom de franche).

Toutefois, en 2004, l'hypothèse de l'origine préhistorique de la chasse à la baleine a repris de l'importance avec l'identification de gravures rupestres en Corée du Sud (site de Bangudae au bord de la baie d'Ulsan sur la mer du Japon). On y trouve de nombreuses représentations de cétacés et des gravures interprétées comme des scènes de chasse (harpon dessiné en superposition avec une silhouette de baleine par exemple). On a pu y identifier Eubalaena japonica, ou baleine du Pacifique Nord et peut-être des baleines grises.

Tout [Quoi ?] indique que cette pratique a disparu de Corée sous l'influence du bouddhisme, sous l'influence duquel des décrets royaux interdisent la mise à mort de créatures vivantes dès le VIe siècle.

Ces éléments ont poussé à réinterpréter des représentations gravées provenant de France, d'Espagne ou d'Europe du Nord et la présence d'ossements de cétacés sur des sites paléolithiques (dont de nombreux dauphins et marsouins dont il était difficile de déterminer s'ils provenaient de chasses ou de récupération de carcasses échouées).

Les spécialistes [Qui ?] considèrent donc maintenant que cela repousse les premières traces de chasse à la baleine aux environs de Ve millénaire av. J.‑C..

Chasse traditionnelle[modifier | modifier le code]

Dans l'île de Lembata en Indonésie, il existe deux villages qui pratiquent encore la chasse à la baleine de façon traditionnelle.

Chasse industrielle[modifier | modifier le code]

La pêche aux cétacés est décriée plus de cent ans avant l'arrivée de la chasse industrielle, c'est ainsi que Bernard Germain de Lacépède prédisait un massacre menaçant ces espèces, essentiellement causé par les gains engendré par cette chasse[1].

« C'est ainsi que les géants des géants sont tombés sous ses armes ; et comme son génie est immortel, et que sa science est maintenant impérissable, parce qu'il a pu multiplier sans limites les exemplaires de sa pensée, ils ne cesseront d'être les victimes de son intérêt, que lorsque ces énormes espèces auront cessé d'exister. C'est en vain qu'elles fuient devant lui : son art le transporte aux extrémités de la terre ; elles n'ont plus d'asyle que dans le néant[1]. »

— Bernard Germain de Lacépède, histoire des cétacés, 1804

Amarrée au navire baleinier, la baleine sera remorquée jusqu'au chantier de dépeçage. Photographie prise vers 1900.

La pratique de la chasse à la baleine (qui était ainsi largement répandue géographiquement dans les périodes historiques) a connu un essor notable avec la mise en œuvre de moyens industriels considérables (en particulier les flottes de navires baleiniers provenant d'Europe et de Russie) au XIXe siècle.

La guerre russo-japonaise va modifier le rapport de force, les baleiniers russes se voyant chassés des eaux entourant la péninsule coréenne, le Japon pouvant développer sa flotte lui donnant l'accès aux ressources baleinières de la mer du Japon et d'une partie du Pacifique Nord Ouest.

Dans cette période, on a vu les moyens passer par des étapes technologiques importantes :

  • navires susceptibles de s'attaquer à des baleines de haute mer ;
  • constitution de flottilles pour optimiser l'exploitation de zones particulièrement riches ou de zones de migration ;
  • utilisation du harpon propulsé (à bord de barques ou à bord de navires de fort tonnage) ;
  • utilisation du harpon à tête explosive.

Intérêts économiques[modifier | modifier le code]

La chasse à la baleine attire pour plusieurs raisons économiques récurrentes :

  • la nourriture (une baleine apporte une quantité importante de protéines et de graisse). La viande salée est consommée ;
  • l'huile (chauffage, éclairage, cuisine). L'huile de cachalot sert à lubrifier les machines travaillant à grande vitesse et demandant des mécanismes de haute précision. L'huile de rorqual était utilisée pour éclairer les villes. Un rorqual bleu de 26 mètres produit 27 tonnes d'huile ;
  • les os sont utilisés comme matériau ;
  • les fanons sont utilisés grâce à leur résistance et à leur flexibilité jusqu'au XIXe siècle pour fabriquer des baleines de parapluie et des corsets ;
  • le cuir est utilisée pour fabriquer des ceintures ;
  • les intestins séchés sont utilisés pour réaliser des cordages ;
  • les produits cosmétiques sont dérivés ;
  • les produits pharmaceutiques sont dérivés ;
  • l'ambre gris fourni par le cachalot servait à fixer les parfums. On lui donnait aussi des vertus aphrodisiaques au XVIIe siècle ;
  • le spermaceti est de l'huile extraite du crâne du cachalot et servait à fabriquer des bougies.

