Frank Gehry

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Frank Gehry
Image illustrative de l'article Frank Gehry
Frank Gehry en 2007.
Présentation
Nom de naissance Frank Owen Goldberg
Naissance 28 février 1929 (85 ans)
Toronto
Nationalité Drapeau du Canada Canada
Drapeau des États-Unis États-Unis
Mouvement(s) déconstructivisme
post-structuralisme
Activité(s) Architecte
Formation Université de Californie du Sud
Harvard Graduate School of Design
Œuvre
Agence Gehry Partners, LLP
Réalisations Weisman Art Museum, Minneapolis
Cinémathèque française, Paris
Maison dansante, Prague
Musée Guggenheim, Bilbao
Gehry Tower, Hanovre
Disney Concert Hall, Los Angeles/ Musée Vitra Design, Bâle, Fondation Louis Vuitton, Paris
Projets Musée Guggenheim Abou Dabi, (en cours)
Distinctions Prix Pritzker (1989)
Praemium Imperiale (1992)
Prix Wolf (1992)
Prix Prince des Asturies (2014)

Frank Owen Goldberg, dit Frank Owen Gehry, né le 28 février 1929 à Toronto, est un architecte américano-canadien. Professeur d’architecture à l’Université Yale, il est considéré au début du XXIe siècle comme un des plus importants architectes vivants. Ses constructions sont généralement remarquées pour leur aspect original et « tordu ».

Ses nombreuses créations, y compris sa propre résidence, sont devenues des attractions touristiques au niveau mondial. Ses œuvres sont citées comme les œuvres plus importantes de Architecture contemporaine dans le World Architecture Survey (en). L’architecte lui-même, selon le magazine Vanity Fair, a été étiqueté comme l'« architecte le plus important de notre âge ».

Les œuvres les plus connues de Gehry comportent le Musée Guggenheim (Bilbao) en Espagne, le Ray and Maria Stata Center (en) à Cambridge (Massachusetts), le Walt Disney Concert Hall en centre-ville de Los Angeles, l'Experience Music Project de Seattle, le Weisman Art Museum à Minneapolis, la Maison dansante du centre de Prague, le Vitra Design Museum près de Bâle, le Musée des beaux-arts de l'Ontario à Toronto, le 8 Spruce Street à NewYork, la Cinémathèque française à Paris, etc. Cependant, c'est sa résidence privée, le Gehry Residence (en) à Santa Monica, California qui a déclenché sa carrière en tant qu'architecte qui ne travaille seulement la conception (paper architecture) mais aussi la réalisation[Quoi ?].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Frank Gehry est né dans une famille d'origine juive polonaise, d'un père dans le commerce de matériaux et d'une mère mélomane, cette filiation nourrit la sensibilité du personnage. Le jeune Frank déménage durant son adolescence à Timmins en Ontario où ses camarades d'école le surnomment « Fish » (poisson).

Formation[modifier | modifier le code]

Lors de ses études à Toronto, l'ingénierie et le génie chimique sont ses domaines de prédilection. Il a étudié à l'université de Californie du Sud (USC) à Los Angeles (1949-54). Il change son nom de Frank Owen Goldberg pour celui de Frank Owen Gehry en 1954. Après une courte incursion à la Harvard Graduate School of Design de l'université Harvard en 1956-57, il commence un immense voyage d’études, notamment à Paris chez André Remondet.

Sources d'inspiration[modifier | modifier le code]

En suivant des études en céramique, il découvre Rafael Soriano qui construit la maison de son professeur. Cet architecte est pour lui une révélation : il est selon lui « un visionnaire dans l'utilisation des structures modulaires en acier et aluminium, adaptés aux projets résidentiels. »

Une bonne partie de sa formation provient de l’influence asiatique en Californie qui était très puissante. Pendant ses études d'architecture, il se focalise sur l'architecture japonaise qui est pour lui fascinante par « la simplicité des structures, l'humilité de cette architecture pour tous. » Ses professeurs, anciens GI qui avaient fait leurs services militaires au Japon à la fin de la guerre, lui ont transmis leur passion pour l'architecture japonaise classique. Gehry d'ailleurs précise qu'il a « étudié le temple Ise-jingū (sanctuaire shinto) avant le Parthénon ; Hiroshige avant Picasso. » Ses premières créations étaient d'ailleurs des pastiches des temples japonais donnant l'impression qu'il était un architecte japonais.

Une réalisation récente, par exemple, la Fondation Louis Vuitton, traduit cette exemplarité de l'architecture japonaise en adoptant ses codes : une structure entièrement en bois qui soutient des panneaux de verre comme un mobile inversé. Ces poutres en bois qui sortent de terre créent une arborescence permettant une canopée de verre autour de l'établissement.

