Polyptote

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Le polyptote (substantif masculin), du grec poly (« plusieurs ») et ptoté (« cas » au sens grammatical), est une figure de style, qui consiste en la répétition de plusieurs termes de même racine, ou encore d'un même verbe sous différentes formes. La figure joue donc sur les variations morpho-syntaxiques fondées sur les cas grammaticaux. Elle permet des jeux étymologiques ; proche de la figura etymologica et de la dérivation.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Rome vous craindra plus que vous ne la craignez » (Corneille, Nicomède, acte IV, scène 3)
  • « Ce n’étaient qu’amours, amants, amantes » (Flaubert, Madame Bovary, Première Partie, chapitre 6)

Quelquefois, le polyptote peut se rapprocher de la dérivation :

  • « et nous lassait sans jamais se lasser » (Voltaire)
  • « afin que la créature ne s’arroge pas les droits du créateur » (Diderot, article « autorité politique » de l'Encyclopédie)
  • Chez Ponge, on trouve également un polyptote dans L'orange avec les variations "expression/oppression"
  • "le monde moinant moina de moinerie" (Rabelais, chapitre 27, Gargantua)

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

Le polyptote opère une transformation morpho-syntaxique par répétition de mots ou groupes de mots identiques (de même cas) ou quasi identiques (variation de cas) ; il consiste à faire apparaître dans la même phrase ou le même vers plusieurs fois le même mot à des cas grammaticaux différents. Le polyptote ne peut à strictement parler n'exister que dans les langues à déclinaisons comme les langues latines.

Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes

(Guillaume Apollinaire, Cortège, Alcools)

Le polyptote est ici formé sur le verbe « passer » conjugué à des temps différents, mais également sur une dérivation de « passés » et « trépassés » (de même racine mais de sens différents). Il consiste donc à faire apparaître dans la même phrase ou le même vers plusieurs fois le même mot à des cas grammaticaux différents. En français, qui ne dispose plus de cas, le polyptote s'entend pour des variations morpho-syntaxiques et en particulier pour les différentes formes conjuguées d'un même verbe[1].

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

Le polyptote, fondé sur des variations étymologiques permet des jeux de sens et de sonorités. L'effet visé est souvent l'expression lyrique, mais on l'utilise aussi pour insister sur une qualité ou un aspect temporel ou sur un temps.

L'étude du polyptote peut permettre de comprendre les changements étymologiques inhérents à la langue. On peut l'utiliser dans des études linguistiques et généalogiques également[2].

Genres concernés[modifier | modifier le code]

Le polyptote concerne tous les genres littéraires : en poésie il accroît les coréférences entre les mots répétés ; en narration, il permet l'isotopie. Il concerne avant tout les types lyriques ou argumentatifs (surtout dans les textes des orateurs latins).

« Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
Ô la douleur que j’ai, que j’ai ! »

— Émile Nelligan, Soir d'Hiver

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Figures proches[modifier | modifier le code]

Débats[modifier | modifier le code]

La polémique provient du fait que le polyptote est souvent en compétition avec la dérivation ; pourtant il existe une différence : dans le polyptote même mot est pourvu de désinences différentes, dans la dérivation les mots sont différents (de sens différents) bien qu'ils soient formés sur une même racine (voir l'exemple d'Apollinaire).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Robrieux, Les figures de styles et de rhétorique, Dunod, Paris.

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557 (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p. (ASIN B001CAQJ52)
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).