L'impact sur les baleines[modifier | modifier le code]

Mais l'augmentation du nombre de prises a conduit à une raréfaction de la ressource poursuivie. La moyenne annuelle d'animaux capturés, faible avant 1880, s'élève à 1 500 dès les années 1890, à 10 000 après 1910 et jusqu'à 50 000 dans les années 1930.[réf. nécessaire]

Les populations de baleines se sont alors réduites dans d'importantes proportions. De nombreuses espèces de baleines furent [Quand ?] considérées comme en voie de disparition par l'effet de la chasse intensive, comme Balaena mysticetus ou baleine franche du Groenland.

Commission baleinière internationale[modifier | modifier le code]

La Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine est signée le 2 décembre 1946 par une quinzaine de nations. Elle a pour objectif de permettre la conservation judicieuse des populations de baleines et le développement ordonné de l’industrie baleinière. La Commission baleinière internationale est instituée en 1948 selon les termes de la Convention et sa première réunion plénière a lieu en 1949 à Londres. Certaines mesures des textes précédents que sont la Convention pour la réglementation de la chasse à la baleine, dite Convention de Genève (1931) et l’Accord international pour la réglementation de la chasse à la baleine (1937), sont reprises par la CBI, protégeant notamment espèces (baleines franches, baleines grises).

Les premières mesures de gestion de la chasse baleinière ont toutefois un effet désastreux. Ainsi, le système de conversion appelé "Unité de baleine bleue" (BWU, Blue Whale Unit) qui établit des équivalence entre les différentes espèces de baleines à fanons en fonction de la quantité moyenne d'huile pouvant en être tirée (1 baleine bleue = 2 rorquals communs = 2,5 baleines à bosse = 6 rorquals de Rudolphi), ainsi que la mise en place d'un quota global pour toutes les nations baleinières va provoquer le massacre des plus grandes baleines et amener leurs populations au bord de l'extinction. Ce n'est que dans les années 1960 que des quotas par pays seront adoptés, et en 1972 que l'Unité de baleine bleue sera abolie.

Ces changements forceront quelques nations à renoncer complètement à la chasse (Angleterre, Pays-Bas), leur industrie baleinière n'étant plus rentable. Dans les années 1970, seuls le Japon et l'URSS continuent de chasser en Antarctique. La CBI utilise alors un système de gestion hérité des autres pêcheries appelé Nouvelle Procédure de Gestion (NMP, New Management Procedure) qui va permettre la protection progressive des espèces menacées telles que le rorqual commun en 1975.

En 1982, une interdiction sur la chasse à la baleine dite commerciale (moratoire) sera adoptée par une majorité des trois quarts des membres de la CBI. Le Japon, la Norvège, l'URSS et le Pérou y feront objection, mais le Japon retirera son objection en 1985 et acceptera le moratoire en 1987. À partir de cette même année, il s'engage dans un programme de recherche scientifique controversé sur les cétacés en Antarctique prévoyant la capture de 300 rorquals de Minke par an. Il entreprend un autre programme, dans le Pacifique nord cette fois, à partir de 1994.

En 1993, la Norvège qui avait stoppé ses activités baleinières reprend la chasse commerciale de rorquals de Minke au large de ses côtes en vertu de son objection au moratoire.

Selon les défenseurs des baleines, la disparition de la baleine ne peut toujours pas être écartée pour plusieurs raisons :

  • la pollution des océans présente un risque supplémentaire pour les cétacés d'aujourd'hui ;
  • l'exploitation à grande échelle n'est pas totalement arrêtée (par exemple, certains pays ont négocié des exemptions pour entretenir la « recherche scientifique »).

Aujourd'hui seuls quelques pays pratiquent encore la chasse malgré le moratoire institué dès 1985/1986 :

  • Le Japon dans le cadre de permis spéciaux pour la recherche scientifique décrits à l'article 8 de la Convention baleinière (également dans le sanctuaire baleinier de l'océan Austral) ;
  • La Norvège et l'Islande exclusivement au large de leurs côtes ;
  • Les Inuits et quelques populations côtières de l'Alaska, de la Sibérie, du Canada ou des Caraïbes continuent à pratiquer une chasse aborigène de subsistance.

Lors de la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale du 18 juin 2006 et avec le soutien des petits États insulaires des Caraïbes ou du Pacifique, le Japon et les autres pays baleiniers (Norvège, Islande, Danemark) ont obtenu le vote de la Déclaration de St.Kitts et Nevis par 33 voix pour, 32 contre et une abstention[2]. Cette déclaration affirmant que le moratoire sur la chasse commerciale n'est "dorénavant plus nécessaire", est non contraignante pour ses signataires, et n'entraîne pas de levée dudit moratoire. Le Dr. Joth Singh, Directeur de la Protection de la Faune et de l'Habitat d'IFAW, une ONG opposée à la chasse à la baleine, a déclaré que « c'est une attaque furtive portée à la CBI. Après avoir subi un échec sur chaque proposition soumise à cette réunion, les pays qui continuent à chasser la baleine et leurs alliés ont concocté un accord non contractuel, l'ont fait jaillir devant la commission et ont poussé à ce qu'il soit soumis aux votes. Ils veulent tuer les baleines, et ils sont prêts à tuer la Commission pour y parvenir. Mais cette manœuvre n'est pas l'estocade, simplement un coup de banderille »[3].

