Société psychanalytique de Vienne

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Société psychanalytique de Vienne
image illustrative de l’article Société psychanalytique de Vienne
Salle d'attente du cabinet de consultation de Freud
Musée Freud (Vienne)
Nom original (de) Wiener Psychoanalytische Vereinigung
Fondation 15 avril 1908
Discipline Psychanalyse
Pays Autriche
Ville Vienne
Langue Allemand
Fondateur Sigmund Freud
Publications Bulletin der Wiener Psychoanalytischen Vereinigung
Affiliation Association psychanalytique internationale
Fédération européenne de psychanalyse
Site web wpv.at

La Société psychanalytique de Vienne (en allemand Wiener psychoanalytische Vereinigung est créée autour de Sigmund Freud en 1908, à la suite de la Société psychologique du Mercredi (1902-1908). Après une interruption de ses activités en lien avec la situation politico-historique de l'Autriche nazie en 1938, elle rouvre en 1946. La société est membre de l'Association psychanalytique internationale et de la Fédération européenne de psychanalyse, dont elle a accueilli le premier congrès en 1993.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les débuts : la Société psychologique du mercredi[modifier | modifier le code]

À partir de 1902, les membres de la Société psychologique du mercredi se réunissent dans le cabinet de consultation de Freud, au 19 Berggasse. Outre Freud, elle comprend Alfred Adler, Wilhelm Stekel, Rudolf Reitler et Max Kahane[1]. Au cours des premières années, après la présentation d’une conférence, chaque membre du groupe est appelé à tour de rôle et obligé de parler lorsque son nom était tiré d’une urne grecque[2]. En février 1908, les membres du groupe demandent un changement concernant la conduite des séances. Le tirage au sort est alors supprimé et, avec lui, l'obligation de prendre la parole[2].

En 1908, Freud dissout cette société, et fonde la Société psychanalytique de Vienne, dont Alfred Adler est le premier président.

La Société psychanalytique de Vienne adhère en 1910 à l'Association psychanalytique internationale, avec le statut de groupe régional. Dès 1910, les réunions se tiennent au 19 Rothenturmstrasse puis, en 1911 au Quai Franz Josef. Freud succède à Alfred Adler lorsque celui-ci quitte la société en 1911, et c'est essentiellement autour de Freud que sont gérées les orientations théoriques, les négociations, les admissions et les exclusions.

La Première Guerre mondiale ralentit les activités de la Société qui ont repris activement après. Pendant le conflit, Victor Tausk bien que mobilisé, revient à Vienne pour participer aux réunions et y faire, sur un thème d’actualité, une conférence intitulée « Sur la psychanalyse des expériences de guerre »[3]. Il fera paraître une publication : « Considérations diagnostiques concernant la symptomatologie de ce qu’on appelle les psychoses de guerre » dans laquelle il présente une pathologie qu’il a identifiée : la « paranoïa cum melancolia »[4]

L'établissement[modifier | modifier le code]

À la première générations d'analystes autrichiens, comme Otto Rank, Paul Federn, Eduard Hitschmann, se joignent de nouveaux analystes viennois, mais également des analystes de différents pays, notamment Carl Gustav Jung qui adhère en 1908. En faisaient partie également des psychanalystes de la deuxième génération tels que Richard Sterba, Wilhelm Reich, Anna Freud, Hélène Deutsch, Felix Deutsch, Otto Fenichel, Willi Hoffer, Siegfried Bernfeld, Margarete Hilferding. L'arrivée de cette nouvelle génération coïncide avec une codification de la formation de psychanalyste.

La société développe ses activités, outre les réunions et les séminaires, elle crée un centre de consultations dirigé par Eduard Hirstchmann et Wilhem Reich. L'Internationaler Psychoanalytischer Verlag (de), la plus importante maison d'édition psychanalytique de l'époque, est créé en 1919.

Les menaces des années 1930 et la dissolution de la société[modifier | modifier le code]

Dès 1933 de nombreux analystes allemands fuyant le nazisme sont venus s'installer à Vienne et augmenter le nombre d'adhérents, cependant que des psychanalystes viennois choisissent l'exil, notamment Felix et Hélène Deutsch, Siegfried Bernfeld, Hanns Sachs. Freud était déjà malade et se faisait représenter notamment par sa fille Anna et par ses proches, Jeanne Lampl-de-Groot ou Marie Bonaparte, notamment.

Dès 1935, le sort des psychanalystes allemands a suscité l'inquiétude de l'Association psychanalytique internationale et des mesures sont apportées. À leur tour, les psychanalystes autrichiens voient leur situation évoluer de façon dramatique après l'Anschluss, en mars 1938. Le psychanalyste britannique Ernest Jones, président de l'Association psychanalytique internationale, indique qu'« une réunion du comité directeur de la Société de Vienne s'était tenue le 13 mars et il y avait été décidé que, dans la mesure du possible, chacun devrait fuir le pays ; le siège de la Société serait transféré dans la ville où Freud s'installerait. »[5] L'American Psychoanalytic Association crée le un comité spécifique, L'Emergency Committee on Relief and Immigration[6], dirigé par Lawrence Kubie. Le 19 mars, celui-ci fait état dans un courrier de la présence d'Ernest Jones à Vienne, pour convaincre Freud de s'exiler. Il indique dans ce même courrier que plus aucun juif ne peut quitter l'Autriche[7].