Ses sources d'inspiration proviennent plus d'artistes contemporains que de ses homologues. «Une construction n'est qu'une surface, en cela elle a un rapport avec la peinture, je suis fasciné par elle » affirme l'architecte. Pendant les années 1960, il fréquente des artistes californiens. Les sculptures en immense plaque d'acier de Richard Serra, les transformations des espaces désertiques de Michael Heizer, les œuvres d'Ed Ruscha, de Claes Oldenburg, de Larry Bell ou de Ron Davis l'ont influencé.

Sa pratique architecturale a été aussi renouvelée sous l'influence des œuvres de Robert Rauschenberg et de Jasper Johns.

Déconstructivisme[modifier | modifier le code]

La plupart des œuvres de Gehry appartient au style du déconstructivisme, qui est souvent référencé comme post-structuraliste en nature pour sa capacité à aller au-delà des modalités actuelles de la définition structurelle. Cette conception s'illustre dans sa maison personnelle à Santa Monica. Les architectes déconstructivistes s’opposent au courant moderniste de l’architecture dans sa critique inhérente des acquis culturellement hérités comme des objectifs sociétaux et une nécessité fonctionnelle.

Au contraire des premières structures modernistes, les structures déconstructivistes n'ont pas pour vocation de refléter des idées sociales ou universelles spécifiques. Les déconstructivistes rejettent le lien entre forme et fonction d’un immeuble, ils s’opposent à l’efficacité nécessaire d’un design architectural. La résidence personnelle de Gehry à Santa Monica est un exemple communément cité pour l'architecture déconstructiviste, car elle a été fortement dissociée de son contexte de départ et de cette manière devait subvertir son intention spatiale originelle.

Frank Gehry fait des constructions empreintes d’un mouvement, d’un sentiment pour donner un peu de couleur à des villes glaciales, plates et modernistes. Gehry aime les lignes courbes et les lignes droites. Cet architecte aime les courbes car pour lui « c’est humain, c’est chaud comme le ventre des femmes enceintes. » L’architecture de l’après-guerre a imposé le minimalisme qui est pour Gehry une impasse, une négation de l’humanité.

Gehry est quelquefois associé à ce qui est nommé « L'École de Los Angeles » ou le courant architectural « L'École de Santa Monica ». Les lacunes en termes de théorie ou de philosophie unificatrice autour de ces écoles rend difficile l'appartenance de cet architecte à un de ces deux mouvements. Cette appellation provient du lieu de Los Angeles qui a formé un groupe d'architectes post-modernes les plus influents, avec des célébrités contemporaines de Gehry comme Eric Owen Moss et le gagnant du Prix Pritzker Thom Mayne de Morphosis, et de célèbres écoles d'architecture à l'Institut d'Architecture du Sud de la Californie (dont le co-fondateur est Thom Mayne) UCLA et USC dont Gehry est membre du Conseil d'Administration.

Le style de Gehry semble quelquefois inachevé ou plutôt sommaire, mais son travail est en cohérence avec le mouvement artistique « funk art  » de Californie dans les années 1960 et au début des années 1970. Les artistes de ce mouvement utilisaient des objets trouvés sans valeur et l'emploi de matériaux inhabituels comme la terre cuite pour réaliser des œuvres de qualité qui rapelllent le travail de Gehry avec le métal.

Une exposition rétrospective au Whitney Museum of American Art à New York en 1988 a révélé qu'il était aussi un artiste classique sophistiqué qui connaît l'histoire de l'art européen, la sculpture et la peinture contemporaines et l'architecture japonaise.

Architecte et urbaniste[modifier | modifier le code]

Dès les années 1960, Frank Gehry a abordé la question de la rénovation urbaine. Constamment préoccupé par la démocratie, il a une vraie vision collective de ce que doit être la ville. Gehry est simultanément un architecte et un urbaniste. Des interrogations constantes comme comment humaniser l'architecture ou comment retrouver un second souffle après la première crise industrielle parsèment ses œuvres architecturales et la vision urbaine qu'elles portent.

