Numérique

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On dit numérique une information qui se présente sous forme de nombres associés à une indication de la grandeur à laquelle ils s'appliquent, permettant les calculs, les statistiques, la vérification des modèles mathématiques. Le calcul numérique se fait sur ces nombres, par opposition au calcul algébrique, qui se fait sur des variables désignées par un symbole[1].

Exemple  :

Les données numériques sur la taille de l'alinéa ci-dessus sont

  • phrases = 2
  • mots = 56
  • caractères = 376
  • ponctuation = 6

Le membre de gauche de chacune des équations désigne la grandeur dont il est question, le nombre indique la mesure correspondante. Ces données vont permettre l'étude par comparaison avec d'autres objets de la même classe.

Les ordinateurs ont évolué à partir de machines à calculer programmables. Ils traitent par l'arithmétique et la logique des données qui, à l'origine, ne pouvaient être que numériques, mais dans laquelle la part des nombres n'a cessé de décroître, au profit des algorithmes et des symboles. Les programmeurs sont ainsi passées du calcul numérique au traitement de texte, le développant plus tard avec la correction orthographique et aujourd'hui avec la traduction automatique.

Simultanément, le secteur des télécommunications a développé la conversion des signaux électriques en suites de nombres, dans le but d'améliorer l'efficacité des transmissions. La théorie de l'information associée à cette transformation indique que tout message peut être codé sous forme numérique.

Après sa conversion en données numériques, les ordinateurs peuvent traiter l'information qui décrit les supports des ces messages. L'électronique numérique a ainsi rejoint l'informatique pour traiter une quantité croissante de documents. Le terme « numérique » est employé notamment pour le son numérique, la photographie numérique, la vidéo numérique et le cinéma numérique, pour les distinguer de leurs versions plus anciennes fonctionnant avec des procédés analogiques.

Par extension, l'ère numérique est l'époque où les informations circulent de façon prédominante sous codage informatique, la culture numérique est celle des utilisateurs de ces systèmes, etc.

« Numérique » et « digital »[modifier | modifier le code]

Le terme « numérique » vient du latin « numerus » (« nombre », « multitude ») et signifie « représentation par nombres ». On oppose ainsi le calcul numérique (l'arithmétique) au calcul littéral (par lettres, ou algèbre). Le terme anglais « digital » vient du latin « digitus » qui signifie « doigt » ; en anglais « digit » désigne un chiffre (0 à 9). Les autres langues romanes gardent le terme « digital », cf. italien, espagnol.

Le terme « digital », appliqué à un ordinateur, est attesté en anglais depuis 1945[2]. En 1964, l'Histoire générale des sciences présente « l'histoire des machines dites numériques ou digitales[3] ». Digital est en anglais spécifique au traitement informatique, sans l'ambiguïté que numérique a en français entre son usage mathématique et statistique et son application aux ordinateurs.

Bien que les terminologies officielles française[4] et québecoise[5] préfèrent numérique, l'usage de digital en français se perpétue comme synonyme[6]. Le contexte guide en cas d'ambiguïté. Sauf trait d'humour, « empreinte digitale » n'est pas synonyme de « empreinte numérique ».

En Suisse multilingue, officiellement « numérique » est la version française et « digital » la version allemande, mais les avantages de « digital » semblent lui donner une certaine prépondérance, d'autant que l'allemand donne à « numerische Daten » le sens de données concernant les nombres[7].

Définition des données numériques[modifier | modifier le code]

Prise dans son sens strict, une donnée numérique n'est pas nécessairement informatique :

numérisation du profil d'une route  :

Le profil d'une route est un objet à deux dimensions, la distance à l'origine, et l'altitude.

  1. échantillonnage spacial : on divise la longueur de la route en segments (de 100 m par exemple) ;
  2. on mesure (ou calcule) l'altitude à l'extrémité de chaque segment ;
  3. quantification : on arrondit cette altitude à une valeur, par exemple au quart de mètre près ;
  4. encodage : on transforme la valeur arrondie en un signe permettant de la retrouver (par exemple, le nombre de quarts de mètre depuis le niveau de la mer).
Représentation analogique du profil.

Les valeurs recueillies et organisées dans un tableau sont des données numériques, même si elles sont inscrites dans un tableau sur une feuille de papier ; la représentation analogique du profil de la route est le dessin de la suite de segments inclinés.

