Histoire de l'éducation des filles en France

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En France, ce n'est qu'au XXe siècle que les filles ont pu prétendre à la même éducation que les garçons. L'histoire de l'éducation des filles en France avant ce siècle est donc spécifique. L'enseignement prodigué aux jeunes filles était souvent confié aux institutions religieuses.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

« Le chevalier de La Tour Landry offrant son livre à ses filles », estampe sur bois attribuée à Albrecht Dürer, Der Ritter vom Turn, imprimé par Michael Furter, Bâle, 1493

Dans l'Europe médiévale occidentale, les principes de vertu, de piété et de bienséance que l'on tentait d'inculquer aux filles se retrouvent, entre autres, dans le Livre pour l'enseignement de ses filles de Geoffroy de La Tour-Landry, un traité didactique écrit par un noble français pour ses filles dans le dernier tiers du XIVe siècle.

À la Renaissance[modifier | modifier le code]

Une éducation avant tout religieuse[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, l'éducation des filles se borne avant tout à un point de vue religieux. On leur apprend les travaux domestiques et le catéchisme pour qu'elles puissent ensuite élever leurs enfants chrétiennement. La religion passe par la femme et se transmet de mère en fille. Très peu de femmes sortent de cette éducation religieuse. Celle-ci montre la place encore très importante de l'Église, mais aussi le rôle de la femme, qui est uniquement vue comme mère et épouse.

La pensée humaniste[modifier | modifier le code]

En 1523, Jean Louis Vivès écrit De l'institution de la femme chrétienne. Cette œuvre est beaucoup lue dans les milieux humanistes européens. La nécessité est alors reconnue d'éduquer les filles, mais la question reste entière : que leur apprendre ? La première vertu pour Vivès est la "pudicité", qui correspond à la vision d'une femme réservée. Mais il demande aussi une certaine culture, pour former la future épouse et la future mère. Celle-ci doit pouvoir :

  • se rendre agréable à son mari par ses charmes et sa conversation
  • l'aider dans le gouvernement des affaires domestiques
  • savoir élever chrétiennement ses enfants.

Vivès préconise donc un enseignement de la lecture et de l'écriture, mais ne néglige pas les travaux domestiques : tenir l'aiguille et faire la cuisine, même pour les princesses. Mais il distingue quand même les travaux aristocratiques (broderie, dentelle) des travaux plus populaires (filer, coudre). Il recommande aussi la séparation des filles et des garçons. Enfin, dans le débat théorique qui consiste à savoir si les femmes doivent apprendre le latin, Vivès est assez réservé. Il préconise l'étude des lettres pour les filles nobles qui s'y montrent aptes.

Dans la pratique : couvents et écoles élémentaires[modifier | modifier le code]

Il y a deux lieux précis où a lieu l'éducation des filles :

  • les couvents : c'est la forme d'éducation la plus répandue dans la noblesse. Les filles y apprennent le catéchisme, la lecture et l'écriture. Quelques couvents rares, comme les moniales de Tarascon, permettent l'apprentissage du latin. Les filles décident ensuite elles-mêmes de rester au couvent ou de se marier. La qualité de cet enseignement monastique féminin est réelle et ne cesse de croître au cours du XVIe puis du XVIIe siècle.
  • les écoles élémentaires : des écoles mixtes sont très courantes dans le nord de la France. Elles concernent des filles de la noblesse pauvre et de la petite bourgeoisie des campagnes. Mais elles ont été condamnées par l'Église comme par le courant humaniste du fait de leur mixité, et leur nombre ne fait que diminuer au cours du XVIIe siècle.

On connaît en outre quelques rares cas d'autodidactes : Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, comprenait le latin et parlait plusieurs langues. Elle représente l'idéal de la culture féminine de la Renaissance. Elle entretient une petite cour d'artistes et d'intellectuels renommés. Il en est de même pour Marguerite de Valois, qui parlait couramment le latin.

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Dans son Traité de l'éducation des filles (qui ne fut publié qu’en 1687), Fénelon (1651-1715), combat les idées exprimées sur l’éducation féminine au cours du XVIIe siècle, il les contredit en disant qu’il ne suffit pas pour la femme de savoir diriger son ménage et obéir à son mari sans réfléchir, que l’éducation des filles est aussi nécessaire et importante pour le bien public que celle des garçons et se doit également d'être réglée. Il affirme en résumé que les femmes bien élevées contribueraient au bien, qu'elles sont aussi responsables de la valeur de l’éducation des hommes car c’est la mère qui influence les mœurs, les vertus, le mode de vie d’un garçon, ainsi que les femmes qui l’accompagneront plus tard dans sa vie d'homme.

En 1684, Madame de Maintenon crée la Maison royale de Saint-Louis.

En 1691, La Congrégation des Sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve ouvre un pensionnat et une école à Saint-Germain-en-Laye[1].

En 1786-1788, Pauline Pinczon du Sel fonde un pensionnat à Lambesc.

