André Philip

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André Philip est un homme politique socialiste français, professeur des universités en sciences économiques et avocat, né le à Pont-Saint-Esprit (Gard) et mort le à Paris[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et famille[modifier | modifier le code]

Fils de Louis Philipp, officier et de Gilberte Vincent[2], né au sein d'une famille protestante, socialiste et démocrate, André Philip adhère à la SFIO en 1920[3].

Il effectue ses études secondaires au lycée de Marseille, actuel lycée Thiers[4], d'abord à son annexe Périer (de 1912 à 1916), puis à partir de la Seconde, dans l'enceinte-même du lycée[5]. Il y obtient des excellents résultats, et est solitaire ; il ne descend jamais en récréation et a peu d'interactions avec ses camarades. Il se lie cependant d'amitié avec son professeur de philosophie, René Le Senne[5].

Il obtient son baccalauréat en 1919. Il fait des études de philosophie et de droit à Paris et obtient en 1926 son diplôme de l'École libre des sciences politiques[2]. Il prépare une thèse de sciences économiques à Londres et est reçu à l'agrégation d'économie politique en 1926[2]. Il est nommé professeur de droit à l'université de Lyon (1926)[2].

En 1924, il se présenta au concours d’agrégation d’économie politique dont le président du jury était Charles Rist. Ce dernier lui fit obtenir une bourse de la fondation Rockefeller qui lui permit de partir deux ans aux U.S.A. où il suivit des cours de théologie à Columbia et des cours d’économie à l’Université Madison du Wisconsin

Il épouse en 1924 Mireille Cooreman dont il aura cinq enfants : Olivier, Jean, Christiane, Nicole et Loïc. Mireille Philip a été reconnue juste parmi les nations pour avoir fait évader des Juifs alors qu'elle vivait au Chambon-sur-Lignon[6] ; elle meurt en 1991.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, il dirige avec le syndicaliste Maurice Landrain le Front des chrétiens révolutionnaires, qui regroupe les tendances socialistes et communistes du « christianisme social » [7].

Soutien aux objecteurs de conscience[modifier | modifier le code]

Il assure au tribunal la défense de plusieurs objecteurs de conscience dont le pasteur Jacques Martin[8],[9],[10],[11]. Il signe avec de nombreux intellectuels une lettre réclamant la libération d'Henri Ferjasse, objecteur emprisonné en grève de la faim[12]. En 1933, vingt ans avant le vote de la loi sur l'objection de conscience, il est membre du Comité central de la Ligue des Droits de l'Homme et souhaite voir celle-ci « prendre officiellement parti en faveur du service civil et engager une campagne énergique dans ce sens.[13] » Son projet de statut est débattu puis adopté par le Comité, mais en vain[14],[15]. En 1949, il dépose au bureau de l'Assemblée nationale une proposition de loi portant sur un statut des objecteurs de conscience[16].

Front populaire[modifier | modifier le code]

Député socialiste du Rhône de 1936 à 1940, André Philip fut rapporteur sur la semaine de 40 heures. Il fut également adhérent du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et de l'Association juridique internationale. Dès cette époque, Philip était proche des milieux patronaux de la sidérurgie qui le finançaient[17]. A cet égard, et Henry Ehrmann l'écrit, il peut être considéré à l'instar de Robert Lacoste comme « une tête de pont du patronat au sein de la SFIO ». Il se vit confier une collaboration régulière aux Nouveaux cahiers revue proche du patronat et après guerre à un de ses successeurs le groupe de recherches économiques et sociales (GRES) fondé en novembre 1945 par Auguste Detœuf[18],[19].

C'est à ce titre que pour faire adopter plus tard le plan Schuman relatif à la CECA par l'opinion publique, il s'illustrera par une campagne dans "Le Populaire" pour simuler une opposition farouche des milieux sidérurgistes et de l'UIMM à la CECA qui n'existait pas. La mèche fut vendue dans un communiqué du 3 décembre 1950 où le CNPF félicitait Philip pour son rapport présenté devant le conseil économique et social.[20]

Résistance[modifier | modifier le code]

André Philip fut au nombre des quatre-vingts parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain le [21]. Il participa à la Résistance au sein du Comité d'action socialiste et de Libération-Sud[21]. En 1942, il rejoignit de Gaulle à Londres. Il fut ensuite nommé Commissaire à l'Intérieur, puis Commissaire chargé des rapports avec l'Assemblée consultative (voir la liste) au Comité français de libération nationale d'Alger. Il put quitter la France ainsi que sa famille sans encombre. Son épouse étant malade il demanda et obtint les passeports nécessaires pour partir par l'entremise d'une figure importante de l'entourage de Pétain, René Gillouin[22][source insuffisante]. Ces passeports lui avaient été obstinément refusés par l'administration jusqu'à cette intervention.

