Écoféminisme

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L’écoféminisme est une philosophie, une éthique[1] et un mouvement nés de la conjonction et de l'union de courants de pensées féministes et écologistes.

Selon ce mouvement, notamment défendu par Vandana Shiva qui a fondé en Inde dans l'Uttarakhand un sanctuaire de la biodiversité sauvage et agrosemencière, où les femmes tiennent une place essentielle[2],[3]. il existe des similitudes et des causes communes aux comportements de domination et d’oppression des femmes et aux comportements de non-respect de la nature[4], qui contribuent au saccage environnemental[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, des villageoises indiennes avaient fondé le mouvement Chipko, un mouvement de protestation contre la déforestation, exemplaire d'une action écoféministe avant la lettre.

Le terme « écoféminisme » semble avoir été pour la première fois publié en 1974 par une féministe française, Françoise d'Eaubonne dans un ouvrage intitulé « Le féminisme ou la mort » mais ses principes auraient déjà été énoncés en 62 par Rachel Carson, dans son livre Silent spring (« Printemps silencieux ») qui par son retentissement, contribua à l'interdiction du DDT aux États-Unis, et c'est d'abord et surtout dans le monde anglosaxon que ce concept s'est développé[6].

Une autre date importante est celle d'une conférence intitulée « l'écoféminisme et la vie sur terre » aux États-Unis en mars 80 après l'Accident nucléaire de Three Mile Island en1979. Les personnes présentes avaient adopté un manifeste sur les rapports entre les mouvements écologiques et les mouvements de femmes, entre la destruction de la nature, le militarisme, les discriminations et dominations subies par la femme[7].

Actuellement, dans l'écoféminisme ou plutôt les écoféminismes se dégagent plusieurs tendances :

  • un écoféminisme spiritualiste (Starhawk...) ;
  • un écoféminisme éthique (nouvelle éthique environnementale[8] et visant à soigner les blessures faites par l'homme à la planète[9] (« care »)[10],[11] dans un monde perçu comme de plus en plus vulnérable (effondrement de la biodiversité, crise climatique...). L'un des thèmes de cette mouvance peut être la promotion d'un droit de la nature et d'un droit des animaux[12] ;
  • un écoféminisme de résistance (le Staying Alive de Vandana Shiva [13]) et de création
  • un écoféminisme faisant référence à une écologie dite profonde[14], et aux mythes fondateurs de la terre mère, à une planète symbiotique[15] ou à l'hypothèse Gaïa[16], ou encore à un paradis perdu à réinventer[17] ;
  • un écoféminisme matérialiste (Maria Mies[18], des économistes allemandes comme Claudia von Werlhof, Veronika Bennholdt-Thomsen...)[19].

La variété de tendances (des dominantes féministes aux approches à dominante écologique ou écologiste) donne lieu à une large gamme de possibilités. Ces tendances ont cependant en commun une analyse critique radicale et commune sur le patriarcat, le capitalisme et le contexte matérialiste supposé rationaliste[20] et technico-scientifique[21],[22] de la marchandisation du vivant, de la révolution verte de l'agriculture industrielle et de l'évolution du domaine des agrosemences qui ont mis les paysans en situation de perte d'autonomie.

En 1990,dans un article intitulé « le pouvoir et la promesse du féminisme écologique », Karen J. Warren met en exergue les apports et enrichissements croisés de l'écoféminisme, avec à la fois une importance du féminisme pour l’éthique environnementale, et tout autant inversement, une importance de l’environnementalisme pour le féminisme. Les courants politiques et écoféministes dialoguent et fusionnent parfois[23], tout en restant nombreux et polymorphes, mais plaidant principalement à la fois pour la justice sociale et contre les inégalités écologiques (Les effets de la dégradation environnementales, comme ceux de la pauvreté sont inégalement répartis dans le monde et les territoires) et affirmant que la cause de la nature fait partie de la cause des femmes. Les recherches, ateliers et articles sur le sujet se multiplient, témoignant de la vitalité de ce mouvement.

Un exemple de fable écoféministe est donné dans le personnage de Vikka, luttant contre le patriarcat, la hiérarchie, la bestialité et les forces de police ; dans « la Magie d'Hénok » de Hiramash, Vikka n'est ni homme, ni dieu mais un être qui s'est battu contre l'adversité et la soumission à quoi que ce soit y compris l'Amour, et qui se retrouve chargé de rétablir l'équilibre entre hommes et femmes sur Terre.

