Tannhäuser (opéra)

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Tannhäuser
Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg
Image décrite ci-après
Le château de la Wartbourg, à Eisenach

Genre opéra
Nbre d'actes 3
Musique Richard Wagner
Livret Idem
Langue
originale
Allemand
Durée
approximative
3 h 20 min
Dates de
composition
1845
Création 19 octobre 1845
Königlich sächsisches Hoftheater, Dresde, Drapeau du Royaume de Saxe Royaume de Saxe,
Drapeau de la Confédération germanique Confédération germanique
Création
française
12 juillet 1855
Opéra du Rhin, Strasbourg[1]
Personnages
Airs
  • Chœur des pèlerins (acte I, scène 3 ; acte III, scène 1)
  • O du mein holder Abendstern (Ô toi ma belle étoile du soir, appelé encore la Romance à l'étoile), chanté par Wolfram (acte III, scène 2)

Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg est un opéra de Richard Wagner.

C'est son cinquième opéra et le deuxième de ses dix opéras principaux. Il porte la référence WWV 70 du catalogue de ses œuvres. Ce « grand opéra romantique en trois actes » dure trois heures vingt.

L'argument est tiré de deux légendes germaniques, celle du tournoi de chant au château de la Wartburg avec comme protagonistes les Minnesänger (équivalent allemand des troubadours) Wolfram von Eschenbach et Heinrich von Ofterdingen, d'une part et la Ballade de Tannhäuser, d'autre part, avec insertion du concours de chant entre le retour de Tannhäuser du Venusberg et sa visite au pape. Les thèmes-clés sont l’opposition entre l’amour sacré et l’amour profane, ainsi que la rédemption par l’amour, thème qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Wagner.

L'opéra fut créé le 19 octobre 1845[2] à Dresde sous la direction de Wagner, avec sa nièce Johanna Wagner dans le rôle d’Elisabeth.

Ensuite, Wagner révisa le livret et la partition à plusieurs reprises. Un mois avant sa mort, « il dit qu'il doit encore au monde Tannhäuser[3]. »

Le 13 mars 1861[2], l'opéra fut représenté en version française à l'Opéra de Paris, grâce à la princesse autrichienne Pauline von Metternich.

Richard Wagner fit apparaître le Grand Ballet au premier acte. La Direction de l'Opéra de Paris recommanda à Wagner de le faire apparaître de préférence au deuxième acte de façon à ce que les membres du Jockey Club qui arrivaient après le premier acte, après le dîner, puissent voir leurs petites protégées du ballet. Wagner, par souci artistique, ne changea rien, ce qui déclencha une violente opposition de la part des habitués du Jockey Club qui sifflèrent lors des représentations[4]. Il n'y eut que trois représentations, ce qui fit perdre à Wagner beaucoup d'argent mais lui assura une renommée mondiale, ce scandale étant repris par toute la presse internationale[5]. Cette version est davantage donnée aujourd’hui.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Tannhäuser, 1845
  • Titre : Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg, en français Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg
    • Description : Grand opéra romantique en trois actes (1845) ; opéra en trois actes (1861) ; action en trois actes (après 1861)
  • Catalogage : Wagner-Werk-Verzeichnis 70
  • Livret du compositeur[2]
  • Composition :
    • Version originale, dite de Dresde : Livret de juillet 1842 à avril 1843, Aussig, Teplitz et Dresde ; musique de juillet 1843 à octobre 1845, Teplitz et Dresde
    • 2e version, dite « deuxième version de Dresde » : livret au printemps 1847, Dresde ; musique d’octobre 1845 à mai 1847, Dresde, et en septembre 1851, Zurich. Les modifications portent sur l’introduction du troisième acte et sur la fin de l’opéra.
    • 3e version, dite de Paris : Livret de septembre 1859 à mars 1861, Paris ; musique d’août 1860 à mars 1861, Paris. Les modifications portent sur : la suppression de la fin de l’ouverture ; l’ajout d’une scène I du premier acte, avec un ballet (cette pièce essentiellement orchestrale est appelée La Bacchanale du Venusberg).
    • 4e version : Livret en août 1861, Vienne, et au printemps 1865, Munich ; musique à partir de l’été 1861
  • Dédicace (2e version) : Camille Érard
  • Création :
  • Publication : C. F. Meser, Dresde, 1860

Ouverture[modifier | modifier le code]

L'ouverture est un résumé de l'opéra : d'abord, exposition Andante maestoso de la mélodie du chœur des pèlerins en crescendo, qui s'éteint ensuite progressivement. Sans transition, un Allegro expose le leitmotiv du Venusberg. Puis, de plus en plus théâtralement, résonne le leitmotiv du chant passionné de Tannhäuser, accompagné par la musique exprimant les menaces des chevaliers, pour atteindre son apogée dans un Molto vivace mouvementé. La suite diffère selon les versions :

  • Version de Dresde : l'ouverture se termine avec le thème du chœur des pèlerins, qui revient majestueusement Assai stretto en crescendo (exprimant le pardon final accordé enfin au héros) pour déboucher sur une brève et magistrale coda Più Stretto.
  • Version de Paris : enchaînement avec un ballet, la Bacchanale du Venusberg.

