Asyndète

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L'asyndète (substantif féminin), du grec a privatif, syn ("ensemble") et dète ("lié") soit "absence de liaison", est une figure de style fondée sur la suppression des liens logiques et des conjonctions dans une phrase. Elle permet d'ajouter du rythme à une phrase, de créer une accumulation, à rapprocher des mots ou des sons de façon à renforcer un contraste ou la mémorisation. Proche de la parataxe.

Exemples[modifier | modifier le code]

Asyndètes populaires[modifier | modifier le code]

Asyndètes littéraires[modifier | modifier le code]

La pluie, le vent, le trèfle, les feuilles sont devenus des éléments de ma vie. Des membres réels de mon corps

(A.Hébert, Le Torrent)

« Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
.........................................................
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer. »

— Adélaïde Dufrénoy, L'Amour, Élégie in Anthologie de la poésie Française du XVIIIe siècle au XXe siècle, Gallimard

« Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage »

— Charles Baudelaire, À Celle Qui Est Trop Gaie in Les Épaves (Pièces tirées des Fleurs du mal)

« Las d'avoir visité mondes,continents, villes,
Et vu de tout pays, ciel, palais, monuments,
Le voyageur enfin revient vers les charmilles
Et les vallons rieurs qu'aimaient ses premiers ans. »

— Émile Nelligan, Le Voyageur in Poésies complètes

« Ah ! la fatalité d'être une âme candide
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers,
D'avoir une âme ainsi qu'une neige aux hivers
Que jamais ne souilla la volupté sordide ! »

— Émile Nelligan, Mon Âme in Poésies complètes

« Je médite, lime, polis,
rabote, boulonne, ferraille.
Je triture mon écriture
dans la sciure, la limaille. »

— Gilbert Delahaye, Je vous le dis ... : ces mots-là sont à moi in piqués des vers ! (anthologie de poésie belge)

Les fables de La Fontaine : livre X,fable II La Tortue et les deux Canards : poesie.webnet.fr vers 31 : "Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants." livre XII, Le Juge Arbitre, L'Hospitalier et le Solitaire : vers 63 : "Que le malheur abat, que le bonheur corrompt"

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'asyndète est une sorte d'ellipse[1] au moyen de laquelle on retranche les conjonctions qui unifient les propositions et segments de la phrase. L'asyndète appartient à la classe des disjonctions rhétoriques. Pour Olivier Reboul en effet c'est une « figure obtenue par suppression des termes de liaison » ('Dictionnaire de rhétorique).

Son emploi peut confiner à des problèmes d'interprétation : « Cette triste femme contemplait avec douceur les enfants, les bébés »(c'est-à-dire: les enfants et les bébés ou les enfants, ces bébés), surtout lorsqu'elle se conjugue avec une absence de ponctuation :

Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés

(Blaise Cendrars, La Prose du transsibérien)

On peut distinguer deux types d'asyndètes, selon qu'elle se situe au niveau de la phrase ou au niveau du texte :

  • une asyndète peut ne porter que sur la phrase : « (...) extrêmement oisif, extrêmement libre, et par nature et par art » (Montaigne, Les Essais)
  • elle peut également affecter plusieurs phrases, un texte : « Ses forces reparurent. L'automne s'écoula doucement.. Félicité rassurait Mme Aubain » (Gustave Flaubert, Un Cœur simple)

Enfin elle peut retrancher n'importe quel mots de conjonction de la phrase : copules (comme le verbe être), des conjonctions chronologiques (avant, après) ou logiques (mais, car, donc, etc.), des déictiques, ou encore des adverbes.

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'effet principal de l'asyndète est d'exprimer le désordre, c'est pourquoi elle est très employée dans les dialogues, afin de matérialiser la confusion du locuteur : « Je suis mort de fatigue, détruit, éliminé, rabougri ». Sur ce plan elle est très proche d'une autre figure comme l'énumération dans ce vers de Victor Hugo :

Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières

(L'expiation)

Dès lors, dans cet emploi l'asyndète provoque un effet d'accumulation[2] en renfort d'une description ou pour énumérer une liste d'arguments dans un discours par exemple.Néanmoins il serait faux de ne pas distinguer les deux figures : l'énumération en effet peut s'appuyer sur d'autres procédés que l'asyndète, et en premier lieu sur son antonyme : la polysyndète.

Genres concernés[modifier | modifier le code]

Tous les genres littéraires sont concernés par l'asyndète qui peut entrer dans la construction de dialogues afin de les oraliser, ou dans des descriptions afin d'énumérer rapidement, comme pour mimer le regard fugitif, les détails composant la vision du narrateur.

Le type argumentatif et surtout logique comme le raisonnement mathématique a recours à l'asyndète lorsqu'il s'agit d'énumérer des données ou des concepts de manière formelle. Les listes sont également des asyndètes.

Le latin classique utilise plus couramment les asyndètes que le français. On traduira fréquemment une asyndète latine par une conjonction de coordination qui marque l'opposition.

Figures proches[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557.
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p.
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus,les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).