La Henriade

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La Henriade
Image illustrative de l'article La Henriade
Édition de Londres in-4°, 1728

Auteur Voltaire
Genre Épopée
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Genève (Rouen)
Éditeur Mokpap (Viret)
Date de parution 1723

La Henriade est une épopée en dix chants de Voltaire.

Voltaire a écrit la Henriade en l’honneur du roi de France Henri IV et de la tolérance.

Le sujet est le siège de Paris, commencé par Henri III de France et son beau-frère et successeur Henri III de Navarre, futur Henri IV. Le siège fut commencé par ce dernier et achevé par ce dernier seul. Le lieu de la scène ne s’étend pas plus loin que de Paris à Ivry, où se donna cette fameuse bataille qui décida du sort de la France et de la maison royale. Le poème est fondé sur une histoire connue, dont on a conservé la vérité dans les événements principaux. Les autres, moins respectables, ont été ou retranchés, ou arrangés suivant la vraisemblance qu’exige un poème.

La Henriade est composée de deux parties ; d’événements réels et de fictions toutes puisées dans le système du merveilleux, telles que la prédiction de la conversion d’Henri IV, la protection que lui donne le roi saint Louis IX de France, ancêtre de la Maison Royale de France non seulement la branche des Valois à laquelle appartenait Henri III mais aussi celle des Bourbons dont descendait Henri IV mais aussi Louis XV et le Régent : son apparition, le feu du ciel, etc. Les autres, comme le voyage de la Discorde à Rome, la Politique, le Fanatisme personnifiés, le temple de l’amour, enfin les passions et les vices, sont purement allégoriques.

Genèse[modifier | modifier le code]

Voltaire nous apprend lui-même qu’il commença la Henriade au château de Saint-Ange, chez l’intendant des finances Caumartin, après avoir écrit Œdipe et avant que cette pièce fût jouée. Or Œdipe, achevée dès 1713, ne parut sur la scène qu’en 1718. C’est donc dans cet intervalle de cinq ans que fut conçue la Henriade. La préface d’une édition de 1730 assigne même une date positive à la composition de plusieurs chants, et entre autres du deuxième, écrits sous les verrous de la Bastille, lorsque Voltaire y fut détenu en 1717.

En 1722, Voltaire voulut d’abord faire imprimer son poème en Hollande, un libraire de La Haye, Charles Le Viers, inséra un projet de souscription dans la Gazette de Hollande portant sur une édition d’Henri IV, ou la Ligue, poème héroïque qui devait former un volume in-quarto sur grand papier royal et être ornée de 12 gravures faites sous les yeux de l’auteur.

Un poème à la gloire d’Henri IV ne pouvait, semble-t-il, n’être plus convenablement dédié qu’au roi de France. Aussi Voltaire se proposait-il d’offrir au jeune Louis XV la dédicace de son œuvre. La rédaction de son épître était même presque achevée, lorsque le plus inconcevable refus vint déranger ses projets, la dédicace ayant été refusée au nom du roi par le régent. La censure qui avait, de plus, remarqué dans le poème plus d’un endroit contenant des propositions mal sonnantes et sentant l’hérésie, exigeait des suppressions auxquelles, apparemment, l’auteur ne crut pouvoir consentir. Il dut alors songer à faire paraître hors de France un poème qu’il ne pouvait espérer faire publier avec l’assentiment de l’autorité.

Voltaire apprenant que son poème ne serait pas débité en France et avec privilège, le marché avec Le Viers fut rompu et les souscripteurs remboursés. Il décida alors de le faire imprimer secrètement à Rouen par Viret. Il s’agit de l’édition qui fut publiée en 1723 sous le titre la Ligue ou Henry le grand, poème épique à Genève (Rouen), chez Mokpap (Viret), in-8° de VIII et 231 pages. Ce poème n’a que 9 chants et a quelques lacunes, remplies par des points ou des étoiles. Il en existe une contrefaçon, portant la même adresse et la même date, c’est un in-octavo de VIII et 216 pages.

L’édition de 1728[modifier | modifier le code]

Cinq ans plus tard, Voltaire, se trouvant en Angleterre, essuya une terrible banqueroute. Lorsqu’il l’apprit, le roi Louis XV, devenu majeur et père de famille, lui fit envoyer deux mille écus et tout Londres se pressa pour faire imprimer, par souscription, une édition de la Henriade, ce qui fut fait et rendit par la générosité de la nation anglaise sa fortune à l’auteur ce qui explique entre autres son anglomanie[1]. Puisque Louis XV avait refusé la dédicace, Voltaire, vu les circonstances, en fit alors l’honneur à la reine Élisabeth.

