Société du Sacré-Cœur de Jésus

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La Société du Sacré-Cœur de Jésus (Societas Sacratissimi Cordis Jesu) a été fondée en 1800 par Madeleine-Sophie Barat (1779, Joigny dans l'Yonne - 1865) pour l'éducation des jeunes filles. Ses membres sont aujourd'hui appelés Sœurs du Sacré-Cœur. Elles étaient célèbres autrefois sous le nom de Dames du Sacré-Cœur. Leur spiritualité est ignatienne. Elles signent R.S.C.J. (Religiosa Sanctissimi Cordis Jesus).

Historique[modifier | modifier le code]

Grégoire XVI approuve en 1843 les constitutions de la société

Madeleine-Sophie Barat, fille de tonnelier, prend elle-même, à 22 ans, la direction du premier pensionnat en 1801, à Amiens. Le nombre de maisons s'accroissant rapidement (65 en 1850), elle devient supérieure générale de la Société dont elle établit la maison-mère à Paris, dans l'hôtel Biron (actuellement, musée Rodin) et l'actuel lycée Victor-Duruy. Ce couvent allait éduquer les jeunes filles des familles aristocratiques du faubourg Saint-Germain du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle, lorsque la loi contre les congrégations les exproprie (1904). Des soeurs ouvrent alors une deuxième école à Bruxelles sur le site du Castel de Linthout et y bâtissent avec certains matériaux et mobiliers récupérés de leurs sites français. La première (1836) est le Sacré-Coeur de Jette.

Madeleine-Sophie Barat a été canonisée en 1925. L'enseignement dans les pensionnats vise à éduquer chrétiennement les jeunes filles de classes élevées, dont les frais de pension permettent d'ouvrir des écoles d'externes de qualité pour les jeunes filles de classes modestes.

Image de Mère Duchesne

Dès 1818, cette Société a été implantée en Amérique du Nord par Mère Philippine Duchesne (1769-1852), canonisée par Jean-Paul II en 1988. Cette ancienne visitandine sécularisée sous la Révolution française, nièce du banquier Claude Perier qui a financé le coup d'État du XVIII Brumaire, en se plaçant en 1803 sous l'autorité des Dames du Sacré-Cœur ouvre un chapitre décisif pour la congrégation qui va essaimer en Amérique du Nord et du Sud, en exportant une éducation d'élite aux jeunes filles de la bonne société. Le français y sera la langue d'enseignement obligatoire jusque dans les années 1970, aux quatre coins du monde[1]. En plus des collèges d'élite, il existait également des ouvroirs et des écoles pour jeunes filles pauvres, ainsi que des orphelinats. Ces œuvres étaient en partie financées par les pensionnats qui étaient payants.

La spiritualité était ignatienne, avec une grande dévotion au Sacré-Cœur et aux valeurs de réparations spirituelles. Le niveau des études visait à être l'égal des meilleurs établissements jésuites de garçons, l'attachement au maintien et à la politesse étaient fort rigoureux. L'éducation artistique était également soignée.

L'institut des Dames du Sacré-Cœur à Rome, à la Trinité-des-Monts - qu'elles quittèrent en 2006 - était un des établissements de jeunes filles parmi les plus prestigieux d'Europe pendant la majeure partie du XXe siècle, où l'enseignement entièrement en français était d'excellence, ainsi que l'instruction chrétienne.

Des pensionnats et des instituts prestigieux s'ouvrent également dans toute l'Europe, en Belgique, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Autriche (où les filles des archiducs sont élevées), en Angleterre, et même en Égypte ou au Japon (d'où est issue l'ancienne impératrice du Japon), ainsi qu'au Brésil, en Argentine, au Chili. Toutes les anciennes élèves pouvaient ainsi former une élite féminine francophone à travers le monde, en partageant les mêmes valeurs d'éducation chrétienne et tisser des réseaux sociaux dans les classes dirigeantes de leur pays et ailleurs, ce qui fut le cas jusqu'il y a une trentaine d'années[2].

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'enseignement d'élite des jeunes filles n'est plus la spécialité de la société, mais l'esprit ignatien est préservé dans la recherche de nouvelles priorités d'ouverture au monde et à ses questionnements. Elles ne portent plus d'habit religieux, mais ont accès aux organismes des Nations Unies pour la paix ou la justice. Elles sont engagées dans des réflexions sur les migrations dans le monde.

La Société du Sacré-Cœur de Jésus comptait en 2005: 2 966 religieuses dans 415 maisons et 45 pays; en 2008, 2 705 religieuses réparties en 412 communautés dans 41 pays. Elles ont été obligées de fermer près d'une centaine d'établissements ces quinze dernières années et on perdu dans la même période près d'un millier d'effectif. La plupart des établissements européens subistants sont devenus mixtes. La langue française, qui n'est plus la langue véhiculaire des religieuses entre elles depuis les réformes des vingt dernières années, est devenue minoritaire au sein de la société, comme son recrutement en France. Les changements sociétaux des années 1970 en Occident ont transformé les priorités des Sœurs dans les provinces européennes, notamment en France. Cependant aux États-Unis ou en Australie, un certain nombre d'établissements ont pu se maintenir et se développer en gardant non seulement l'esprit des fondatrices, mais l'organisation, et sont restés destinés aux jeunes filles.

Elles se tournent maintenant vers les pays d'Asie, où le potentiel éducatif est vécu avec soin et attention, et la demande importante. Elles animent en Amérique du Sud des communautés de base.

En Europe, elles ont fermé nombre de leurs écoles et évoluent souvent désormais dans les milieux universitaires, en petites communautés, où elles tiennent des aumôneries ou des maisons d'accueil pour des retraites ou du soutien universitaire. Elles s'ouvrent aussi vers les personnes en difficulté (visiteuses de prisons par exemple) Le recrutement des Sœurs est toujours de haut niveau. Elles ont fait en général de longues études dans tous les domaines (sociologie, études scientifiques, psychologie, linguistique, etc.)

Leur maison généralice se trouve à Rome. En 2012, la supérieure générale est Kathleen Conan, de nationalité américaine.

Galerie d'illustrations[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Dufourcq, Les aventurières de Dieu, Paris, Perrin, 2de édition 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Les pensionnaires vers 1910 du couvent de Bloemendal, fermé en 1978
  1. Dufourcq, op. cité, pp. 137sq
  2. Dufourcq, op. cité