Architecture à Chicago

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Cet article relate de l'histoire et de divers aspects de l'architecture de Chicago, la troisième plus grande ville des États-Unis. L'architecture de cette ville a reflété et influencé pendant longtemps l'architecture américaine. La ville de Chicago comprend certains des premiers bâtiments réalisés par des architectes mondialement reconnus. Comme la plupart des bâtiments du centre-ville ont été détruits par le Grand incendie de 1871, ils sont plutôt réputés pour leur originalité que pour leur ancienneté.

Historique[modifier | modifier le code]

À la différence de New York, Chicago n'émergea comme grande métropole qu'au milieu du XIXe siècle en passant d'un village d'environ cinquante habitants en 1830 à une ville de 30 000 personnes en 1850 puis de 300 000 en 1870[1]. Chicago devint le principal nœud ferroviaire et commercial de la région du Mid-Ouest, alors en pleine expansion[2],[3]. La ville se considérait comme différente des cités de la côte est et était particulièrement fière de son statut de centre dynamique en plein essor[4].

Dans les années 1870, Chicago devint le principal centre financier de l'Ouest mais en octobre 1871, un incendie ravagea le centre-ville construit principalement en bois[5],[6],[7]. La ville de Chicago fut reconstruite selon un plan hippodamien[8],[9] (plan urbanistique selon lequel les rues sont rectilignes et se croisent à angle droit, créant des îlots de forme carrée ou rectangulaire) et les bâtiments en bois furent interdits[9],[10]. Ces facteurs encouragèrent la construction d'immeubles plus grands aux caractéristiques innovantes qui, comme à New York, étaient destinés à accueillir diverses activités commerciales au sein du même bâtiment[9],[11]. Le développement de bâtiments plus hauts durant les années 1870 fut limité par la crise bancaire de 1873 et la dépression qui suivit[12]. Les constructions ralentirent et la valeur des propriétés s'effondra[13]. Le marasme s'estompa à partir de 1880 et le rythme de construction à Chicago revint à son niveau de 1871[14] tandis qu'avec le retour de la croissance, la construction d'immeubles de grande taille redevint rentable[15],[12].

Le code postal 60602 (correspondant au quartier du Loop) a été nommé par le magazine Forbes comme étant l'adresse américaine la plus charismatique du pays, comprenant ainsi dans ses limites, des bâtiments classés dans les prestigieuses listes des lieux et édifices protégés, comme les Chicago Landmarks (au niveau municipal) et les National Historic Landmarks (au niveau fédéral). Des immeubles tels que l'Auditorium Building, le Rookery Building ou encore le Chicago Board of Trade Building y sont classés.

Le Grand Incendie de 1871[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand incendie de Chicago.
Photographie du Grand Pacific Hotel, totalement ravagé par le grand incendie.

Au cours de son passage dans le quartier des affaires (Downtown Chicago), le feu détruisit des hôtels, des grands magasins, l’hôtel de ville (Chicago City Hall), l’opéra, des théâtres, des églises et des imprimeries. Le feu continua sa progression vers le nord, entraînant les fuyards le long des ponts enjambant la rivière Chicago. Les étincelles passèrent au dessus de la branche nord de la rivière et mirent le feu aux bâtiments situés en face, de l'autre de la rive. L'incendie commença à se propager à travers les maisons et villas de la partie nord de la ville. Des habitants finirent par atteindre Lincoln Park, un vaste parc situé dans le quartier éponyme, d'autres gagnèrent les berges du lac Michigan, où des milliers d’entre eux trouvèrent refuge.

Le feu finit par s’éteindre, aidé en cela par la disparition des vents et une fine pluie qui finit par tomber tard dans la nuit de lundi. De son point de départ de la maison O’Leary il a brûlé pratiquement 48 blocs jusqu’à l’avenue Fullerton au nord. Dans le centre-ville et les quartiers alentours, il ne reste pratiquement plus de bâtiments qui datent d'avant le Grand Incendie de 1871. La Chicago Water Tower et la Pumping Station, toutes deux conçues par William W. Boyington en 1869, sont les rares bâtiments à avoir survécu à la catastrophe.