L’édition de Londres, 1728, in-quarto de 3 ff., 5 ff. (liste des souscripteurs) et 202 p. est la première portant le titre de Henriade, qui soit complète, c’est-à-dire en dix chants, et qui fut faite entièrement sous les yeux de l’auteur.

Iconographie de l’édition de Londres in-4° de 1728 : Frontispice par de Troy, gravé par Surugue; fleuron sur le titre dessiné par Micheux, gravé par C. (Cochin); 10 grandes figures par de Troy, le Moine, Vleughels, gravées par Desplaces, Dupuis, N. Tardieu, Jeaurat, C. N. Cochin (2 figures ne sont pas signées); 10 vignettes (1 en tête de chaque chant), dessinées par Micheux, gravées par Dupuis, de Poilly, Fletcher, Lépicié, et 10 culs-de-lampe.

L’illustration de cette édition sera reprise (la plupart du temps en réduction) pour la majorité des multiples éditions postérieures.

Illustrations pour L’édition de Kehl in-4[modifier | modifier le code]

Iconographie de l’édition de Kehl in-4° de 1789 :

Dessinées par Jean-Michel Moreau, gravées par Trière, Patas, …

Additions au poème[modifier | modifier le code]

La Henriade fit l’objet d’un grand nombre d’additions au fil de nombreuses réimpressions successives, sous formes de notes et remarques, de préfaces, de lettres ou bien encore de critiques. Celles-ci furent en partie rédigées par Voltaire lui-même mais aussi par bien d’autres tel que Faget, Linant, Gandouin, Lenglet Dufresnoy, Marmontel, Frédéric Le Grand, La Beaumelle ou encore Bidaut.

Woodman & Lyon dans leur édition de 1728, ajoutent les Pensées sur la Henriade écrite par un certain Faget, cette pièce sera reproduite par Gosse & Neaulme, toujours la même année, sous le titre de Critique de la Henriade. En 1730, paraissent pour la première fois, L’Histoire abrégée des évènements, etc… et L’idée de la Henriade, Voltaire ajoute par ailleurs à cette édition, un grand nombre de notes. En 1733, L’essai sur la poésie épique est imprimé à la suite de La Henriade, ce n’est plus alors la traduction de l’abbé Desfontaines que Voltaire avait été obligé de corriger mais un nouvel ouvrage « retravaillé en français et considérablement augmenté par l’auteur même de La Henriade »[2]. Linant, dans son édition de 1737, ajoute une préface de sa main et y joint une Lettre d’Antonio Cocchi, lecteur de Pise, à M. Rinuccini, secrétaire d’État de Florence, traduite par le baron Elderchen, chambellan du roi de Suède. En 1741, Gaudouin ajoute à son édition, les variantes, recueillies par l’abbé Lenglet Dufresnoy (auxquelles il adjoindra ses observations), dans les éditions antérieures du poème (surtout dans celles de 1723 et de 1737) avec pour but de les joindre à l’édition in-4° de 1728.

La note des damnés (Londres, Nourse, 1746).
La note sur Colbert (Londres, Nourse, 1746).

En 1746, l’édition de Prault, fait l’objet d’une nouvelle préface écrite par Marmontel. C’est cette préface qui sera reproduite dans la majorité des éditions suivantes. On trouve dans cette édition, la note qu’on appelle « la note des damnés » parce qu’elle contient un calcul sur le nombre des hommes destinés aux peines éternelles de l’enfer. On la surnommera, de ce fait, « La Henriade des damnés », cette note ne sera plus réimprimée et se retrouve uniquement avec la note sur Colbert dans le premier tome des Œuvres de Monsieur de Voltaire, Londres (Trévoux), Jean Nourse, 1746. La nouvelle préface préparée pour cette édition est intéressante notamment en ce qu’elle nous apprend sur l’édification de l’édition in-4° de 1728, elle renferme aussi dans quelques notes (p. 316, 344, 359, 360, 367, 371, 379, 381, 385, 388), la réfutation de certaines remarques de Lenglet Dufresnoy.

En 1756, parait un Avant-propos de Frédéric Le Grand (dont Marmontel dans sa préface avait auparavant inséré un fragment) qui était jadis destiné à une édition que le roi de Prusse devait donné mais qui ne parut jamais. En outre, Voltaire dans cette édition remania le chant Ve. La Beaumelle en 1769 et à nouveau dans l'édition définitive de son Commentaire sur la Henriade publié après sa mort par Fréron (1775), émet de nombreuses critiques tant stylistiques qu'historiques. Charles-François Bidault de Montigny y répond en 1780 dans La Henriade avec la réponse de M. B. à chacune des principales objections du commentaire de La Beaumelle.

