Sabina Spielrein

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Sabina Naftulowna Spielrein (en russe : Сабина Нафтуловна Шпилрейн) est une psychiatre et psychanalyste russe, née le [N 1] à Rostov-sur-le-Don, ville où elle est morte, assassinée par les nazis, le . Issue d'une famille juive, elle a été l'une des premières femmes psychanalystes.

Traitée à Burghölzli par C.G. Jung, disciple et collègue de Sigmund Freud à l'époque, Sabina Spielrein est connue pour avoir eu avec son analyste une relation ambiguë, à laquelle s'est mêlée la relation complexe de collaboration divergente puis de franche hostilité entre Freud et Jung. Jung s'étant éloigné d'elle du fait des complications de leur relation, elle s'est ralliée à Freud par la suite, dont s'est également éloigné Jung en raison de divergences théoriques.

Sabina Spielrein a écrit de nombreux articles, et a inventé la notion de « pulsion destructive et sadique », dont Freud s'inspira pour créer sa théorie de la pulsion de mort. Freud s'appuiera également sur la relation étrange dont il a été témoin entre Spielrein et Jung pour enrichir sa théorisation du phénomène du transfert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Entrée de la clinique psychiatrique de Burghölzli, où Sabina Spielrein entre en 1905 pour faire traiter son hystérie.

En 1905, âgée de 19 ans, elle se rend à Zürich pour y soigner un grave état hystérique. Carl Gustav Jung la prend en traitement à la clinique psychiatrique du Burghölzli. Il sera son médecin, son psychanalyste et son confident[1].

Sa relation avec Jung[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung.

La relation entre Sabina et Jung connaît deux phases : une première phase au cours de laquelle Jung s'emploie à soigner sa patiente et y réussit si l'on en juge par la carrière ultérieure que fit Sabina comme psychanalyste ; une seconde phase où ils maintiennent entre eux ce que Jung dénomme encore une « analyse freudienne » et qui semble leur avoir fait expérimenter une relation complexe proche de la folie à deux. En effet, dans un contexte plus ou moins érotomaniaque où Jung paraît lui-même ambigu, Sabina Spielrein proclame qu'elle « sait bien » que Jung est amoureux d'elle, même s'il n'en est pas conscient, et veut le persuader de lui faire un enfant.

Devant la tension croissante de la situation, redoutant d'être contraint au divorce, Jung intervient auprès de la mère de Sabina en la priant d'éloigner sa fille du fait des avances de cette dernière, et se confie à Freud. Dans une lettre de 1909, il lui parle d'un « vilain scandale » que lui fait une patiente qu'il a « autrefois tirée d'une très grave névrose avec un immense dévouement », et qui a « déçu [son] amitié et [sa] confiance de la manière la plus blessante que l'on puisse imaginer »[2].

Sigmund Freud.

De son côté, cherchant à infléchir le comportement de Jung, Sabina contacte également Freud (qui voit en même temps se tourner vers lui l'épouse de Jung, désemparée). Dans une lettre datée du 30 mai 1909, Sabina explique à Freud :

« Deux composantes très puissantes luttent en moi : d'un côté l'orgueil blessé exige que je vous fasse comprendre ce que j'étais pour [Jung], et je possède à ce titre de nombreuses lettres de lui qui sont relativement claires ; d'un autre côté, vous voyez bien que je n'ai pu vous citer la moindre lettre où il m'appelle autrement que du nom d'amie. »[3]

Freud écrit à Jung un développement sur les risques du métier : ceux d' « être calomniés et roussis au feu de l'amour avec lequel nous opérons. » Jung se défend avec force du soupçon qu'il a cru lire chez Freud : « Je n'ai vraiment jamais eu de maîtresse, je suis le mari le plus inoffensif qu'on puisse imaginer. » Apprenant que Sabina a contacté Freud, Jung finit par la nommer et détaille plus avant les raisons de ses difficultés avec elle. D'après lui, Sabina Spielrein a projeté sur lui la figure du sauveur et de l'amant, mais il n'accepte pas que l'on puisse parler de relation adultérine :