Première moitié du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Madeleine-Sophie Barat et les sœurs du Sacré-Cœur créent un pensionnat de jeunes filles à Amiens en 1801 puis à Grenoble en 1805, puis dans de nombreuses villes de France.

Le 15 décembre 1805, Napoléon Ier crée par décret les maisons d'éducation de la Légion d'honneur.

En 1807-1812, Marie-Thérèse-Félicité Binart, chanoinesse de la congréation de Notre-Dame fonde à Paris un pensionnat qui sera connu sous le nom de couvent des Oiseaux[2].

En 1820, David Lévi Alvarès inaugura à Paris les "Cours d'éducation maternelle" qu'il dirigea jusqu'en 1868. Son fils Théodore devait lui succéder de 1868 à 1891. Ces cours s'adressaient aux fillettes et aux jeunes filles de 7 à 20 ans.

Le 23 juin 1836, l'ordonnance Pelet incite chaque commune à avoir au moins une école primaire pour filles.

Second Empire[modifier | modifier le code]

Le Second Empire est le théâtre de plusieurs avancées dans le domaine de l'éducation des femmes. Sous la IIe République, la loi Falloux avait fixé en mars 1850 l'objectif d'une école primaire pour filles dans chaque commune de plus de 800 habitants[3]. La loi Duruy de 1867 aligne ce seuil sur les standards masculins en le fixant à 500[4].

Le programme obligatoire comprend, l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, des rudiments du calcul, une éducation morale et religieuse et pour les filles, les « travaux d'aiguille » Deux tiers des filles sont scolarisées[5];[6].

Les programmes restent définis en fonction des rôles sociaux assignés aux femmes (y figurent les travaux ménagers et la puériculture) ; les couvents et congrégations prennent majoritairement en charge l’éducation des jeunes filles. La mobilisation pour l’éducation des femmes trouve appui dans l’opposition libérale au régime, notamment dans les milieux saint-simoniens.

Julie-Victoire Daubié sollicite avec le soutien de François Barthélemy Arlès-Dufour, un influent capitaine d’industrie saint-simonien, l’autorisation de se présenter à l’épreuve du baccalauréat qu’elle obtient à Lyon le 16 août 1861 à l’âge de 37 ans. Madeleine Brès doit quant à elle son inscription en faculté de médecine à sa pugnacité et à l’intervention de l’impératrice Eugénie et du ministre de l'instruction publique Victor Duruy. Ces pionnières restent toutefois encore isolées : la deuxième bachelière française, Emma Chenu, obtient son diplôme en 1863, deux ans après Daubié[7]. L’amélioration de l’enseignement des femmes reste un leitmotiv des féministes françaises : en 1866, André Léo crée ainsi une association dédiée spécifiquement à cette question[8].

La première école professionnelle pour jeunes filles, une école de couture créée par Elisa Lemonnier, ouvre le 1er octobre 1862.

Le 10 avril 1867, la Loi Duruy réorganise le programme de l'enseignement primaire féminin qui devient national.

En 1868, Emma Chenu devient la première à obtenir une licence en France, elle est licenciée ès sciences.

Troisième République[modifier | modifier le code]

Enseignement primaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : École normale primaire.

Sous l’impulsion de Jules Ferry, les lois scolaires de 1881-1882 transforment l’école publique, en instituant au niveau élémentaire la gratuité, l’obligation de 6 à 13 ans et la laïcité, sans établir de différence entre les filles et les garçons[9]. Ces mesures législatives ont pour effet d’inculquer les bases du calcul, de l’écriture, de la lecture à l’ensemble des jeunes filles et, incidemment, de retarder leur entrée dans la vie active, même si l’obligation scolaire est diversement respectée dans les milieux populaires ; on estime ainsi qu’à Paris le tiers des ouvrières des années 1920 n’est pas scolarisé jusqu’à la limite imposée de 13 ans[9]. La mixité est prohibée même si la loi Goblet du 30 octobre 1886, motivée avant tout par des impératifs économiques, en ouvre la possibilité pour les communes de moins de 500 habitants, sous condition d'autorisation du Conseil départemental[10].

Le 9 août 1879, la loi Paul Bert fait obligation à chaque département de créer une école normale de filles, comme une école normale de garçons d'ailleurs, c'est-à-dire une école pour former des institutrices.

Enseignement secondaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lycée de jeunes filles.

Précédant de peu la réforme de l’enseignement primaire, la loi Camille Sée du 21 décembre 1880 institue les Lycées de jeunes filles. Le premier de ces nouveaux types d'établissement, connu aujourd'hui sous le nom de Lycée Georges-Clemenceau, s’ouvre à Montpellier en 1881 à la suite du décret pris par le maire Alexandre Laissac en mars de la même année. On en compte vingt-trois en 1888 et trente six en 1893. Les programmes, qui ne sont pas alignés sur ceux des garçons, ne visent pas à préparer les jeunes filles au baccalauréat mais à un simple diplôme de fin d’étude, le diplôme d'études secondaires, ou au brevet supérieur[11]. Le grec est absent et le latin n’est proposé que dans certains établissement dans le cadre de formation accélérée à destination des élèves désireuses de se présenter au baccalauréat[11].

