Bataille de Vienne

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Bataille de Vienne
La Bataille de Vienne par Józef Brandt
La Bataille de Vienne par Józef Brandt
Informations générales
Date 12 septembre 1683
Lieu Au Kahlenberg (de) près de Vienne, Autriche
Issue Victoire stratégique décisive de la coalition chrétienne
Belligérants
Sainte-Ligue (1684) :
Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Drapeau de la République des Deux Nations République des Deux Nations
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Commandants
Drapeau de la République des Deux Nations Jean III
Drapeau du Saint-Empire Léopold Ier
Drapeau de l'Empire ottoman Grand Vizir Kara Mustafa
Forces en présence
65 000 Impériaux +20 000 Polonais 250 000
Pertes
4 000 tués 15 000 tués
Deuxième guerre austro-turque
Batailles
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Victoire de Jean III Sobieski contre les assiégeants turcs de Vienne de Jan Matejko.

La bataille de Vienne du 12 septembre 1683, sur la colline du Kahlenberg[1], mit fin au second siège de Vienne par les Turcs[2].

Cette défaite décisive des Ottomans fut le point de départ d'une campagne militaire de 16 ans qui devait permettre aux Habsbourg de reprendre les territoires de Hongrie-Croatie et de mettre fin à la menace ottomane en Europe centrale[3].

Préliminaires[modifier | modifier le code]

Depuis le 14 juillet 1683, la garnison de Vienne, comprenant moins de 15 000 soldats réguliers (renforcés de volontaires civils), est assiégée par une immense armée ottomane, comprenant peut-être plus de 200 000 hommes. Malgré des assauts successifs, la ville, dont les fortifications ont été efficacement organisées par Georges Rimpler, parvient à tenir près de deux mois, sous les ordres du général Ernst von Starhemberg et d'autres officiers tels les comtes Dupigny, Serenyi, Leslie, Kielmansegg, Wirtenberg et Scherffenberg[4]. Par ailleurs, de nombreuses forteresses situées le long des lignes de communication turques restent aux mains des Autrichiens (souvent composées d'unités de frontière croates et hongroises), ce qui gène les approvisionnements ottomans. Néanmoins, au début de septembre, la ville est proche d'être investie, bien que ses défenseurs ne manifestent aucune intention de se rendre.

Au même moment, alors que l'Empereur Léopold Ier du Saint-Empire a quitté la ville avec sa famille et une grande partie des Viennois, le chef de l'armée autrichienne, Charles V de Lorraine, repousse les tentatives ottomanes de progresser sur la rive nord du Danube et les empêche de prendre Pressbourg, mais, avec environ 20 000 hommes, il ne dispose pas d'assez d'hommes pour secourir la capitale de l'Empire. Pourtant, sous l'égide du Pape et de l'Empereur Léopold, une coalition se met en place avec certains Etats du sud de l'Allemagne. Ainsi, la Bavière, la Saxe et des Etats de Souabe et de Franconie acceptent de fournir des contingents de soldats pour appuyer les Autrichiens. En revanche, peu menacée, l'Allemagne du nord ne contribue guère à la coalition. Surtout, cette Sainte Alliance reçoit un renfort de poids avec le Roi de Pologne Jean III Sobieski qui accepte dégarnir la défense de son propre pays, non sans menacer le comte Thököly, qui dirigeait la Hongrie pour le compte des Ottomans, de terribles représailles s'il profitait de cette situation.

Une armée composée de plus de 50 000 soldats impériaux, allemands et autrichiens, commandée par Charles de Lorraine et des forces polonaises comprenant entre 15 000 et 20 000 hommes, dirigée par Jean Sobieski, s'unissent le 31 Août pour se lancer dans une offensive contre les assiégeants turcs de Vienne[5]. Le Roi de Pologne est officiellement le chef de l'ensemble des armées de secours. En face, les Ottomans comptent peut-ête 250 000 hommes, dont une partie seulement participeront effectivement à la bataille, sont commandés par le Grand Vizir Kara Mustafa. Au sein de l'armée impériale, deux électeurs allemands participent à l'offensive : Maximilien-Emmanuel de Bavière, Jean-Georges III de Saxe. On trouve également parmi les principaux officiers, le duc Jules-François de Saxe-Lauenbourg et l'expérimenté général Georges-Frédéric de Waldeck . Parmi les jeunes nobles présents dans l'armée impériale, on peut aussi signaler Louis de Bade ou encore Eugène de Savoie, deux futurs grands généraux autrichiens[6]. L'armée polonaise, principalement composée de cavalerie, comprend aussi des commandants expérimentés comme Stanislas Jablonowski ou plus jeunes comme Adam Sieniawski.

