Gaz lacrymogène

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Des gendarmes mobiles français utilisant des gaz lacrymogènes.
Gendarmes mobiles en tenue de maintien de l'ordre ; ils portent des masques à gaz et l'un d'eux a un lance-grenades appelé Cougar.
Ce gendarme mobile envoie des grenades lacrymogènes à l'aide d'un lance-grenades.

Un agent lacrymogène est un composé chimique qui provoque une irritation ou un écoulement lacrymal (larmes). N'importe quelle substance ayant cet effet peut être appelée lacrymogène. Cependant un gaz lacrymogène est une substance chimique choisie pour sa faible toxicité et qui est considérée comme non létale.

Gaz lacrymogène (de lacrima, larme et genesis, qui engendre) est un terme générique pour l'ensemble des composés causant une incapacité temporaire par irritation des yeux et/ou du système respiratoire.

Les gaz lacrymogènes les plus courants sont les irritants oculaires 2-chlorobenzylidène malonitrile (appelé aussi « CS », des initiales de Corson et Stoughton, chimistes qui ont synthétisé la molécule), Chloracétophénone (« CN »), Dibenzoxazépine (« CR ») et l'irritant respiratoire « piment OC » en aérosol.

Historique[modifier | modifier le code]

À la suite de plusieurs sièges contre des hors-la-loi et des terroristes mettant en lumière le sous-équipement de la police parisienne, le préfet de police Louis Lépine institue le 26 mai 1912 une commission spéciale chargée d'élaborer des moyens d'action et de protection contre des malfaiteurs barricadés. Cette commission fut composée d’un membre de l’Institut Pasteur, d’un membre de l’Académie de médecine, de monsieur Kling, directeur du laboratoire municipal de la ville de Paris, du capitaine Delacroix de la section technique du génie, et de monsieur Sanglé-Ferriere, chef du laboratoire municipal[1].

Le premier gaz lacrymogène employé fut l'étherbromacétique ou bromacétate d'éthyle connu depuis 1850 pour ses propriétés irritantes. Il fut testé à partir de septembre 1913 par la préfecture de police de Paris puis utilisé par celle-ci pour neutraliser les forcenés et les individus barricadés. Devant le succès de cette substance, l’Établissement central du matériel du Génie avait décidé d’adopter une grenade copiée sur le modèle en usage à la Préfecture de police. Depuis, l’armée française possédait des projectiles de pistolet lance-fusées chargés de 19 cm3 de ce produit, ainsi que des grenades suffocantes à l’éther bromacétique et cela déjà, depuis une décision du 8 juillet 1913[1].

Fin août 1914, le génie militaire de l'armée française utilisa ce gaz sous forme de cartouches suffocantes et de grenades à mains en Alsace contre l'armée allemande[1]. Cela fut un échec et entraînera une controverse avec l'Allemagne au sujet du déclenchement de la guerre chimique.

Le terme lacrymogène n'apparait qu'en 1915[2].

L'usage de ce produit se généralisa à travers le monde à partir des années 1920 et fut utilisé pour disperser les manifestations à partir des années 1930.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Maintien de l'ordre[modifier | modifier le code]

Usage de gaz lacrymogènes lors d’une manifestation de sidérurgistes d’ArcelorMittal à Strasbourg le 6 février 2013.

Le gaz est utilisé en grenades par les forces de police. Ces composés sont souvent utilisés pour disperser les émeutes. En effet, ils produisent rapidement une irritation ou une gêne physique incapacitante qui disparaît après la fin de l'exposition. Ils peuvent aussi être utilisés lors de séances d'entraînement martial.

En France, le CS « est l'unique gaz en dotation pour le maintien de l'ordre dans la police, la gendarmerie et l'armée de terre ». selon le quotidien Libération en 2006. Il est en service depuis les années 1960[3].

En France, « Le maintien de l'ordre obéit à des procédures précises. Ne grenade pas qui veut dans une manifestation. C'est le commandant de compagnie qui donne l'ordre après accord de l'autorité civile (le préfet ou son représentant). La grenade peut être lancée à la main ou à l'aide d'un lanceur (…) Cougar. »[3] Une grenade peut être lancée à la main jusqu'à mètres−20 et 200 mètres avec un Cougar[3].

