Amazones

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Amazone, fragment de mosaïque de pavement de Daphné (actuelle Turquie), 2e moitié du IVe siècle, musée du Louvre.

Dans la mythologie grecque, les Amazones (en grec ancien Ἀμαζόνες / Amazónes ou Ἀμαζονίδες / Amazonídes) sont un peuple de femmes guerrières résidant sur les rives de la mer Noire, alors que d'autres historiographes les placent en Asie mineure ou en Libye[1]. Les Amazones posséderaient une origine historique : elles correspondraient aux femmes guerrières des peuples scythes et sarmates.

L'étymologie populaire admise pendant l'Antiquité décompose le mot en un ἀ- / a-, « privatif », et μαζός / mazós, « sein » en ionien : « celles qui n'ont pas de sein ». La légende dit qu'elles avaient coutume de se couper le sein droit afin de pouvoir tirer à l'arc à flèche[2]. On a proposé de faire provenir le terme du nom d'une tribu iranienne, *ha-mazan, « les guerriers »[3], ou encore du persan ha mashyai, « les Peuplades [des steppes] »[4].

La légende des Amazones[modifier | modifier le code]

Amazonomachie, sarcophage du Ier siècle av. J.-C., musée du Louvre.

Selon la légende, les Amazones habitent les rives du fleuve Thermodon, en Cappadoce dans l'actuelle Turquie. Elles tuent leurs enfants mâles ou les rendent aveugles ou boiteux, pour ensuite les utiliser comme serviteurs. Quant aux femmes, elles coupent leur sein droit pour faciliter le tir à l'arc. Pour assurer la perpétuation de leur civilisation, elles s'unissent une fois par an avec les hommes des peuplades voisines dont elles choisissent les plus beaux.

Les attributs des Amazones sont le πέλτη / péltê, un bouclier léger en forme de demi-lune, la lance, l’arc et les flèches propres aux cavaliers des steppes, le cheval et la hache — σάγαρις / ságaris d'abord, puis double hache à partir de l'époque hellénistique, par exemple chez Quintus de Smyrne[5]. Le signal avant la bataille est donné par le sistre (sorte de grelot) généralement de bronze.

De nombreux héros grecsBellérophon, Achille, Héraclès, Thésée ou encore Priam — ont eu affaire à elles. Curieusement, chacun eut sa reine à aimer et, finalement, à tuer. Achille affronte Penthésilée venue secourir les Troyens, s'en éprend et la tue dans le même temps[6]. Priam, le vieux roi troyen, a lui-même repoussé une invasion amazone[7]. Héraclès doit s'emparer de la ceinture d'Hippolyte et finit par massacrer cette dernière, ainsi que ses compagnes.

Selon une tradition que Plutarque attribue à l'atthidographe Philochore, Thésée se joint à l'expédition d'Héraclès après avoir mené à bien le synœcisme d'Athènes. Il reçoit Antiope comme part du butin. Selon une autre tradition que Plutarque rapporte notamment à Hellanicos, Thésée part seul et capture lui-même Antiope. Les Amazones répliquent en envahissant l'Attique — après avoir passé le Bosphore pris dans les glaces, selon Hellanicos. Le combat devant Athènes se déroule au mois de Boédromion, d'où la fête des Boédromies. Thésée a un fils d'Antiope (également appelée Hippolyte par certains auteurs), Hippolyte[8]. Bellérophon, enfin, après avoir tué la Chimère, affronte et vainc les Amazones. Ce mythe misogyne (les Amazones sont de simples femmes domestiquées par Thésée qui rétablit la juste frontière des sexes, ces dernières étant renvoyées dans leur rôle domestique) qui s'est fixé à Athènes au Ve siècle av. J.-C. ne doit pas faire oublier qu'il existe d'autres versions de ce mythe des Amazones : figures héroïques positives dans l’Iliade (où elles sont mentionnées sous le terme d’Antianeirai), fondatrices ou protectrices de cités dans lesquelles on leur rend des cultes funéraires[9].

Les Amazones voient leur continuité au féminin ; la légende dit qu’elles tuent les enfants mâles — garçons — et n’élèvent que les enfants femelles — filles —, ce qui paraît difficile pour assurer leur perpétuation. Il est donc plus probable qu'après le sevrage, les garçons soient confiés aux hommes avec lesquels elles ont enfanté. Cela présuppose davantage un type de société matriarcale, ce dont les Grecs avaient horreur, raison pour laquelle ils blâment tant cette population. La légende rapporte également que les Amazones ne gardent auprès d’elles que des hommes mutilés, estropiés, prétendant que cela augmenterait leur capacité sexuelle, supputant que l’infirmité empêcherait les hommes d'être violents et d’abuser du pouvoir. Il paraîtrait à ce propos que la reine Antianeira ait répondu à une délégation d’hommes scythes qui s’étaient proposés comme amants exempts de défauts physiques que « l’estropié est le meilleur amant ».

