Compulsion de répétition

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La compulsion de répétition est un concept psychanalytique introduit par Freud. Il s'agit de décrire la répétition qui affecte le sujet d'un traumatisme.

Différents travaux, depuis la fin des années 1980 et la découverte de l’EMDR, ont permis d’éclairer différemment ce concept à partir des neurosciences et de la notion introduite par Francine Shapiro de réseaux de mémoires[1].

Première conception[modifier | modifier le code]

Freud conçoit d'abord, en 1914, différentes figures de la répétition, notamment le transfert. La compulsion décrit alors l'obsession à répéter qui fait suite à un échec de la remémoration.

Jeu de la bobine[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, Freud découvre le traumatisme. Néanmoins, il élaborera la nouvelle conception de la compulsion de répétition, en 1921 à partir de l'observation d'un enfant.

Le jeu du « Fort Da » s’insère dans une remise en question du principe de moindre excitation qui seul régirait l’appareil psychique. S. Freud, dans Au-delà du principe de plaisir (1921), note que la répétition, observée dans plusieurs comportements, dont le jeu de son petit-fils Ernst, vient contredire ce principe et postule finalement qu’il existe un autre principe basé sur une compulsion de répétition, le principe de mort.

Le jeu du jeune Ernst, garçon âgé d’un an et demi, sage, possédant quelques rudiments de langage, quelques phonèmes ou interjections, est simple en apparence. « Ce bon petit garçon avait l’habitude, qui pouvait être gênante, de jeter loin de lui dans un coin de la pièce, sous le lit, etc. tous les petits objets dont il pouvait se saisir, (…). En même temps, il émettait avec une expression d’intérêt et de satisfaction un « o-o-o-o- », fort et prolongé, qui, de l’avis commun de sa mère et de l’observateur, n’était pas une interjection mais signifiait « parti », en allemand « fort » (page 52, éditions Payot).

Un autre jour, Freud est témoin d’un jeu à l’aide d’une bobine que l’enfant jette loin de lui en prononçant l’interjection « o-o-o-o- », et qu’il ramène grâce au fil en énonçant un joyeux « da ». Le jeu complet consiste donc en un aller retour de l’objet, dont il ne fait pas de doute que le retour devrait être le moment le plus heureux. Pourtant, remarque Freud, la répétition du premier acte du jeu est plus fréquente que le jeu complet et semble donc suffire à l’enfant.

Dans un troisième temps, au cours de longues absences de sa mère, l’enfant « avait trouvé un moyen de se faire disparaître lui-même. Il avait découvert son image dans le miroir qui n’atteignait pas tout à fait le sol et s’était accroupi de sorte que son image dans le miroir était « partie » ». Au retour de sa mère, Ernst prononça « bébé –o-o-o-o » pour signifier son retour.

Freud rapporte également les réactions de l’enfant dans deux situations difficiles, celle de l’absence du père parti à la guerre, puis du décès de sa mère, mais nous nous arrêterons ici au jeu du « Fort Da ».

Cette situation d’un simple jeu enfantin s’avère d’une extrême richesse, Freud en développera plusieurs points d’analyse du point de vue métapsychologique. La bobine prend le statut d’objet symbolisant la mère dans sa présence et absence. L’acte de jeter cet objet correspond pour l’enfant à se séparer de la dyade mère enfant, à passer d’un registre passif à celui d’actif, nous dit Freud, afin de répondre à une pulsion d’emprise. Mais cette interprétation n’est pas suffisante pour expliquer la répétition du premier acte du jeu, celui-là même où le manque apparaît. Le jeu devant le miroir amène S. Freud à supposer à l’enfant un désir de vengeance envers cet objet frustrant.

Mais un des éléments plus particulièrement remarquable de ce jeu enfantin reste l’oralisation des deux phonèmes, « fort » pour désigner la présence dans l’absence et « da » pour l’absence dans la présence qui signe un réel acte de création. Cela permet à l’enfant, nous dit S. Freud, de tolérer le renoncement à une manifestation pulsionnelle de colère quand sa mère le quitte.

