Renaissance italienne

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La Renaissance italienne amorce la Renaissance, une période de grands changements culturels en Europe qui couvre plus d’un siècle (de la fin du XIVe siècle, dit Trecento, jusqu’au début du XVIe, dit Cinquecento). La Renaissance est implicitement italienne[1] (il Rinascimento), puisque ce pays fut son foyer de rayonnement pour l'Europe entière, dans une perspective d'universalité.

Sens européen historique[modifier | modifier le code]

La basilique Saint-Pierre et son immense dôme vue du château Saint-Ange.
Portrait posthume de Nicolas Machiavel (détail), par Santi di Tito.

Elle marque la transition entre le Moyen Âge et l’Époque moderne dans le monde. Le terme « renaissance » est en fait un terme moderne qui devint courant au XIXe siècle dans les travaux d’historiens comme Jacob Burckhardt. Bien que l’on date les origines d’un mouvement de mécénat et d’effort intellectuel cantonné au milieu instruit à la première moitié du XIVe siècle, beaucoup d’aspects de la culture et de la société italienne restent largement médiévaux ; la Renaissance ne prend son essor qu’à la fin du siècle. L’époque est surtout connue pour son retour à la culture classique antique après ce que les humanistes de la Renaissance nomment l’Âge sombre[2]. Ces changements, bien qu’importants, ne se produisent que dans les plus hautes couches de la société, et pour la grande majorité de la population la vie quotidienne reste peu différente de celle au Moyen Âge, même si l'essor de la bourgeoisie marchande[3] a permis d'élargir l'accès à la prospérité, ce qui contraste avec la plus triste condition de l'Europe dans le Haut Moyen Âge.

La Renaissance italienne est, en effet, d'abord un phénomène économique qui s'amorce, selon certains historiens, dès le XIIe siècle à la suite de la première croisade. Les routes commerciales de l'Orient s'ouvrent aux marchands européens, et l'Italie, au centre de la Méditerranée, devient la plaque tournante du commerce entre l'Europe et l'Asie. Les cités marchandes italiennes s'enrichissent grâce au commerce de la soie et des épices. Un système bancaire moderne se crée et une nouvelle classe sociale voit le jour : la bourgeoisie. Le Florin (devise de Florence) devient la monnaie internationale du bas Moyen Âge. Cette richesse amène les cités italiennes (indépendantes et fières) à rivaliser entre elles dans le domaine de la culture des arts et des sciences. Chaque prince, pour apparaître plus puissant que son voisin, est prêt à dépenser des fortunes pour avoir les meilleurs artistes et les plus beaux monuments.

La Renaissance italienne prend racine en Toscane (Italie Centrale), concentrée autour de Florence et Sienne. Le mouvement a ensuite des répercussions importantes à Venise[4]. Les restes de la culture de la Grèce antique y sont rassemblés, abreuvant les érudits humanistes de nouveaux textes. Plus tard, la Renaissance s’installe à Rome, où fleurit une architecture à la mode antique. Rome sera en grande partie reconstruite par les papes des XVe et XVIe siècles. La Renaissance italienne culmine au XVe siècle. Pendant les invasions étrangères qui meurtrissent la région (voir guerres d'Italie) les idées et idéologies de la Renaissance se répandent dans toute l’Europe, déclenchant la Renaissance au nord à Fontainebleau et Anvers et la Renaissance anglaise.

On connaît de la Renaissance les œuvres littéraires, entre autres, de Pétrarque, Castiglione et Machiavel (voir littérature française du XVIe siècle) ; les travaux d’artistes comme Michel-Ange, Léonard de Vinci ou encore Raphaël (voir art de la Renaissance), et les grands travaux architecturaux, comme le Dôme de Florence et la basilique Saint-Pierre à Rome (voir architecture Renaissance). D’autre part, les historiens d’aujourd’hui considèrent que la fin du XVIe siècle en Italie s’est accompagnée d’une régression économique et de très peu de progrès en science, ce qui a permis le grand bond en avant de la culture protestante au XVIIe siècle.