Dans la nuit du 11 septembre, les troupes autrichiennes, à la gauche du dispositif de l'armée chrétienne, occupent la colline du Kahlenberg au nord de Vienne. Les Allemands, au centre, et les Polonais, à droite, prennent progressivement position sur les hauteurs situées à l'ouest de la ville de Vienne. Les positions turques, sont situées en contrebas, avec le camp principal situé au sud, une puissante redoute, la "Türkenschanz" au centre, et de nombreux villages fortifiés et points d'appui protégeant ces deux points . Selon le plan de l'armée chrétienne , les Autrichiens, situés à gauche, doivent suivre un axe nord-sud le long du Danube afin de directement menacer la "Türkenschanz" par le nord. Les forces des Etats allemands, au centre, doivent converger vers ce même point en progressant vers le sud-est. Enfin, l'aile polonaise (renforcée de mousquetaires autrichiens), à droite, doit progresser plein est. Néanmoins, située plus loin de positions ottomanes et devant parcourir un terrain accidenté, elle ne pourra sans doute attaquer que tardivement[6].

La bataille[modifier | modifier le code]

À 5 h 00 du matin le 12 septembre, l'armée autrichienne à l'aile gauche et celle des princes allemands au centre avancent sur l'ennemi. A midi, après de durs combats et plusieurs contre-attaques des Ottomans, les Impériaux ont déjà fortement progressé et ont pris les villages fortifiés de Nussdorf et Heiligenstadt, se rapprochant de la Turkenschanz et infligeant de lourdes pertes à leurs adversaires[6]. En début d'après-midi, c'est au tour des Polonais de progresser sur l'aile droite, sans toutefois engager le combat avec les Ottomans. Ils prennent position dans le village de Gersthof et occupent les hauteurs des alentours, d'où leurs cavaliers, dont les fameux hussards polonais, se préparent à attaquer. Vers 15 h 30, les troupes impériales, dirigées par Charles de Lorraine, le duc de Saxe-Lauenbourg, le duc Jean-Georges de Saxe et le général Charles-Frédéric de Waldeck, reprennent leur avance, et après de nouveaux violents combats, elles prennent les villages de Unterdöbling et Oderdöbling, ce qui les amène juste devant la Türkenschanz (où se trouve alors le vizir Kara Mustafa) qu'elles menacent par le nord et le nord-ouest[7]. Les mousquets des troupes du Saint-Empire déciment les unités turques qui défendent la redoute[8].

A 16 h 00 de l'après-midi, le roi Sobieski et sa cavalerie lourde entrent en action et lancent une puissante offensive depuis les collines qu'ils occupaient. Leurs multiples charges enfoncent brutalement les lignes ottomanes et leur permettent de prendre d'assaut la Türkenschanz par l'ouest. Vers 17 h 00, attaquée par trois côtés et courant le risque d'être isolée, cette position est devenue indéfendable. Le commandant turc décide alors de se replier au sud, vers son principal camp. Néanmoins, certaines troupes ottomanes commencent déjà à se débander et à quitter le terrain. Beaucoup sont taillées en pièces par la cavalerie du Roi de Pologne. La situation devient critique pour les assiégeants[9].

C'est à ce moment que Sobieski décide d'une charge massive contre les dernières positions turques, au sud du champ de bataille, afin de définitivement anéantir l'armée ennemie. Aux alentours de 18 H 00, trois corps de cavalerie polonais et un corps impérial (20 000 hommes en tout) prennent la direction du camp du Vizir, avec le Roi et 3000 de ses hussards à leur tête. Cette charge est l'une des plus importantes de l'histoire européenne jusqu'alors. Démoralisées, les troupes ottomanes ne peuvent résister longtemps et se dispersent vite, dans un chaos épouvantable. Durant leur repli, beaucoup de soldats turcs sont tués par la cavalerie chrétienne. Kara Mustafa doit lui-même s'enfuir en hâte après avoir ordonné de tuer ses prisionniers, et sa défaite est totale. Dans la soirée, Louis de Bade entre dans la ville de Vienne à la tête de ses dragons, et est acclamé par la foule[7]. Au même moment, les Polonais procèdent au pillage du camp turc, suivis par leurs alliés le lendemain.

