Symbolique

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Le mot symbolique peut prendre différentes significations[1] :

  • Une personne très douée, très puissante et un taulier.

Selon J. Lacan, c'est l'un des trois registres essentiels qu'il distingue dans le champ de la psychanalyse, avec l'imaginaire et le réel. Le symbolique désigne 'l'ordre des phénomènes auxquels la psychanalyse a à faire en tant qu'ils sont structurés comme un langage' (Lacan)[2].

Pour Sigmund Freud, la symbolique est l'ensemble des symboles [mots, images, gestes, œuvres d'art...] à signification constante qui peuvent être retrouvés dans diverses productions de l'inconscient [fantasmes, rêves, actes manqués, mots d'esprit, symptômes...][3].[Informations douteuses]

La symbolique-système[modifier | modifier le code]

La symbolique est un ensemble de symboles propre à un domaine, un système de signes particulier. Elle peut concerner, du côté des objets désignés, un être naturel (ex. : la symbolique du lion), un art ou une technique (ex. la symbolique architecturale), une religion (la symbolique chrétienne), etc. ou, du côté de ceux qui désignent, un peuple (la symbolique viking), un groupe humain (ex. : la symbolique des alchimistes), une école (la symbolique des romantiques), une époque (la symbolique médiévale), etc. Les symboles ont tendance à s'organiser en constellations, ils ne sont pas isolés, ils forment des réseaux ; par exemple, la symbolique de la naissance concerne des vivants, des moments, des personnes, des pensées, etc. reliés de façon significative.

Chaque culture a une symbolique. Pour Lévi-Strauss, "toute culture peut être considérée comme un ensemble de systèmes symboliques au premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l'art, la science, la religion. Tous ces systèmes visent à exprimer certains aspects de la réalité physique et de la réalité sociale, et plus encore, les relations que ces deux types de réalité entretiennent entre eux et que les systèmes symboliques eux-mêmes entretiennent les uns avec les autres"[4]

Les symboles culturels se groupent en systèmes, qui forment un langage cohérent : mythe, rituel, rêve, récit initiatique, poème, tableau, etc. Les symboles naturels, tout autant, forment des systèmes : les quatre Éléments s'appellent les uns les autres, les parties d'un arbre (racines, tronc, branches ; feuilles, fleurs, fruits) entrent en relations organisées, etc. Les couleurs constituent un monde.

Les symboles forment donc des systèmes, à savoir des complexités variées, interactives, organisées, totales et finalisées. Mais selon quelles lois ? Une première loi est, peut-être, l'opposition. Chaque symbole signifie une chose et aussi, du moins en partie, son contraire : l'eau donne la vie comme la mort. De sorte qu'un système de symboles comprend à la fois ses symboles et ses contraires. Une deuxième loi serait la chaîne. Les symboles se suivent les uns les autres selon une certaine affinité, qui semble peu logique, rationnelle, causale. J. Chevalier donne ces exemples de chaînes : "taureau-lune-nuit-fécondité-sacrifice-sang-semence-mort-résurrection-cycle, etc.", "foudre-nuages-pluie-taureau-fécondité, etc." Cette logique obéit à la ressemblance, à la contiguïté spatiale ou temporelle, à la causalité (théorie de l'association d'idées)[5] ou à la parenté et à la sympathie, aux correspondances et analogies (théorie des analogies et correspondances)[6], ou aux pulsions inconscientes (théorie freudienne de l'association libre)[7]

La notion de champ lexical peut s'avérer pertinente.

Quelles sont les choses à valeur symbolique ? Les Chinois, grands amateurs de classifications, ont été les plus théoriciens dans ce domaine. Ils listent : animaux, céréales (blé, riz, maïs, orge, millet), couleurs, Éléments (Terre, Métal, Eau, Air, Feu), nombres, notes de musique, odeurs (rance, brûlé, parfumé, odeur de viande crue, pourri), organes des sens (yeux, oreilles, nez, bouche, peau), orients (Centre, Sud, Ouest, Nord, Est), saisons, saveurs (acide, amer, doux, âcre, salé), végétaux, viscères (foie, cœur, rate, poumons, reins)[8]. On trouve donc des catégories (animaux, céréales...), des listes (céréales = riz, blé...), des correspondances (Feu, Sud, Rouge, Amer, Poulet, Sept... se correspondent).