Le cinéaste Sydney Pollack avec son film biographique « Esquisses » en 2005, a pris comme titre ces questions. Avant d'être architecte, Gehry est un grand urbaniste qui a fait construire des bâtiments très différents. « Il n'existe pas de bonne architecture si l'on ne ressent pas quelque chose, si l'on ne repousse pas une limite invisible. Que ce soit de l'apaisement chez Mies vand der Rohe, une forme sculpturale chez Le Corbusier à Ronchamp ou de la colère dans le musée de Liebeskind à Berlin, une bonne architecture suscite une réaction physique, viscérale. »

Ses projets, tous urbains, ne se limitent pas à une vision architecturale. Ils sont aussi un puissant éclairage sur les territoires où ils sont construits. Gehry révolutionne l’esthétique de l’architecture, son rôle social et culturel et son inscription dans la ville. Il interroge les moyens d’expression de l’architecture, sur un renouvellement de ses méthodes de conception et de ses matériaux.

Parcours artistique[modifier | modifier le code]

Fraîchement diplômé d'architecture de l'université de Los Angeles, il côtoie peintres et sculpteurs et découvre la culture européenne (des églises romanes à Le Corbusier), qu'il oppose à une « architecture californienne » sans respect pour l'environnement. Des années plus tard, il résumera : « J'étais un libéral engagé et j'aimais l'art, et ces deux faits réunis ont fait de moi un architecte. »[réf. nécessaire]

Il travaille dans de nombreuses agences, celle de Welton Becket & Associates (1957-58) et Victor Gruen (concepteur de grands centres commerciaux, en 1958-61) à Los Angeles ainsi que chez André Remondet (1961) à Paris. Puis il a créé son agence, la « Frank O. Gehry and Associates Inc. » à Los Angeles en 1962. Il se met au service de promoteurs immobiliers, d'industriels ou d'agences d'urbanisme. Parallèlement, il conduit une démarche expérimentale avec une clientèle de particuliers ou d'artistes en Californie. Un nouveau langage architectural apparaît avec une sélection de matériaux industriels et économiques (grillages galvanisés, tôle, stuc, carton, bitume), une nouvelle utilisation des modes de construction traditionnelle en bois et un nouveau lien entre l'objet et son environnement. Il remet en cause les relations « clos-couvert », « espace ouvert-espace fermé », « visible-caché » ou encore la continuité entre mur et toiture.

Six périodes peuvent être distinguées :

Elémentarisation – Segmentation (1965-1980)[modifier | modifier le code]

Parmi ces œuvres, la création la plus remarquable est peut-être l'extension de sa propre résidence, une maison banale, typique de l'architecture pavillonnaire californienne, Santa Monica. Construite en 1920 et acheté par Gehry en 1977, la résidence de Gehry présente une enveloppe extérieure métallique autour de la construction originelle qui laisse voir les détails d'origine. L’extension se présente sous la forme d’une enveloppe qui entoure sur trois côtés la maison d’origine laissée intacte. Le rez-de-chaussée est entièrement réorganisé: deux chambres et un vaste séjour sont maintenus dans les limites de la structure préexistante, tandis que la cuisine et la salle à manger prennent place dans la partie nouvelle de la maison. À l’étage, le plan intérieur d’origine n’est pas touché, mais le toit de l’extension sert de vastes terrasses. Des matériaux pauvres, tels que la tôle ondulée, les treillis métalliques et le contreplaqué brut sont utilisés. Gerhy y réside toujours aujourd'hui.

Composition – Assemblage (1980-1990)[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, l'architecte a fait sienne la réflexion de l’architecte et théoricien Philip Johnson autour du concept « one room building » - un bâtiment d’une seule pièce. Ses projets brisent l'homogénéité des éléments fonctionnels en mettant en valeur au contraire leur dissociation. Toutes les pièces d'une maison s'autonomisent et deviennent des bâtiments uniques et hétérogènes. L'illustration la plus exemplaire est la Winton Guest House. Les Winton, couple de collectionneurs, font appel à Frank Gehry pour ériger une maison d’invités, à proximité immédiate de leur résidence conçue par Philip Johnson. Gehry oppose à la trame orthogonale de cette dernière des formes abstraites, simples et compactes. Organisé selon une composition centrifuge et dynamique, chaque élément conserve son autonomie et sa propre matérialité. Le traitement des finitions renforce l’abstraction de l’ensemble conçu comme une installation artistique à part entière.

Le « One room building » peut être n’importe quoi, puisque sa fonction est simplement de protéger de la pluie, mais il ne possède aucune complexité inhérente qui, fonctionnellement, le rende opératif. La faculté de droit de la Loyola University à Los Angeles a été le premier projet réalisé obéissant à ce schéma. Il a élaboré un plan de réaménagement de son campus, divisé en six phases étalées dans le temps. L’architecte disperse les éléments programmatiques sur l’ensemble du campus, donnant à ce dernier une apparente désorganisation renforcée par l’aspect varié des bâtiments. Un vocabulaire typologique épuré est employé pour réinterpréter la monumentalité classique souhaitée par l’université. Gehry adapte de cette manière le caractère solennel de l’institution à son environnement.

