Parallélisme (rhétorique)

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Le parallélisme (substantif masculin), du mot français parallèle, est une figure de style qui consiste en la répétition d'un segment phrastique semblablement construit et d'une longueur similaire ; la figure se fonde donc principalement sur la juxtaposition et sur la coordination de deux syntagmes, de deux phrases ou de deux vers semblablement construits.

Exemples[modifier | modifier le code]

L'ironie blesse, l'humour guérit

L'ironie peut tuer, l'humour aide à vivre
L'ironie veut dominer, l'humour libère
L'ironie est impitoyable, l'humour est miséricordieux

L'ironie est humiliante, l'humour est humble

(Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus)

Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue,

Tu dis que tu aimes les chiens et tu leur mets une laisse,
Tu dis que tu aimes les oiseaux et tu les mets en cage,

Alors quand tu dis que tu m’aimes, moi j’ai un peu peur.

(Jean Cocteau[réf. nécessaire])

Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres.
L’homme aima les oiseaux et inventa les cages.

(Jacques Deval)

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

Un parallélisme apparaît lorsqu'au moins deux objets ou deux êtres soient rapprochés avec quelques éléments de syntaxe et de rythme en commun ; la reprise est un synonyme courant, toutefois le parallélisme peut consister en la répétition non quasiment identique de mots ou groupes de mots.

La figure correspond au schéma A B / A' B', contrairement à la symétrie de la figure du chiasme.

Le parallélisme peut confiner à l'anaphore lorsque la répétition de structure se prolonge de manière identique, dans des vers :

Chanterons−nous l'espoir, la tristesse ou la joie ?
Tremperons−nous de sang les bataillons d'acier ?
Suspendrons−nous l'amant sur l'échelle de soie ?
Jetterons−nous au vent l'écume du coursier ?
Dirons−nous quelle main, dans les lampes sans nombre
De la maison céleste, allume nuit et jour
L'huile sainte de vie et d'éternel amour ?
Crierons−nous à Tarquin : " Il est temps, voici l'ombre ! "
Descendrons−nous cueillir la perle au fond des mers ?
Mènerons−nous la chèvre aux ébéniers amers ?
Montrerons−nous le ciel à la Mélancolie ?
Suivrons−nous le chasseur sur les monts escarpés ?

(Alfred de Musset, La Nuit de mai)

Il existe deux types de parallélismes :

  • sonore, semblable à la figure de l'antimétathèse
  • rythmique, qui s'apparente à l'écho rythmique

La figure peut également s'associer à celle de l'antithèse et les mots peuvent être rapprochés sur la base d'une opposition :

« Par la joie, la beauté du monde pénètre dans notre âme. Par la douleur, elle nous entre dans le corps »

— Simone Weil, Pensées sans ordre concernant l'amour de Dieu

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

La figure joue avant tout sur les similitudes :

Un chat contemporain d'un fort jeune Moineau
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau
(...)
L'un s'escrimait du bec,
L'autre jouait des pattes

(Jean de La Fontaine, Le Chat et les Deux Moineaux, Fables, XII, 2)

Le parallélisme permet également des effets d'insistance et de redoublement :

Ce que n'a pu jamais combat, siège, embuscade,
Ce que n'a pu jamais Aragon ni Grenade,
Ni tous vos ennemis, ni tous mes envieux,
Le comte en votre cour l'a fait presque à vos yeux,
Jaloux de votre choix, et fier de l'avantage
Que lui donnait sur moi l'impuissance de l'âge.
Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le hamois,
Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois,
Ce bras, jadis l'effroi d'une armée ennemie,
Descendaient au tombeau tous chargés d'infamie,
Si je n'eusse produit un fils digne de moi,
Digne de son pays, et digne de son roi.
Il m'a prêté sa main, il a tué le comte ;
Il m'a rendu l'honneur il a lavé ma honte.

(Pierre Corneille, Le Cid, acte II, scène 8)

Ces effets de rythme peut être mis en relief par une cadence binaire ou ternaire, privilégiée en poésie. Le parallélisme est alors proche de l'anaphore.

Variante : l'hypozeuxe[modifier | modifier le code]

Une hypozeuxe (substantif épicène), du grec hupozeuxis ("subjonction"), est une figure de style reposant sur un parallélisme et sur la reprise des groupes syntaxiques; proche de l'homéoptote, de l'homéotéleute et du polyptote.

Le prologue du recueil de Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, en regorge :

  • « Et je l'ai trouvée amère / et je l'ai injuriée »
  • « je me suis armé / je me suis enfui » (avec antithèse)
  • « j'ai appelé les bourreaux pour... /j'ai appelé les fléaux pour... »
  • « Je me suis allongé... / je me suis séché... »

Le plus souvent ces groupes repris sont juxtaposés, et alors la figure est analogue à l'asyndète :

« Jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la mort »

— Maurice Maeterlinck

Morier en fait un synonyme du parallélisme.

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

En rhétorique et en versification classique, le parallélisme était recommandé dans la période.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557 (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p. (ASIN B001CAQJ52)
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).
Figure mère Figure fille
répétition hypozeuxe
Antonyme Paronyme Synonyme
aucun voir homonymes chiasme, répétition, anaphore, responsion (désuet), antapodose (désuet)