Quelques écoféministes connues[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gebara I (2002) L’écoféminisme: Une éthique de la vie. Pour libérer la théologie. Variations autour de la pensée féministe d’Ivone Gebara, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 165-187.
  2. Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice 192 pages, préface d'Olivier de Schutter, novembre 2014
  3. Mies, M., & Shiva, V. (1998). Ecoféminisme, Paris. L'Harmattan, Collection Femmes et Changements.
  4. Taylor Paul W., 1986, Respect for Nature. A Theory of Environmental Ethics, Princeton, Princeton University Press.
  5. Gandon A.L (2009) L’écoféminisme: une pensée féministe de la nature et de la société. Recherches féministes, 22(1), 5-25.
  6. Larrère C (2012) L'écoféminisme: féminisme écologique ou écologie féministe ?. Tracés, (1), 105-121 (article et résumé).
  7. www.lcr-rouge.org
  8. Routley Richard S., 2003 [1973], « Is there a need for a new, an environmental ethic ? », Environmental Ethics. An Anthology, A. Light et H. Rolston III éd., Oxford, Blackwell, p. 47-52.
  9. Plant Judith éd., 1989, Healing the Wound. The Promise of Ecofeminism, Philadelphie, New Society Publishers
  10. Larrère Catherine (2010), « Au-delà de l’humain : écoféminismes et éthique du care », Carol Gilligan et l’éthique du care, V. Nurock éd., Paris, PUF, p. 151-174
  11. Merchant Carolyn (1996) Earthcare, Women and the Environment, New York, Routledge.
  12. Regan Tom, 2004 [1983], The Case for Animal Rights, Berkeley, University of California Press.
  13. Shiva Vandana, 1994 [1989], Staying Alive. Women, Ecology and Development, Londres, Zed Books
  14. Salleh Ariel Kay (1984) « Deeper than deep ecology », Environmental Ethics, vol. 6, no 1, p. 339-345.
  15. Margulis Lynn (1998) The Symbiotic Planet. A New Look at Evolution, New York, Basic Books.
  16. Lovelock James, 1993, La terre est un être vivant. L’hypothèse Gaïa, Paris, Flammarion.
  17. Merchant Carolyn (2004), Reinventing Eden. The Fate of Nature in Western Culture, Londres, Routledge.
  18. Mies Maria et Shiva Vandana, 1993, Ecofeminism, Londres, Zed Books
  19. Eaton, H. (1998). Ecofeminism, cosmology, and spiritual renewal. Église et théologie, 29(1), 115-128 (résumé).
  20. Plumwood Val, 1998 [1991], « Nature, self, and gender : feminism, environmental philosophy, and the critique of rationalism », Environmental Philosophy. From Animal Rights to Radical Ecology, M. Zimmerman éd., New Jersey, Prentice Hall, p. 291-314.
  21. Marin, M. J. (1994). La pensée écoféministe: le féminisme devant le défi global de l’ère techno-scientifique. Philosophiques, 21(2), 365-380.
  22. Merchant Carolyn (1980) The Death of Nature. Women, Ecology and the Scientific Revolution, San Francisco, Harper and Row
  23. Maris Virginie (2009) « Quelques pistes pour un dialogue fécond entre féminisme et écologie », Multitudes, no 36, p. 178-184.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Association des Femmes en Recherche Théologique, Femmes & Hommes en Église, Les Réseaux des Parvis, Hors-série no 24 : Les Femmes et la nature. L’écoféminisme, 2010.
  • d’Eaubonne F. (1974) Le féminisme ou la mort, Pierre Horay Éditeur, 1974. (276 pages) ISBN 2-7058-0018-2
  • d’Eaubonne F. (1974) Le temps de L’Ecofeminisme (The Time For Ecofeminism).
  • Diamond Irene et Orenstein Gloria Freman éd., 1990, Reweaving the World. The Emergence of Ecofeminism, San Francisco, Sierra Club Books.
  • Gaard Greta et Gruen Lori, 2003, « Ecofeminism : toward global justice and planetary health », Environmental Ethics. An Anthology, A. Light et H. Rolston III éd., Oxford, Blackwell, p. 281-284.
  • MIES Maria et SHIVA Vandana, L'écoféminisme, 1983 - trad. française Éditions L'Harmattan, 1999 - ISBN 2-7384-7177-3.
  • RADFORD RUETHER Rosemary, Gaïa and God: an Ecofeminist Theology of Earth Healing, New-York: Harper & Collins, 1992.
  • MELANçON Louise, Pour la guérison du monde, Une spiritualité écoféministe selon Rosemary Radford Ruether, in Spiritualité contemporaine défis culturels et théologiques, sous la direction de Camil Ménard et Florent Villeneuve, Montréal : Fides, 1996.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Davion Victoria (2003), « Ecofeminism », A Companion to Environmental Philosophy, D. W. Jamieson éd., Oxford, Blackwell, p. 232-247.
  • Gates, B. T. (1998). A root of Ecofeminism: Ecoféminisme. Ecofeminist literary criticism: theory, interpretation, pedagogy, 1-22 (Lien Google Livres.
  • Melançon L (1995) Pour une guérison du monde. Une spiritualité écoféministe selon Rosemary Radford Ruether. Spiritualité contemporaine. Défis culturels et théologiques, actes du congrès, 271-293.