Grand incendie de Chicago

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41° 52′ 10″ N 87° 38′ 30″ O / 41.86931, -87.64179

L'incendie de Chicago par John R Chapin, publié dans Harper's Weekly

Le grand incendie de Chicago est une catastrophe survenue du 8 octobre au 10 octobre 1871. L'incendie a fait des centaines de victimes et détruit dans leur totalité de nombreux quartiers du centre de Chicago (Illinois). Bien que l'incendie soit une des plus grandes catastrophes survenues au XIXe siècle aux États-Unis, la reconstruction qui commença immédiatement après permit à Chicago de mieux se développer d'un point de vue économique et de devenir une des villes les plus peuplées d'Amérique du Nord.

Origine de l'incendie[modifier | modifier le code]

Mme O'Leary et sa vache, Harper's Magazine, 1871.

L'incendie démarra le dimanche 8 octobre vers 21 heures dans ou autour d'un petit hangar situé au 137 DeKoven Street.

L'histoire la plus connue veut que cet incendie ait été amorcé par une vache ayant rué dans une lampe dans la grange de Patrick et Catherine O'Leary à l'adresse indiquée ci-dessus. Catherine O'Leary était le parfait bouc émissaire : elle était une femme, immigrée et catholique - une combinaison qui ne valait pas grand-chose dans le climat politique du Chicago de l'époque. L'histoire circulait déjà dans Chicago avant même que les flammes ne s'éteignent et elle était publiée dans la première édition du Chicago Tribune après l'incendie. Michael Ahern, le journaliste qui avait inventé cette histoire de vache, admit lui-même en 1893 qu'il avait tout imaginé, car il pensait faire un article haut en couleur[1].

Plus récemment, l'historien amateur Richard Bales en est arrivé à la conclusion que le feu aurait d'abord pris naissance lorsque Daniel Sullivan, qui a été le premier à informer les autorités des événements, a enflammé du foin dans la grange pendant qu'il essayait de voler du lait. Cependant, des preuves dernièrement mises en évidence dans le Chicago Tribune par Anthony DeBartolo suggèrent que Louis M. Cohn pourrait avoir déclenché le feu pendant une partie de jeu de dés. Dans un texte aujourd'hui disparu, Cohn aurait avoué avoir déclenché l'incendie, selon Alan Wykes dans son livre The Complete Illustrated Guide to Gambling.

Une autre théorie, évoquée pour la première fois en 1882, est que le grand incendie de Chicago fut déclenché par une pluie de météorites. Lors d'une conférence de 2004 de l'Aerospace Corporation et du American Institute of Aeronautics and Astronautics, l'ingénieur et physicien Robert Wood a suggéré que le feu a démarré à la suite de l'explosion de la Comète de Biela au-dessus du Mid-Ouest. Que quatre foyers d'incendie se soient déclarés, le même jour sur les rives du lac Michigan (cf. Événements proches), amène à penser à une cause commune. Des témoins visuels ont rapporté des combustions spontanées, l'absence de fumée, des « boules de feu » tombant du ciel et des flammes bleues. Selon Wood, ces rapports font penser que les foyers d'incendie ont été déclenchés par le méthane généralement contenu par les comètes. Une autre théorie parle d'un déclenchement de l'incendie par des enfants ayant fumé la pipe dans un tas de foin.

Après l'incendie, l'intersection des rues Dearborn et Monroe, 1871

Rapidité de l'incendie[modifier | modifier le code]

Quand l'incendie a démarré, les voisins se sont précipités pour protéger la maison des O'Leary en face de l'étable d'où le feu provenait ; elle n'a d'ailleurs subi que des dommages mineurs. Cependant, les pompiers de Chicago (Chicago Fire Department) n'ont reçu la première alerte qu'à 21h40 et de forts vents soufflaient depuis le sud-ouest, en direction du centre-ville. Très vite, le feu s'est propagé au voisinage. Des vents brûlants ont conduit les flammes au nord-est et le feu passait la branche sud de la rivière Chicago après minuit. Ce qui aida la progression de l'incendie fut la proximité entre les bâtiments de bois, les trottoirs surélevés en bois de la ville, les bateaux encombrant la rivière et la présence de bois et de charbon à la vente le long de la rivière. L’amplitude de la fournaise a généré des vents et une chaleur si importants que des toits s’enflammaient bien loin des lieux où l’incendie faisait rage.

Au cours de son passage dans le quartier des affaires (Downtown Chicago), le feu détruisit des hôtels, des grands magasins, l’Hôtel de Ville (Chicago City Hall), l’opéra et des théâtres, des églises et des imprimeries. Le feu continua sa progression au nord, entraînant les fuyards le long des ponts enjambant la rivière Chicago. L’incendie sauta la branche nord de la rivière et continua à travers maisons et villas de la partie nord de la ville. Des habitants finirent par atteindre Lincoln Park dans le quartier du même nom et les berges du lac Michigan, où des milliers d’entre eux trouvèrent refuge.