Alexandre et les Amazones[modifier | modifier le code]

La Rencontre d'Alexandre avec la reine des Amazones, Pierre Mignard.
Alexandre le Grand reçoit la visite de la reine des Amazones (1696).

Une tradition située à la frontière de l’histoire et du mythe attribue à Alexandre le Grand une rencontre avec la reine des Amazones épicuriennes, Thalestris (ou Miryna). Cette tradition issue de la Vulgate d'Alexandre (Diodore de Sicile, Quinte-Curce, Justin[10]) provient de Clitarque et d’Onésicrite, contemporains des conquêtes de l’Asie dont les récits délivrent une part de fables et de merveilleux. Un historien de la conquête, non identifié (peut-être Onésicrite), juge qu’Alexandre se doit de rencontrer les Amazones car Héraclès et Achille, son ancêtre mythique, les ont combattues.

Diodore écrit que la reine des Amazones désire un enfant d’Alexandre : « Par ses exploits, il était en effet le plus brave de tous les hommes tandis qu’elle l’emportait sur le reste des femmes par sa force et sa bravoure. Celui qui naîtrait de parents excellents surpasserait donc le reste de l’humanité »[11]. Quinte-Curce ajoute que « treize jours furent consacrés à satisfaire la passion de la reine »[12].

Cette rencontre avec la reine des Amazones est considérée comme une fiction par Plutarque et Arrien[13]. Ces deux historiens antiques, soucieux d’authenticité, suivent l’avis de Ptolémée, d’Aristobule et de Douris de Samos qui déjà contestent la réalité de cette rencontre. Pour autant, Arrien et Plutarque en recherchent le fondement historique :

  • Une ambassade scythe arrive auprès d’Alexandre à Samarcande en 328 avant J.-C. ; un chef de tribu scythe offre la main de sa fille à Alexandre.
  • D’après Arrien (IV, 15, 1-6) et Quinte-Curce (VIII, 1, 7-9), le chef des Chorasmiens, un peuple des bords de l’Aral, propose à Alexandre de mener campagne contre les Amazones.
  • D’après Arrien (VII, 13, 2), Atropatès le satrape de Médie fait don à Alexandre de 100 femmes scythes dont il est dit qu’elles seraient des Amazones.

Suivant l’avis d'Hérodote, qui déjà considère les Amazones comme étant des femmes guerrières scythes ou sauromates[14], Arrien et Plutarque tentent d'apporter une caution historique à une rencontre légendaire.

Les Amazones ont-elles existé ?[modifier | modifier le code]

Héraclès combattant les Amazones, détail d'une amphore attique à figures noires, v. 530-520 av. J.-C.

Hérodote fournit dans une digression (IV, 110-117) une version historicisée de la légende des Amazones. À la suite de violents combats avec les Égyptiens 2000 ans av. J.-C., des tribus scythes occupent la Cappadoce. Des guerriers scythes sont exterminés dans une embuscade et les femmes restées seules prennent les armes. Hérodote croit à tort que le nom amazone signifie « privée de mamelle », les Grecs pensant que c'est dans le but de tirer plus facilement à l’arc. En langue caucasienne, ce nom signifierait par contre « ceux qui ne mangent pas de pain » (ce qui reporte aux sociétés nomades et donc non agricoles) ou « ceux qui vivent ensemble » ou pourrait faire allusion à une éventuelle « ceinture magique » portée par les Amazones.

Le cheval est inséparable des populations des steppes, ce qui est le cas des Scythes et des Sauromates (proto-Sarmates) renommés dans l’Antiquité comme éleveurs de chevaux et excellents archers. On peut supposer à la suite d'Hérodote que les Amazones sont les épouses des Scythes et des Sauromates qui, fait inconcevable pour un Grec, ont le droit de chevaucher et de guerroyer. De là est né le mythe de farouches guerrières, élevées comme telles. Il a cependant historiquement existé des guerrières, notamment des femmes grecques sollicitées lorsque la patrie est en danger[9].