Le livre L'Enseignement secondaire des filles d'Octave Gréard parait en 1883.

Au début du XXe siècle, plusieurs établissements privés mettent sur pied des préparations spécifiques menant au fameux diplôme, sésame indispensable pour entrer dans l’enseignement supérieur. La Première guerre mondiale en accentue encore la demande. Le décret Léon Bérard prend acte de cette évolution, en instituant en 1924 un enseignement facultatif qui permet aux jeunes filles d’aborder l’épreuve finale dans les mêmes conditions que les garçons[11]. Les programmes ne se recoupent toutefois pas encore entièrement ; l’économie domestique, les « travaux à l’aiguille » et la musique, obligatoires pour les filles, ne sont pas dispensés aux garçons, ou seulement de manière facultative pour la dernière matière[11].

Ve République[modifier | modifier le code]

La Loi Haby du 11 juillet 1975 rend la mixité scolaire obligatoire. La mixité ne s'applique toutefois pas aux maisons d'éducation de la Légion d'honneur qui sont des internats publics de filles, ni aux quelque 10 000 élèves que comptent en 2008 les internats privés non mixtes de filles ou de garçons[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notre histoire
  2. Saint-Jérôme (chanoinesse de la Congrégation Notre-Dame ; 1810-1868), « Vie de la révérende mère Marie-Anne-Maria de La Fruglaye », Clermont-Ferrand, Bellet, 1865, p. IX-X
  3. Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, La Découverte, 2008, p. 50.
  4. Yvette Delsaut, La place du maître : une chronique des écoles normales d'instituteurs, L'Harmattan, 1992, p. 38.
  5. Raymond Grew, Patrick Joseph Harrigan, L'école primaire en France au XIXe siècle, p. 159, ed. de l'école des hautes études en sciences sociales, 2002, ISBN 2713214149.
  6. Claude Lelièvre, Francis Lec, Les profs, l'école et la sexualité, p. 42, ed. Odile Jacob, 2005, ISBN 273811623X
  7. Carole Lécuyer, « Une nouvelle figure de la jeune fille sous la IIIe République : l'étudiante », Clio, numéro 4-1996.
  8. Riot-Sarcey (2008), p. 52.
  9. a et b Christine Bard, Les femmes dans la société française au 20e siècle, Armand Colin, Paris, 2001, p. 65.
  10. Voir texte de la loi Goblet. Titre II, article 11.
  11. a, b, c et d Christine Bard (2001), p. 77.
  12. Véronique SOule, « La mixité à l'école écornée en douce », Libération, 22 mai 2008

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Véronique André-Durupt, Julie-Victoire Daubié : la première bachelière, Les Amis du Vieux Fontenoy, 2011.
  • Christian Baudelot, Roger Establet, Allez les filles !, Éditions du Seuil, 2006 (1re édition, 1992)
  • Linda L. Clark, Schooling the daughters of Marianne : textbooks and the socialisation of girls in modern French primary schools, State university of New York press, 1984
  • Sharif Gemie, Women and schooling in France, 1815-1914 : gender, authority and identity in the female schooling sector, Keele university press, 1995
  • Françoise Lelièvre, Claude Lelièvre, Histoire de la scolarisation des filles, Nathan, 1991
  • Théodore Lévi Alvarès, D. Lévi Alvarès, sa vie - sa méthode - son enseignement, Librairie Léopold Cerf, Paris, 1909
  • Marie-Françoise Lévy, De mères en filles : l'éducation des Françaises : 1850-1880, Calmann-Lévy, 1984
  • Martine Sonnet, L'Éducation des filles au temps des Lumières, Éditions du Cerf, 1987
  • Françoise Mayeur, L'éducation des filles en France au XIXe siècle, Perrin, 2008 (1re édition Hachette, 1979)
  • Françoise Mayeur, L'enseignement secondaire des jeunes filles sous la Troisième République, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977
  • Rebecca Rogers, Les bourgeoises au pensionnat : l'éducation féminine au XIXe siècle, préface de Michelle Perrot, Presses universitaires de Rennes, DL 2007
  • Rebecca Rogers, Françoise Thébaud, La fabrique des filles : l'éducation des filles de Jules Ferry à la pilule, Textuel, 2010
  • Yves Verneuil (dir.), L'enseignement secondaire féminin et l'identité féminine enseignante : hommage à Françoise Mayeur : actes de la journée d'études organisée le 8 juin 2007 au centre IUFM de Troyes / IUFM de Champagne-Ardenne, Reims : CRDP de Champagne-Ardenne, 2009

Revues :

Articles connexes[modifier | modifier le code]