Les ordinateurs ne peuvent traiter que des données numériques. Ils facilitent la compilation et les calculs sur ces données pour obtenir une description plus synthétique :

  1. on calcule la dénivellée pour chaque segment (différence d'altitude entre ses extrémités) ;
  2. on quantifie cette valeur (au mètre près) ;
  3. on fusionne les segments consécutifs dont la dénivelée quantifiée est égale ;
  4. on produit une suite de couples de nombres (longueur, dénivelée) qui, avec l'altitude de l'origine, décrit le profil de la route.

Dans le contexte de l'informatique et des dispositifs d'électronique numérique, numérique (en anglais « digital ») prend un sens précis. Une donnée numérique est une suite de caractères et de nombres qui constituent une représentation discrète d'un objet[8].

La représentation numérique de l'information utilise, pour représenter les caractères, c'est-à-dire des signes conventionnels comme les chiffres, les lettres, les codes d'opérations, etc., des nombres entiers positifs qu'on peut comprendre comme numéro d'index dans une table de correspondance. Les nombres, quant à eux, sont représentés par des codes dans des formats définis à l'avance comme entier, virgule flottanteetc.. Les logiciels indiquent aux machines la façon dont elles doivent traiter ces différents types de données, qui sont dans tous les cas des séquences de chiffres binaires.

La numérisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : numérisation.

Le terme numérisation, qui signifie transformation en données numériques, peut désigner

  • la description d'un document physique par un fichier numérique ;
  • la conversion d'un signal électrique analogique en un flux numérique ;
  • l'entreprise de conversion des fonds documentaires datant des époques technologique précédentes.

Culture numérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture numérique.

Le numérique a déterminé des changements profonds qui ne peuvent pas être réduit à l'aspect technique. Le développement du web en particulier a engendré des transformations culturelles majeures qui sont depuis la fin des années 90 au centre de plusieurs recherches académiques. Selon Milad Doueihi on devrait parler, dans ce sens de culture numérique[9]. Cette expression a un succès croissant et est utilisée pour mettre l'accent sur la transformation des visions du monde produite par la diffusion des technologies digitales.

Il n'apparaît pas cependant que cette transformation ait un rapport avec la nature numérique des informations que traitent les divers appareils. Les utilisateurs s'en soucient en général peu. Le changement a ses racines dans la baisse, catastrophique pour les industries qui en vivaient, du coût de la production et de la diffusion des produits culturels, ainsi que des difficultés techniques qui étaient associées à ces activités. La culture numérique se caractérise ainsi par la production de produits culturels par des personnes aux compétences et aux occupations les plus variées, qui viennent remplacer ceux autrefois nécessairement conçus et produits par des spécialistes[10]. Dans le même temps, la circulation massive d'informations lisibles par des machines stimule le contrôle de ces échanges, et indirectement des personnes qui les utilisent, par les grandes organisations étatiques et privées, capables d'extraire de ces immenses flux de données des indices pertinents de leur comportement[11].

La « révolution numérique »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution numérique.

Grâce à l'industrialisation des processeurs et de l'ordinateur entre 1980 et 2000, une « révolution numérique » s'est produite pour certaines technologies et services qui exploitent le calcul numérique, là où auparavant le traitement du signal était analogique. On a ainsi la télévision numérique, la radio numérique, la téléphonie numérique, le cinéma numérique, la photographie numérique, le son numériqueetc.

  • Dès le milieu des années 1960 la messagerie instantanée et le courrier électronique permettent aux personnes ayant accès aux ordinateurs des universités américaines de se relier entre eux.
  • Au cours des années 1970, l'ordinateur personnel commence sa diffusion. En 1981 IBM lance l'IBM PC.
  • En 1982, la première platine compact disc a été vendue au Japon.
  • En 1983, Airbus a développé le premier avion de transport commercial du monde commandé par les technologies numériques, l'A310[12]. Le premier vol d'essai avait été effectué le 3 avril 1982.
  • Au début des années 1990, internet adopte le protocole HTTP et les URL, et commence sa diffusion de masse.
  • En 1991, Kodak présente à l'intention des photographes professionnels un dos numérique de 1,3 mégapixels (le DCS 100) pour le Nikon F3.
  • À la fin des années 1990, les blogs deviennent accessibles à des personnes sans formation informatique.
  • En 2000, Philippe Binant organise à Paris la première projection cinéma numérique publique d'Europe avec le système DLP CINEMA développée par Texas Instruments[13].
  • Au cours des années 2000, le téléphone mobile, devient un mode majeur de télécommunications, et de nombreuses personnes adoptent le SMS prévu par la norme GSM définie en 1982.

