Acrostiche
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Un acrostiche, du grec akrostikhos (akros, haut, élevé et stichos, le vers), est un poème ou une strophe ou une série de strophes fondés sur une figure de style consistant en ce que, lues verticalement de haut en bas, les initiales (parfois les premiers mots) d'une suite de vers composent un mot ou une expression en lien avec le poème. Il existe trois sortes d'acrostiches en réalité. Si l'acrostiche est un type de poème, il repose avant tout sur une opération de transformation graphique donc sur une figure de style.
Sommaire |
[modifier] Acrostiches célèbres
[modifier] En latin, composé par J.S. Bach
Regis Iussu Cantio Et Relique Canonica Arte Resoluta c’est-à-dire :
- La musique faite par ordre du roi, et le reste résolu par l'art du canon
en dédicace de son « Offrande musicale » dédiée au roi de Prusse mélomane Frédéric II. Le mot formé, RICERCAR désigne une forme archaïque de la fugue, forme des pièces dont se compose l'œuvre en question.
[modifier] Horace de Corneille
Un acrostiche a été découvert dans une pièce de Pierre Corneille : Horace (acte II, scène 3) :
- S'attacher au combat contre un autre soi-même,
- Attaquer un parti qui prend pour défenseur
- Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur,
- Et rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie
- Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie,
- Une telle vertu n'appartenait qu'à nous ;
- L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux,
Il n'est pas possible de déterminer avec certitude si ce message est volontaire ou non de la part du dramaturge, le fait que le numéro du vers à partir duquel il est observable soit uniforme (444) tend cependant à prouver son intentionnalité. Si toutefois ce n'était pas le cas, on pourrait parler de kakemphaton.
[modifier] Villon
François Villon signait parfois ses ballades en mettant un acrostiche dans l’envoi. C’est le cas de la Ballade de la Grosse Margot, de la Ballade de bon conseil, de la Ballade des contre vérités, du Débat du cœur et du corps de Villon. Ou de la Ballade pour prier Notre Dame, tirée du Grand Testament :
- Vous portâtes, digne Vierge, princesse,
- Iésus régnant qui n’a ni fin ni cesse.
- Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,
- Laissa les cieux et nous vint secourir,
- Offrit à mort sa très chère jeunesse ;
- Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
- En cette foi je veux vivre et mourir.
Certains commentateurs s'appuient même sur l'acrostiche un peu défectueux de l'une des ballades en jargon du manuscrit de Stockholm pour attribuer la paternité de celle-ci à Villon, tandis que d'autres ne trouvent pas l'argument probant[1].
[modifier] Correspondance grivoise
Ce poème et sa réponse, souvent attribués à tort à Alfred de Musset et George Sand, sont des acrostiches :
- Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
- Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
- Vous avez capturé les sentiments d'un cœur
- Que pour vous adorer forma le Créateur.
- Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
- Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
- Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
- Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
La réponse :
- Cette insigne faveur que votre cœur réclame
- Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
Ou :
- Cette insigne faveur que votre cœur réclame
- Nuit peut être à l'honneur mais répond à ma flamme.
[modifier] Autres formes
Il existe différentes formes d'acrostiches, suivant la place des lettres choisies :
- Si les lettres initiales suivent l'ordre de l'alphabet, on parle d’abécédaire.
- Le mésostiche (du grec mesos, "milieu") concerne les lettres médianes du poème formant un mot
- Le téléstiche (du grec telos, "fin") met en relief les lettres finales du poème et forme donc un mot, généralement lues de bas en haut
- L'acroteleuton (du grec têleutê, "fin") combine l'acrostiche et le télestiche.
[modifier] Figures proches
- Figure mère: répétition, Jeu de mots
- Figures filles: mésostiche, téléstiche, abécédaire, acroteleuton
- Paronyme: aucun
- Synonyme: abécédaire
[modifier] Domaines transverses
L'acrostiche est employé en cryptographie : on parle alors de la stéganographie.
[modifier] Notes et références
- Quant à lire dans l'envoi de l’Épître à ses amis, comme le fait Thierry Martin dans François Villon : Poèmes homosexuels (édition avec interprétation homosexuelle très particulière, QuestionDeGenre/GKC, 2000), PIETATEM, CAROLE ! (interprété « pitié, Charles ! »), c'est négliger le fait que le manuscrit C, source unique de cette ballade, ne donne pas au quatrième vers « À temps », mais « Ainsi » (Thiry, 1991; Dufournet, 1992; Mühlethaler, 2004; etc.), ce qui élimine la lecture imaginaire « ATEM » et l'étrange acrostiche...
[modifier] Voir aussi
[modifier] Liens externes
- (fr) http://www.acrostiche.org/ (site gratuit regroupant nombre d'acrostiches sur les prénoms et autres catégories)
- (fr) http://acrostiches.free.fr/ (nombreux poèmes et textes inédits en forme d'acrostiches)
- (fr) http://la-danse-des-mots.over-blog.fr/ (site dédié aux acrostiches, téléstiches, palindromes...)
- Acrostiche au maréchal Pétain, de Julien Clément
[modifier] Bibliographie
- I.Corau, Jouons avec les mots, 1998.
[modifier] Bibliographie des figures de style
- Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine », 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
- Antoine Fouquelin, La Rhétorique Françoise, Paris, A. Wechel, 1557.
- César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain, 1816, 362 p.
Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne
- Pierre Fontanier, Les figures du discours, Paris, Flammarion, 1977 (ISBN 2-0808-1015-4) [lire en ligne].
- Patrick Bacry, Les figures de style : et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets », 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
- Bernard Dupriez, Gradus,les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français », 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
- Catherine Fromilhague, Les figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres », 2007 (ISBN 978-2-2003-5236-3).
- Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui », 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
- Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires », 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
- Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin, 2001, 16 × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
- Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
- Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Hendrik, Honoré Champion, 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
- Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin, 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).