Chaque projet est l'occasion d'ouvrir et confronter l’architecture à des correspondances entre des entités diverses, de multiplier les interactions avec la ville et de les programmes à partir d’unités autonomes. Gehry crée une architecture de l'interrelation en remettant en cause l’identité de la forme architecturale et en redéfinissant l’assemblage des différentes parties des programmes. La réalisation des célèbres jumelles de Claes Oldenburg, pour l’agence de publicité Chiat Day (1985- 1991, Santa Monica), illustre cette nouvelle architecture.

En 1989, Gehry a été récompensé par le Prix Pritzker. Le jury a qualifié Gehry comme une personne « toujours ouverte à l'expérimentation, il démontre aussi une certitude et une maturité qui perdure, d'une manière identique à Picasso, en étant soumis soit aux critiques favorables soit aux succès. Ses constructions sont des collages juxtaposés d'espaces et de matériaux qui permet aux utilisateurs d'apprécier à la fois les coulisses et le théâtre extérieur. »

Fusion – Interaction (1990-2000)[modifier | modifier le code]

Gehry dans cette nouvelle étape souhaite retrouver un principe d’unité et de continuité entre l’objet architectural et son milieu. Il prend conscience des limites d'une esthétique de l'agrégation et de l'assemblage même si elle s’est libérée des théories de l’école rationaliste ou d' un postmodernisme emprunt de culture « pop ».


Le projet pour la Lewis Residence (1985-1995) dans l'Ohio aux États-Unis illustre ces nouvelles recherches expérimentales. Un tissu imprégné de cire a été utilisé pour la conception des maquettes de la Lewis Residence pour saisir la dynamique d’un mouvement de drapé. Pour la conception de sa maison, Peter B. Lewis encourage Gehry à pousser toujours plus loin ses investigations. Les premières recherches convoquent une accumulation d’objets architecturaux rappelant le vocabulaire stylistique de certains projets avant d’évoluer vers une interpénétration de formes plus fluides couplée à une utilisation surprenante des matériaux. Les propositions et les périodes d’abandon se succèdent pendant dix années d’intenses réflexions et de collaborations artistiques, mises à profit dans la plupart des projets ultérieurs.

Le projet pour le Vitra Design Museum en Allemagne(1987-1989) obéit aussi à ce principe.

Gehry crée donc de nouveaux principes d’écriture architecturale avec le concept d' unicité organique. Est affirmé ainsi l’interaction entre structure, matériau, enveloppe et ornement. Le Musée Guggenheim (Bilbao) (1991 – 1997) est une illustration exemplaire d'une architecture de la continuité.

Les années suivantes, de nombreuses tentatives de reproduire l'effet Bilbao à travers des commandes architecturales à grande échelle et impressionnantes se sont soldées soit par des succès ou des échecs. L'expansion Daniel Libeskind du Musée d'Art de Denver ou ses propres constructions comme Walt Disney Concert Hall à Los Angeles et le plus controversé musée EMP à Seattle peuvent être cités. Bien que certains établissent un lien entre le concept de l'Effet Bilbao et la notion de starchitecture , Gehry a obstinément rejeté ce label de starchitecte. Des commandes toujours plus importantes sur le plan national et international se multiplient, par exemple la première commande importante d'un musée, le Weisman Art Museum (1993) à Minneapolis dans le Minnesota.

Tension - Conflit (1990-2000)[modifier | modifier le code]

Frank Gehry réfléchit en même temps à l'espace "interstitiel", entre les volumes, qui a aussi toute son importance. Dans ces espaces interstitiels, il fait appel simultanément à des effets plastiques de tension et d’attraction. Ces interstices entre les bâtiments accroissent l’énergie de la ville, des circulations et des flux. Walt Disney Concert hall (1989 – 2003), à Los Angeles est un exemple de ce type d'espace architectural. Cet édifice a été un élément clef de la revitalisation des quartiers et a été qualifié par le LA Times comme « la plus efficace des réponses aux personnes abonnées aux doutes, aux déclinistes et aux critiques qui se plaignent constamment qu'un architecte américain ait pu apporter ».

Bien que ces édifices soient de plus en plus complexes, Gehry reconstruit des équilibres. En République Tchèque, à Prague, il a conçu un édifice pour la Nationale Nederlande (1992-1996) nommé « Ginger et Fred » car les deux bâtiments adoptent les courbes des corps en tension de deux danseurs qui ne font qu'un dans le mouvement.