Métapsychologie[modifier | modifier le code]

La première notion de compulsion de répétition est liée à la notion de trace mnésique et de décharge. Un souvenir ne peut être réinvesti, et la satisfaction manque alors. Le souvenir, refoulé, s'exprimera à travers des actes.
Plus la résistance sera grande plus la mise en actes se substituera au souvenir.

La seconde signification de la compulsion de répétition remet en cause le principe de plaisir dans lequel le sujet recherche la décharge - la pulsion étant comprise comme une énergie.

Si Freud distinguait jusque là entre principe de plaisir et principe de réalité (capable d'ajourner la satisfaction), il y a joint dans Au-delà du principe de plaisir le principe de Nirvana, tendance du psychisme à supprimer toute excitation.

Conception psychoneurologique actuelle[modifier | modifier le code]

Cette nouvelle approche du phénomène a été introduite dès 2004 par Jacques Roques dans son premier ouvrage sur l’EMDR[2]. Il en donne deux acceptions :

La première est très proche de la notion d’empreinte développée par Konrad Lorenz. Ainsi par exemple une personne peut tomber amoureuse d’un même type d’individu, même si cela lui est nuisible, parce qu'il correspond pour elle à un modèle enregistré durant l’enfance de bon mari.

La deuxième est afférente à la psychotraumatologie et s’appuie davantage sur des hypothèses psychoneurologiques. Selon Jacques Roques le cerveau est soumis à deux impératifs : assurer la survie de l’individu – c'est le rôle notamment de l’amygdale (cf. les 2 circuits de la peur de Joseph Ledoux) – classer en mémoire à long terme les informations sensorielles diurnes. La première fonction qui dépend du système orthosympathique met en route notamment la motricité dans un but défensif, la deuxième du système parasympathique se rencontre entre autres au cours de la détente, du sommeil, de la digestion, et du travail de mise en mémoire à long terme. Ce dernier advient donc à un moment de relâchement. Or en cas de choc l’événement traumatique est en attente de retraitement. Dès qu’il se présente à nouveau pour être retraité, il génère aussitôt une réaction des centres de la peur et l’organisme se retrouve en sympathicotonie avec réactivation du comportement traumatique (sidération et éventuellement comportements d’évitement). Le retraitement est interrompu et la même tentative d’inscription mnésique va recommencer.

Ces deux modèles permettent bien de rendre compte de la compulsion de répétition et principalement des divers phénomènes qui accompagnent les ESPT (États de Stress Post Traumatique), comme les flashbacks, les pensées intrusives et naturellement la dite compulsion de répétition de comportements souvent nuisibles, développés par la victime en tant que mécanismes de défense.

Il est à noter que les conceptions de Freud peuvent très bien être associées à celles formulées par Jacques Roques dans le cadre d’une reformulation neuropsychanalytique des phénomènes psychiques.

Implications cliniques et théoriques de la compulsion découlant du « principe de répétition »[modifier | modifier le code]

D'un point de vue psychanalytique, si la compulsion de répétition peut-être envisagée sous un angle « négatif », c'est-à-dire comme une résistance au service du masochisme, de la pulsion de mort ou de la pulsion de destruction, elle doit aussi être vue comme ce qui fonde les chances d'une cure psychanalytique de permettre à l'analysant de découvrir de nouvelles défenses psychiques plus économiques et plus adaptées. Le patient sur le divan « répète » des rêves (de souffrance), des attitudes (masochistes ou destructrices), en un mot une manière d'être en relation, mais il le fait aussi en espérant que l'analyse le mènera vers d'autres voies[3]. On pourrait aller jusqu'à dire que c'est parce qu'il « répète » dans un cadre différent (neutre et bienveillant) que la cure peut avoir lieu.