Les raisons de la fin de l'hégémonie italienne dans le commerce et les sciences sont principalement dues au changement des routes commerciales après la découverte de l'Amérique. Le rôle de la mer Méditerranée se marginalise de plus en plus, les nations de l'océan Atlantique profitent mieux des nouveaux équilibres géopolitiques, d'abord l'Espagne et le Portugal, mais ensuite surtout la France, l'Angleterre, les Pays-Bas, et en général les nations du nord de l'Europe. Certainement la réforme protestante a aussi joué un rôle dans le renouveau politique et économique des nations du nord.

Origines[modifier | modifier le code]

L'Italie du Nord et la Toscane à la fin du Moyen Âge[modifier | modifier le code]

À la fin du Moyen Âge, le sud de l'Italie et Rome par deux fois centre de l’Empire romain, sont bien plus pauvres que le reste de l'Italie. Rome est presque en ruines, et la région des États pontificaux est administrée avec laxisme, peu réglementée et ordonnée. En effet, la résidence du pape a été déplacée à Avignon sous la pression du roi de France Philippe le Bel.

Toutefois Rome, dès le XVe siècle, atteint la même splendeur des autres cités d'Italie centrale (Pérouse, Assise, Spolète, Orvieto, Urbino). Rome deviendra, après Florence, un des hauts lieux de la Renaissance italienne.

Par contre le sud, passé par plusieurs dominations étrangères, ne connaît pas, à cette époque, le même renouveau économique et artistique, avec quelques exceptions comme la cité marchande d'Amalfi. On peut aussi considérer comme précurseur des idéaux de la Renaissance le grand raffinement de la cour de Palerme au XIIIe siècle sous Frédéric II surnommé stupor mundi. Un certain renouveau artistique a eu lieu par la suite aussi à Naples sous Alphonse d'Aragon au XVe siècle, mais en général le sud de l'Italie reste à l'écart des bouleversements économiques et sociaux de la Renaissance.

Les États du centre et du nord de l'Italie, bien plus prospères, comptent parmi les plus riches d’Europe[5]. Les croisades ont tissé des liens commerciaux durables avec le Levant, et la quatrième croisade a éliminé l’Empire byzantin, rival commercial des Vénitiens et des Génois. Les principales routes de commerce venant de l’est traversent l’Empire byzantin ou les pays arabes et vont jusqu’aux ports de Gênes, Pise et Venise. Les marchandises de luxe comme les épices, les colorants et la soie sont achetées en Orient, importées en Italie puis revendues à travers l’Europe. De plus, les cités-États à l’intérieur des terres profitent de la riche région agricole de la vallée du . Les routes terrestres et maritimes apportent de la laine, de la farine et des métaux précieux de France, d’Allemagne et des Pays-Bas par le biais des foires de Champagne. Le vaste commerce qui s’étend de l’Égypte jusqu’à la mer Baltique génère des excédents qui rendent possibles de considérables investissements dans les exploitations minières et l’agriculture. Ainsi, bien que l'Italie ne détienne pas plus de ressources que beaucoup d’autres parties de l’Europe, le niveau de développement, stimulé par le commerce, lui permet de prospérer. Florence devient l’une des plus riches villes de l’Italie, en grande partie grâce à sa production de laine textile sous la surveillance de la guilde commerciale dominante, la corporation Arte della Lana. La laine est importée d’Europe du nord (et d’Espagne à partir du XVIe siècle) et les colorants venant d’Orient sont utilisés pour fabriquer des textiles de grande qualité.

Ces routes commerciales italiennes, qui se déploient sur toute la Méditerranée et au-delà, véhiculent aussi la culture et la connaissance. Durant la période médiévale, les travaux incarnant l’éducation classique des Grecs se sont répandus peu à peu en Europe occidentale, à travers les traductions et les traités arabes, depuis Tolède et Palerme. C’est par les croisades que se fait le premier contact de l’Europe avec l’éducation classique, préservée par les Arabes, mais l'événement le plus marquant est la Reconquista espagnole au XVe siècle, dont résultent les traductions de textes arabes par les spécialistes de l’école de Salamanque. La pensée scientifique, philosophique et mathématique entre en Italie par l’Égypte et le Levant. Éléments déclencheurs des nouvelles études linguistiques de la Renaissance, des textes grecs et les érudits capables d’apprendre aux Italiens à les lire arrivent de Constantinople après sa conquête par les forces ottomanes en 1453 dans les académies de Florence et Venise, qui renaissent de leurs cendres. Les érudits humanistes cherchent dans les bibliothèques monastiques d’anciens manuscrits et retrouvent Tacite et d’autres auteurs latins ; avec la redécouverte de Vitruve, les principes architecturaux de l’Antiquité peuvent à nouveau être observés, et les artistes de la Renaissance sont encouragés, dans l’optique de l’optimisme humaniste, à surpasser les Anciens, parmi lesquels Apelle.