Gehry représente les paradoxes du tissu urbain, ses ruptures et il emploie des effets de faille, de choc, voire de conflit entre les différents volumes d’un bâtiment. Le travail sur l’élasticité, sur la compression, sur le conflit même entre les éléments constructifs (maçonnerie, verrière, couverture, etc.) et l’interaction des matériaux entre eux servent de connecteurs dans un réseau urbain complexe. Frank Gehry s'est toujours prononcé contre l’identité inerte, figée de l’objet sculptural.

Deux projets sont particulièrement remarqués. The Peter B. Lewis Science Library, 2002-2008 à Princeton dans le New Jersey est un lieu qui rassemble toutes les collections, tous domaines confondus, de l’université de Princeton, la bibliothèque Lewis abrite des salles de lecture, des laboratoires et des instituts de recherche. La silhouette générale de la bibliothèque est structurée par une tour qui domine des constructions plus basses. Les géométries affirmées des volumes se mêlent à un emploi varié des matériaux (brique, acier, verre, stuc).

Le Biomusée de Panama en cours de réalisation depuis 2000 est un lieu d’exposition, de conservation et d’éducation, ce musée est dédié à l’histoire géologique et écologique du Panama. Le contenu des salles, élaboré dès l’origine du projet, a déterminé en partie le programme architectural. Le bâtiment cherche à rendre concret la richesse de la biodiversité tropicale. La multiplication des toitures pliées et éclatés, et l’utilisation de couleurs vives expriment un musée dynamique, nouveau en son genre. Les galeries d’expositions gravitent autour d’un atrium central, une place publique en libre accès.

Continuité – Flux (2000-2010)[modifier | modifier le code]

Frank Gehry commence la réduction d’espaces interstitiels complexes et la recherche de nouvelles formes spatiales, nées de la continuité des enveloppes. Par exemple, les éléments de toiture sont superposés et paraissent devenir indépendants comme pour le MARTa Herford Museum (1998-2005) en Allemagne. Le musée des arts appliqués de Herford est construit sur le site d’une ancienne usine de textile. L’extension que construit Gehry contient deux logiques : celle de boîte en maçonnerie de brique et celle de voiles métalliques pour les couvertures. L’ondulation des toits rappelle la rivière à proximité tandis que la brique rouge renouvelle la tradition constructive locale créant une interaction du musée avec son environnement.

Le Richard B. Fisher Center for the Performing Art (1997-2003) à New York est situé dans la vallée de l’Hudson, cette salle de spectacle devait instaurer, selon le souhait du maître d’ouvrage, une relation forte avec le paysage naturel. Les variations lumineuses du ciel se réfléchissent sur les auvents ondulés en métal qui enveloppent le bâtiment et qui semblent le fondre dans l’environnement. Le programme comprend deux salles de concert, l’une hexagonale, l’autre rectangulaire, qui dictent les formes générales du bâtiment.

L’hôtel At Marquès de Riscal (1999-2006) à Elciego en Espagne est construit sur l’un des plus anciens vignobles de La Rioja, ce complexe hôtelier s’inscrit dans un projet de revalorisation touristique du Pays basque. Au-dessus des cuves et des caves à vin du domaine viticole, un spectaculaire pare-soleil composé d’une vingtaine d’auvents en titane et acier surmonte des volumes cubiques en parement de pierre. Malgré l’inscription contrastée du bâtiment dans le paysage, l’usage du grès pâle associe le bâtiment à la matérialité du site et du village traditionnel avoisinant.

La réalisation du projet DZ Bank (1995 – 2001) à Berlin est à la fois le siège de la banque d’affaires DZ Bank et un ensemble de logements haut de gamme. Ce bâtiment, situé tout près de la porte de Brandebourg, est le premier projet berlinois de Gehry. Les façades extérieures très sobres s’intègrent au contexte urbain alentour tandis qu’à l’intérieur se déploie un autre univers matériel et formel. Les bureaux sont organisés autour d’une cour intérieure au sein de laquelle est implantée une salle de conférence spectaculaire. Sa forme constitue une extension du motif de la tête de cheval que F. Gehry avait initié pour la Lewis Residence.

La clinique de Lou Ruvo (2005- 2010) dans un nouveau quartier de Las Vegas a été élaborée avec le philanthrope et mécène Larry Ruvo. Ce centre spécialisé dans les maladies neurodégénérative fait apparaître sur le côté nord, un empilement irrégulier de volumes cubiques en béton sur quatre niveaux génère une façade à multiples retraits, tandis que le côté sud fait émerger des volumes sont couverts par une enveloppe autoportante en acier inoxydable dont les fenêtres incurvées suivent les circonvolutions du métal. La dynamique extérieure se répercute à l’intérieur du bâtiment où les murs courbes évacuent toutes connotations médicales traditionnelles.

