Cacophonie

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La cacophonie (substantif féminin), du grec kakophonia, de kakos ("mauvais") et phoni ("voix", "son") est une dissonance phonique dans une musique, un texte ou un groupe de mots due à des liaisons difficiles à prononcer, ou à une succession rapide des mêmes sons ou des syllabes accentuées. Elle peut être intentionnelle et ainsi devenir une figure de style à fonction expressive, souvent comique. Son contraire est l'euphonie,ce mot apparaît dans le dictionnaire français .

Exemple[modifier | modifier le code]

  • Exemple pris dans la langue orale (valeur de faute expressive) :

« Qu'attend-on donc tant? »

  • Exemples de cacophonie en littérature (valeur intentionnelle à visée esthétique) :

« Non, il n'est rien que Nanine n'honore »

— Voltaire, Nanine, III, 8

  • Autre exemple, anonyme cette fois[1] :

« Où, ô Hugo, juchera-t-on ton nom?
Justice enfin faite que ne t’a-t-on?
Quand donc au corps qu’académique on nomme
Grimperas-tu de roc en roc, rare homme? »

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

Le mot de sens proche dissonance s'applique plutôt à de la musique, tandis que la cacophonie s'applique plutôt à des voix, cris ou bruits d'animaux. Elle doit être distinguée d'autres figures souvent aux effets très proches, comme l'assonance et l'allitération ; contrairement à ces dernières, la cacophonie ne cherche pas l'harmonie imitative.

On parle également, par extension, de cacophonie pour évoquer une situation d'incohérence et de mésentente entre des personnes (« la cacophonie de l'assemblée nationale », etc.)

Figure proche: la dissonance[modifier | modifier le code]

La dissonance (substantif féminin), du bas latin dissonantia ("disharmonie, désaccord") est une figure de style reposant sur une réunion de sons désagréables permettant s'il ne s'agit pas d'une faute involontaire de générer des effets comiques ou de mise en relief. Elle est proche de la cacophonie :

« Ils s'en allèrent les premiers les pompiers, puis s'en furent les sergents de ville »

— Raymond Queneau, Pierrot mon ami

La dissonance est souvent employée pour des cas de désaccords de rythme, de syntaxe ou de ton destinés à mettre en relief des fragments de la phrase visée. L'exemple ci-dessus de Queneau fonde sa spécificité sur une dissonance entre deux classes linguistiques : l'exemple comprend une dislocation et une inversion syntaxique, leur réunion est assez incongrue (dissonance syntaxique). D'autre part le premier segment relève du style parlé le second du style noble (dissonance de style).

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Figures proches[modifier | modifier le code]

Trivia[modifier | modifier le code]

En anglais, le barde Assurancetourix des histoires d'Astérix se nomme Cacofonix.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité dans : Caricature, de Philipon, 8 septembre 1831 ; puis dans : Curiosités littéraires, de Ludovic Lalanne, 1857 (440 pages), sous l'article consacré au neuvième fauteuil de l'Académie française, page 305 ; puis dans : Essai d'un dictionnaire des homonymes de la langue française avec la traduction allemande, russe et anglaise et des exemples tirés des meilleurs auteurs, de E. Zlatagorskoï, 1862 (650 pages), sous le mot roc, page 534.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M.Gautier, Système euphonique et rythmique du vers français, 1974.

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557.
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p.
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).