Femmes architectes

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Traditionnellement, les femmes ont joué leur rôle dans la conception et la construction des premiers habitats et marqué leur trace dans l'architecture vernaculaire[réf. nécessaire]. Par la suite, mises à l'écart de façon caractéristique des métiers technologiques et prestigieux, elles ont été éloignées de la formation académique jusqu'au début du XIXe siècle, époque à laquelle la profession d'architecte et ses écoles se sont ouvertes aux femmes. Aujourd'hui, si elles représentent 40 % des diplômées des Écoles d'architecture d'Europe, elles ne sont encore que très peu à diriger leur agence.

Historiquement, femmes et foyers[modifier | modifier le code]

Préhistoire et peuples dits « primitifs »[modifier | modifier le code]

Femme Inuit

Les Inuits[modifier | modifier le code]

Dans la préhistoire, chez les Inuits, le rôle des femmes dans les foyers Paleoeskimo, foyers nomades, consiste à maintenir une continuité entre des habitats saisonniers formés par des grands maisons et des feux extérieurs. Sur le plan spirituel, les femmes eskimos sont considérées comme l'âme de la maison et une sorte d'intermédiaire entre les chasseurs et les âmes des animaux chassés[1].

Un pueblo des Hopis

Peuples d’Amérique[modifier | modifier le code]

On dispose de plus de détails sur les femmes des Peuples d'Amérique. L'architecture vernaculaire révèle que des femmes ont toujours assumé la planification et la construction de la maison : lieu d'accueil de l'unité de production que constitue alors la famille. Chez les peuples du Sud-ouest de l'Amérique du Nord et des grandes plaines, les femmes sont actives dans la construction et la formation des habitations. Dans la plupart des tribus (Comanches, Kiowa, Cheyennes, Arapahos, Blackfoot, Sioux…), les femmes produisent, dessinent et possèdent ces habitations grâce à leur labeur. Elles choisissent l'emplacement du camp puis organisent le village. Le rôle de l'homme indien consiste en la décoration de la tente.

Chez les Pueblos, Indiens du Sud-ouest des États-Unis, les femmes sont aussi responsables de la construction. Dans la tribu des Hopi qui se développa entre 700 et 1100 après J.-C., elles sont, avec l'aide de leur mari et de leurs frères, les propriétaires et les conceptrices des habitations. Les Indiens Pueblos étaient des fermiers sédentaires. Ils choisissaient des sites naturellement protégés et utilisaient la pierre et le bois comme matériaux de construction. Ces hommes et ces femmes furent les premiers planificateurs des villes du Nord des États-Unis.

Les Navajos, les Espagnols et les pionniers américains qui envahirent les États-Unis furent fortement influencés par les constructions des pueblos. Les connaissances architecturales des Pueblos se répandirent notamment « grâce » aux Espagnols : ces conquérants célibataires capturèrent les femmes Pueblos, puis les hommes, afin qu'ils construisent leurs habitations. Ensuite, les pionnières du Far West américain prirent elles aussi la charge de la construction du foyer[2].

Vue du château de Chenonceau

En Europe, l’influence[modifier | modifier le code]

Renaissance, XVIe et XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

En Europe, les femmes ne sont pas non plus absentes de l'architecture. Notablement, deux femmes semblent avoir eu la maîtrise du projet et de la construction de leur demeure respective : Catherine Briçonnet, au XVIe siècle, pour son château de Chenonceau[3], et la marquise de Rambouillet pour son hôtel du Marais, l'hôtel de Rambouillet, construit au XVIIe siècle et disparu depuis[4]. D'ailleurs, c'est à l'instar de cette dernière que beaucoup de grands seigneurs et de gens du monde se lancèrent, en amateurs, dans l'architecture.

Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, une moniale, Antoinette Desmoulin, réalise les plans d'une église qui sera annexée, entre 1684 et 1686, à l'abbaye bénédictine de la Paix de notre Dame à Liège[5]. Il est peu probable que ces exemples soient uniques surtout que certaines femmes, telle George Sand, ont eu recours à un pseudonyme masculin pour entreprendre une carrière artistique.