Le XIIIe siècle, période de prospérité[modifier | modifier le code]

L’Europe connaît un bond économique global au XIIIe siècle. Les routes commerciales des états italiens s’allient aux ports de la Méditerranée et finissent par créer un réseau économique en Europe avec la Hanse, pour la première fois depuis le IIIe siècle. Les cités États d’Italie croissent énormément durant cette période et gagnent en puissance, devenant de ce fait entièrement indépendantes du Saint-Empire romain germanique. Dans le même temps, les infrastructures commerciales modernes voient le jour : sociétés par actions, système bancaire international, marché des changes systématisé, assurance et dette publique. Florence devient le centre de cette industrie financière, propulsant le florin au statut de devise principale du commerce international.

Une nouvelle classe dominante émerge, constituée de marchands qui gagnent leur situation par leurs compétences financières, adaptant à leur profit le modèle aristocratique féodal qui a dominé l’Europe au Moyen Âge. La montée en puissance des communes en Italie est une particularité du Moyen Âge tardif, celles-ci accaparant le pouvoir des évêques et des seigneurs locaux. Dans une grande partie de la région, la noblesse terrienne est beaucoup plus pauvre que les patriarches des villes : la croissance inflationniste de l’économie médiévale laisse les propriétaires sur la paille. Le développement du commerce au début de la Renaissance accentue cet aspect. Le déclin du féodalisme et la croissance urbaine influent l’un sur l’autre ; par exemple, la demande de produits de luxe engendre une croissance du marché, enrichissant de nombreux négociants qui, à leur tour, demandent plus de produits de luxe. Ces changements donnent aussi aux marchands un contrôle presque total des gouvernements des cités-États, mettant encore en avant le commerce. Un des effets les plus importants de ce contrôle politique est la sécurité : dans un système féodal, ceux qui deviennent extrêmement riches courent constamment le risque de se brouiller avec la monarchie et de voir leurs terres confisquées (c’est le cas de Jacques Cœur en France). Les états du nord gardent aussi beaucoup de lois médiévales qui entravent le commerce, dont les lois contre l’usure et l’interdiction de négocier avec des non-chrétiens. Dans les cités-États d’Italie, ces lois sont abrogées ou réécrites.

L’effondrement du XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Portrait de Dante par Sandro Botticelli.

Le XIVe siècle voit une série de catastrophes précipiter l’Europe vers une récession économique. La « période médiévale chaude » se termine, et commence le petit âge glaciaire. Ces changements climatiques provoquent une baisse significative du rendement agricole, conduisant à des famines répétées, accentuées par la croissance rapide de la population au début du siècle. La Guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre perturbe le commerce de l’Europe au nord-ouest ; quand, en 1345, le roi Édouard III d'Angleterre nie ses dettes, il contribue à la faillite des banques de Bardi et Peruzzi, les deux plus importantes de Florence. Le commerce est également perturbé à l’est par l’expansion de l’Empire ottoman. La peste noire est cependant la catastrophe la plus dévastatrice. Décimant la population dans les villes densément peuplées d’Italie, elle frappe plusieurs fois, par intermittence. Florence, par exemple, dont la population avant l’arrivée du fléau était de 45 000 habitants, se voit réduite de 25 à 50 % en 47 ans. Un trouble général s’ensuit, incluant une révolte des ouvriers du textile florentins, les ciompi, en 1378.

