Acrostiche

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Un acrostiche, du grec akrostikhos (akros, haut, élevé et stichos, le vers), est un poème, une strophe ou une série de strophes fondés sur une forme poétique consistant en ce que, lues verticalement de haut en bas, la première lettre ou, parfois, les premiers mots d'une suite de vers composent un mot ou une expression en lien avec le poème.

Acrostiches célèbres[modifier | modifier le code]

En latin, composé par J.S. Bach[modifier | modifier le code]

Regis Iussu Cantio Et Relique Canonica Arte Resoluta c’est-à-dire :

La musique faite par ordre du roi, et le reste résolu par l'art du canon

en dédicace de son « Offrande musicale » dédiée au roi de Prusse mélomane Frédéric II. Le mot formé, RICERCAR, désigne une forme archaïque de la fugue, forme des pièces dont se compose l'œuvre en question.

Villon[modifier | modifier le code]

François Villon signait parfois ses ballades en mettant un acrostiche dans l’envoi. C’est le cas de la Ballade de la Grosse Margot, de la Ballade de bon conseil, de la Ballade des contre vérités, du Débat du cœur et du corps de Villon. Ou de la Ballade pour prier Notre Dame, tirée du Grand Testament :

Vous portâtes, digne Vierge, princesse,
Iésus régnant qui n’a ni fin ni cesse.
Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,
Laissa les cieux et nous vint secourir,
Offrit à mort sa très chère jeunesse ;
Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
En cette foi je veux vivre et mourir.

Certains commentateurs s'appuient même sur l'acrostiche un peu défectueux de l'une des ballades en jargon du manuscrit de Stockholm pour attribuer la paternité de celle-ci à Villon, tandis que d'autres ne trouvent pas l'argument probant[1].

Correspondance grivoise[modifier | modifier le code]

Ce poème et sa réponse, dont l'attribution [2] à Alfred de Musset et George Sand est contestée par certains[Qui ?], sont des acrostiches :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

La réponse :

Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

Ou :

Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit peut être à l'honneur mais répond à ma flamme.

Une rosserie[modifier | modifier le code]

Auguste Mangeot publia dans Le Monde musical le sonnet suivant qu'il trouvait admirable bien qu'adressé par un correspondant anonyme :

Musique, tu me fus un palais enchanté
Au seuil duquel menaient d'insignes avenues
Nuit et jour, des vitraux aux flammes continues,
Glissait une adorable et vibrante clarté.
 
Et des chœurs alternant, – dames de volupté,
Oréades, ondins, faunes, prêtresses nues, –
Toute la joie ardente essorait vers les nues,
Et toute la langueur et toute la beauté.
 
Sur un seul vœu de moi, désir chaste ou lyrique,
Ta fertile magie a toujours, ô musique :
Bercé mon tendre songe ou mon brillant désir.
 
Et quand viendra l'instant ténébreux et suprême,
Tu sauras me donner le bonheur de mourir,
En refermant les bras sur le Rêve que j'aime !

Mal lui en prit car le poème contenait un acrostiche : « Mangeot est bête » et son auteur n'était autre que Willy avec lequel il s'était violemment querellé[3].

Autres formes[modifier | modifier le code]

Il existe différentes formes d'acrostiches, suivant la place des lettres choisies :

  • Si les lettres initiales suivent l'ordre de l'alphabet, on parle d’abécédaire ou acrostiche alphabétique
  • Le mésostiche (du grec mesos, "milieu") concerne les lettres médianes du poème formant un mot
  • Le téléstiche (du grec telos, "fin") met en relief les lettres finales du poème et forme donc un mot, généralement lues de bas en haut
  • L'acroteleuton (du grec têleutê, "fin") combine l'acrostiche et le télestiche.

Figures proches[modifier | modifier le code]

Domaines transverses[modifier | modifier le code]

L'acrostiche est employé en cryptographie : on parle alors de la stéganographie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Quant à lire dans l'envoi de l’Épître à ses amis, comme le fait Thierry Martin dans François Villon : Poèmes homosexuels (édition avec interprétation homosexuelle très particulière, QuestionDeGenre/GKC, 2000), PIETATEM, CAROLE ! (interprété « pitié, Charles ! »), c'est négliger le fait que le manuscrit C, source unique de cette ballade, ne donne pas au quatrième vers « À temps », mais « Ainsi » (Thiry, 1991; Dufournet, 1992; Mühlethaler, 2004; etc.), ce qui élimine la lecture imaginaire « ATEM » et l'étrange acrostiche...
  2. http://www.cryptage.org/lettre-george-sand.html
  3. Willy. Biographie, Henry Albert (Lire en ligne) sur gallica.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • I.Corau, Jouons avec les mots, 1998.

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557.
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p.
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus,les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).