Des fouilles archéologiques récentes, conduites par Jeannine Davis-Kimball à la frontière entre la Russie et le Kazakhstan, ont permis de mettre au jour des tombes de femmes guerrières, enterrées avec leurs armes entre 600 et 200 av. J.-C., probablement cavalières comme le révèle l'analyse ostéologique[9]. L'une des tombes était richement garnie de nombreux objets et bijoux féminins et également de 100 pointes de flèches. Une enquête approfondie menée dans la même région a démontré l'existence d'une tradition vivace de la femme archer et cavalière émérite, leur arc étant de forme très caractéristique exactement identique à celui qui est représenté sur les céramiques antiques. Des relations génétiques ont également été prouvées entre les restes humains trouvés dans les tombes et certaines familles Mongoles dont des filles naissent parfois blondes, caractéristique particulière des Amazones, ce qui est un fait absolument unique dans ces ethnies à la chevelure uniformément noire et qui tend à prouver un mélange entre des tribus mongoles et les restes de l'ethnie des Amazones dont l'origine exacte reste encore un mystère[15].

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Amazonomachie, Nicopolis d'Épire

Le thème de l'Amazone apparaît couramment dans l'art grec. Elles sont représentées portant des tuniques courtes, à l'instar d'Artémis, ou encore avec des pantalons bouffants asiatiques. Souvent, un sein est dénudé. En revanche, on ne trouve aucune occurrence de sein coupé. Les jeunes femmes athlètes sont souvent représentées en Amazones.

L'amazonomachie, ou combat des Grecs contre les Amazones, est également un thème populaire : il figure sur l'avers du bouclier d'Athéna Parthénos ou sur le trône de Zeus à Olympie, ou bien encore le sarcophage des Amazones réalisé probablement au IVe siècle av. J.-C. à Tarquinia[16]. Il est souvent représenté symétriquement avec le combat des Lapithes contre les centaures, comme c'est le cas sur les métopes du Parthénon.

En particulier, le combat d'Héraclès contre les Amazones est l'un des thèmes les plus populaires de la peinture sur vases attique à figures noires : on le retrouve sur près de 400 vases[17]. Dans la sculpture monumentale, il est représenté dans les métopes du trésor des Athéniens à Delphes, du temple E de Sélinonte, du temple de Zeus à Olympie et de l'Héphaïstion d'Ahènes, ainsi que sur la frise du temple d'Apollon à Bassae. C'est en fait un combat singulier qui est dépeint : Héraclès revêtu de sa peau de lion affronte une Amazone portant la plupart du temps une armure d'hoplite, plus rarement vêtue comme un archer scythe ou comme un guerrier perse[17]. Le combat de Thésée est également fréquent, mais celui de Bellérophon n'est pas représenté dans l'art grec[18].

Hors de la Grèce[modifier | modifier le code]

Comment les Amazones traitent ceux qu'elles prennent en guerre
Une Amazone du Dahomey, dessinée par Frederick Forbes en 1851

Les Amazones d'Amazonie[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, les premières explorations espagnoles de la région équatoriale d'Amérique du Sud, qui ont à leur tête l'explorateur Orellana croient découvrir des peuplades similaires sur les bords du Maragnon qu'ils appellent alors le « fleuve des Amazones », « Amazone ». Ils y rencontrent en effet des femmes qui combattent aussi farouchement que les hommes. Les Amazones d'Amazonie sont parfois représentées avec la peau blanche.

En 1557, au retour d’un voyage au Brésil (dans ce qui sera la baie de Rio de Janeiro), André Thevet reprend dans son ouvrage Singularités de la France antarctique, le thème des femmes guerrières trouvées par les Espagnols sur le fleuve Amazone. Il accompagne sa description de deux gravures effrayantes qui connaîtront un grand succès. Il nous dit « Elles font guerre ordinairement contre quelques autres nations, et traitent fort inhumainement ceux qu’elles peuvent prendre en guerre. Pour les faire mourir, elles les pendent par une jambe à quelque haute branche d’un arbre ; pour l’avoir ainsi laissé quelque espace de temps, quand elles y retournent, si le cas forcé n’est trépassé, elles tireront dix milles coups de flèches ; et ne le mangent comme les autres sauvages, ains le passent par le feu, tant qu’il est réduit en cendre » (Singularités p 243[19]). Thevet d'abord se réjouit qu'aux trois sortes d'Amazones décrites dans l'Antiquité, celles de Scythie, d'Asie, et de Libye, viennent s'ajouter les Amazones d'Amérique. Ainsi chaque continent a ses Amazones. Aux dires de Lestringant[19], les Amazones d’Amérique représentent pour les conquistadores de la très catholique Espagne, l’antimodèle attirant et redouté de guerrières libres, chastes et conquérantes. Plus tard, dans la Cosmographie universelle, Thevet se dira « bien marry que je sois tombé en la faute de l’avoir creu ».