C’est pendant cette période d’instabilité qu’apparaissent les premières figures de la Renaissance, comme Dante et Pétrarque[6], et les premières inspirations artistiques de la Renaissance se manifestent durant la première moitié du XIVe siècle, notamment dans le réalisme de Giotto. Paradoxalement, certains de ces désastres ont participé à édifier le courant de la Renaissance. En décimant plus d’un tiers de la population européenne[5], la peste noire laisse derrière elle une population plus riche, mieux nourrie, et qui a incontestablement plus d’argent à dépenser en produits de luxe comme l’art et l’architecture. Tandis que les effets du fléau commencent à décliner au début du XVe siècle, la population anéantie connaît une nouvelle croissance démographique, renouvelant la demande de produits et de services. Le nombre de personnes capables de les fournir étant réduit, les classes les plus basses sont remises en valeur. De plus, cette demande crée également une classe florissante de banquiers, marchands et artisans qualifiés. Les horreurs de la Peste Noire et l’incapacité de l’Église à apporter du réconfort lui font perdre son emprise. En outre, l’effondrement des banques de Bardi et Peruzzi permet aux Médicis de gagner de l'influence à Florence. Robert Sabatino Lopez affirme que la dépression économique est un facteur essentiel de la naissance du courant de la Renaissance. Selon lui, si l’époque avait été plus prospère, les hommes d’affaires auraient rapidement réinvesti leurs gains afin de gagner encore plus d’argent dans un climat favorable à l’investissement. À l’inverse, durant les années les plus difficiles du XIVe siècle, les plus riches ont peu de perspectives d’investissement pour leur capital et préfèrent en dépenser en culture et en art.

L'hypothèse avancée par l’historien Hans Baron est une autre explication répandue de l’avènement de la Renaissance italienne : la première cause de la Renaissance serait la longue série de guerres entre Florence et Milan (voir Guerres d'Italie). À la fin du XIVe siècle, Milan est devenue une monarchie centralisée sous le contrôle de la famille Visconti. Jean Galéas Visconti, qui dirige la ville de 1378 à 1402, est connu à la fois pour sa cruauté et son habileté à gouverner. Projetant de bâtir un empire en Italie du Nord, il lance une série de guerres. Milan conquiert ses États voisins et défait les diverses coalitions menées par Florence qui cherche en vain à stopper son avancée. Le point culminant est le siège de Florence en 1402, au moment où la ville semble sur le point de tomber, avant que Gian Galeazzo ne meure, laissant son empire s’effondrer derrière lui.

D’après la thèse d’Hans Baron, durant ces guerres interminables, les personnalités politiques de Florence ont rallié le peuple en présentant la guerre comme un conflit entre la république libre et la monarchie despotique, entre les idéaux des Grecs et des Républiques romaines et ceux de l’Empire Romain et des royaumes du Moyen Âge. Leonardo Bruni est, selon Baron, la personnalité la plus impliquée dans la diffusion de cette idéologie. Baron affirme que la plupart des figures du début de la Renaissance sont apparues durant cette période de crise à Florence, comme Ghiberti, Donatello, Masolino et Brunelleschi, marqués par cette idéologie républicaine. Plus tard, ces derniers défendront avec d’autres les idées républicaines qui auront un énorme impact sur la Renaissance.

Développement[modifier | modifier le code]

Relations internationales[modifier | modifier le code]

L’Italie centrale et septentrionale est divisée en beaucoup de cités-États, parmi lesquelles Milan, Florence, Pise, Sienne, Gênes, Ferrare, Mantoue et Venise, qui sont les plus puissantes. Au Moyen Âge l’Italie du Nord est divisée par la longue bataille pour la suprématie entre les forces de la Papauté et le Saint-Empire romain germanique : chaque ville se prononce pour une des factions, mais des disputes internes éclatent entre les Guelfes et les Gibelins. Les guerres entre états sont monnaie courante et les invasions de l’étranger restreignent les sorties des empereurs romains germaniques. La politique de la Renaissance se développe sur cet arrière-plan. Depuis le XIIIe siècle, les armées étant constituées principalement de mercenaires, les cités prospères peuvent rassembler des forces considérables malgré leur faible population. Au cours du XVe siècle, les cités les plus puissantes annexent les cités voisines plus faibles. Florence prend Pise en 1406, Venise s’approprie Padoue et Vérone, tandis que le Duché de Milan annexe un certain nombre de territoires alentour, dont Pavie et Parme.