Après l’incendie, 125 corps furent retrouvés. Les estimations définitives vont de 200 à 300 morts. On dénombrait également au moins 100 000 sans-abri. Bien que l'incendie soit une des plus grandes catastrophes survenues au XIXe siècle aux États-Unis, la reconstruction qui commença immédiatement après permit à Chicago de mieux se développer d'un point de vue économique et de devenir une des villes les plus peuplées d'Amérique du Nord. La ville fut entièrement reconstruite selon une règle stricte : interdiction formelle d’utiliser le bois. Les architectes durent innover, adopter de nouvelles techniques et utiliser l’acier pour les structures des bâtiments. L'aspect de la ville changea fondamentalement. Le Grand incendie de Chicago permit aux urbanistes de penser à une reconstruction de la ville selon des critères modernes.

L'émergence des gratte-ciel[modifier | modifier le code]

Avant l'incendie, le centre de Chicago ne comportait que des bâtiments à quelques étages (1860).

Chicago et les autres villes américaines étaient traditionnellement composées de bâtiments à quelques étages mais la forte croissance économique après la guerre de Sécession et le manque de terrains constructibles encouragèrent le développement d'immeubles plus grands à partir des années 1870. Les progrès technologiques permirent la construction de structures métalliques ignifugées avec de profondes fondations et possédant les derniers raffinements comme l'ascenseur et l'éclairage électrique. Ces évolutions rendirent techniquement réalisable et financièrement rentable la construction d'une nouvelle catégorie de grands immeubles. Les premiers exemples de ce type furent le Home Insurance Building (42 m) construit entre 1884 et 1885 et le Rookery Building (55 m) construit entre 1885 et 1888. Leur nombre augmenta rapidement et ils furent appelés « gratte-ciel » à partir de 1888.

Chicago fut initialement à la pointe de ce mouvement et de nombreux gratte-ciel furent construits dans le quartier d'affaires au début des années 1890. Parfois rattachés à l'École d'architecture de Chicago, ces immeubles essayaient d'associer des considérations esthétiques et pratiques et abritaient des magasins et des restaurants dans les étages inférieures et des bureaux dans les étages supérieurs de leur large structure carrée de style néoclassique. Aussi, ils privilégiaient assez souvent l'emploi de décorations raffinées dans les halls et au niveau des sols. À l'inverse, les gratte-ciel new-yorkais étaient fréquemment des tours étroites dont le style plus éclectique fut souvent critiqué pour son manque d'élégance. Après que Chicago eut interdit la construction de nouveaux immeubles de plus de 150 pieds (46 m), la construction de bâtiments plus hauts se concentra à New York.

Le Home Insurance Building est considéré comme étant le premier gratte-ciel de l'histoire de l'architecture (1885)

Les spécialistes sont en désaccord sur l'identité du bâtiment qui devrait être considéré comme le premier « skyscraper » (gratte-ciel)[6],[16], en effet, il est difficile de dire quel est le premier gratte-ciel de l'Histoire. Les New-Yorkais affirment qu'il s'agit du New York Tribune Building, dessiné par Richard Morris Hunt (1873, 78 mètres). D'autres considèrent que c'est le Home Insurance Building (1884-1885) à Chicago édifié par les membres de l'École de Chicago : Louis Sullivan, William Le Baron Jenney, Daniel Burnham, William Holabird et Martin Roche. Ils militent pour un style simple et utilitaire ; certains considèrent qu'ils préfigurent le mouvement rationaliste. Le terme skyscraper était utilisé initialement dans les années 1780 pour désigner un cheval particulièrement grand avant d'être appliqué à la voile située au sommet du mat d'un navire, aux chapeaux et aux hommes de grande taille et à une balle envoyée très haut dans les airs[17]. Il commença à être appliqué aux bâtiments dans les années 1880 d'abord pour les grands monuments puis en 1889 pour les hauts ensembles de bureaux qui apparurent dans la décennie suivante[18],[19]. L'identification du premier « véritable gratte-ciel » n'est pas évidente et divers candidats ont été proposés suivant le critère utilisé[20]. Le Home Insurance Building inauguré en 1884 est néanmoins le bâtiment le plus souvent qualifié de premier gratte-ciel en raison de sa structure métallique novatrice[6],[19],[21].

Le Home Insurance Building comptait dix étages pour une hauteur de 42 m et avait été conçu par William Le Baron Jenney qui avait travaillé en France. Il était l'un des architectes les plus en vue de Chicago[22],[23],[n 1]. La conception de Jenney était innovante car elle incorporait des éléments en acier dans la structure interne en métal composée traditionnellement de fer forgé. Cette armature plus résistante permettait de soutenir le poids des planchers et des murs extérieurs, ce qui fut une étape importante vers la création des murs-rideaux qui devinrent une caractéristique des futurs gratte-ciel[25].