Tableau des correspondances pour les cinq Éléments (non-exhaustif - source : Wikipedia chinois)
  Bois Feu Terre Métal Eau
Couleur cyan[9] (bleu à vert) rouge jaune blanc noir
Point cardinal est sud centre ouest nord
Saison printemps été
(deux premiers mois)
Changement de saison
(tous les trois mois)
automne hiver
Planète Jupiter Muxing Mars Huoxing Saturne Tuxing Vénus Jinxing Mercure Shuixing
Note de musique chinoise
(système pentatonique)
mi júe sol zhǐ do gōng shāng la
Viscère “plein” foie cœur rate poumon rein
Viscère “creux” vésicule biliaire intestin grêle estomac gros intestin vessie
Doigt index médium / majeur pouce annulaire auriculaire
Organe des sens œil langue bouche nez oreille
Sens vue parole goût olfaction audition
Humeur larmes bave salive sécrétions nasales, mucus sueur
Saveur aigre/acide amer doux, sucré piquant salé
Sentiment colère joie réflexion, introspection anxiété peur
Vertu confucéenne fraternitérén bienséance parolexìn devoir sagessezhì
Comportement contenance regard pensée parole écoute
Technique martiale saisie poing paume tranchant pique
Animal domestique volaille mouton, chèvre bœuf chien, cheval porc
Fruit poire prune kaki pêche châtaigne
Graine sésame blé riz millet haricot

La symbolique-interprétation et la symbolique-théorie[modifier | modifier le code]

Quand le mot "symbolique" désigne l'art d'interpréter, on se trouve face à une discipline précise, l'herméneutique. "On distingue sens ou valeur symbolique et interprétation symbolique. Une interprétation symbolique dépend entièrement de son auteur, qui est le lecteur, alors que le symbole comme procédé dépend de l'auteur du texte et demande à être perçu par le lecteur" (Bernard Dupriez, Gradus, 1984, p. 437).

Quand le mot "symbolique" désigne une théorie des symboles, il désigne la symbologie, qui décrit ou étudie les symboles dans leur histoire, leur classification, leur morphologie,etc.

Le symbolique en psychanalyse lacanienne[modifier | modifier le code]

Le Symbolique est un registre de l'ordre de l'inconscient, celui des signifiants. Il concerne la capacité de représentation. Il est lié à l'acte de parole. Dès 1953, Jacques Lacan, psychanalyste et structuraliste (« Le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel ») distingue trois registres : R.S.I., le Symbolique, l'Imaginaire, le Réel[10]. Le fait d'apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît le Réel, ce qui ne peut être nommé, ce qui ne relève pas du langage. Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, il organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons né, cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l'appelle le Symbolique. Le Symbolique est "l'ordre des phénomènes auxquels la psychanalyse a à faire en tant qu'ils sont structurés comme un langage." Quant à l'Imaginaire, il désigne "la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve". En 1956-1957, Lacan différencie un père réel (le géniteur), un père symbolique (qui vaut comme fonction) et un père imaginaire.

Le travail de symbolisation chez Freud et ses successeurs[modifier | modifier le code]

Dans la psychanalyse freudienne on parle plutôt de travail de symbolisation pour mettre en évidence un processus et notamment éviter une vision "symboliste" qui n'a rien à voir avec les théories de Freud ou celles de Mélanie Klein. La vision "symboliste" est le fait des théories de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung qui présentent une dimension mythologique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Jean Chevalier, l'auteur du Dictionnaire des symboles (1969, 1982)
  2. Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1971, p. 474.
  3. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles (1ère éd. 1969, édition revue et corrigée 1982, Robert Laffont, coll. "Bouquins", p. XII, XIII.
  4. Claude Lévi-Strauss, Introduction à l'oeuvre de Marcel Mauss, apud Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, PUF, 1950, p. XIX.
  5. Sur la théorie de l'association des idées : David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), section III.
  6. Sur la théorie des analogies et correspondances : Pierre A. Riffard, L'ésotérisme, 1990, Robert Laffont, coll. 'Bouquins", p. 335-348.
  7. Sur la méthode d'association libre : Sigmund Freud, Ma vie et la psychanalyse, 1925, Gallimard, p. 50-52.
  8. Marcel Granet, La pensée chinoise, 1934, Albin Michel 1968, p. 309, 311, 312.
  9. le terme chinois , que l’on retrouve dans l'écriture chinoise du dragon azur associé, désigne en fait toute la gamme de couleur entre le bleu et le vert, et est conventionnellement associé au cyan
  10. Jacques Lacan, Écrits, Seuil, p. 274-279.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie générale[modifier | modifier le code]

(par ordre alphabétique)

Bibliographie spéciale[modifier | modifier le code]

  • Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu (1938), L'eau et les rêves (1942), L'air et les songes '1943), La terre et les rêveries du repos (1948), La terre et les rêveries de la volonté (1948), éd. Corti.
  • Carl-Gustav Jung, Psychologie et alchimie (1944), Buchet-Chastel.
  • Manfred Lurker, Dictionnaire des dieux et des symboles des anciens Égyptiens, Pardès, 1994.
  • Alexander Roob, Alchimie et Mystique, Taschen, 1997.
  • G. Scholem, La kabbale et sa symbolique (1969), trad., Payot, 1966.
  • Jean-Claude Milner, Les Noms indistincts, Le Seuil, collection « Connexions du Champ freudien », 1983

Articles connexes[modifier | modifier le code]