Le ralliement initial de Philip à De Gaulle ne dura pas. Dès 1943, le consul général américain à Alger le considère plus pro-américain que gaulliste : « ceux qui avaient jusque là soutenu De Gaulle, commencent à comprendre qu'un tel parti (celui de De Gaulle) ne servirait par les principes démocratiques qu'ils ont proclamé si fort. ….la conduite de Philip sous l'influence de Monnet – et Monnet ne s'est pas ménagé auprès de Philip depuis son arrivée - a été particulièrement satisfaisante »[t 1]

Dès lors, proche du mouvement Combat, sa proximité avec les Américains ne se démentira plus. Ce mouvement était financé à hauteur de 25 millions par mois à partir de 1943 par l'intermédiaire du responsable de l'Office of Strategic Services (OSS) à Berne, Allen Dulles dans une tentative d'affaiblir à la fois De Gaulle et les communistes[23],[24]

Ministre de la IVe République[modifier | modifier le code]

Philip, ministre du gouvernement Félix Gouin ().

Il fut membre de l'Assemblée consultative puis des deux assemblées constituantes. Dans la seconde, il présida la commission de la Constitution[3].

André Philip fut réélu député du Rhône en 1946 et siègea au Palais-Bourbon jusqu'en 1951. Il fut ministre de l'Économie et des Finances du gouvernement Gouin (janvier-), puis dans le gouvernement Blum (-). Dans le ministère Ramadier en 1947, il fut ministre de l'Économie nationale[25].

Après guerre, André Philip intégra le Conseil français pour l’Europe unie créé officiellement en juin 1947 dont le président était Raoul Dautry. Parmi les membres de ce Conseil, on peut également relever les noms de Paul Ramadier, Léon Jouhaux, Charles Rist et René Courtin. Le mouvement européen, dont il était aussi membre, fut financé majoritairement par des fonds américains[26], en provenance de l'ACUE (American Committee on United Europe) présidé par William Donovan, ancien chef de l'OSS durant la guerre et Allen Dulles qui était en charge à Berne durant la même période[27]. Les fonds de l'ACUE représentèrent jusque 1952 la moitié du budget de l'ACUE et, après 1952, probablement les deux tiers, le reste provenant de fondations dont les directeurs étaient membres des cercles du renseignement américain. La plus importante était la fondation Ford dont l'administrateur était John McCloy, ancien gouverneur américain en Allemagne. Il y était tout en servant comme président du conseil des relations extérieures, organe lié au département d’État[28],[29],[30]

Dans une interview en mai 1988, Henry Fresnay reconnaîtra la réalité de ce financement que son mouvement fédéraliste[31].

Il fit partie de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe, où il préconisa la création de la CECA. Battu aux élections de 1951, il entra au Conseil économique et social, dont il resta membre jusqu'en 1959.

Membre du PSU[modifier | modifier le code]

Critique de la politique algérienne de Guy Mollet, il fut exclu du parti socialiste SFIO[25] en 1957 et rejoignit le Parti socialiste autonome, puis le PSU[25] jusqu'en 1962. Président du Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe, il s'opposa alors à Pierre Mendès France, à qui il ne pardonnait pas l'épisode de la CED.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Sur le plan universitaire, il enseigna l'économie politique à l'Université de Sarrebrück[21] de 1951 à 1957, puis à celle de Paris de 1957 à 1967.

Expert des problèmes du commerce international et du développement, André Philip participa aux premières assemblées de la CNUCED en 1964 et en 1968.

Acteur du mouvement associatif[modifier | modifier le code]

André Philip s'engagea très tôt dans l'éducation populaire. Il fut notamment à l'initiative de la création, en , de la « République des jeunes », organisation associative nationale rassemblant syndicats de salariés et mouvements éducatifs et de jeunesse, organisation qui préfigura la création, en 1948, de la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture dont il assura la présidence jusqu'en 1968.

Protestant engagé, il milite au sein du mouvement du christianisme social et est président de la commission des affaires internationales de la Fédération protestante de France (1962-1970)[2]. Il est l'un des leaders de la conférence « Église et société », du Conseil œcuménique des Églises, à Genève en 1966[2].