Le Monadnock Building (1895)

Au début des années 1880, les pionniers de l'École d'architecture de Chicago exploraient la construction à ossature d'acier et dans les années 1890, l'utilisation du verre pour les façades plates. Ces nouvelles conceptions ont permis l'émergence des premiers gratte-ciel modernes. Le Home Insurance Building est souvent considéré comme étant le premier gratte-ciel à utiliser de l'acier au lieu de la fonte, dans son cadre structurel. Le Monadnock Building marquera aussi un tournant important dans l’histoire de l’architecture. Sa moitié nord, dessinée et construite par Burnham & Root entre 1889 et 1891, incorpore des murs porteurs en maçonnerie, tandis que sa partie sud, pensée et érigée par Holabird & Roche entre 1891 et 1893, repose sur une charpente d’acier.

Daniel Burnham et ses partenaires, John W. Root et Charles B. Atwood ont été les premiers à utiliser l'acier pour les cadres structurels et le verre pour les façades. Dans le milieu des années 1890, ils furent également les premiers à utiliser la terre cuite pour la consolidation des édifices, en particulier pour le Reliance Building. Cependant, la structure du Montauk Building, conçu par John Wellborn Root Sr. et Daniel Burnham, a été construite en acier vers 1882-1883. Dans son compte rendu sur l'exposition universelle de 1893, Erik Larson affirme que le Montauk est devenu le premier bâtiment à être appelé un « gratte-ciel ». Le First Leiter Building, construit en 1879 par William Le Baron Jenney est le premier de ces immeubles sans mur porteur en façade, les planchers en bois reposant sur des colonnes de fonte et le Second Leiter Building, construit la même année est l'un des premiers bâtiments commerciaux construit avec une armature métallique aux États-Unis.

Le Blackstone Hotel (1910)

L'opposition aux gratte-ciel se développa à Chicago dès le début des années 1890[26]. Même avant le développement des gratte-ciel, certains avaient critiqué les grands bâtiments de Chicago car ils dominaient les églises et les résidences privées et ce sentiment s'accrut au fil du temps[27]. Les opposants se plaignaient que la concentration de grands bâtiments dans le centre-ville, causait de nombreux embouteillages et que le charbon utilisé par chacun des bâtiments, dont la consommation atteignit plus d'un million de tonnes, créait un smog épais et persistant au-dessus de la ville[26]. Les opposants critiquaient aussi le fait que ces immeubles de grande hauteur plongeaient les rues dans l'ombre de façon quasi permanente et pouvaient littéralement cacher un ou plusieurs blocs entiers de la lumière naturelle (sentiment qui est toujours partagé aujourd'hui par les habitants et les personnes travaillant dans les bureaux). Beaucoup de Chicagoans s'inquiétaient également du risque qu'un incendie incontrôlable puisse se propager de bâtiment en bâtiment[26].

Dans le mème temps l'industrie du gratte-ciel connut une forte croissance dans la décennie précédant la Première Guerre mondiale car le métro aérien permit à plus d'employés de travailler dans le quartier d'affaires[28]. Pour la seule année 1910, 140 000 m2 de nouveaux bureaux furent construits et à la fin de la décennie, Chicago était la seconde ville américaine après New York par le nombre de sièges sociaux[28]. Les cabinets d'architecture de Chicago comme Daniel H. Burnham puis Graham, Anderson, Probst & White continuèrent de dessiner des gratte-ciel dans le style palazzo popularisé dans la décennie précédente[29]. La ville avait accueilli l'exposition universelle de 1893, un événement international qui avait encouragé les études d'architecture et d'urbanisme[30]. Il fut également envisagé de restructurer la ville selon le plan Burnham[30] et en 1902, la limite en hauteur fut relevée à 80 m. Les gratte-ciel qui en résultèrent reflétaient ces débats : les Railway Exchange, Peoples Gas et Illinois Continental and Commercial Bank Buildings étaient des bâtiments massifs couvrant un quart de bloc avec des façades divisées en trois parties avec des éléments de style palazzo[31].