Durant la première partie de la Renaissance se déroule une guerre quasi permanente sur terre comme sur mer entre les cités-États qui luttent pour la suprématie. Sur terre, ces guerres sont livrées principalement par des armées de mercenaires appelés condottieri : ce sont des troupes de soldats en provenance de toute l’Europe, mais plus particulièrement d’Allemagne et de Suisse, bien souvent menées par des capitaines italiens. Ces mercenaires ne sont pas disposés à risquer leur vie outre mesure, et la guerre devient ainsi une guerre de sièges et de manœuvres, occasionnant peu de batailles rangées. Il est aussi dans l’intérêt des mercenaires des deux camps de prolonger les conflits pour assurer la pérennité de leur contrat. D’un autre côté, les mercenaires sont une menace constante pour leurs employeurs : s’ils ne sont pas payés, ils se retournent souvent contre leur patron. Lorsqu’il devient évident qu’un état est entièrement dépendant de ses mercenaires, ceux-ci sont tentés d’en prendre le contrôle et d'en assurer le fonctionnement eux-mêmes ; cela se produit d’ailleurs de nombreuses fois.

En mer, les cités italiennes investissent beaucoup de flottes dans les batailles. Les principaux antagonistes sont Pise, Gênes et Venise ; cependant, après une longue lutte, les Génois parviennent à soumettre Pise. Venise se montre un adversaire plus puissant, et bien que les deux villes soient de forces à peu près égales, la flotte génoise est éliminée durant la bataille de Chioggia à l’entrée de la lagune de Venise en 1380 ; Venise domine ainsi les mers. Tandis que ses domaines sur les rives de la Mer Égée sont perdus au profit des Turcs et que le commerce sur la Mer Noire lui est fermé, l’attention de Venise se tourne vers le continent et la Renaissance vénitienne commence.

Des décennies de combats sur le continent affirment Florence et Milan en tant que villes dominantes, et ces deux puissances mettent finalement de côté leurs différences et signent la Paix de Lodi en 1454, ramenant la région à un calme relatif pour la première fois depuis des siècles. Cet accord persistera durant les quarante années suivantes, et l’hégémonie incontestée de Venise sur les mers amène également à une paix sans précédent presque jusqu’à la fin du XVe siècle.

Au début de ce siècle, les aventuriers et les négociants, tels Nicolò de' Conti (1395-1469), voyagent jusqu’en Asie du sud-est et en reviennent avec des nouvelles fraîches sur la situation mondiale, présageant des voyages plus lointains des Européens dans les années à venir.

Florence sous les Médicis[modifier | modifier le code]

Jusqu’à la fin du XIVe siècle, la famille Albizzi a été à la tête de Florence. Leurs principaux opposants sont les Médicis, d’abord sous Jean de Médicis, puis sous son fils Cosme. Les Médicis contrôlent la Banque des Médicis, qui est alors la plus importante banque européenne, et plusieurs autres entreprises à Florence et ailleurs. En 1433, la famille Albizzi parvient à faire exiler Cosme. Cependant, une Seigneurie pro-Médicis est élue l’année suivante et Cosme revient à Florence. Les Médicis prennent la tête de la ville, qu’ils garderont pendant trois siècles. Florence reste une république jusqu’en 1537, qui marque traditionnellement la fin de Renaissance à Florence, mais les Médicis et leurs alliés gardent une main de fer sur les instruments des institutions républicaines, excepté pendant de courtes périodes après 1494 et 1527. Cosme et Laurent n’occupent que rarement des postes officiels, mais sont les dirigeants incontestés de la ville.

Cosme de Médicis est très populaire parmi les citoyens, principalement pour avoir apporté une ère de prospérité et de stabilité à la ville. Une de ses réalisations les plus importantes est la négociation de la Paix de Lodi avec François Sforza, mettant fin à des décennies d’une guerre contre Milan et apportant une stabilité à une grande partie de l’Italie du Nord. Cosme est aussi un important mécène, que ce soit directement ou indirectement, par l’exemple qu’il donne.