Le feu finit par s’éteindre, aidé en cela par la disparition des vents et une fine pluie qui finit par tomber tard dans la nuit de lundi. De son point de départ de la maison O’Leary il a brûlé pratiquement 48 blocs jusqu’à l’avenue Fullerton au nord.

Carte du centre-ville de Chicago en 1871. Les parties sombres ont été détruites par l’incendie.

Une fois l’incendie éteint, les décombres étaient trop chauds pour permettre un inventaire complet des dommages avant plusieurs jours. Finalement, le feu a détruit une surface de 6 kilomètres (4 miles) par 1 kilomètre (3/4 miles), soit environ 6 km² (2 000 acres). Cet espace comprenait plus de 120 kilomètres de route, 190 kilomètres de trottoirs, 2 000 lampadaires, 17 500 bâtiments et 222 millions de dollars en valeur foncière soit un tiers de la valeur totale de la ville. Des 300 000 habitants, 100 000 étaient sans abris. Les journaux locaux ont rapporté que le feu avait été si ravageur qu’il avait dépassé les dégâts causés par l'incendie de Moscou en 1812. Certains immeubles sont sortis indemnes de l’incendie dont la Pumping Station ou encore la Chicago Water Tower (à l’époque, tout récent), qui est aujourd’hui un mémorial officieux de la puissance destructrice de l’incendie. C’était l’un des cinq seuls bâtiments accueillant du public épargnés par les flammes dans la zone sinistrée, un autre fut l’église de la Sainte-Famille (Holy Family Church) que la famille O’Leary avait l’habitude de fréquenter.

Après l’incendie, 125 corps furent retrouvés. Les estimations définitives vont de 200 à 300 morts, ce qui est finalement peu pour un incendie d’une telle intensité. Dans les années suivantes, d’autres catastrophes provoqueront des décès : 571 dans l’incendie du théâtre Iroquois en 1903, et en 1915 835 personnes périrent dans le naufrage du bateau Eastland sur la rivière Chicago. Cependant, le grand incendie de Chicago reste le désastre le plus connu de la ville, concernant son intensité et la capacité subséquente de la ville à se redresser et prospérer ensuite jusqu'à devenir l'une des villes les plus puissantes du monde.

Les spéculateurs fonciers comme Gurdon Saltonstall Hubbard et les hommes d’affaires ont rapidement mis en place la reconstruction de la ville. Des dons d’argent, de nourriture, de vêtements et de mobiliers arrivèrent rapidement en provenance de la nation entière. Les premières autorisations de reconstruction furent délivrées le jour même de l’extinction des derniers immeubles incendiés. Seulement 22 ans après, Chicago comptait plus de 21 millions de visiteurs lors de l’exposition universelle de 1893.

En 1956, les restes de la maison des O’Leary furent rasés pour la construction de l’Académie des Pompiers de Chicago, un camp d’entraînement pour les pompiers de la ville.

Événements proches[modifier | modifier le code]

Lors de ce chaud et venteux automne, trois autres grands incendies ont eu lieu le long du lac Michigan en même temps que le grand incendie de Chicago. Environ 600 kilomètres au nord, dans le Wisconsin, un feu de prairie attisé par des vents violents détruisit la ville de Peshtigo ainsi qu’une douzaine d’autres villages, tuant entre 1 200 et 2 500 personnes et ravagea environ 6 000 km². Bien que l’incendie de Peshtigo fut le plus mortel de l’histoire américaine, l’éloignement de la région fit qu’il fut peu connu à l’époque. De l’autre côté du lac à l’est, la ville de Holland et d’autres localités avoisinantes brûlèrent jusqu’au sol. À quelque 150 kilomètres au nord de Holland, le village de bûcherons de Manistee fut aussi atteint par un incendie.

Sources[modifier | modifier le code]

  • "People & Events: The Great Fire of 1871". The Public Broadcasting System (PBS) Website. Retrieved Sep. 3, 2004.
  • "History of the Great Fires in Chicago and the West". - Rev. Edgar J. Goodspeed, Doctor of Divinity, 677 p.
  • Chicago and the Great Conflagration - Elias Colberd et Everett Chamberlin, 1871, 528 p.
  • The Great Conflagration - James W. Sheahan et George P. Upton, 1871, 458 p.
  1. The Great Chicago Fire par Robert Cromie, publié par Rutledge Hill Press ISBN 1-55853-264-1 et ISBN 1-55853-265-X (pbk. edition)
  • The Great Chicago Fire and the Myth of Mrs. O'Leary's Cow - Richard F. Bales, McFarland & Co., 2002
  • « Who Caused the Great Chicago Fire? A Possible Deathbed Confession » - by Anthony DeBartolo, Chicago Tribune, 8 octobre, 1997 and « Odds Improve That a Hot Game of Craps in Mrs. O'Leary's Barn Touched Off Chicago Fire » - by Anthony DeBartolo, Chicago Tribune, 3 mars, 1998 - [1]

L'incendie de Chicago au cinéma[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]