Argument[modifier | modifier le code]

L'action se situe près d'Eisenach au début du treizième siècle.

Acte I[modifier | modifier le code]

J. Tichatschek(Tannhäuser) et W. Schröder-Devrient (Venus) lors de la création à Dresde, 1845

La scène se passe au Venusberg.

Tannhäuser y est un captif volontaire de la déesse Vénus. Son amour pour elle s'est tari, et il aspire de nouveau à la liberté, la nature et l'amour de Dieu. Dans un air fameux, Tannhäuser exprime son désir à Vénus, qui réagit violemment et lui déclare que jamais plus il ne trouvera le salut. Tannhäuser dit alors que son salut viendra de Marie, provoquant ainsi son départ magique du Venusberg.

Tannhäuser se retrouve soudainement dans la campagne près de la Wartburg ; c'est le printemps, un jeune berger chante à la gloire de la belle saison qui s'annonce et des pèlerins qui reviennent de Rome. En entendant leur chant, Tannhäuser est pris de profonds remords pour ses actions et d'un grand désir de rédemption.

Tannhäuser est découvert par le landgrave et ses chevaliers Wolfram von Eschenbach, Walther von der Vogelweide, Biterolf, Reimar et Heinrich. Ils accueillent avec joie le retour du jeune chanteur, qui autrefois avait fui la cour de la Wartburg.

Acte II[modifier | modifier le code]

Dans la grande halle de la Wartburg.

Elisabeth, la fille du landgrave, accueille avec joie Tannhäuser et lui exprime le malheur dans lequel elle a vécu depuis son départ. Les chants de Tannhäuser étaient en effet très émouvants pour elle. Tannhäuser dit qu'elle doit remercier Dieu d'avoir permis le miracle de son retour.

Le landgrave accueille les invités pour le concours de chant, dont le thème sera l'éveil de l'amour. Elisabeth accordera un vœu au vainqueur, quel qu'il soit. Wolfram est le premier à chanter; il décrit l'amour comme un sentiment pur qui ne doit jamais être troublé. Tannhäuser réplique en vantant l'amour sensuel, ce qui provoque l'ire de Biterolf et Walther qui soutiennent le sentiment de Wolfram.

Tannhäuser, au comble de l'extase, finit par chanter une louange à Vénus et déclarer qu'il a passé tout le temps de son absence avec elle dans le Venusberg. Les chevaliers tirent l'épée pour sommairement exécuter Tannhäuser, qui ne doit son salut qu'à la pitié d'Elisabeth, et à la décision du landgrave de l'envoyer à Rome demander son pardon au Pape.

Acte III[modifier | modifier le code]

Tannhäuser.jpg

La vallée de la Wartburg.

Elisabeth, accompagnée de Wolfram, tombe à genoux en prières pour le salut de Tannhäuser. Elle retourne ensuite le cœur brisé vers la Wartburg, tandis que Wolfram, animé d'un amour dévoué pour elle, pressent sa mort prochaine et chante la louange de l'étoile du soir. Il voit alors un pèlerin qui s'avère être Tannhäuser de retour de Rome. Celui-ci lui décrit comment le Pape lui refusa son pardon aussi sûrement que son bâton de bois ne pourra jamais reverdir. Désespéré, Tannhäuser s'en retourne au Venusberg, d'où Vénus l'appelle et l'accueillerait volontiers de nouveau dans sa caverne. À ce moment, une procession funéraire apparaît, portant le corps d'Elisabeth. Tannhaüser meurt à son tour. Les jeunes pèlerins arrivent alors et décrivent le miracle divin signifiant le salut de Tannhäuser : le bâton du Pape a reverdi.

Sources de l'argument[modifier | modifier le code]

Les éléments de l'argument de l'opéra se trouvent répartis dans les sources disponibles dans les années 1830, à savoir :

  • Johann Christoph Wagenseil, L'Art divin des Maîtres Chanteurs, in « De sacri Rom. Imperii libera civitate Noribergensi commentatio ; accedit de Germaniæ Phnascorum, origine, præstantia, utilitate et institutis sermone vernaculo liber », Altdorf 1697 ;
  • Ludwig Tieck, Le fidèle Eckhart et le Tannenhäuser, nouvelle in « Die Märchen aus dem Phantasus », 1812 ;
  • J.C.S. Thon, Le Château de la Wartburg : contribution à la connaissance des temps anciens (Schloss Wartburg: ein Beytrag zur Kunde der Vorzeit, 1815.
  • E.T.A. Hoffmann, Le Combat des chanteurs (Der Kampf der Sänger), nouvelle in « Les Frères de Saint-Sérapion », vol. 2, 1819, troisième section ;
  • Heinrich Heine, Le Tannhaeuser, légende, poème en trois parties, 1836 ; texte en ligne sur wikisource ;
  • Ludwig Bechstein (présent. par), Les Légendes d'Eisenach et de la Wartburg, de l'Hörselberg et de Rheinhardsbrunn ;
  • C.T.L. Lucas, À propos du tournoi de la Wartburg, étude, 1838.