La nouvelle génération[modifier | modifier le code]

La Willis Tower (1973)

La ville acquiert une grande renommée culturelle et internationale grâce à son architecture de gratte-ciel et attire des millions de visiteurs chaque année. En effet, certains des gratte-ciel de Chicago figurent aujourd'hui parmi les plus hauts du monde, dont le John Hancock Center (1969, 343 mètres), l'Aon Center (1973, 346 m) et la Trump International Hotel and Tower (2009, 423 m). La Willis Tower (1973, 442 m), appelée « Sears Tower » jusqu'au mois de juillet 2009, a été de 1973 (année de son inauguration) à 1998, le plus haut gratte-ciel du monde, et jusqu'en 2013 des États-Unis. Il est à ce jour le deuxième immeuble le plus haut du continent américain et de tout l'hémisphère ouest après le One World Trade Center à New York.

Depuis plusieurs années, une nouvelle génération de gratte-ciel émerge d'un véritable renouvellement urbain dans les secteurs de Near North Side et Near South Side, situés respectivement au nord et au sud du Loop. En effet, due à la gentrification et à l'embourgeoisement des quartiers limitrophes du Loop, les anciennes friches industrielles ainsi que de vastes terrains vagues ont été récemment transformés en secteurs privilégiés. Des genres multiples de maisons urbaines, de condominiums et d'immeubles de grande hauteur peuvent être trouvés dans certains quartiers de Chicago. En bordure du lac Michigan, de nombreuses zones résidentielles sont caractérisées par des pavillons construits pendant le début du XXe siècle ou après la Seconde Guerre mondiale.

Des gratte-ciel actuellement en construction comme la Waterview Tower et le 200 North Riverside Plaza ou récemment construits comme le 340 on the Park, la Legacy Tower, la Trump International Hotel and Tower ou encore l'extension du Blue Cross Blue Shield Tower, redonnent un nouvel horizon au centre-ville de Chicago. La Chicago Spire (Flèche de Chicago) était un projet de gratte-ciel résidentiel de forme hélicoïdale. La fin des travaux était prévue pour 2012. Avec ses 150 étages et 609,6 mètres de hauteur, il serait devenu le plus haut gratte-ciel du continent américain devant le One World Trade Center. La Chicago Spire a été dessinée par l'architecte espagnol Santiago Calatrava Valls, concepteur entre autres du Turning Torso de Malmö. À la suite de plusieurs conséquences de la crise économique, les travaux ont été suspendus à l'automne 2008, sans date de reprise[32].

L'exposition universelle de 1893 et le Plan Burnham[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Exposition universelle de 1893 et Plan Burnham.

En 1893, l'exposition universelle (World Columbian Exposition) attira 26 millions de visiteurs et fut l'occasion pour les promoteurs du mouvement architectural City Beautiful de réaliser plusieurs édifices qui font désormais partie du patrimoine de Chicago : le Musée de la Science et de l'Industrie et le célèbre métro aérien dans le Loop. De nombreux architectes ont construit des bâtiments emblématiques de différents styles à Chicago. Certains d'entre eux sont les soi-disant « Chicago Seven »: James Ingo Freed, Tom Beeby, Larry Booth, Stuart Cohen, James Nagle, Stanley Tigerman et Ben Weese.

Pour la construction des bâtiments de l'Exposition universelle de 1893, la ville a fait appel à plusieurs des architectes les plus influents du pays comme Daniel Burnham, Racine, Frank Lloyd Wright, Dankmar Adler, Charles B. Atwood, Henry Hobson Richardson ou encore Louis Sullivan. Ces architectes ont continué après l'exposition à concevoir d'autres monuments à travers Chicago, dont la plupart sont aujourd'hui classés historiques (Chicago Landmark). En 1966 fut créée la Chicago Architecture Foundation, un organisme permettant la sauvegarde de maisons historiques telles que la John J. Glessner House. Construite par l'architecte Henry Hobson Richardson, la Glessner House est l'une des plus anciennes demeures de Chicago.

Daniel Burnham (vers 1900), l'un des architectes-urbanistes les plus influents de Chicago.

Daniel Burnham a dirigé la conception de la « White City » à l'exposition universelle. Certains historiens prétendent que ce projet a conduit à un renouveau de l'architecture néoclassique à Chicago et dans le reste des États-Unis. Il est vrai que la « White City » représentée un style architectural nouveau pour un architecte comme Burnham. Bien qu'il ait développé le Plan de Chicago de 1909, connu sous le nom de « Plan Burnham », il a fait ériger un grand nombre de gratte-ciel de style néoclassique et figure parmi les architectes les plus progressistes de Chicago après la fermeture de l'Exposition entre 1894 et 1899. Louis Sullivan dit qu'il a juste posé les jalons de l'architecture américaine même si ses plus belles œuvres à Chicago, comme le Carson, Pirie, Scott and Company Building, ont été construites en 1899, soit cinq ans après la « White City » et dix ans avant le Plan Burnham.

