Anadiplose

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L'anadiplose (substantif féminin), du grec ana (« de nouveau ») et diploos (« double ») est une figure de style consistant en la reprise du dernier mot d'une proposition à l'initiale de la proposition qui suit, afin de marquer la liaison entre les deux. La répétition du mot forme un enchaînement qui permet d'accentuer l'idée ou le mot ; proche de la concaténation et de l'épanadiplose.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Il est bête. Bête il restera. »
  • « Ô ce verre sur mes désirs ! Mes désirs à travers mon âme ! » (Maurice Maeterlinck, Verre ardent in Serres chaudes)
  • "[...] - Et Cérès, que fit-elle ? / - Ce qu'elle fit ? Un prompt courroux / L'anima d'abord contre vous." (Jean de La Fontaine, "Le pouvoir des fables")
  • « Le néant a produit le vide, le vide a produit le creux, le creux a produit le souffle, le souffle a produit le soufflet et le soufflet a produit le soufflé. » (Paul Claudel dans Le Soulier de satin)
  • « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine... mène à la souffrance. » (Yoda, dans Star Wars, épisode I : La Menace fantôme)
  • « Pas de pierre, pas de construction ; pas de construction, pas de palais ; pas de palais... pas de palais. » (Amonbofis, dans Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre)
  • « La grandeur inspire l'envie, l'envie engendre le dépit, le dépit répand le mensonge. » (Lord Voldemort dans Harry Potter et le Prince de sang-mêlé)
  • « L'absence, c'est Dieu. Dieu, c'est la solitude des hommes. » (Jean-Paul Sartre dans Le Diable et le Bon Dieu, acte 2)
  • « Et leur chanson se mêle au clair de lune, Au calme clair de lune triste et beau », (Paul Verlaine dans son poème Clair de lune)
  • « D'abord, c'est curiosité Qui conduit l'homme à la beauté ; Beauté mène à l'amour, l'amour à l'espérance » (Charles-François Pannard, Anthologie de la poésie française du XVIIIe siècle au XXe siècle, La Pléiade, Gallimard)
  • « Sa robe était de tulle avec des roses pâles, Et rose pâle était sa lèvre, et ses yeux froids, Froids et bleus comme l'eau qui rêve au fond des bois. » (Albert Samain, Au jardin de l'Infante, Keepsake)
  • « Connaissez mieux le prix des larmes ; … Elles soulagent le malheur. Le malheur et l'amour, souvent c'est même chose » (Jean-François de La Harpe, À un amant qui pleurait beaucoup)
  • « Que dis-je ?... hélas ! hélas ! Tout cela, c'est un rêve, Un rêve à jamais effacé !... » (Gérard de Nerval, En Avant Marche ! in Anthologie de la poésie française du XVIIIe siècle au XXe siècle)
  • « Le fondement lui échappait [...] pour avoir mangé trop de gaudebillaux. Les gaudebillaux sont de grasses tripes de coiraux. Les coiraux sont des bœufs engraissés à la crèche et dans des prés guimaux. Les prés guimaux, ce sont ceux qui donnent de l'herbe deux fois par an. » (François Rabelais, Gargantua Chapitre 4)
  • « Serré dans son manteau magnifique et soyeux, Je m'y perds en noyant mes regards dans ses yeux, Ses yeux indifférents, langoureux et mystiques. » (Marcel Proust, Poésie (inédite) (critique de Marcel avant Proust — Le Mensuel retrouvé, dans Télérama n° 3278 du 10 au 16 novembre 2012))
  • « Fausse diversion, un jour tu pètes les plombs. Les plombs, certains chanceux en ont dans la cervelle. D'autres se les envoient pour une poignée de biftons, guerre fraternelle. » (Shurik'n du groupe IAM, Demain, c'est loin)

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'anadiplose opère une transformation sémantique par répétition à l'identique d'un mot (étymologiquement c'est un redoublement). Elle est très proche de la concaténation. Étymologiquement, elle se fonde sur un redoublement ; elle peut se représenter par le schéma : ____A / A____ comme dans « Mourir pour des idées, l'idée est excellente… » (Georges Brassens) ; elle est donc une sorte de symétrie en miroir des mots répétés, qui se démarquent par une ponctuation spécifique. Elle est synonyme de la figure appelée redoublement qui est la répétition de mots mais dans le cadre d'une seule phrase.

Une anadiplose se fondant non plus sur des mots mais des syllabes est une dorica castra. On parle d'anadiplose de liaison lorsque dans un raisonnement elle a pour fonction d'introduire la suite du développement.

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'anadiplose marque souvent, à l'écrit un procédé d'oralisation (« - Et lui, que dit-il? - Ce qu'il dit? Il s'emportera... »), mais elle est très employée en argumentation pour lier des arguments et soutenir un raisonnement efficace et rigoureux. L'anadiplose aboutit ainsi à un effet de clôture du discours, qui ne semble pas permettre de critique. La solennité est un effet visé par cette figure. Elle permet globalement : de fixer l'attention sur les mots importants, de mieux mémoriser certains termes et enfin de relier logiquement deux propositions pour développer un argument.

Genres concernés[modifier | modifier le code]

L'anadiplose se retrouve dans tous les genres littéraires, principalement ceux à dialogues. La poésie y a recours également.

Les chansons utilisent majoritairement l'anadiplose afin de lier les vers entre eux ; la pédagogie utilise l'anadiplose en chanson pour cerner l'enchaînement des idées dans un texte[1]. Les cadavres exquis fonctionnent sur le principe de l'anadiplose. L’anadiplose est l’élément constitutif des chansons en laisse.

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Antoine Fouquelin dans La Rhetorique Françoise (1555) présente une étude de l'anadiplose[2].

Figures proches[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Chanson en laisse

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557.
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p.
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).