Lui succède son fils malade Pierre de Médicis, qui meurt cinq ans plus tard. En 1469 les rênes de la ville passent à Laurent, le petit-fils de Cosme, alors âgé de vingt-et-un ans, qui deviendra « Laurent le Magnifique ». Laurent est le premier membre de la famille à être instruit dès son plus jeune âge dans la tradition humaniste et est considéré comme l’un des plus grands mécènes de la Renaissance. Sous Laurent, les Médicis prennent officiellement le pouvoir à Florence avec la création d’un nouveau Conseil des Sept, que Laurent préside. Les institutions républicaines existent toujours, mais ont perdu toute autorité. Laurent est moins brillant en commerce que ses illustres prédécesseurs, ainsi l’empire commercial des Médicis s’érode lentement. Laurent perpétue l’alliance avec Milan, mais les relations avec la papauté se dégradent ; en 1478, des agents du Pape s’allient avec la famille Pazzi dans une tentative pour l’assassiner. Bien que la conjuration échoue, Julien, le jeune frère de Laurent, est tué. Cet assassinat raté déclenche une guerre avec la papauté et Laurent s’en sert pour se justifier de centraliser plus encore le pouvoir entre ses mains.

On doit aux Médicis les concepts de l'entreprise moderne en mettant en place un système de comptabilité et en créant les contrats d'association, les sociétés de répartition et le retour sur investissement, inventant ainsi la maîtrise de l'utilisation moderne de l'argent[réf. nécessaire].

L’expansion de la Renaissance[modifier | modifier le code]

L'École d'Athènes (1510-1511)
Fresque de Raphaël, Palais du Vatican

Les idéaux de la Renaissance se répandent d’abord de Florence aux états voisins de Toscane, tels Sienne et Lucques. La culture toscane devient bientôt un modèle pour tous les États de l’Italie, et les Italiens de Toscane prédominent dans toute la région, notamment en littérature. En 1447, François Sforza arrive au pouvoir à Milan et métamorphose rapidement cette ville encore médiévale en un centre majeur d’art et d’apprentissage. Venise, qui est une des villes les plus riches de par sa domination de la mer Méditerranée, devient également un centre culturel, surtout en architecture. L'apparition de petites cours implante le mécénat[7] dans des villes de moindre importance, qui développent leurs propres arts : Ferrare, Mantoue sous les Gonzague, Urbino sous Frédéric III de Montefeltro. À Naples, la Renaissance démarre par le mécénat d’Alphonse V d'Aragon qui a conquis Naples en 1443. Il soutient des artistes comme Francesco Laurana et Antonello de Messine, et des écrivains tels le poète Jacopo Sannazaro et l’érudit humaniste Ange Politien.

En 1417, la papauté est de retour à Rome, mais l'ancienne cité impériale demeure pauvre et en grande partie en ruines après les premières années de la Renaissance. La grande transformation commence sous le pontificat de Nicolas V, qui devient pape en 1447. Il lance un effort de reconstruction spectaculaire qui aboutira finalement au renouveau d'une grande partie de la cité. L'érudit humaniste Aeneas Silvius Piccolomini devient pape sous le nom de Pie II en 1458. À mesure que la papauté s'allie ou tombe sous le contrôle des riches familles, telles que les Sforza du duché de Milan, les Médicis à Florence, les Ferrare à Modène, les Doria à Gênes, les Montefeltro à Urbin et les Borgia à Rome, l'esprit de la renaissance artistique et philosophique en vient à dominer la papauté. Aux XVe et XVIe siècles les plus grands artistes tels que Botticelli, Michel-Ange et Raphaël viennent s'installer à Rome. Le pape Sixte IV poursuit l'œuvre de Nicolas, son ordre le plus connu concernant la construction de la Chapelle Sixtine. Les papes deviennent également de plus en plus des gouvernants séculiers à mesure que les États Pontificaux sont forgés au sein d'un pouvoir centralisé par une série de « papes de guerre ».

La nature de la Renaissance change également à la fin du XVe siècle. L'idéal de la Renaissance a été pleinement adopté par les classes dirigeantes et l'aristocratie. Au départ, les artistes de la Renaissance étaient vus comme des artisans avec peu de reconnaissance et de prestige. À la fin de la Renaissance, les grandes figures exercent une grande influence et peuvent exiger des honoraires importants. Un commerce florissant autour de l'art de la Renaissance se développe. Tandis qu'aux débuts de la Renaissance, de nombreux grands artistes étaient issus de basses ou petites classes sociales, ils devinrent au fur et à mesure membres d'une classe à part entière.