En ce sens, la « compulsion de répétition » découlant du « principe de répétition » est un des fondements majeurs de la cure. Elle se déploie dans le transfert puis se modifie par son analyse et sa perlaboration, c'est alors qu'elle peut être dépassée. Cette espérance, plus ou moins consciente et/ou inconsciente est à la base de toute demande d'analyse, quelle que soit la manière dont elle s'exprime. C'est un appel à du nouveau, à de la croissance, etc.

Leon Grinberg illustre ceci en écrivant : « Nul doute que l'individu fait beaucoup inconsciemment, pour se forger son propre destin. Freud se référa, en ce sens, à un mécanisme important, qui est celui de la compulsion à la répétition. On tend à reproduire, dans différents scénarios et à plusieurs occasions, le même type de conflit qui correspond aux moules primitifs des premiers conflits infantiles. Il en va ainsi par exemple de ceux qui se plaignent que l'amitié s'achève toujours avec la trahison de l'ami, ou les mécènes qui souffrent toujours de l'ingratitude de leurs protégés, ou les amants dont les rapports se terminent toujours de la même façon »[4]. Il poursuit : « Parmi les facteurs qui sont à l'origine de la compulsion de répétition, on trouve les situations d'angoisse qui proviennent de nos toute premières expériences. Il s'agit d'angoisse persécutrices et dépressives (cf. Mélanie Klein : Position schizo-paranoïde et position dépressive), et de sentiments de culpabilité qui nous obligent à répéter encore et toujours une certaine conduite envers nous-mêmes et les autres pour nous défendre contre ces dangers fantasmés au début de la vie. Évidemment on est tenté de l'attribuer à la « malchance » ou au destin, ou encore à l'enregistrer comme une expérience superstitieuse, sans pouvoir percevoir ni comprendre le degré de sa propre participation active - si inconsciente soit-elle - dans l'enchaînement des événements de la situation ».

D'un point de vue psychoneurologique, la compréhension du phénomène étant différente le mode de prise en charge l'est également, ainsi que les résultats cliniques obtenus. Voir EMDR.

Implications cliniques et théoriques de la compulsion découlant de l'approche psychoneurologique[modifier | modifier le code]

La conception psychoneurologique de la compulsion de répétition change par contre complètement la prise en charge psychothérapeutique des victimes. Voir à ce sujet les articles sur l’EMDR (chapitre sur l’efficacité de la thérapie), le syndrome de stress post-traumatique, le traumatisme psychique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sigmund Freud:
    • Remémoration, répétition et perlaboration, 1914, in La technique psychanalytique, PUF 1953
    • Au-delà du principe de plaisir (1920), Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2010 (ISBN 2-228-90553-4)
  • Michel de M'Uzan, Le même et l'identique, 1969, in De l'art à la mort
  • (fr) Roques, J., « EMDR- Une révolution thérapeutique », La méridienne, Desclée Debrouwer, parution septembre 2004
  • (fr) Roques, J., Guérir avec l'EMDR - Traitements - Théorie - Témoignages, le Seuil, janvier 2007
  • (fr) Roques, J., Découvrir l'EMDR, InterEditions mai 2008.
  • (fr) Servan-Schreiber, David, Guérir. Robert Laffont - 2003
  • (fr) Shapiro, Francine, Des yeux pour guérir, Éditions du Seuil, 2005
  • (fr) Shapiro, Francine, Manuel d'EMDR, InterEditions - mai 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Shapiro, Francine, Manuel d'EMDR 2007
  2. EMDR - Une révolution thérapeutique - 2004
  3. Michel Neyraut: Le transfert. Étude psychanalytique, PUF, 2004 (5e édition), ISBN 2130548016
  4. Leon Grinberg : Culpabilité et dépression, Belles Lettres, 1992, Coll. : Confluents psychanalytiques, ISBN 2251334483

Shapiro, Francine, Manuel d'EMDR 2007 EMDR - Une révolution thérapeutique - 2004