Le Plan Burnham est un nom populaire qui fut donné dans les années 1900 pour définir le plan de restructuration urbaine de la ville de Chicago, qui fut sans doute à l'époque le plus important plan urbanistique pour une grande ville aux États-Unis. Chicago fut l’une des premières villes au monde à bénéficier d’un plan d’urbanisme. D'abord appelé Plan de Chicago de 1909, le Plan Burnham fut dirigé par les architectes paysagistes et urbanistes Daniel Burnham et Edward H. Bennett. En 1906, Burnham et Bennett sont chargés par la municipalité de Chicago d'un vaste projet d'embellissement de la ville. Les deux architectes-urbanistes proposent au sein du Chicago Plan Commission une série de projets innovants pour la restructuration urbanistique du centre-ville de Chicago et des quartiers adjacents, notamment avec la construction de nouvelles rues, la rénovation et l'élargissement de boulevards déjà existants, l'installation de nouveaux parcs (y compris dans les quartiers sud), la mise en place d'un nouveau chemin de fer, des installations portuaires, la construction de la jetée Navy (Navy Pier), la reconversion de Northerly Island et la construction de plusieurs bâtiments municipaux.

Après la présentation officielle du Plan de la ville le 6 juillet 1909, le Conseil municipal a autorisé le maire de Chicago, Fred A. Busse de nommer les membres du Chicago Plan Commission. Le 1er novembre 1909, le Conseil municipal a approuvé la nomination de 328 hommes en tant que membres officiels de la Commission, et des chantiers furent lancés un peu partout dans la ville sous la direction de Burnham et Bennett.

L'École de Chicago[modifier | modifier le code]

Article détaillé : École d'architecture de Chicago.
L'Auditorium Building, l'un des bâtiments les plus mythiques de l'école de Chicago.

L'École de Chicago est un mouvement d'architecture et d'urbanisme nommé ainsi, car les premières réalisations qui en découlèrent se firent à Chicago, aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle. La phase d'apogée de ce mouvement est située approximativement entre 1875 et 1907. Ce mouvement est marqué par la construction rationnelle et utilitaire de bureaux, de grands magasins, d'usines, d'appartements et de gares. L'accent est mis sur la durabilité, avec l'utilisation de matériaux modernes tels l'acier, le ciment et le fer forgé, le verre armé (pour la construction de dômes notamment). L'événement catalyseur de ce mouvement fut le grand incendie de Chicago qui eut lieu le 8 octobre 1871 : une grande partie du centre-ville fut détruite, et la nécessité de sa reconstruction permit l'émergence d'une nouvelle approche de la construction d'immeubles.

Dans les années 1890, les architectes chicagoans développèrent une solution à ce problème en créant un nouveau style architectural souvent appelé « École de Chicago », et si l'expression est souvent utilisé, il n'est pas certain qu'elle ait été une école de pensée organisée et les idées des architectes différaient sur de nombreux points. Cette école de pensée mit également en relation les architectes, les ingénieurs des structure et les constructeurs sur les mêmes projets[33]. Historiquement, le secteur de la construction avait été dominé par des petites entreprises qui associaient les rôles d'architecte et d'ingénieur mais cela fut remplacé à Chicago par un partenariat entre des architectes spécialisés qui se concentraient sur l'apparence du gratte-ciel et des ingénieurs spécialisés qui se chargeaient de réaliser ces idées[34]. Les cabinets d'architecture de Chicago devinrent ainsi des grandes entreprises et la Daniel H. Burnham & Company ressemblait par exemple à une petite usine qui finit par employer 180 personnes[35].