Ces projets ont complètement remis en cause l'enveloppe d'une construction en faisant disparaître les notions de façade, de couverture et des repères conventionnels liés à la verticalité d’une construction. La fusion opérée entre la structure constructive du bâtiment avec son enveloppe rendue possible par l'utilisation des outils numériques permet de transférer la notion d'ornement à la peau elle-même. La compénétration des volumes et leur fluidité crée une architecture iconoclaste.

Le Pavillon à toit ouvert Jay Pritzker (2004) a été réalisé au centre du Parc Millenium à Chicago. Gehry a été chargé de construire un pavillon de musique en plein air pour accueillir 11.000 personnes, typologie qu’il a déjà traité auparavant plusieurs fois. La scène est bordée par des auvents métalliques courbés et prolongée par un treillis d’acier qui forme une arche à ciel ouvert sur 183 m de longueur au-dessus de l’auditoire. Un pont sinueux enjambe l’autoroute à proximité et permet d’isoler la scène du bruit. L’architecture permet une propagation optimale du son tout en exprimant l’idée d’énergie et de mouvement intrinsèque à la musique.

Un autre immeuble fascinant est le musée Experience Music Project (2000) à Seattle. Dans la ville natale du guitariste mythique Jimi Hendrix, le co-fondateur de Microsoft Paul Allen, initie la construction d’un lieu dévolu à la culture rock et aux musiques populaires nord-américaines. En hommage au musicien, le bâtiment puise dans son vocabulaire rythmique et mélodique: amplification et distorsion du son, improvisation… Six volumes distincts par leurs formes et par leur enveloppe métallisée sont agencés et intègrent le monorail qui relie le parc à la ville, pour former un bâtiment ample et dynamique. Ces édifices se présentent au visiteur comme plusieurs cadeaux de Noël emballés dans un papier brillant, l’un d’eux mal collé, qui se soulève un peu au gré du vent, dévoilant une partie de ce qu’il recèle. Il peut envelopper aussi les édifices d'une peau, d'un voile qui semblent vibrer.

Singularité – Unité (2010-2015)[modifier | modifier le code]

Après avoir élaboré un nouveau langage architectural, Gehry pratique l'auto-critique et interroge l’identité de l’objet architectural. L’Üstra Office Building (1995-2001) à Hanovre en Allemagne, un parallélépipède avec une légère torsion, ouvre cette problématique. La tour de bureaux de la société de transports publics allemands Üstra prend place au sein d’un projet d’aménagement de la place Am Steintor. Située à l’angle d’un îlot, la géométrie de la tour de neuf niveaux est dynamisée par une torsion. La rotation successive des plans de niveaux permet de conserver une répartition régulière du programme, que seul traduit l’alignement des baies. Une excroissance de 5 étages en acier inoxydable bleu foncé facilite la transition de hauteur entre les bâtiments adjacents et le nouvel édifice.

Cette recherche sera approfondie par l’IAC Building (2003-2007) à New York et poursuivie avec Le 8 Spruce Street à New York (ou (Beekman Tower) (2003-2011) à New York. Cette architecture en mouvement s'illustre aussi avec la Fondation Louis Vuitton construite dans le Bois de Boulogne à Paris (2005 – 2014).

Le Dr Chau Chak Wing à l' Université de Technologie à Sydney dont la réalisation est en cours depuis 2009 est un lieu de recherche et d’enseignement pour l’université de technologie de Sydney. Gehry propose un bâtiment biface. La façade sur rue en brique est divisée en modules de cinq niveaux semblables à de petits bâtiments autonomes tandis que la façade arrière est composée de grands panneaux de verre. Cette enveloppe hétérogène accueille différents types d’espaces dont les plans s’adaptent aux formes extérieures. Le travail de répartition et d’intégration du programme est généré par la volonté de susciter la transdisciplinarité.

Le Guggenheim Abou Dabi sur l'Île de Saadiyat aux Émirats arabes unis est prévu d'être terminé en 2017.

D'autres futurs projets significatifs comportent les Mirvish Towers à Toronto, un centre d'arts sur le site du World Trade Center à New York. Le design du nouveau siège social de Facebook à Menlo Park en Californie a été finalisé. En octobre 2013, Gehry a été désigné simultanément avec le cabinet d'architecture Foster + Partners pour le projet « High Street » dans le cadre du développement de la Battersea Power Station à Londres. Il s'agit pour Gehry de la première construction réalisée à Londres.