Autodéfense[modifier | modifier le code]

Le gaz est utilisé en aérosol (spray) pour l'auto-défense privée. Il existe également sous forme de gel ou de mousse, qui présentent les avantages d'avoir un effet plus directionnel et d'être moins sensibles au vent.

Effets[modifier | modifier le code]

Les effets sur le corps sont multiples :

Les effets sont accentués par temps chaud et humide.

À forte dose :

  • l'effet le plus fréquent reste les brûlures pouvant aller jusqu'au second degré[4] ;
  • l'irritation oculaire peut parfois se compliquer de lésions de la cornée ou d'hémorragies du vitré[5] ;
  • nécrose des tissus dans les voies respiratoires ;
  • nécrose des tissus dans l'appareil digestif ;
  • œdèmes pulmonaires ;
  • hémorragies internes (hémorragies des glandes surrénales) ;
  • dégradation des produits en d'autres substances toxiques (cyanure et thiocyanate).

Des décès ont été rapportés, essentiellement secondaires à une utilisation en lieu clos, comme cela a été le cas lors du siège de Waco en 1993[5].

Il a été décrit des contaminations secondaires du personnel soignant qui a été amené à prendre en charge des personnes exposées[6].

Fournisseurs[modifier | modifier le code]

La société Sofexi, filiale du groupe Marck, fournit des grenades lacrymogènes à la Tunisie[7].

Combined Systems fournit l'armée israélienne[8],[9].

Alsetex (Usine de MALPAIRE, 72300 PRECIGNE) fournit la police française[10],[11].

Nobel Sport aussi[12],[13].

La société brésilienne Condor a fourni des grenades lacrymogènes à l'Algérie[14].

Intertech-Batinorm (Liban) fournit la Belgique[15].

Pratique[modifier | modifier le code]

Certaines organisations libertaires[16] conseillent certaines techniques pour se protéger des gaz lacrymogènes lors des manifestations ou pour prévenir de leurs effets les plus dangereux. Il existe même des guides du manifestant[17].

Prévention[modifier | modifier le code]

Manifestant équipé d'un masque à gaz à Seattle en 1999.

Concernant les yeux, les différentes sources recommandent d'éviter de porter des lentilles de vue lorsqu'on risque d'être exposé aux gaz lacrymogènes[3]. Le gaz peut se coincer sous les lentilles et endommager la vue. En cas d'exposition aux gaz avec des lentilles, il est conseillé de les faire retirer rapidement par quelqu'un dont les mains n'ont pas été contaminées par le gaz.

Concernant la peau :

  • il est déconseillé de s'enduire la peau de crème ou de corps gras qui fixent les gaz sur la peau[3] ;
  • il est conseillé de bien se laver préventivement le visage et les vêtements avec du savon, ce qui empêche les gaz de se fixer (le savon aidant à la dissolution des graisses dans l'eau, cela permet d'enlever des traces d'éléments gras sur le visage ou les vêtements qui aideraient à fixer les gaz) ;
  • le Maalox est censé neutraliser les gaz, même si aucune source médicale ne le confirme, et certains conseillent de préparer une solution de Maalox dilué à cinquante pour cent pour s'en asperger le visage[18].

S'équiper permet de minimiser l'effet des gaz lacrymogènes :

  • la meilleure des protections est le masque à gaz. Cependant, le masque à gaz est considéré comme une arme dans beaucoup de pays et son utilisation est interdite sans autorisation[19] ;
  • les lunettes de ski ou de plongée (piscine) protègent efficacement les yeux et le masque de chirurgien, le bas du visage ;
  • un foulard imbibé de vinaigre ou de citron sur le visage aide à respirer, l'acidité filtrant les gaz[3].

Les gaz étant en règle générale plus lourds que l'air, il vaut mieux essayer de s'élever[5].

