Manoir

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Un cossu manoir suédois
Fournebello, à Plouagat, est un élégant petit manoir breton du XVIe siècle.
Zonnebeek (1907), près d'Enschede (Pays-Bas)
Manoir transylvain près de Cluj

Un manoir est la résidence ou la demeure d'un noble, son logis seigneurial. Le bâtiment est parfois désigné aussi par « gentilhommière », l'habitation d'un « gentil », c'est-à-dire d'un noble de naissance.

Avec son allure de petit château implanté sur un fief ou un « domaine », c'est donc bien souvent, dans un village ou un hameau, la bâtisse la plus vaste, la plus belle et la mieux équipée, puisqu’y habitait un hobereau, qui pouvait, contrairement à d'autres, plus fortunés et puissants, encore, ne pas disposer d'autres résidences telles qu'un hôtel particulier dans la ville proche, plus confortable en hiver.

On peut distinguer un manoir d'un château par le fait que l'exploitation agricole était essentielle pour le manoir et gérée directement par son seigneur, qui n'avait pas le privilège d'exercer des fonctions plus honorifiques, militaires ou administratives (acquises non par compétence, mais par achat de « charges »).

Le manoir est donc aussi dans toutes les provinces et jusqu'à la Révolution française le centre décisionnel de la figure locale de la petite noblesse, faisant exploiter elle-même les terres de son domaine par « ses » paysans, ses plus proches voisins, « son » peuple.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme est mentionné par l'écrivain normand Wace sous la forme maneir en 1155 au sens de « demeure, habitation »[1], puis de nouveau chez le même auteur dans une autre de ses œuvres, vers 1160 - 1174, au sens de « propriété, domaine »[2].

Cependant, dès le XVIIe siècle, son emploi ne se limite plus guère qu'à la poésie[3] et prend un sens burlesque dès le milieu du même siècle. Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'il est attesté au sens moderne de « logis d'importance, petit château ».

Le mot manoir est à l'origine l'infinitif substantivé de l'ancien français manoir « demeurer, habiter »[4], issu du gallo-roman MANERE « habiter », du latin manere « demeurer un certain temps »[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

La construction de ces bâtiments remonte souvent au XVe siècle ou XVIe siècle, c'est-à-dire le siècle qui a suivi la fin de la guerre de Cent Ans, témoignant d'une prospérité retrouvée, même si toujours en proie à la crainte de troubles.

Un manoir avait généralement l'aspect identique à une maison forte ou à un château constitué d'un corps de logis et de dépendances formant les ailes entouré de champs, de fermes, de pâturages et de bois. Ce n'était en aucun cas un édifice à vocation militaire, donc pas un château fort, puisqu'il était interdit au vassal maître des lieux de l'équiper de tours et d'un donjon.

Par extension, le terme de « manoir » a pu désigner toute demeure de maître ou d'agrément, de quelque importance entourée de terres cultivées, de toute façon bien remarquable parmi toutes les autres habitations, « masures » ou « chaumières » occupées par le petit peuple, les manants, plus tard appelés « manouvriers ».

Plus rarement encore, des documents anciens, dans certaines régions, font état de « manoir non amasé », désignant une terre sans maison (mas, masure ou maisière), parce que détruite depuis parfois un temps indéterminé.

Le domaine du manoir était largement autosuffisant et faisait commerce de certains surplus avec d'autres manoirs afin d'acheter le cas échéant quelques produits rares. Au gré du développement des marchés dans les villes du Moyen Âge, les manoirs commencèrent à se spécialiser dans certaines productions : fabrication de fromage, élevage de porcs, viticulture, culture des céréales ou des légumes, etc.

Le « maître » occupait le manoir avec sa famille, quelques domestiques et serviteurs.

La population du domaine était composée essentiellement de paysans (c'est-à-dire de roturiers). Les terres étaient initialement peuplées principalement de serfs qui passaient une grande partie de leur temps à travailler la terre du seigneur en échange de sa protection. Les serfs possédaient ou exploitaient pour leur subsistance juste quelques bandes de terre dans des champs du manoir. Si le serf n'était pas un esclave, il n'était pas pour autant libre. Il ne pouvait se marier, changer de métier ou quitter le manoir sans la permission de son seigneur, mais il avait tout de même quelques droits. Son statut était héréditaire et donc transmis à sa descendance. Sa terre ne pouvait lui être ravie dans la mesure où il remplissait ses obligations vis-à-vis de son seigneur. Si la relation entre seigneur et vassal peut sembler a priori comparable à celle de serf et seigneur, le Moyen Âge faisait une distinction nette entre un contrat honorable visant à fournir au seigneur un service militaire et le simple travail fourni par le serf.

La technique agricole a tout de même fini par transformer la vie des serfs du Moyen Âge. Les rendements agricoles se sont accrus au fil du temps, ce qui a permis de faire commerce des surplus ainsi dégagés. De là, les serfs ont obtenu progressivement les moyens de racheter leur liberté. Pourtant, même si à l'aube du XIXe siècle, juste avant la Révolution, l'Europe occidentale ne comptait que peu de serfs, la masse des ruraux, parfois encore confrontée à la famine, vivait localement dans un état d'extrême dépendance économique, sociale et « politique » vis-à-vis des puissants du manoir (le servage a perduré en Allemagne jusqu'à la deuxième moitié du XIXe siècle et est une des causes de l'émigration de la population pouvant racheter son droit de quitter une terre).

Manoirs célèbres[modifier | modifier le code]

Autre[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brut, 6902 ds T.-L.
  2. Rou, éd. A. J. Holden, III, 2165, t. I, p. 241.
  3. Rotrou, Herc. mour., IV, 2 ds Littré.
  4. ca 880, Eulalie, 9 ds T.-L.
  5. Site du cnrtl : Étymologie de manoir

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural - Les mots du passé, Fayard,‎ octobre 1997, « Maisière, manoir, mas, masure »