L'impact sur la population[modifier | modifier le code]

En tant que courant culturel, la Renaissance italienne n’affecte qu’une petite partie de la population. Le nord et le centre de l'Italie sont les régions les plus urbaines d’Europe, et pourtant la population est encore constituée aux trois-quarts de paysans vivant dans les campagnes. Pour ces gens-là, la vie ne diffère que très peu de celle du Moyen Âge. Mais les conditions de vie en Italie s'améliorent en général. Dans le nord de l'Italie, la société n’a jamais vraiment été féodale, et la plupart des paysans travaillent dans des fermes privées ou comme métayers. Selon certains spécialistes, la transformation des élites citadines en propriétaires terriens entraîne une tendance à la re-féodalisation.

La situation est très différente dans les villes, qui sont dominées par une élite commerciale[5], aussi sélecte que l’aristocratie des royaumes médiévaux. Ce groupe constitue le principal mécène et le premier destinataire de la culture de la Renaissance. En deçà se trouve une importante classe d’artisans et de membres de guildes qui vivent confortablement et ont un pouvoir non négligeable sur les gouvernements républicains, au contraire du reste de l’Europe, où les artisans font véritablement partie des classes les plus basses. Lettré et instruit, ce groupe participe activement au développement de la culture de la Renaissance. Cependant, la population citadine est constituée en majorité de travailleurs semi-qualifiés ou sans emploi, sur lesquels la Renaissance n’a pas plus d’effet que sur les paysans. On trouve quelques exemples d’individus qui, partant d’un humble niveau, ont escaladé l’échelle sociale, mais Burke remarque deux études importantes dans cette région qui montrent que les données ne peuvent clairement attester d’une augmentation de la mobilité sociale. La plupart des historiens pensent que cette mobilité sociale était assez importante au début de la Renaissance, puis qu’elle a diminué durant le XVe siècle. Les inégalités dans la société sont très marquées.

Repères pour les arts[modifier | modifier le code]

Suivant les historiens de l'art, elle commence au Duecento (XIIIe siècle) ou au Trecento (XIVe siècle) par une période dite de Pré-Renaissance (Selon l'historien de l'art Jacob Burckhardt, cette Renaissance avant l'heure commence dès le XIe siècle en Toscane et se diffuse le siècle suivant jusqu'en Provence et en Italie médiane) et se poursuit pleinement par la Première Renaissance au Quattrocento.

Elle se transforme en Haute Renaissance au début du Cinquecento (entre 1500 et 1530), suivie du maniérisme ou Renaissance tardive qui va de 1520 (mort de Raphaël) pour se finir rapidement en 1580.

Le baroque, qui débute à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, naît également en Italie, se poursuit ensuite en baroque tardif, nommé plus précisément période rococo (qui est suivi par le néoclassicisme).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les humanistes italiens du Quattrocento parlaient déjà de Rinascità - Encyclopedia Universalis
  2. Christian Bec, Yvan Cloulas, Bertrand Jestaz, Alberto Tenenti, L’Italie de la Renaissance : un monde en mutation, 1378-1494, ed. Fayard, 1990, p. 19-20.
  3. Jean Delumeau, L’Italie de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle, ed. Armand Colin, coll. « U-Histoire », 1997, p. 142-143.
  4. Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise : Une invention de la ville (XIIIe-XVe siècle), Champ Vallon, 1998.
  5. a, b et c Élisabeth Crouzet-Pavan d'après Giuliano Pinto, Villes de Flandre et d'Italie : relectures d'une comparaison traditionnelle, chap. 22 [1]
  6. Élisabeth Crouzet-Pavan, Enfers et paradis. L'Italie de Dante et de Giotto, Albin Michel, Paris, 2001.
  7. Jean Delumeau, L’Italie de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle, éd. Armand Colin, coll. « U-Histoire », 1997, p. 160-161.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Renouard, Les Villes d'Italie de la fin du Xe au début du XIVe siècle, 1968, nouvelle édition par Ph. Braunstein, 1969, Sedes, Tomes 1 et 2.
  • Jean-François Boisset, La Renaissance italienne, Flammarion, 1982.
  • Olga Hazan, Le mythe du progrès artistique : étude critique d'un concept fondateur du discours sur l'art depuis la Renaissance, Pum, 1999
  • Le Décaméron de Boccace illustré par l'auteur et les peintres de son époque, éditions Diane de Selliers

Liens externes[modifier | modifier le code]