En cas d'exposition[modifier | modifier le code]

En cas d'exposition aux gaz lacrymogènes :

  • il ne faut surtout pas se frotter les yeux, ce qui accroît les larmes et donc la réaction allergique et la douleur : « Le gaz lacrymogène augmente la sécrétion lacrymale, qui fait pleurer. Et il provoque dans ces larmes une réaction allergique, qui pique énormément, donne les yeux rouges, gonfle les paupières. », explique dans Libération, en 2006, l'ophtalmologue Richard Chemoul[3] ;
  • la meilleure solution consiste à rincer abondamment les yeux à l'aide d'un sérum physiologique, et retirer les lentilles de contact. L'eau pure peut parfois augmenter la douleur si elle n'est pas versée en abondance car elle dissout les cristaux déposés par le gaz[réf. nécessaire] ;
  • une solution de Maalox peut soulager la peau et les yeux[18].

Le déshabillage de la personne peut être nécessaire, en évitant le passage des vêtements par la tête. Un rinçage à l'eau et au savon est recommandé, même s'il a été décrit de rares cas d'exacerbation des lésions[5]. Il existe certains produits décontaminants, comme la diphotérine[20], mais peu utilisés en pratique courante.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c La guerre des gaz - Prélude à la Guerre chimique.
  2. La brigade des gaz ; Bande à Lépine contre bande à Bonnot, Serge Kastell, Histoire mondiale des conflit no 11, décembre 2003.
  3. a, b, c, d, e, f et g Libération, 23 mars 2006, page 22.
  4. (en) Anderson PJ, Lau GS, Taylor WR, Critchley JA, Acute effects of the potent lacrimator o-chlorobenzylidene malononitrile (CS) tear gas, Hum Exp Toxicol, 1996;15:461-5.
  5. a, b, c et d (en) Carron PN, Yersin B, [2009;338:b2283 Management of the effects of exposure to tear gas], BMJ, 2009;2009;338:b2283.
  6. (en) Horton D, Burgess P, Rossiter S, Kaye W, Secondary contamination of emergency department personnel from o-chlorobenzylidene malononitrile exposure, Ann Emerg Med, 2005;45:655-8.
  7. http://danactu-resistance.over-blog.com/article-roissy-des-tonnes-de-grenades-lacrymogenes-pour-ben-ali-65279807.html
  8. http://rubinenc67.blogspot.com/2011/01/normal-0-21-microsoftinternetexplorer4.html
  9. http://www.less-lethal.com/
  10. http://www.vendeuronline.fr/annuaire-entreprise/s/sae-alsetex-societe-d-armement-et-d-etudes.html
  11. http://www.lacroixds.com/qui.html
  12. http://www.market.gov.rw/tenders/np-notice.do~648075
  13. http://www.lejournaldesentreprises.com/editions/29/actualite/entreprise-du-mois/nobelsport-la-munition-nouvelle-generation-06-02-2009-60254.php
  14. http://dna-algerie.com/politique/42-interieure/1087-des-grenades-lacrymogenes-perimees-dont-la-date-dexpiration-arrive-en-janvier-2009-l-attention-danger-ne-pas-utiliser-la-cartouche-au-dela-du-delai-de-validite-r.html
  15. http://www.marche.gov.rw/tenders/np-notice.do~5778354
  16. (en) Collectif, An Activist’s Guide to Basic First Aid[PDF], Black Cross, sur blackcrosscollective.org.
  17. Face aux lacrymos, sortez couvert par Jacky Durand et Gilles Wallon, édition du jeudi 23 mars 2006, Libération.
  18. a et b (en) Collectif, Less-Lethal Pepperspray, CS, & Other Weapons Used by Rioting Police to Suppress Dissent when Politricks & Television fail to do so[PDF], Automedical Collective, sur contra-doxa.com.
  19. http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-55592QE.htm
  20. (en) Viala B, Blomet J, Mathieu L, Hall A, Prevention of CS (tear gas) eye and skin effects and active decontamination with Diphoterine: preliminary studies in five French gendarmes, J Emerg Med, 2005;29:5-8.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]