Wagner a indiqué les lectures qui sont à l'origine du livret dans deux œuvres : Une Communication à mes amis, en 1851, et son autobiographie, Ma Vie, en 1866/67.

Distributions[modifier | modifier le code]

Les types de voix et les distributions pour les premières des versions de Dresde ou de Paris sont les suivantes :

Rôle Voix Création à Dresde
19 octobre 1845
Chef d'Orchestre: Richard Wagner
Première de la version de Paris
13 mars 1861
Chef d'Orchestre: Pierre-Louis Dietsch
Tannhäuser, un troubadour ténor Joseph Tichatschek Albert Niemann
Elisabeth, nièce d'Hermann soprano Johanna Wagner Marie Sax[6]
Venus mezzo-soprano ou soprano Wilhelmine Schröder-Devrient Fortunata Tedesco
Wolfram, baryton Anton Mitterwurzer Ferdinand Morelli
Hermann, basse Georg Wilhelm Dettmer Cazaux
Walther von der Vogelweide, ténor Max Schloss Aimes
Biterolf, basse Johann Michael Wächter Coulon
Heinrich der Schreiber, ténor Anton Curty König
Reinmar von Zweter, basse Karl Risse Freret
Jeune berger soprano Anna Thiele Reboux
Quatre nobles pages soprano, alto

Réactions et critiques[modifier | modifier le code]

Avant 1861
  • Franz Liszt publie un article sur Tannhäuser dans Le Journal des Débats politiques et littéraires le 18 mai 1849. C'est la première publication révélant l'importance de Wagner aux Français. Texte de l'article sur wikisource.
  • Gérard de Nerval, qui a assisté à la première de Lohengrin à Weimar, le 28 août 1850, publie un compte rendu dans la presse : « C'est un talent original et hardi qui se révèle à l'Allemagne et qui n'a encore dit que ses premiers mots ». Voir Lorely, sur Gallica.
  • Théophile Gautier va en 1857 à Wiesbaden en compagnie de plusieurs écrivains et musiciens français, notamment Ernest Reyer. Il évoque ce voyage dans L'Artiste, 11 octobre 1857. C'est lors de ce voyage qu'il assiste à une représentation de Tannhäuser, à la suite de laquelle il écrit l'article Richard Wagner et Tannhäuser, publié dans Le Moniteur Universel le 29 septembre 1857.
À l'occasion des représentations à l'opéra de Paris (mars 1861)
  • Des exemples de réactions de la critique musicale dans la presse parisienne, dans la seconde quinzaine de mars 1861 : voir la boîte déroulante ci-dessous.

Traduction du livret en français[modifier | modifier le code]

  • 1860. Traduction de Charles Nuitter, par révision complète d'une traduction d'Edmond Roche et Richard Lindau. Elle fut utilisée pour les représentations de mars 1861 à Paris ; nouvelle édition, 1934, Texte sur Gallica
  • 1861. Traduction par Challemel-Lacour[7] ; dans Quatre Poèmes d'opéras traduits en prose française, précédés d'une lettre sur la musique, A. Bourdilliat et Cie ; texte sur IA
  • 1896. Traduction par J. Arthur Delpit, Librairie Fishbacher. Texte sur Gallica

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Quelques enregistrements :

Autres Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Un film muet a été tourné en 1913, reprenant ce thème de Wagner :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Croix, 29 mars 2013
  2. a, b et c François-René Tranchefort, L'Opéra, Éditions du Seuil,‎ 1983, 634 p. (ISBN 2-02-006574-6), p. 196
  3. Journal de Cosima Wagner, 23 janvier 1883.
  4. lire à ce sujet Compte rendu du "Tannhäuser" à Paris (sous forme de lettre de Richard Wagner), article publié dans le supplément de la Deutsche Allgemeine Zeitung du 7 avril 1861. Texte de l'article sur wikisource
  5. Richard Wagner émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter, le 17 janvier 2011
  6. Marie-Constance Sasse (1834-1907), dite Marie Sax, puis Sass. [Source : [1]
  7. Richard Wagner, Ma Vie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Lavignac, Analyse de Tannhäuser, deux chapitres extraits de Le Voyage artistique à Bayreuth, 1897 ; texte sur wikisource
  • Richard Wagner, Ma Vie, tr. N. Valentin et A. Schenk, 3 vol., Librairie Plon, 1911-12.
  • Gaston Paris, Légendes du moyen âge, 3e édition, Hachette, 1908. Chapitre La Légende du Tannhauser, p. 111. Texte sur Gallica.
  • Alfred Ernst et Élie Poirée, Étude sur Tannhaeuser de Richard Wagner - Analyse et guide thématique, A. Durand et fils - Calmann-Lévy, 1895. Texte sur Gallica
  • Georges Servières, Tannhäuser à l'Opéra en 1861, Paris, Fischbacher, 1895.
  • Paul Boulet, Richard Wagner et le douanier Edmond Roche, Paris, 1951.
  • Martine Kahane et Nicole Wild, Wagner et la France, Bibliothèque nationale et Théâtre national de l'Opéra de Paris, éditions Herscher, 1983. (ISBN 2 7335 0059-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]