Le document sur « La dernière séance — 20 mars 1938 », « bien qu'il sorte du cadre chronologique des Minutes», est reproduit à la fin du tome IV de la traduction française des Minutes de Vienne, « à cause de son importance »[8].

Anna Freud est brièvement arrêtée le par la Gestapo et, bien qu'elle soit relâchée le soir même, cet événement décide Freud à quitter Vienne pour s'installer à Londres, ce qu'il fait le . La Société psychanalytique viennoise est dissoute le , l'Internationaler Psychoanalytischer Verlag est également dissoute et ses biens, notamment les livres qu'elle édite, sont confisqués par le pouvoir nazi.

Le rétablissement de la société en 1946[modifier | modifier le code]

Grâce aux efforts d'August Aichhorn, un petit groupe de psychanalystes a pu maintenir une présence en Autriche, permettant à la Société psychanalytique de reprendre ses activités dès 1946. Anna Freud refuse l'invitation qui lui est faite de l'inaugurer, mais, à la demande d'Aichhorn, écrit une lettre d'encouragement destinée à être lue à cette occasion[9]. L'Ambulatorium, clinique psychanalytique de la Société, ne reprend, quant à elle, ses activités qu'en 1999[10].

Activités contemporaines[modifier | modifier le code]

Installée au 11, Gonzagagasse, et membre de l'Association psychanalytique internationale, ses installations comprennent le Lehrinstitut (l'institut d'enseignement et de formation psychanalytique), l'Ambulatorium (établissement thérapeutique pour enfants et adultes), la Wiener Psychoanalytische Akademie (Académie psychanalytique de Vienne), une bibliothèque et les archives en lien avec son histoire et l'histoire de la psychanalyse.

La société est agréée comme organisme de formation et forme des psychanalystes, organise des colloques et des journées d'étude et publie le Bulletin der Wiener Psychoanalytischen Vereinigung. Elle accueille la première réunion de la Fédération européenne de psychanalyse, en avril 1993.

Le titre professionnel légalement reconnu en Autriche est celui de psychothérapeute avec la mention complémentaire de « psychanalyse-psychothérapie psychanalytique »[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Nicolas et Ludovic Ferrand, La Psychologie moderne : Textes fondateurs du XIXe siècle avec commentaires, De Boeck Université, coll. « Portefeuille », , 258 p. (ISBN 978-2804142766, lire en ligne), p. 332
  2. a et b Hervé Chapellière, « Le groupe du mercredi : Autour de Freud, il y a cent ans à Vienne », Enfances & Psy, no 19,‎ , p. 130-136 (DOI 10.3917/ep.019.0130, lire en ligne).
  3. Gilles Tréhel. Victor Tausk (1879-1919) et la médecine militaire. L’Information Psychiatrique, 2006, no 3, p. 239-247
  4. Gilles Tréhel. Victor Tausk (1879-1919) : une théorisation sur les psychoses de guerre. Perspectives Psy, 2011, no 2, p. 162-175
  5. Ernest Jones, The Life and Work of Sigmund Freud, III, p. 221.
  6. Nellie L. Thompson, « The Transformation of Psychoanalysis in America: Emigré Analysts and the New York Psychoanalytic Society and Institute, 1935–1961 », Journal of the American Psychoanalytic Association, vol. 60, no 1,‎ , p. 9-44 (lire en ligne)
  7. «At present no Jew is allowed to leave Austria under any circumstances», cité par Thompson, 2012, p. 14.
  8. Les premiers psychanalystes Minutes de Vienne IV 1912-1918, Paris, Gallimard, p. 367-368.
  9. Elisabeth Young-Bruehl, Anna Freud, Paris, Payot, 1991, p. 259-260.
  10. Nicolas Gougoulis, Les centres de consultations psychanalytiques dans leur histoire, p. 45-52, Le Coq-Héron, no 201, 2010/2, article en ligne.
  11. Information sur le site officiel de la SPV [1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Wilhelm Burian, « Wiener Psychoanalytische Vereinigung », p. 1820-1823, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z, Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ernst Federn, « Vienne (les premiers psychanalystes. Minutes de la société psychanalytique) », p. 1802-1803, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z., Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  • René Kaës, « La matrice groupale de l'invention de la psychanalyse : Esquisse pour une analyse du premier cercle autour de Freud », dans René Kaës (dir.), Les Voies de la psyché. Hommage à Didier Anzieu, Dunod, (ISBN 978-2100020652), p. 373-392.
  • Herman Nunberg et Ernst Federn (éd.), Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, trad. de l'allemand par Nina Schwab-Bakman, Paris, Gallimard/NRF, coll. « Connaissance de l'inconscient », 4 tomes, 1976-1983 ((de) Protokolle der Wiener Psychoanalytischen Vereinigung, Bd. I – IV. S. Fischer, Frankfurt am Main, 1976 -1981).
    • Tome I 1906-1908, « Présentation de "La psychanalyse dans son histoire" » par J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard pour la trad. française, 1976.
    • Tome II 1908-1910, 1978.
    • Tome III 1910-1911, 1979.
    • Tome IV 1912-1918, préface de Michel Schneider, 1983.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Sigmund Freud, Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique (1914) in Œuvres complètes, vol. 12, 1913-1914, Puf, 2005, (ISBN 2-13052-517-2)
  • Ernest Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, t. 2, Puf, coll. « Quadrige », 2006 (ISBN 2-13055-693-0).

Liens externes[modifier | modifier le code]