Photographie du bâtiment Carson, Pirie, Scott and Company Building en 1900

L'École comprenait des architectes comme William Le Baron Jenney (1832-1907), Henry Hobson Richardson (1838-1886), et pour la génération suivante, Daniel Burnham, William Holabird, Martin Roche, Louis Henry Sullivan (1856-1924), qui commencèrent tous les quatre leur carrière au sein de l'agence de William Le Baron Jenney, l'ingénieur Dankmar Adler (1844-1900), longtemps associé de Louis Sullivan et John Wellborn Root dont les dessins associaient l'esthétique architecturale à des considérations plus pragmatiques. Ils privilégiaient l'emploi de décorations raffinées au niveau du sol et une ornementation plus légère dans les niveaux supérieurs tout en soulignant les lignes verticales[36],[37]. L'intention était d'attirer l'œil de l'observateur vers le haut pour célébrer ce que Sullivan qualifia d'« ambitieux » dans un gratte-ciel tout en évitant de gaspiller des ressources sur des détails complexes ayant peu de chances de séduire un homme d'affaire pressé[36],[37],[38]. De même les rez-de-chaussées richement décorés permettaient de faire se démarquer le bâtiment et d'attirer les passants dans les commerces[39]. L’École de Chicago mit au point et généralisa l'utilisation de l'acier dans la construction des gratte-ciel, réalisant ainsi la révolution structurelle qui permit de passer des bâtiments à murs et refends porteurs aux constructions de type poteaux-dalles sans façade porteuse.

Ces gratte-ciel devinrent également récurrents afin de rationaliser au maximum l'emprise foncière des bâtiments dans des villes où le coût des terrains s'accroissait régulièrement. À l'époque, la ville de Chicago connaissait l'un des booms démographiques les plus importants de tout le pays, d'où l'idée des architectes et des urbanistes de sauvegarder la place en réduisant au maximun l'étalement urbain. Ces architectes ont créé par leur œuvre et par leur influence un modèle de développement urbain qui a caractérisé toutes les villes américaines au XXe siècle.

Le Rookery Building en 1891

Même si l'extérieur des gratte-ciel chicagoans était relativement sobre, les halls étaient décorés avec grand soin[40]. L'Unity Building possédait ainsi « du marbre numidien, des Alpes, de Sienne… un paravent artistique de verre et de bronze… un balcon en marbre » ainsi que « des colonnes corinthiennes avec des capitales finement gravées, des chandeliers dorés à la feuille d'or et d'argent et des treillis plaqués argent » dans les ascenseurs[40]. L'objectif était de projeter une sensation de prospérité et de solidité financière qui pouvait attirer les occupants prêts à payer des loyers élevés[41]. Pour ces derniers, habiter dans un tel environnement était un bon moyen de témoigner de sa prospérité et d'affirmer son statut social[42].

L'École de Chicago produisit ainsi des gratte-ciel larges et imposants possédant une apparence et une hauteur similaires[43]. Il s'agissait généralement d'une forme rectangulaire de style palazzo avec un large espace destiné à faire entrer la lumière situé, idéalement, au centre[44]. L'extérieur était typiquement divisé en trois parties : la base, la section centrale et la ligne de toit. Cette division tripartie était destinée à reproduire les colonnes classiques et refléter les fonctions des différentes partie du gratte-ciel[45]. L'espace central pouvait former une simple cour mais beaucoup de compagnies préféraient installer une verrière au sommet pour créer un atrium destiné aux magasins et restaurants[46]. Les fenêtres des gratte-ciels de Chicago étaient également une caractéristique architecturale : elles étaient de larges vitres fixes avec des petites fenêtres à guillotine sur les côtés. Certaines dépassaient du bâtiment et formaient une fenêtre arquée[47].

Cette école est apparentée à la Prairie School qui traite, elle, de l'architecture résidentielle, avec pour principale figure de proue Frank Lloyd Wright (1867-1959), ancien collaborateur de Louis Sullivan.

L'École de la prairie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prairie School.

L'École de la prairie (Prairie School) est un mouvement architectural de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle qui concerna surtout le Mid-Ouest des États-Unis. Le style est marqué par la présence de lignes horizontales, de toits plats, de larges avant-toits en saillie et d'une ornementation maîtrisée. Il se place en rupture avec les façons de construire du XIXe siècle. L'horizontalité devait rappeler le paysage plan des Grandes Plaines, et expliquer le nom de cette école. Le principal initiateur fut Louis Sullivan, mais d'autres architectes appartiennent à ce mouvement :

Frank Lloyd Wright ;
Walter Burley Griffin ;
Marion Mahony Griffin ;
William Gray Purcell ;
George Grant Elmslie.