Les suites[modifier | modifier le code]

Cette bataille marque le point de départ d'une guerre de reconquête de la Hongrie. Dans l'immédiat, Charles de Lorraine remporte une victoire à Barkan et reprend plusieurs forteresses à la frontière avec l'Empire ottoman. Mais il subit un échec devant Buda en 1684 et ne peut prendre la ville qu'en 1686. La guerre se poursuit ensuite pendant treize ans, marquées par les victoires de Zenta et Mohács (à ne pas confondre avec la bataille de Mohács de 1526), et qui se conclue finalement le 26 janvier 1699 par le Traité de Paix de Karlowitz (en serbe Sremski Karlovci) : celui-ci rend à la couronne de Hongrie-Croatie notamment la Slavonie, la Syrmie, et la Bačka, les anciennes possessions hongroises que Soliman le Magnifique avait conquises au XVIe siècle. Après une nouvelle guerre en 1716-1718, Eugène de Savoie prend également le Banat de Temeszvar ainsi que la ville de Belgrade, qui sera reprise par les Ottomans vingt ans plus tard. Une grande partie des terres libérées des Turcs sont colonisées par des Serbes, environ 60 000, invités par l'empereur à s'installer là, en récompense des services rendus dans la lutte contre les Ottomans (voir Migrations serbes de 1690). D'autres sont ensuite colonisées par des migrants allemands, notamment le Banat et la Transylvanie.

Si après la bataille de Vienne et durant les années suivantes, la Bavière reste fidèle à l'alliance avec l'Autriche, de nombreux Etats s'en désengagent rapidement, comme la Pologne ou la Saxe. A l'inverse, l'électorat de Brandebourg entre dans le conflit en 1686 et envoie un contingent de huit mille hommes remarquablement entraînés. En outre, la guerre contre les Ottomans absorbe alors les forces de l'Autriche et les empêche de participer très activement à la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, ce qui explique peut-être les revers de Guillaume III d'Orange-Nassau aux Pays-Bas.

Rémanences[modifier | modifier le code]

La fête du Saint Nom de Marie fut instituée en la mémoire de cette victoire, les soldats chrétiens avaient invoqué le nom de la Sainte Vierge avant de se lancer dans la bataille.

Une légende attestée depuis le XIXe siècle - qui connait d'innombrables variantes - fait remonter à cette bataille l'origine du croissant de boulangerie, un kifli (kipfel à Vienne) ayant la forme de l'emblème des Ottomans vaincus, le croissant[10], peut-être liée à une histoire selon laquelle c'est un apprenti boulanger qui découvrit les tunnels creusés par les ottomans, permettant leur destruction[11]. Mais les origines de ces pâtisseries régionales semblent remonter à une période largement antérieure. Le croissant apparait lui à Paris à vers 1840 avec l'installation de la première Boulangerie viennoise de l'ancien officier d'artillerie autrichien August Zang[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Immédiatement après la bataille, Léopold Ier donna son nom à cette colline: , qui est depuis lors le Leopoldsberg. Le nom de Kahlenberg désigne depuis lors une colline voisine, également appelée Sauberg, Schweinsberg, Josephsberg. Le Kahlenberg actuel, dans la commune de Döbling, n'est donc pas le lieu de la bataille.
  2. Le premier siège de Vienne avait eu lieu en 1529.
  3. Des suites de la bataille de Vienne, les historiens Ernst Werner et Walter Markov disent: « La peur des Turcs, qui après la catastrophe de Nicopolis qui, en 1396, avait envoûté l'Europe comme un traumatisme… était enfin effacée, le retrait ottoman de l'Europe venait de commencer. » [1]
  4. Andrew Wheatcroft, The enemy at the gate
  5. Michael Hochedlinger, Austria's Wars of Emergence
  6. a, b et c Andrew Wheatcroft, The enemy at the gate
  7. a et b idem
  8. Simon Millar, Vienna 1683 : Christian Europe repels the Ottomans
  9. Simon Millar,, Vienna 1683 : Christian Europe repels the Ottomans
  10. a et b Jim Chevallier, August Zang and the French Croissant: How Viennoiserie Came to France, éd. chez Jim, 2009, p. 11-15
  11. Karl August Schimmer, The Sieges of Vienna by the Turks : Translated from the German of Karl August Schimmer and Others, London, éd. John Murray, 1879, p. 30-31

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Gaber, Et Charles V arrêta la marche des Turcs, Presses universitaires de Nancy,‎ 1986 (ISBN 2-86480-227-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]