Dans l’édition de la Henriade, de 1770, on lit, en tête, une lettre adressée par Voltaire à Eisen, où il s’exprime en ces termes. « Je commence à croire, Monsieur, que la Henriade passera a la postérité voyant les estampes dont vous l’embellissez. L’idée et l’exécution doivent vous faire également honneur. Je suis sûr que l’édition où elles se trouveront sera la plus recherchée, … »

Parodies[modifier | modifier le code]

La Henriade suscita des parodies. Taylor mentionne un ouvrage de Fougeret de Montbron. Fréron assure que Voltaire « avait ri en lisant (la) parodie » écrite par un poète patoisant riomois (Auvergne), Amable Faucon[3].

Anecdote[modifier | modifier le code]

De Bure, dans son édition de 1836 nous apprend que la Henriade qui fut publiée en 1785 en 2 vol. in-8° par l’imprimerie de la Société littéraire typographique sous le titre de la Henriade, poème, suivie de notes et de variantes, trente exemplaires de cette édition ont été tirés sur vélin et que l’un d’eux a été placé, en 1818, dans le ventre du cheval de la statue équestre d’Henri IV, rétablie cette même année sur le terre-plein du Pont Neuf.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Préface de l’édition des Œuvres de Monsieur de Voltaire publiées à Londres (Trévoux) chez Jean Nourse en 1746.
  2. Mercure de juin 1733.
  3. Marcel Laurent, « La Henriade de Voltaire mise en vers burlesques auvergnats », Revue d’Histoire littéraire de la France, Armand Colin.

Édition moderne[modifier | modifier le code]

  • La Henriade, O. R. Taylor, Éd., Genève, Inst. & Musée Voltaire, 1965.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Georges-L Bérubé, « Le Voyage dans La Henriade et La Pucelle : un outil rhétorique », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1992, no 305, p. 1589-93.
  • Françoise Bléchet, « Deux lettres inédites de l’abbé Bignon, bibliothécaire du roi, à Voltaire », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1982, no 208, p. 315-322.
  • Hélène Charpentier, « Jean Le Blanc : De la Henriade et de quelques autres Poèmes », Nouvelle Revue du XVIe siècle, 1997, no 15 (1), p. 119-33.
  • Pierre Christophorov, « Un Chapitre de la Poétique du Christianisme: La Henriade », Poetica, 1967; 1, p. 534-55.
  • (en) John R. Iverson, « Putting Voltaire’s Henriade in the Hands of the Young », French Review, Feb 2003, no 76 (3), p. 522-33.
  • (en) John Leigh, Voltaire: A Sense of History, Oxford, Voltaire Foundation, 2004.
  • Fiona McIntosh-Varjabédian, « La Henriade de Voltaire: Horreur épique et horreur historique », Formes modernes de la poésie épique: Nouvelles approches, Judith Labarthe, Éd. et intro., Brussels, Peter Lang, 2004, p. 99-109.
  • Helena Mandic-Pachl, « Une traduction de la Henriade de Voltaire », Studia Romanica Zagrabiensia, 1957, no 4, p. 45-52.
  • (en) Norma Perry, « Voltaire’s London Agents for the Henriade: Simond and Benezet, Huguenot Merchants », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1973, no 102, p. 265-99.
  • Juliette Rigal, « L’Iconographie de la Henriade au XVIIIe siècle ou la naissance du style troubadour », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Theodore Besterman, Éd., Genève, Inst. & Musée Voltaire, 1965, p. 23-71.
  • Jean-Marie Roulin, L’Épopée de Voltaire à Chateaubriand : Poésie, histoire et politique, Oxford, Voltaire Foundation, 2005.
  • Jean-Marie Roulin, « Le Grand Siècle au futur : Voltaire, de la prophétie épique à l’écriture de l’histoire », Revue d’Histoire Littéraire de la France, Sept-Oct 1996, no 96 (5), p. 918-33.
  • (en) James L. Schorr, « La Henriade Revisited », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1988, no 256, p. 1-20.
  • (en) Geraldine Sheridan, « Voltaire’s Henriade: A History of the ‘Subscriber’ Edition, 1728-1741 », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1982, no 215, p. 77-90.
  • (en) O. R. Taylor, « Voltaire’s Apprenticeship as a Historian: La Henriade », The Age of the Enlightenment: Studies Presented to Theodore Besterman, Edinburgh, Court of the Univ. of St. Andrews, 1967, p. 1-14.
  • (en) Norman L. Torrey, « A Note on Voltaire’s Commentaire historique », Modern Language Notes, Nov 1928, no 43 (7), p. 439-42.
  • (en) David Williams, « Voltaire’s Advertisement for the Henriade: A Calculation for the French Meridian », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1992, no 303, p. 471-75.