Computation generative[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, il revient à une idée d'unité architecturale. À partir de la fin des années 1980, l'agence de Franck Gehry commence à utiliser les outils numériques. Le numérique intervient de manière prépondérante dans la conception d'un projet avec notamment celui de la Lewis Residence (1985-1995, non réalisé). La Lewis House, du nom de l'homme d'affaires a permis à Gehry, pendant des années, de faire des recherches sur le numérique. Pour elle, Gehry crée des voiles qu'il n'arrive pas à réaliser. Elle ne sera jamais construite mais il s'agit d'un "objet architectural révolutionnaire", selon Frédéric Migayrou.   C'est la modélisation numérique, au début des années 1990, qui va lui permettre d'aller plus loin dans cette idée d'unité et de créer ces bâtiments aux formes incroyables, dont le Musée Guggenheim (Bilbao) est un des premiers, avec ses volumes qui semblent s'envoler dans tous les sens. Frank Gehry n'a pas voulu qu'il soit construit en ville, c'est lui qui a voulu le situer dans une friche industrielle. Et, pour les commissaires de l'exposition, c'est parce qu'il a cette vision urbaine que le projet du Musée Guggenheim (Bilbao) réussit. C'est parce qu'il est un grand urbaniste qu'il est un grand architecte. En 1992, il fait appel au logiciel provenant de l'aéronautique CATIA de Dassault Systèmes pour tracer des surfaces comportant des courbes complexes.

Avec le modèle numérique 3D, créé par CATIA en 1992, le numérique est au centre de la création et de la production reléguant le rôle de l'architecte à une moindre importance. En 2002, l'agence Gehry invente son propre logiciel Digital Project redonnant à l'architecte une place au cœur du dispositif. Pour Gehry, le numérique est à la fois un outil et une source d'inspiration pour sa recherche exploratoire autorisant la réalisation des projets de plus en plus complexes et un lien ténu entre les surfaces virtuelles et physiques.

Pourtant, Frank Gehry conserve la technique de la maquette car elle permet un rapport direct entre la main et l'objet. L'image d'ordinateur est sans vie, froide, horrible et souhaite mettre l'ordinateur au service de sa propre créativité et de ne pas le laisser devenir le créateur. Il déplore d'ailleurs que « Ce qui est un outil étonnant offert à l’architecte est devenu une béquille et beaucoup de ceux qui l’utilisent laissent finalement l’ordinateur dessiner, concevoir leurs formes ». L'ordinateur a permis par exemple l'apparition de la tête de cheval qui sert de salle de conférences au siège de la banque DZ Bank à Berlin.

Des projets inaboutis et des critiques[modifier | modifier le code]

Pourtant, récemment, certains des projets les plus importants n'ont pu être menés jusqu'à leur terme. Le développeur Bruce Ratner du projet Atlantic Yards à Brooklyn a ainsi abandonné le projet de Ghery en raison des coûts élevés en 2009. À Los Angeles, les dessins de Gehry pour la Grande Avenue à côté du Disney Hall ont été reportés pour plusieurs années. La controverse issue du projet du Memorial Dwight D. Eisenhower à Washington D.C a entraîné de nombreux retards pendant le processus d'adoption par le Congrès des États-Unis.

Même si la plupart des œuvres de Gehry ont été globalement bien accueillies, certaines ont fait l'objet de critiques. L'historien d'art Hal Foster interprète l'architecture de Gehry comme, principalement, des projets au service de grandes marques commerciales. Certains critiques fustigent ses constructions car elles dépensent des ressources structurelles en créant des formes non fonctionnelles et car elles ne semblent pas s'intégrer dans l'environnement et sont dessinées sans tenir compte du climat local.


De plus, certains projets ont dépassé les budgets, comme le Walt Disney Concert Hall dans le centre-ville de Los Angeles qui a nécessité plus de 10 000 RFI (requêtes pour informations) et dépassait de 174 millions de dollars le budget initial. De plus, un désaccord a été résorbé moyennant une somme de 17,8 millions de dollars.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

  • En 1977, Frank Gehry est lauréat du Prix Arnold W. Brunner d’architecture de l’Académie Américaine

des Arts et des Lettres.

  • En 1989, il reçoit le Prix Pritzker d’Architecture pour « sa très grande contribution à l’humanité et

à l’urbanisme ».