Le Petit Trianon, construit pour madame de Pompadour
La maison Schröder de Rietveld

XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Les femmes se distinguent également comme mandataires. Ainsi, dans la France du XVIIIe siècle, des aristocrates proches du pouvoir royal se font construire des résidences : le Petit Trianon de madame de Pompadour, par exemple, un pavillon dans le parc de Versailles, à l'écart de la vie formelle de la cour ; ou le pavillon de divertissement de madame du Barry, réalisé par l'architecte Claude-Nicolas Ledoux.

De même, des femmes de la bourgeoisie du XXe siècle s'offrent les services d'architectes de l'avant-garde moderne pour réaliser leurs habitations qui deviendront autant de chefs-d'œuvre de l'architecture : Edith Farnsworth, médecin américaine, se fait construire la maison en verre Farnsworth de Ludwig Mies van der Rohe, le couple Sarah et Michael Stein avec leur amie Gabrielle de Monzie, mandate Le Corbusier pour la villa Stein de Monzie, et Truus Schröder travaille avec Gerrit Rietveld sur les plans de la maison Schröder.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Mais avec l'avènement de l'idéologie bourgeoise au XIXe siècle, le travail des femmes perd progressivement sa reconnaissance de valeur économique et les compétences des femmes subissent une profonde restructuration. La maison devient un intérieur, lieu de reproduction, de refuge et de représentation. Les femmes sont identifiées à la sphère privée, à leurs fonctions de mères et de ménagères. On les cantonne à des rôles traditionnels dit féminins, caractérisée par le petit, le privé, l'intime, le pratique.

Les débuts académiques des femmes-architectes ne démarrent qu'à la fin du XIXe siècle alors que les hommes ont déjà entamé, depuis environ 600 ans, l'histoire de l'architecture en tant que profession. Pourtant, les femmes ont influencé l'aménagement de leur environnement construit avant que les universités ne leur ouvrent leurs portes. Alors que la profession d'architecte s'institutionnalise, et que le métier s'acquiert par une instruction d'abord réservée aux hommes, les femmes en sont écartées. La mise à l'écart systématique des femmes des métiers de pouvoir ou 'techniques' les éloignent donc de facto du domaine de la construction. De cela, il reste aujourd'hui encore de profondes traces.

Femmes architectes[modifier | modifier le code]

Hearst Castle, bâtiment de Julia Morgan

Les pionnières[modifier | modifier le code]

Les premières femmes diplômées des écoles d'architecture d'Europe et aux États-Unis le sont vers 1890. On peut citer à titre d'exemple Julia Morgan, première femme admise à l'École des Beaux-Arts de Paris. La première femme architecte au Canada, Esther Marjorie Hill, reçoit son diplôme de l'université de Toronto en 1920. En Suisse, Flora Crawford est la première femme à obtenir son diplôme en 1923 à l'EPFZ.

L’économie et la politique de chaque pays vont fortement influencer la féminisation de la profession, tantôt favorisant leur activité, tantôt les renvoyant dans leur foyer.

Ensuite, ce sont les pionnières – Eileen Gray, Renée Gailhoustet, Édith Girard, Odile Decq, Lilla Hansen - qui viennent instantanément à l'esprit. Ce sont-elles qui ont dû défricher le terrain. L'enjeu est le pouvoir.

Les équipes mixtes[modifier | modifier le code]

À travers l’évolution de l’histoire de l’architecture, on constate que beaucoup de «grands» architectes ont compris l’intérêt d’une synergie bisexuelle en vue d’améliorer une société complexe, prenant en considération les intérêts de l’ensemble de la population. Les exemples d’équipes mixtes sont nombreux. Aino Marsio et Alvar Aalto, Lilly Reich et Mies van der Rohe, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret et Le Corbusier sont ainsi des figures de l'architecture moderne.

Plus récemment, dans l'architecture contemporaine, on trouve Denise Scott Brown et Robert Venturi, Wendy Cheesman et Norman Foster, les couple Smithson, Eames, les bureaux SANAA, Mecanoo, Asymptote ou FOA.

