Signifiant (psychanalyse)

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Le signifiant est un concept clef de l'édifice théorique de Jacques Lacan. Il emprunte le terme à la linguistique et plus précisément à Ferdinand de Saussure, selon qui le signifiant est l’empreinte psychique (l'image acoustique) d'un son et l'une des deux parties du signe linguistique, l'autre étant le signifié qui renvoie au concept. Mais à la différence de Saussure, pour Lacan, dans une perspective psychique, c'est le signifiant qui prime sur le signifié[1]. Dès lors, le signifiant devient en psychanalyse la composante, consciente ou inconsciente, du langage qui oriente le devenir d'un individu, ses discours et ses actes, autrement dit, il est « l'élément significatif du discours (conscient ou inconscient) qui détermine les actes, les paroles et la destinée d'un sujet et à la manière d'une nomination symbolique »[2].

De la linguistique à la psychanalyse[modifier | modifier le code]

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Ferdinand de Saussure, expose dans son Cours de linguistique générale, publié en 1916 et qui sera la base de la linguistique structurale[3], une théorie du signe linguistique dont il montre la division en deux parties : le signifiant comme image acoustique et le signifié comme le concept même. Saussure utilise l'exemple du mot « cheval », qui n'est pas lié en tant que tel à un cheval réel mais renvoie à l'idée de cheval — son concept — et à un son (ʃ(ə)val) — le signifiant. Dès lors, le signe linguistique est-il le lien « arbitraire »[4] entre « non pas un nom et une chose, mais un concept et une image acoustique »[5].

Saussure montre également que le signe entretient au sein de la langue des rapports avec d'autres signes, ce qu'il appelle la « valeur » et qui est définie comme suit : « un terme n’acquiert sa valeur que parce qu’il est opposé à ce qui précède ou ce qui suit, ou à tous les deux. »[6]. Dès lors le signe est-il défini de façon différentielle[7], c'est-à-dire par opposition avec d'autres signes. Saussure met ainsi en évidence que le langage est une structure, essentiellement différentielle[8].

C'est précisément cette conception du langage comme structure qui va intéresser Lacan, dont le but consiste à montrer que l’inconscient au sens de Freud relève du langage et d'une structure dont le modèle se trouve du côté de la linguistique saussurienne, et plus précisément, que la deuxième topique n'appartient ni à la biologie, ni à la psychologie[9]. Afin de mettre au point sa théorie du signifiant, Lacan s'intéresse également au travail de Lévi-Strauss autour du symbolique puis aux avancées du linguiste Roman Jakobson qui lui permettra de « donner un statut logique à la théorie du signifiant »[9].

« La Lettre volée »[modifier | modifier le code]

C'est à travers le commentaire sur « La Lettre volée », une nouvelle d'Edgar Poe, que Lacan expose sa théorie du signifiant, dans son séminaire du 30 mai 1955[10] (et qui servira également de texte inaugural de son principal ouvrage théorique, les Écrits, publiés en 1966)[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Saussure place le signifié sur le signifiant et sépare les deux par une barre dite de signification. Lacan inverse cette position et met le signifié sous le signifiant auquel il attribue une fonction primordiale »E. Roudinesco, M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Coll. « La Pochothèque », Fayard, 2011, p. 1454
  2. E. Roudinesco, M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Coll. « La Pochothèque », Fayard, 2011, p. 1452
  3. « le Cours de Linguistique Générale a servi de support pour la linguistique structurale » in « Livres », Revue d'Histoire des Sciences Humaines 1/2007 (n° 16), p. 201-216, DOI:10.3917/rhsh.016.0201
  4. « Le lien unifiant le signifiant et le signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultant de l'association d'un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire. » in Ferdinand de Saussure Cours de linguistique générale, Payot, 1964, pp. 98-101
  5. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, p. 98
  6. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale p. 171
  7. « Saussure prenait valeur au sens d’une différentielle interne par laquelle dans la langue tout prend sens » in Henri Meschonnic « Saussure ou la poétique interrompue », Langages, 3/2005 (n° 159), p. 10-18, DOI:10.3917/lang.159.0010
  8. « Or c'est, une fois encore, Saussure qui, de par sa démarche globale, met le premier l'accent sur la corrélation entre la structure différentielle de la langue et la fonction signifiante du langage » in Radzinski « A.. Lacan/Saussure : les contours théoriques d'une rencontre », Langages, 19e année, n°77. Mar 85. « Le sujet entre langue et parole(s) », pp. 117-124, DOI:10.3406/lgge.1985.1509
  9. a et b Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 1453
  10. J. Lacan, Le Séminaire, Livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955), Paris, Seuil, 1977
  11. J. Lacan « Le Séminaire sur la "Lettre volée" » (1955) in Écrits, Paris, Seuil, 1966, pp. 9-61

Articles connexes[modifier | modifier le code]