Amazones au Dahomey et femmes-guerrières du Sénégal et de l'empire Zoulou[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Amazones du Dahomey.

Il existe d'autres traditions de femmes-guerrières en dehors des peuples des steppes d'Asie centrale. Au Dahomey, sous le roi Agadja, le souverain Ghézo (1818-1858) créa des compagnies féminines de cavalerie et d'infanterie qui seront baptisées les « Amazones vierges du Dahomey » et combattront d'abord dans les nombreuses guerres de sécession ayant opposé le Dahomey aux Yoroubas. Par la suite le roi Béhanzin les utilisa contre les troupes coloniales françaises. Au Sénégal, le royaume de Cayor envoyait ses « Linguères » qui étaient des sœurs et cousines des souverains dans ses différentes batailles contre les Maures trarzas. L'Empire zoulou avait auparavant constitué des régiments de jeunes filles combattantes ou chargées de la logistique[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Leonhard Schmitz, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Little, Brown and Company,‎ 1867, p. 137–138
  2. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4), q.v., p. 69a.
  3. O. Lagercrantz, Xenia Lideniana, Stockholm, 1912, p. 270 et suiv.
  4. Dans la Bible, les « femmes des nomades » sont appelées Ma Gog, dans le Coran Mâ jûj. Au sujet de l'étymologie voir Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985, p.531.
  5. Quintus de Smyrne, Suite d'Homère, I, 159.
  6. Épisode relaté par exemple dans la Suite d'Homère (I, 1-722), elle-même inspirée de l’Éthiopide d'Arctinos de Milet. On le retrouve également chez Hellanicos (fr. 149 Jacoby), Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne] (II, 46), le pseudo-Apollodore (Épitome, V, 1) ou encore chez Virgile (Énéide, I, 491).
  7. Iliade, III, 188-189.
  8. Le récit figure dans la Vie de Thésée, 27-28.
  9. a, b et c Violaine Sebillotte Cuchet, « Les Amazones ont-elles existé ? », L'Histoire, no 374,‎ avril 2012, p. 70
  10. Diodore de Sicile, XVII, 77, 1-3 ; Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre, 6, 5, 24-34 ; Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée [détail des éditions] [lire en ligne], 12, 3. La Vulgate désigne par opposition aux récits d’Arrien et de Plutarque une vision panégyrique et merveilleuse du règne d’Alexandre.
  11. Diodore de Sicile, XVII, 77, 3 ; extrait de la traduction de Paul Goukowsky, Belles Lettres, 1976.
  12. Quinte-Curce, VI, 5, 32.
  13. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Alexandre, 46, 1 ; Arrien, Anabase, VII, 13, 2.
  14. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 110-117.
  15. Source : travaux et recherches du Dr Jeannine Davis-Kimball, paru notamment dans un reportage télévisé[réf. nécessaire] et sur http://www.womanthouartgod.com/daviskimball.php.
  16. Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, p. 147-148.
  17. a et b Thomas H. Carpenter, Les Mythes dans l'art grec, Thames & Hudson, Paris, 1998, p. 126.
  18. Carpenter, op. cit., p. 127.
  19. a et b édition établie par Frank Lestringant, Le Brésil d’André Thevet. Les singularités de la France antarctique (1557), Editions Chandeigne,‎ 1997
  20. Tidiane N'Diaye, Le Génocide voilé, Gallimard, p. 103

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Petit, De Amazonibus, Dissertatio, Paris,‎ 1685 (réimpr. Leyde, 1712), in-12°
    L'auteur s’attache à démontrer, textes et vestiges à l'appui, l'existence des Amazones.
  • (it) Vanna de Angelis, Ammazzoni, Piemme, 1998.
  • (en) Josine Blok, The Early Amazons: Modern and Ancient Perspectives on a Persistent Myth, Brill, 1994 (ISBN 90-04-10077-6).
  • (en) Sarah B. Pomeroy, Goddesses, Whores, Wives, and Slaves: Women in Classical Antiquity, Schocken, 1995 (ISBN 080521030X), p. 23–25.
  • Cécile Voisset-Veysseyre :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]