Autres styles[modifier | modifier le code]

Comme dans les autres métropoles américaines, l'éclectisme marque l'architecture des bâtiments publics : le mouvement connu sous le nom de City Beautiful utilisa les styles Beaux-Arts et néo-classique (le Muséum Field, le Musée de la Science et de l'Industrie, le Chicago Cultural Center et l'Institut d'art de Chicago en 1893). Les bâtiments du campus de l'université de Chicago, plusieurs églises (comme la Second Presbyterian Church) et la Tribune Tower sont de style néogothique. À la différence de New York, Chicago compte peu de bâtiments Art déco. Le Style international s'est surtout imposé après 1945 (Crown Hall) et domine aujourd'hui le centre de Chicago par ses nombreux gratte-ciel. Enfin, les quartiers ethniques se distinguent par leurs styles architecturaux importés : comme par exemple Chinatown avec son hôtel de ville chinois et son temple chinois, ou encore Ukrainian Village avec ses églises orthodoxes à bulbes.

L'architecture résidentielle[modifier | modifier le code]

Chicago possède de nombreuses maisons classées de styles divers. Les rowhouses sont typiques des villes américaines et souvent construites en briques. On en trouve dans presque tous les quartiers. Après le Grand Incendie de 1871, le style Second Empire connut un important succès dans les constructions civiles. La fin du XIXe siècle fut également marqué par l'architecture néocoloniale (quartiers de South Shore, Forest Glen et Beverly), néoroman (Palmer Mansion, 1885) et Queen Ann (quartiers de Hyde Park et Lakeview). L'école de la Prairie compte plusieurs maisons dans les quartiers de Rogers Park, Hyde Park et Beverly.

Projets actuels[modifier | modifier le code]

À la fin du XXe siècle, un grand nombre de nouveaux buildings sortirent de terre, manifestant ainsi la prospérité économique de Chicago. La superficie des espaces verts fut étendue et le centre de la ville fut rendu plus sûr la nuit. L'un des derniers projet majeur était la Chicago Spire : les travaux ont commencé en juin 2007 et devraient s'achever en 2012. Le gratte-ciel, un immeuble résidentiel proposant 1 200 appartements, est l'œuvre de l'architecte Santiago Calatrava, et devrait alors être le plus haut du continent américain avec 150 étages et 609,60 mètres de hauteur[48].

Le Old Chicago Main Post Office Redevelopment est un projet de gratte-ciel situé le long de la rivière Chicago sur le côté sud-ouest de Downtown Chicago, qui sera construit en plusieurs phases sur une période de dix ans et coûtera 3,5 milliards de dollars. Le projet comprendra la rénovation du bâtiment historique du Old Chicago Main Post Office, ainsi que la construction de résidences, de commerces, de lieux de divertissement et de bureaux. Le plan comprend la construction de plusieurs tours, dont un double gratte-ciel. La plus haute des tours jumelles sera une tour mixte d'une hauteur de 600 mètres (à hauteur du toit) pour 120 étages, dépassant à son achèvement le One World Trade Center[49]. La ville a voté et approuvé ce projet le 18 juillet 2013[50]. ce qui en fera le plus haut bâtiment des États-Unis et de l'hémisphère ouest.

Réalisations notables de Chicago[modifier | modifier le code]

Un immeuble emblématique du quartier de Chinatown.

Ci-dessous se dresse une liste des principaux édifices et/ou sculptures notables de Chicago, classés par ordre chronologique d'année de construction, avec le style architectural entre parenthèses, et le nom du/des architecte(s) ou cabinet d'architecture.

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les sources utilisées dans l'article utilisent des méthodes différentes pour calculer le nombre d'étages qu'avait un premier gratte-ciel[24].

Références[modifier | modifier le code]

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  5. Cronon 1992, p. 345.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Lisa M. Fine, The American Skyscraper: Cultural Histories, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2005 (ISBN 9780521624213), « The Female 'Souls of the Skyscraper' »
  • (en) Gail Fenske, The American Skyscraper: Cultural Histories, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2005 (ISBN 9780521624213), « The Beaux-Arts Architect and the Skyscraper: Cass Gilbert, the Professional Engineer, and the Rationalization of Construction in Chicago and New York »
  • (en) Charles Bragdon, Skyscraper: the Search for an American Style, 1891-1941, New York, McGraw-Hill,‎ 2003 (1re éd. First published 1909) (ISBN 0071369708), « Architecture in the United States III: The Skyscraper »

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]