  • En 1992, il reçoit le Prix Artistique Wolf de la Fondation Wolf. La même année, il est désigné lauréat

du Praemium Imperiale décerné par l’Association Japonaise des Arts en « honneur à sa remarquable contribution au développement, à la vulgarisation et au progrès des arts ».

  • En 1994, il est le premier lauréat du Dorothy et Lillian Gish Award en récompense à l’ensemble de sa

carrière consacrée aux arts. La même année, il est fait académicien par la National Academy of Design.

  • En 1998, il est nommé académicien honoraire par l’Académie Royale des Arts. La même année, il reçoit

la Médaille Nationale des Arts et devient le premier lauréat du Prix Friedrich Kiesler.

  • En 1999, il reçoit la Médaille du Mérite du Lotos Club, ainsi que la Médaille d’Or de l’Institut Américain

des Architectes.

  • En 2000, l’Institut Royal des Architectes Britanniques lui décerne la Médaille d’Or, et il reçoit l’Award pour

l’ensemble de ses œuvres de l’Association Americans for the Arts.

  • En 2002, Frank Gehry reçoit la Médaille d’Or d’Architecture de l’Académie Américaine des Arts et des

Lettres. Il est nommé membre de l’Académie Américaine des Arts et des Lettres en 1987, administrateur de l’Académie Américaine à Rome en 1989, et Membre de l’Académie Américaine des Arts et des Sciences en 1991.

  • En 2003, il entre à l’Académie Européenne des Sciences et des Arts et devient Compagnon de l’Ordre du Canada.
  • En 2005, il est fait Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’honneur par le gouvernement français.
  • En 2006, il devient le premier lauréat de la California Hall of Fame.
  • En 2008, Frank Gehry se voit décerner le Lion d’Or à la Biennale de Venise pour l’ensemble de ses œuvres.
  • En 2010, il se voit décerner le Prix John Singleton Copley par l’American Associates for the Royal Academy

Trust, et reçoit le prix de la Cooper Union de New York pour la Promotion des Sciences et des Arts.

  • En 2014, il reçoit le prix Prince des Asturies pour les Arts.

Frank Gehry a été fait docteur honoris causa de l’Occidental College, du Whittier College, de l’École Supérieure des Arts et Métiers de Californie, de l’Institut Universitaire de Technologie de Nova Scotia, de l’École de Design de Rhode Island, de l’Institut Californien des Arts, de l’Institut d’Architecture de Californie du Sud, de l’Institut des Arts Otis de l’École de Design de Parsons, de l’Université de Toronto, de l’Université de Californie du Sud, de l’Université de Yale, de l’Université de Harvard, de l’Université d’Edimbourg, de l’Université Case Western Reserve et de l’Université de Princeton.

Frank Gehry a enseigné dans des plus prestigieuses institutions dans le monde, notamment à l’Université de Harvard, à l’Université de Californie du Sud, à l’Université de Californie de Los Angeles, à la Sci-Arc, à l’Université de Toronto, à l’Université de Columbia, à l’Institut Fédéral de Technologie de Zurich, et à l’Université de Yale où il enseigne encore aujourd’hui.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Il est représenté dans Les Simpson, saison 16, épisode 14, Le Bon, les Brutes et la Balance. Il construit un opéra pour la ville fictive de Springfield en s'inspirant d'une boule de papier chiffonnée, qui fait immédiatement faillite et est transformé en prison.

Principales réalisations[modifier | modifier le code]

Photographies d’œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
Articles
  • Valéry Didelon, « Tribulations du 51 rue de Bercy : première œuvre de Frank O. Gehry à Paris », Criticat, no 1,‎ janvier 2008
  • Catherine Seron, « La cinémathèque s'installe dans les murs de Frank O. Gehry », AMC le Moniteur architecture, no 154,‎ septembre 2005, p. 30-32
  • Florence Michel, « Frank Gehry en Europe », Architecture Intérieure Créée, no 260,‎ août-septembre 1994, p. 72-75
  • Chantal Beret, « Frank Gehry : l'organisation du désordre », art press,‎ février 1990, p. 38-39
  • Olivier Boissière, « L'art et Frank Gehry », Les Cahiers du CCI, éditions du Centre Pompidou, no 3 « Monuments éphémères: BD, mode, théâtre, lumière... et architecture »,‎ 1987, p. 21-24
  • Giovanni Lista, « Boccioni et Gehry à Bilbao », dans Ligeia, dossiers sur l’art, no 33-34-35-36, octobre 2000-juin 2001, Paris
  • Eric Valentin, " Frank Owen Gehry: les métamorphoses de l'impensable", in Recherches en esthétique, no 16, 2010.