Antiphrase

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L’antiphrase (substantif féminin), du grec antiphrasis, de anti ("contre") et phrasis ("action d'exprimer par la parole"), est une figure de style qui consiste à employer, par ironie ou par euphémisme, un mot, une locution ou une phrase, dans un sens contraire à sa véritable signification[1].

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Cet honnête homme » pour exprimer que c'est un fripon
  • « C'est la vie de château, pourvu que cela dure ! » alors que les conditions de vie sont difficiles
  • « Bravo ! Continue comme ça ! Tu es sur la bonne voie !... » si celui qui la prononce n'en pense en réalité pas un mot.
  • « C'est du propre », pour signifier que c'est sale.

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'antiphrase consiste à exprimer une phrase positive, mais à sous-entendre son contraire. « Figure par laquelle, par crainte, scrupule ou ironie, on emploie un mot, un nom propre, une phrase, une locution, avec l'intention d'exprimer le contraire de ce que l'on a dit » donne le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales[2]. La tournure de la proposition est souvent déterminante dans son interprétation. Le contexte également joue un grand rôle, de même que, à l'oral, l'intonation : L'expression « Quel temps magnifique ! » pour dire « Cette pluie m'agace » ne peut se comprendre que si l'interlocuteur sait que le temps est maussade.

Globalement, l'antiphrase fonctionne par substitution d'une forme syntaxique par une autre, conservée in petto.

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'antiphrase a une parenté marquée avec une autre figure de l'ironie : l'euphémisme, qui consiste à atténuer une vérité et que l'on retrouve dans maintes expressions. La plus célèbre reste le nom donné aux divinités infernales, les Euménides :

« On y comparait, entre autres choses, les furies avec les sorcières, et on disait que les furies s'appelaient Euménides, c'est-à-dire douces et bienfaisantes, ce qui prouvait, ajoutait-on, qu'elles n'étaient que médiocrement difformes, par conséquent à peine grotesques. Il nous étonnait que l'auteur pût ignorer que l'antiphrase est au nombre des tropes, bien que Sanctius ne veuille pas l'admettre »

— Alfred de Musset, Lettres de Dupuis et Cotonet

L'antiphrase peut également confiner à la litote et ainsi flatter de manière hypocrite :

Sans mentir (…)
Vous êtes le phoenix des hôtes de ces bois

(Jean de La Fontaine, Fables, I, 2)

Dans tous les cas ironiques, l'antiphrase suppose toujours une complicité du locuteur avec le lecteur, avec un tiers qui constate l'écart entre l'expression et la pensée. Dans le cas où l'expression exprime une pensée ou opinion contraire à celles que la phrase aurait naturellement on parle de contrevérité, néanmoins il s'agit d'une acceptation davantage rhétorique et dialogique.

Dans le langage oral, son emploi est très souvent péjoratif et dépréciatif : « Quel grand homme ! » pour décrire par exemple quelqu'un de petit en taille.

La condition de formation d'une antiphrase reste très liée à l'état d'esprit du locuteur : celui-ci doit vouloir exprimer de manière détournée et inverse ce qu'il pense et qui reste dissimulé à son interlocuteur.

Genres concernés[modifier | modifier le code]

Comme l'ironie, l'antiphrase se retrouve dans tous les genres littéraires.

Parfois elle peut donner lieu à des arrêts du narrateur pour élucider les pensées et discours d'un personnage, l'antiphrase permettant d'accéder à l'opinion du personnage, comme dans les psycho-récits :

« L'homme continua: Tu peux espérer que je vais bien la recevoir. Il insista sur le mot "bien", de manière à montrer qu'il fallait comprendre tout le contraire. En outre, comme beaucoup de gens de l'île, il employait "espérer" à la place de "présumer"- qui, dans le cas présent, signifiait plutôt "craindre" »

— Alain Robbe-Grillet, Le Voyeur

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Pour Henri Morier, suivant ainsi Quintilien, le terme d'antiphrase est synonyme de celui d'ironie, les deux figures n'en formant qu'une seule.

Figures proches[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.lettres.net/lettres.net/files/antiphrase.html
  2. http://www.cnrtl.fr/lexicographie/antiphrase

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557.
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p.
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus,les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).