L'Australie et la Nouvelle-Zélande, farouches défenseurs du moratoire, aux côtés d'autres pays tels la France, les États-Unis et le Royaume-Uni ont dénoncé avec virulence ces votes qu'ils considèrent obtenus en échange d'aides financières. Le Japon observe le moratoire, mais effectue, tout comme l'Islande, des pêches de baleines pour la "recherche scientifique", très contestée par les écologistes. La Norvège a pris le parti d'ignorer le moratoire. Ces trois pays prélèvent globalement 2 000 baleines par an.[réf. nécessaire]

Pour Bob Brownell, de la National Oceanic and Atmospheric Administration, aux États-Unis, la chasse scientifique n'est que de la chasse commerciale à la baleine déguisée. Arne Bjørge, président du comité scientifique de la CBI jusqu'en 2009 a déclaré que la « contribution du Japon à la recherche sur les cétacés en Antarctique était considérable et même cruciale pour le comité scientifique (de la CBI) »[4].

Lors de la réunion de la commission en 2012, la Corée du Sud a annoncé vouloir reprendre la chasse à la baleine, dans le cadre d'une « recherche scientifique »[5]. La Corée du Sud autorise déjà la vente de viande de baleines attrapées accidentellement dans les filets de pêche, mais le taux élevé de ces captures fait dire aux associations environnementales que les bêtes sont tuées délibérément[5]. Une centaine de baleines, la plupart des petits rorquals, seraient attrapées tous les ans[5].

JARPA : programme de recherche scientifique japonais[modifier | modifier le code]

L'objectif du Japon est la reprise de la chasse commerciale à la baleine, et sa politique se base sur des arguments scientifiques, de droit international, et de diversité culturelle[6]. Les programmes de recherche japonais emploient des méthodes létales qui rencontrent de fortes oppositions. Le Japon estime que ces oppositions sont des réactions émotives et anti-baleinières, basées sur le malentendu et la désinformation. Il considère qu'elles nuisent à la tenue de négociations internationales, provoquant des dysfonctionnements et conflits au sein de la CBI. Il accuse ses adversaires d'avoir pour objectif l'arrêt total de la chasse commerciale et scientifique, ce qui est en contradiction selon lui avec les termes du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine. Selon le Japon, ce moratoire doit à terme permettre la reprise de la chasse commerciale de façon raisonnée, lorsque les stocks de baleines auront été reconstitués[6].

Le Japon a débuté son programme de recherche dans l'Antarctique (JARPA) en 1987/1988, afin de collecter des informations sur la structure des stocks et la biologie des baleines, dans le but de reprendre à terme la chasse commerciale à la baleine de façon durable. Ce programme de recherche a été prolongé par le programme JARPA II en 2005/2006. Le Japon se fonde sur la règlementation de la CBI pour conduire son programme, les membres de la CBI ayant le droit selon l'article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (CIRCB) d'émettre des permis spéciaux de chasse scientifique, et affirme que c'est le règlement de la CIRCB qui exige que la viande de baleine issue de cette chasse soit utilisée autant que possible. Le Japon poursuit le but fixé par la CBI d’assurer « la conservation judicieuse de l'espèce baleinière et, partant, de rendre possible le développement ordonné de l’industrie baleinière »[7].

De 1987 à 2006, 182 documents scientifiques ont été présentés à la CBI, et 91 articles ont été publiés[6]. Le programme JARPA concernait la chasse à la Baleine de Minke (ou rorqual de Minke, ou petit rorqual). Le Japon lance en 2005 le programme JARPA II qui ajoute des quotas pour deux nouvelles espèces : baleine à bosse et rorqual commun. Le gouvernement japonais acceptera toutefois de suspendre le quota des baleines à bosse tant que les discussions sur le "Futur de la CBI" sont en cours[6]. En 2004/2005, le prélèvement annuel effectué par la recherche scientifique japonaise s'élevait à environ 400 spécimens de rorquals de Minke antarctiques, pour un total de capture d'environ 6 777 depuis 1987/1988[8]. Se basant sur les résultats de ses recherches, le Japon a demandé sans succès la levée du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine, et exprimé l'intention d'augmenter ses prélèvements dans un cadre scientifique jusqu'à 850 rorquals de Minke antarctiques par an.

Ces recherches consistent à capturer un spécimen, puis effectuer des prélèvements de tissus. Le reste de l'animal est débité, et sa chair est commercialisée au Japon, ou simplement détruite, sous la direction du gouvernement, selon l'article 8.2 de la convention de la CBI. Les fonds ainsi levés servent à couvrir les frais des programmes de recherche.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]