En France, des bureaux comme Lacaton & Vassal, Périphériques, SEURA sont dirigés par des équipes mixtes.

Tremplin de ski, Innsbruck, Zaha Hadid

Aujourd’hui[modifier | modifier le code]

Si Zaha Hadid raconte que « ce n'est pas tant le racisme que le fait d'être une femme en Grande-Bretagne qui a longtemps fait obstacle », l’émergence de grands noms féminins, (Kazuyo Sejima, Itsuko Hasegawa, Françoise-Hélène Jourda…) dans le «star system» de l’architecture montre aujourd'hui la vitalité des femmes architectes et la qualité de leur architecture.

Des publications ont également permis au grand public de découvrir l’œuvre d’Eileen Gray et de Charlotte Perriand qui ont marqué l’histoire de l’architecture et du design. Mais on constate que, s’il semble y avoir un regain d’intérêt pour le «fait féminin», il existe encore une discrimination réelle à l’encontre des femmes. Il faut attendre 2004 pour que Zaha Hadid remporte le prestigieux prix Pritzker, première femme lauréate.

Aujourd'hui, celles-ci représentent environ 40 % des diplômé-e-s. Une étude récente révèle cependant que l'architecture est la profession académique avec l'écart le plus marqué entre le taux de formation et le taux de professionnalisation des femmes. Et s'il y a 25 % environ de femmes inscrites à l'Ordre, dont un certain nombre qui dirigent une agence, le plus souvent en couple, une femme seule à la tête d'une agence (comme Tilla Theus, Carme Pinós ou en France, Elizabeth de Portzamparc ou Manuelle Gautrand) reste encore l'exception.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Woman of the House: Gender, Architecture, and Ideology in Dorset Prehistory. Author: LeMoine, Genevieve Source: Arctic Anthropology, Volume 40, Number 1, 2003, pp. 121-138(18) Publisher: University of Wisconsin Press
  2. William C. Sturtevant (Hrsg.) : Handbook of North American Indians, Smithsonian Institution Press, Washington D.C.
  3. Christiane Gil, Les Dames de Chenonceau (ISBN 2-85704-875-0)
  4. Précieux et précieuses. caractères et mœurs littéraires du XVIIe siècle. Madame de Rambouillet, l'abbé Cotin, madame Cornuel, l'abbé d'Aubignac, scudéry… grillet, bois-robert, la guirlande de julie. Éditeur : Welter, (1896) ASIN: B0000DSURL
  5. Française

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • International Archives on Women in Architecture
  • De la "nature des femmes" et de son incompatibilité avec l'exercice du pouvoir: le poids des discours scientifiques depuis le XVIIIe siècle, In : La démocratie à la française ou les femmes indésirables, Paris : Ed. E. Viennot, P.U. Paris VII-Denis Diderot, 1996, p. 127-158 (avec Joëlle WIELS)
  • Woman of the House: Gender, Architecture, and Ideology in Dorset Prehistory. Author: LeMoine, Genevieve Source: Arctic Anthropology, Volume 40, Number 1, 2003, pp. 121-138(18) Publisher: University of Wisconsin Press
  • http://www.femmes-bati.eu/ site de présentation des femmes architectes et de femmes artisanes réalisation ARVHA avec le soutien du projet EQUAL 2007
  • http://www.femmes-archi-euromed.org/ présentation de femmes architectes en France Belgique Algérie et Maroc . réalisation ARVHA avec le soutien de la fondation Anna LIND 2008
  • interview de femmes architectes libérales et salariées et résultat de l’enquête sur l'égalité dans le secteur de l’architecture http://www.egalite-pro-femme-archi.eu/ réalisation ARVHA avec le soutien du Fonds Social Européen 2011_2012
  • prix français des femmes architectes http://www.femmes-archi.org résultats du prix 2013 et présentation des œuvres des lauréates et des 106 femmes architectes candidates en 2013 réalisation ARVHA avec les soutien du Ministère de la Culture e de la communication et du Ministère des droits des femmes