Roger Salengro

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Roger Salengro
Roger Salengro (1930).
Roger Salengro (1930).
Fonctions
Ministre de l'Intérieur
Président du Conseil Léon Blum
Gouvernement Blum I
Prédécesseur Albert Sarraut
Successeur Marx Dormoy
Député du Nord
Législature XIVe, XVe et XVIe
(Troisième République)
Maire de Lille
Prédécesseur Alexandre Bracke-Desrousseaux
Successeur Charles Saint-Venant
Prédécesseur Gustave Delory
Successeur Alexandre Bracke-Desrousseaux
Biographie
Nom de naissance Roger Henri Charles Salengro
Date de naissance
Lieu de naissance Lille, Nord, France
Date de décès (à 46 ans)
Lieu de décès Lille, Nord, France
Nature du décès Suicide
Nationalité française
Parti politique SFIO

Roger Salengro, né et mort à Lille ( ), est un homme politique socialiste français. Député du Nord et maire de Lille, il devient en juin 1936 ministre de l'Intérieur du gouvernement Blum ; il met fin à ses jours en novembre de la même année, après avoir été la cible d'une campagne de presse qui l'accusait d'avoir déserté pendant la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et parcours[modifier | modifier le code]

Né à Lille (19 rue Mirabeau), il passe son enfance à Dunkerque[1] de 1891 à 1904. Élève du lycée Faidherbe[2] de Lille, puis étudiant à la faculté des Lettres de Lille[1], il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et fonde un groupe d'étudiants collectivistes[1]. Militant fougueux, il n'hésite pas à porter la contradiction dans les réunions de droite[réf. nécessaire].

En 1912, il effectue son service militaire au sein du 33e RI[1] et est inscrit au Carnet B pour avoir, pendant l'une de ses permissions, manifesté contre la loi des trois ans[1].

Le , il est arrêté sur ordre du préfet du Nord, de même que tous les inscrits du département, contrairement aux instructions données par le ministre de l'Intérieur, Louis Malvy, de ne pas inquiéter les syndicalistes portés sur le carnet. Libéré sur l'intervention de Gustave Delory[1], il rejoint son unité et participe aux combats d'Artois et de Champagne. Il est fait prisonnier le 7 octobre 1915 : coursier à vélo (c'est-à-dire estafette) du 6e bataillon du 33e RI, il est autorisé par son chef de section le lieutenant Deron à quitter sa tranchée et rampe pour aller rechercher dans le no man's land le corps de son ami le sergent Demailly[3], tué la veille mais il est capturé par les Allemands alors que ses compagnons d'armes, entendant trois coups de feu, pensent qu'il a été tué[1]. Quelques jours après sa disparition, le capitaine Arnould, chef de bataillon, classe l'affaire mais sa marraine de guerre reçoit un courrier de sa part racontant qu'il a été fait prisonnier de guerre. Arnould le soupçonne alors de désertion : le , un Conseil de guerre le juge par contumace et l'acquitte par 3 voix contre 2.

Il est détenu par les Allemands dans différents camps d'internement, dont le dernier est un camp disciplinaire en Prusse : il a en effet été condamné par un tribunal militaire allemand avec 39 compagnons pour acte de désobéissance, après avoir refusé de travailler dans une usine de munitions allemande. Il revient affaibli par ses trois années de captivité (rapatrié sanitaire en avril 1918, il ne pèse alors plus que 42 kg)[1] et se lance ensuite dans le journalisme et le militantisme. Devenu l'un des principaux animateurs de la SFIO dans le Nord[1], il est élu conseiller municipal de Lille[1] sur la liste Gustave Delory et conseiller général du canton de Lille-Sud-Ouest. Il devient secrétaire administratif de la Fédération.

Il succède à Gustave Delory comme maire en 1925[1] puis est réélu en 1929 à la suite de la démission de[4] Alexandre Bracke-Desrousseaux en sa faveur, et est réélu aussi en 1935. Il est également député à partir de 1928[1]. En 1936, il devient, après la victoire du Front populaire, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Léon Blum[1]. C'est lui qui annonce la signature des accords Matignon en juin 1936[1] et qui présente la loi sur la dissolution des ligues, le .

L'affaire Salengro[modifier | modifier le code]

À partir de l'été 1936, Roger Salengro fait l'objet d'une très violente campagne de presse, menée par les journaux d'extrême-droite[1], en raison de son action contre les ligues (loi sur la dissolution des ligues, projet de nationalisation des gazettes d'extrême-droite).

Tout commence le [1] lorsque le quotidien de Charles Maurras, L'Action française[1], publie un article non signé s'indignant que Roger Salengro puisse s'incliner devant la tombe du soldat inconnu[1]. La campagne de presse est relayée à la Chambre des députés par le chef de file de son opposition municipale à Lille, Henri Becquart[1], dès le 14 juillet 1936.

Le , le journal d'extrême-droite Gringoire[1] publie un article qui pose la question « Roger Salengro, ministre de l'Intérieur, a-t-il déserté le 7 octobre 1915 ? » Cette accusation avait déjà été formulée auparavant, en 1923, par le Parti communiste[5].

L'Action française reprend et renforce les attaques les jours suivants et ses articles sont repris par d'autres journaux[1]. Roger Salengro oppose démenti sur démenti aux accusations, mais fait chaque fois l'objet d'une nouvelle attaque[1].