« S. Spielrein est précisément la personne dont je vous ai parlé (...) Elle a été pour moi mon cas psychanalytique d'apprentissage, et c'est pourquoi je lui ai gardé une reconnaissance et une affection particulières. Comme je savais par expérience qu'elle rechutait immédiatement dès que je lui refusais mon assistance, la relation s'est étendue sur plusieurs années et je me suis finalement senti presque obligé moralement de lui accorder largement mon amitié ; jusqu'au jour où j'ai vu qu'un rouage avait été par là involontairement mis en mouvement, raison pour laquelle j'ai enfin rompu. Elle avait naturellement projeté de me séduire, ce que je tenais pour inopportun. Maintenant, elle cherche vengeance. Elle a récemment répandu sur moi la rumeur que je divorcerai sous peu pour une certaine étudiante (...) Elle est comme Gross, un cas de lutte contre le père, et j'ai voulu par tous les diables la guérir avec tant de quintaux de patience que j'ai même abusé de l'amitié à cette fin (...) Maintenant naturellement, toute la magie est claire à mes yeux. Dans toutes ces affaires, les idées de Gross ont un peu trop hanté mon esprit (...) Gross et Spielrein sont d'amères expériences. Je n'ai accordé mon amitié à aucun de mes patients dans une telle mesure, et chez aucun je n'ai récolté pareille peine. »[4],[N 2].

Freud s'inspire par la suite de cette relation complexe pour théoriser les phénomènes croisés du transfert et du contre-transfert. S'ensuit son voyage aux Etats-Unis avec Jung, qui scellera leurs divergences théoriques. Par la suite, Sabina Spielrein se ralliera à Freud. Elle épouse en 1912 un certain Dr Scheftel, à l'occasion de quoi Freud lui confiera : « Vous voici mariée, ce qui signifie pour moi que vous êtes à moitié guérie de votre attachement névrotique à Jung. »[5]. Mais Sabina reste amoureuse de Jung, et elle tentera de réconcilier leurs doctrines, s'attirant l'hostilité de chacun. Le 8 mai 1913, Freud, qui voit désormais en Jung en ennemi, écrit à Sabina : « Je crois que vous aimez encore le Dr Jung, d'autant plus puissamment que vous n'avez pas mis en lumière la haine que vous lui portez. »

Voyages et carrière[modifier | modifier le code]

Sabina Spielrein vit ensuite à Zurich, Lausanne et Genève où elle est l'analyste notamment de Jean Piaget. Mariée et mère de deux filles, elle repart en Russie – devenue URSS – en 1923 où, l'année suivante, elle adhére à l'Association psychanalytique russe. La même année, elle retourne à Rostov-sur-le-Don rejoindre sa famille. Officiellement, elle exerce des fonctions de médecin généraliste, mais en réalité elle s'occupe d'enfants délinquants et difficiles qu'elle traite par la psychanalyse[6]. Son mari Pavel ainsi que son frère Isaac meurent durant la Grande Terreur stalinienne. Les nazis l'arrêtent avec ses deux filles le 27 juillet 1942, elle est assassinée à Zmievskaya Balka, probablement par l'Einsatzgruppe D.

Écrits[modifier | modifier le code]

  • "La Destruction comme cause du devenir", 1912, in Sabina Spielrein, entre Freud et Jung, textes de Sabina Spielrein, Aldo Carotenuto, Carlo Trombetta, Michel Guibal, Jacques Nobécourt, Paris, Aubier Montaigne, 1981 ; réédition 2004 (ISBN 978-2700724370)

Représentations dans l'art[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. du calendrier grégorien, 25 octobre du calendrier julien
  2. Voir sur ce sujet le film de 2004 L'âme en jeu (The Soul Keeper) du réalisateur italien Roberto Faenza, et le film de 2011 A Dangerous Method de David Cronenberg qui tous deux retracent la liaison adultérine de Jung et Spielrein.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sigmund Freud : Correspondance 1906-1914, Paris, Gallimard, coll. "Connaissance de l'inconscient", ISBN 2-07-072159-0
  2. Freud, Jung ; Correspondance, NBF, Paris, 1975, I., p. 283-288
  3. Lettre de Sabina Spielrein à Sigmund Freud, 1909, in A. Carotuneto et C. Trombetta, Sabina Spielrein, entre Freud et Jung, Aubier Montaigne, 1981.
  4. Cité par Jacques Le Rider dans sa préface de : Otto Gross: Révolution sur le divan, Paris, Solin, 1988. ISBN 2-85376-063-4
  5. A. Carotuneto et C. Trombetta, Sabina Spielrein, entre Freud et Jung, Aubier Montaigne, 1981.
  6. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 1997 ; réédition 2011

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]