L'aménagement numérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : aménagement numérique.

L'« aménagement numérique concerne l'aménagement du territoire sur le plan de l'équipement numérique, notamment au niveau du déploiement de réseaux de communications électroniques, des offres de services, et de l'équipement des populations. Selon une étude consacrée aux collectivités territoriales et aux technologies de l'information et de la communication, l’irrigation des territoires en infrastructure très haut débit constitue un projet prioritaire pour les décideurs des collectivités[14]. Les technologies du numérique sont perçues comme un atout pour l'attractivité des territoires que ce soit sur le plan de l’aménagement et du développement économique ou de la relation citoyen.

L'empreinte numérique[modifier | modifier le code]

  • Dans le contexte spécialisé de la cryptologie, empreinte numérique désigne un identificateur obtenu en hachant un jeu de données, synonyme familier de condensat[15].
  • Dans le contexte de l'utilisation générale de l'informatique en ligne, l'empreinte numérique est l'ensemble des traces laissées volontairement ou non par une personne physique ou morale dans les serveurs, moteurs de recherche, systèmes de sauvegarde, messageries, et tous les services en général.

Dans son sens lié à la communication par des moyens électroniques, où la limite entre le domaine public et le domaine privé est indéfinie, l'empreinte numérique est un objet stratégique diffus lié à la réputation numérique, que les personnes et sociétés emettrices peuvent chercher à maîtriser, et d'autres à acquérir et exploiter par des procédés d'exploration de données[16]. « L’importance de l’empreinte numérique va se renforcer avec la virtualisation des échanges », écrit Daniel Bretonès en 2009[17].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Delahaye et Nicolas Gauvrit, Culturomics : le numérique et la culture, Paris, Odile Jacob,‎ 2013
  • Jocelyn Lachance, Photos d'ados à l'ère du numérique, Québec, Presses de l'université Laval, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Trésor de la langue française informatisé : Numérique
  2. Oxford English Dictionary, Digital (4) 1945 J. Eckert & alii, Description of the ENIAC and comments on electronic digital computing machines ; 1946 D.R. Hartree in Nature 12 octobre 500/2 « [ Computers ] of the other class handle numbers directly in the digital form… The American usage is 'analogue' and 'digital' machines. »
  3. Hist. gén. sc., t.3, vol.2, 1964, p.105 apud Trésor informatisé de la langue française : numérique.
  4. France terme ; Académie française
  5. Grand dictionnaire terminologique.
  6. Trésor de la langue française informatisé : digital.
  7. http://campus.hesge.ch/id_bilingue/doc/unterlagen/terminologie_archiv_frde.pdf Répertoire des termes utiles aux archivistes suisses]
  8. Commission électrotechnique internationale : Electropedia 101-12-07 : numérique, dépendant de Electropedia 10-12-06 : discret ; Richard Taillet, Loïc Villain et Pascal Febvre, Dictionnaire de physique, Bruxelles, De Boeck,‎ 2013, p. 474.
  9. La grande conversion numérique, Seuil, Paris 2008.
  10. Olivier Donnat, « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique : Éléments de synthèse 1997-2008 », Culture études, no 5,‎ 2009, p. 1-12 ([www.cairn.info/revue-culture-etudes-2009-5-page-1.htm lire en ligne])
  11. Dominique Cardon, La démocratie Internet : Promesses et limites, Paris, Seuil,‎ 2010.
  12. http://www.chear.defense.gouv.fr/fr/pdef/histoire/comaero_%20vol_02/9.avionscivils.pdf
  13. Cahiers du cinéma, n°hors-série, avril 2000, p. 32.
  14. Les chantiers TIC (Technologies d'informations et de communication) prioritaires des administrations françaises, Knowledge Center de MARKESS International
  15. Le jargon français
  16. Louise Merzeau, « Du signe à la trace : l’information sur mesure », Hermès, La Revue, no 53,‎ janvier 2009, p. 21-29 (lire en ligne).
  17. Daniel Bretonès, « La Rédaction », Vie & sciences de l'entreprise, no 181,‎ 2009, p. 5-6 (lire en ligne).