Épanorthose

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L' épanorthose (substantif féminin), du grec epanorthosis (« redressement »), de orthos (« droit »), est une figure de style qui consiste à corriger une affirmation jugée trop faible en y ajoutant une expression plus frappante et énergique. Elle appartient à la classe des corrections ; proche de la palinodie. On emploie parfois le mot de rétroaction de manière synonymique.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Votre prudence ou plutôt votre lâcheté nous ont perdus »
  • « Ceci m'arrive après cette étape, la dernière de celles qui prolongeaient la route ; la plus extrême, celle qui touche aux confins, celle que j'ai fixée d'avance comme la frontière, le but géographique, le gain auquel j'ai conclu de m'en tenir. » (Victor Segalen)
  • « J'espère, que dis-je ? je suis sûr qu'on vous rendra justice »

Est-il rien de plus vain qu'un songe mensonger,
Un songe passager vagabond et muable ?

(Jean-Baptiste Chassignet, Mespris de la vie et consolation contre la mort)

...Puisque Thésée a vu les sombres bords,
En vain vous espérez qu'un Dieu nous le renvoie,
Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie
Que dis-je ? il n'est point mort, puisqu'il respire en vous.

(Racine, Phèdre)

«  C'est un roc ! ... C'est un pic ... C'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... C'est une péninsule !  » (Cyrano De Bergerac, Edmond Rostand).

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'épanorthose consiste à revenir sur un jugement déjà exprimé afin de le renforcer ou de l'intensifier. Plusieurs formes sont néanmoins possibles dont en particulier l'opposition entre deux termes d'une comparaison commençant par une assertion négative et s'achevant sur une affirmative comme « Ce n'était pas (...) c'était... ».

La figure se fonde sur un ensemble de procédés linguistiques : des apostrophes (« Oh ! que je vous ai mal jugé... »), la dislocation (« Vous êtes fou ! Que dis-je? Vous, vous êtes génial... »), sur l'adjonction de groupes de mots et de syntagmes. On la reconnaît souvent par le fait qu'elle met en œuvre une locution de type "Que dis-je ?" marquant la présence énonciative du locuteur dans son discours.

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'effet visé est avant tout le témoignage de sa sincérité dans le dialogue, par ailleurs elle dévoile parfois le difficile cheminement de la pensée du locuteur qui a du mal à trouver ses mots. L'épanorthose peut soit atténuer une affirmation, voire la passer sous silence (« ... Chut ! Je ne saurais en dire davantage »), soit la nuancer (« Il est très fort... enfin assez fort ! ») soit enfin la renforcer (« Vous êtes un couard, que dis-je un traitre ! »)

Une épanorthose peut affecter un texte entier, une argumentation même[1]. Par ailleurs, les épanorthoses peuvent se conjuguer l'une l'autre dans de vastes ensembles où l'auteur ne cesse de se corriger, dévoilant une difficulté de raisonner correctement.

Genres concernés[modifier | modifier le code]

Tous les genres littéraires sont concernés, en particulier ceux mettant en scène des dialogues. La publicité a souvent recours à l'épanorthose car elle permet de saisir les qualités d'un produit vanté en en faisant l'inventaire le plus exhaustif possible ; à l'oral, cette figure de correction permet l'ajout de précision ou montre à l'inverse la gêne du locuteur.

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

L'épanorthose est une figure très employée par les auteurs réalistes et naturalistes car elle permet alors des descriptions de faire un compte rendu exhaustif de tout ce qu'il y a à dire comme chez Émile Zola dans L'Assommoir[2].

Figures proches[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557.
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p.
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus,les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).