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'Angleterre moderne, le problème social, l’expérience travailliste, 1926.
  • Le problème ouvrier aux États-Unis, Alcan, 1927.
  • L'Inde moderne, Alcan, 1930.
  • Sécurité et Désarmement, Cahiers Bleus, 1932.
  • H. de Man et la crise doctrinale du socialisme, Gamber, 1933.
  • Trade Unionisme et Syndicalisme, Aubier, 1936.
  • L'Europe unie et sa place dans l'économie internationale, P.U.F. 1953.
  • La démocratie industrielle, P.U.F. 1955
  • Le Socialisme trahi, Plon, 1957.
  • Pour un socialisme humaniste, Plon, 1960
  • Histoire des faits économiques et sociaux de 1800 à nos jours, Aubier, Éditions Montaigne, 1963
  • La Gauche, mythe et réalités, Aubier Montagne, 1964
  • et la foi démocratique, Aubier Montagne, 1968.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Assemblée Nationale, « André, Louis Philip - Base de données des députés français depuis 1789 - Assemblée nationale », sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le 5 mars 2018)
  2. a b c d e et f Bolle 1993, p. 386.
  3. a et b « André Philip, un socialiste partisan de la rigueur », sur Le Monde.fr (consulté le 5 mars 2018)
  4. « UN LYCEE AU COEUR DE L’HISTOIRE - Lycée Thiers à Marseille », sur www.lyc-thiers.ac-aix-marseille.fr (consulté le 10 février 2019)
  5. a et b Loïc Philip et Léo Hamon, André Philip, Editions Beauchesne, (ISBN 978-2-7010-1158-5, lire en ligne)
  6. « | Le comité Français pour Yad Vashem », sur yadvashem-france.org (consulté le 5 mars 2018)
  7. Klauspeter Blaser (de) « Du christianisme social au socialisme chrétien », in Autres Temps. Cahiers d'éthique sociale et politique. no 62, 1999. p. 75-84 DOI: 10.3406/chris.1999.2129
  8. Patrick Cabanel, « Le pasteur Jacques Martin, de l'objection de conscience à la résistance spirituelle à l'antisémitisme », Archives juives, Les Belles lettres, vol. 40 « Philosémites chrétiens »,‎ , p. 78 à 99 (lire en ligne)
  9. « Jacques Martin, objecteur de conscience, est condamné à un an de prison », L’Écho d'Alger,‎ , p. 4
  10. « Un objecteur de conscience est condamné à deux ans de prison », Le Petit Provençal,‎ , p. 3
  11. « Un objecteur de conscience », La Tribune de l'Aube et de la Haute-Marne,‎ , p. 2
  12. André Philip, Roger Martin du Gard, Jean Giono, Georges Duhamel, Henri Barbusse, Pr Langevin, Henri Roser, Romain Rolland, Victor Margueritte, Georges Pioch et al., « Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Guerre », Le Semeur, no 239,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  13. André Philip, « L'objection de conscience et le service civil », Les Cahiers des Droits de l'Homme,‎ , p. 59-60
  14. « L'objection de conscience », Les Cahiers des Droits de l'Homme,‎ , p. 617-619
  15. « Comité », Les Cahiers des Droits de l'Homme,‎ , p. 734-738
  16. « Le statut des objecteurs déposé à l'Assemblée », Combat,‎ , p. 5
  17. Henry Ehrmann, La politique du patronat français, Paris, Armand Colin,
  18. François-Georges Dreyfus, Les économistes français face au Reich hitlérien, p 83-92
  19. Michèle Berger, Mélanges en l'honneur de François Caron, Paris, Presse Universitaire Paris Sorbonne,
  20. Communiqué à l'AFP
  21. a b et c Assemblée Nationale, « André, Louis Philip - Base de données des députés français depuis 1789 - Assemblée nationale (Clic sur Biographies puis Biographie IVe République) », sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le 5 mars 2018)
  22. René Guillouin, J'étais l'ami du Maréchal Pétain, Plon,
  23. (en) Edward Rice Maximin, « The United States and the French Left, 1945-1949 : the View from the State Department », Journal of Contemporary History, vol. 19,‎ , p. 729-74.
  24. Robert Belot, Gilbert Karpman, L’affaire suisse. La Résistance a-t-elle trahi de Gaulle?, Paris, Armand Colin, , p. 197-198 et 157
  25. a b et c « André Philip, socialiste, patriote, chrétien », sur Le portail des ministères économiques et financiers (consulté le 5 mars 2018)
  26. https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09592299708406035
  27. (en) Richard Aldrich, « OSS, CIA and ACUE 1948-1960 », Diplomacy and Statecraft,‎ , p. 184-227
  28. (en) Evans Pritchard, « Euro-federalists financed by US Spies Chieff », Daily Telegraph,‎
  29. (en) Pascaline Winand, Eisenhower, Kennedy, and the United States of Europe,, New York, St Martin’s Press,,
  30. (en) Peter Coleman, The Liberal Conspiracy : the Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, New York, Free Press,
  31. {{Article}} : paramètre « titre » manquant, Historia,‎

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


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