Salengro ayant été coursier à vélo pendant la guerre, ses adversaires le surnomment volontiers le « cycliste Salengro »[1] ; on le caricature à l'envi sous les traits d'un cycliste fuyant à vélo devant l'ennemi, et il est surnommé « le rétro-pédaleur » ; les rumeurs, dont certaines le présentent comme un alcoolique ou un homosexuel[réf. nécessaire], se multiplient. On dépose même sur la tombe de sa défunte femme Léonie (morte en 1935[1]), en guise de couronne mortuaire, un vieux pneu usagé de vélo qu'il jette à terre de rage lors d'une visite à sa mère.

Bien que l'accusation de désertion ait été reconnue comme infondée des années auparavant, le soldat Salengro ayant en fait été capturé par l'ennemi[1], la polémique enfle durant l'été dans un pays où le souvenir de la guerre demeure très vivace.

Le , après un discours de Léon Blum et de lui-même à la tribune de la Chambre des députés, où il se défend tant bien que mal contre les mensonges dont il fait l'objet, la majorité parlementaire qui reçoit le soutien des députés de la droite modérée, rejette par 427 voix sur 530 contre 63, les accusations de l’extrême droite[1], mais Gringoire, par la plume d'Henri Béraud, continue à attaquer le ministre en l'affublant du sobriquet de « Proprengros »[1]. L'opinion publique, influencée par ces attaques à répétitions, ne retient que le soupçon.

Son suicide[modifier | modifier le code]

Tombe de Roger Salengro au cimetière de l'Est à Lille.

Le , ne supportant plus les calomnies[1], le ministre de l'Intérieur, fragilisé et déprimé , décide de mettre fin à ses jours[1] dans sa ville natale. Il organise sa mort en laissant en vue deux exemplaires de Gringoire ainsi que deux lettres testamentaires pour son frère et Léon Blum. Il meurt quelques minutes après avoir ouvert les robinets de sa gazinière, non sans avoir pris soin de calfeutrer la porte et d'enfermer son chat dans une autre pièce de la maison. Il laisse en épitaphe sur une des lettres : « S’ils n’ont pas réussi à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort »[6].

Le 22 novembre 1936, devant l'hôtel de ville de Lille, lors de ses obsèques, Léon Blum rend hommage dans une oraison funèbre à son défunt ministre dans « un de ses plus beaux discours [...] »[1], en accusant les journaux d'opposition de sa mort[7], « [...] et la France célèbre un socialiste populaire, modeste et têtu, à l'image des héros de cet âge d'or de la gauche »[1]. Des extraits de sa prise de parole se retrouvent dans le quotidien L'Humanité daté du 23 novembre 1936[8].

Conséquence immédiate[modifier | modifier le code]

Après l'émotion suscitée par sa mort, une loi est promulguée le 18 décembre, visant à aggraver les peines frappant la diffamation par voie de presse.

Franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Roger Salengro est initié en franc-maçonnerie au sein de la loge n°256 « La Fidélité » de la Grande Loge de France, à Lille. Durant sa carrière politique, il ne fait pas mystère de son appartenance et de son engagement dans l’obédience à laquelle il appartient. Cet engagement ouvert lui vaut de nombreuses critiques de l’extrême droite, notamment lors de son entrée dans le gouvernement Blum[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad et ae Thibaut Kaeser, « La rumeur assassine », Le Courrier, 12 décembre 2006, sur le site lecourrier.ch, consulté le 17 avril 2009.
  2. « Où sont passés les personnages célèbres anciens élèves du Lycée Faidherbe ? », sur la page de l'Association des anciens élèves de Faidherbe
  3. Ils s'étaient faits ce serment conjoint en cas de la mort de l'un.
  4. l'Ouest-Eclair No 10.063 du 17 mai 1929, sur le site BNF-Gallica, consulté le 26 oct. 2014.
  5. Le Quid 2000, p. 675 et  éd. 2001, p. 680 b.
  6. a et b « Roger Salengro, franc-maçon de la Grande Loge de France, ministre, député, maire de Lille et socialiste », sur http://www.jlturbet.net, (consulté le 27 décembre 2015).
  7. Il déclare : « Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir quoiqu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue comme dans le cœur de la victime. Il pervertit l’opinion, car depuis que s’est propagée, chez nous, la presse de scandale, vous sentez se développer dans l’opinion un goût du scandale. Tous les traits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler, en dépit de l’absurdité parfois criante. On écoute et on répète sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien près à la médisance, que la médisance touche de bien près à la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice involontaire du calomniateur. »
  8. L'Humanité, no 13856, du 23 novembre 1936, p. 2, sur gallica.bnf.fr.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • L'Affaire Salengro, téléfilm d'Yves Boisset, diffusé sur France 2 le 14 avril 2009, avec Bernard-Pierre Donnadieu dans le rôle de Roger Salengro.
  • Roger Salengro, l'idéal et le réel, documentaire à base d'archives et de témoignages sur la vie de Roger Salengro, diffusé sur Wéo le 16 novembre 2011.
  • Un extrait filmé d'un discours de Roger Salengro est repris dans le film Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu'hostiles, qui ont été jusqu'ici portés sur le film « La Société du spectacle » (Guy Debord, 1975).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]