André Philip

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André Philip est un homme politique socialiste français, professeur des universités en sciences économiques et avocat, né le à Pont-Saint-Esprit (Gard) et mort le à Paris[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et famille[modifier | modifier le code]

Fils de Louis Philipp, officier et de Gilberte Vincent[2], né au sein d'une famille protestante, socialiste et démocrate, André Philip adhère à la SFIO en 1920[3].

Il fait ses études secondaires au lycée de Marseille, actuel lycée Thiers[4], et obtient son baccalauréat en 1919. Il fait des études de philosophie et de droit à Paris et obtient en 1926 son diplôme de l'École libre des sciences politiques[2]. Il prépare une thèse de sciences économiques à Londres et est reçu à l'agrégation d'économie politique en 1926[2]. Il est nommé professeur de droit à l'université de Lyon (1926)[2].

Il épouse en 1924 Mireille Cooreman dont il aura cinq enfants : Olivier, Jean, Christiane, Nicole et Loïc. Mireille Philip a été reconnue juste parmi les nations pour avoir fait évader des Juifs alors qu'elle vivait au Chambon-sur-Lignon[5] ; elle décède en 1991.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, il dirige avec le syndicaliste Maurice Landrain le Front des chrétiens révolutionnaires, qui regroupe les tendances socialistes et communistes du « christianisme social » [6].

Soutien aux objecteurs de conscience[modifier | modifier le code]

Il assure au tribunal la défense de plusieurs objecteurs de conscience[7],[8],[9]. Il signe avec de nombreux intellectuels une lettre réclamant la libération d'Henri Ferjasse, objecteur emprisonné en grève de la faim[10]. En 1933, vingt ans avant le vote de la loi sur l'objection de conscience, il est membre du Comité central de la Ligue des Droits de l'Homme et souhaite voir celle-ci « prendre officiellement parti en faveur du service civil et engager une campagne énergique dans ce sens.[11] » Son projet de statut est débattu puis adopté par le Comité, mais en vain[12],[13]. En 1949, il dépose au bureau de l'Assemblée nationale une proposition de loi portant sur un statut des objecteurs de conscience[14].

Front populaire[modifier | modifier le code]

Député socialiste du Rhône de 1936 à 1940, André Philip fut rapporteur sur la semaine de 40 heures. Il fut également adhérent du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et de l'Association juridique internationale.

Résistance[modifier | modifier le code]

André Philip fut au nombre des quatre-vingts parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain le [15]. Il participa à la Résistance au sein du Comité d'action socialiste et de Libération-Sud[15]. En 1942, il rejoignit de Gaulle à Londres. Il fut ensuite nommé Commissaire à l'Intérieur, puis Commissaire chargé des rapports avec l'Assemblée consultative (voir la liste) au Comité français de libération nationale d'Alger. Il put quitter la France ainsi que sa famille sans encombre. Son épouse étant malade il demanda et obtint les passeports nécessaires pour partir par l'entremise d'une figure importante de l'entourage de Pétain, René Gillouin[16][source insuffisante]. Ces passeports lui avaient été obstinément refusés par l'administration jusqu'à cette intervention.

Ministre de la IVe République[modifier | modifier le code]

Il fut membre de l'Assemblée consultative puis des deux assemblées constituantes. Dans la seconde, il présida la commission de la Constitution[3].

André Philip fut réélu député du Rhône en 1946 et siègea au Palais-Bourbon jusqu'en 1951. Il fut Ministère de l'Économie et des Finances du gouvernement Gouin (janvier-), puis dans le gouvernement Blum (-). Dans le ministère Ramadier en 1947, il fut ministre de l'Économie nationale[17].

Il fit partie de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe, où il préconisa la création de la CECA. Battu aux élections de 1951, il entra au Conseil économique et social, dont il resta membre jusqu'en 1959.

Membre du PSU[modifier | modifier le code]

Critique de la politique algérienne de Guy Mollet, il fut exclu du parti socialiste SFIO[17] en 1957 et rejoignit le Parti socialiste autonome, puis le PSU[17] jusqu'en 1962. Président du Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe, il s'opposa alors à Pierre Mendès France, à qui il ne pardonnait pas l'épisode de la CED.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Sur le plan universitaire, il enseigna l'économie politique à l'Université de Sarrebrück[15] de 1951 à 1957, puis à celle de Paris de 1957 à 1967.

Expert des problèmes du commerce international et du développement, André Philip participa aux premières assemblées de la CNUCED en 1964 et en 1968.

Acteur du mouvement associatif[modifier | modifier le code]

André Philip s'engagea très tôt dans l'éducation populaire. Il fut notamment à l'initiative de la création, en , de la « République des jeunes », organisation associative nationale rassemblant syndicats de salariés et mouvements éducatifs et de jeunesse, organisation qui préfigura la création, en 1948, de la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture dont il assura la présidence jusqu'en 1968.

Protestant engagé, il milite au sein du mouvement du christianisme social et est président de la commission des affaires internationales de la Fédération protestante de France (1962-1970)[2]. Il est l'un des leaders de la conférence « Église et société », du Conseil œcuménique des Églises, à Genève en 1966[2].

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'Angleterre moderne, le problème social, l’expérience travailliste, 1926.
  • Le problème ouvrier aux États-Unis, Alcan, 1927.
  • L'Inde moderne, Alcan, 1930.
  • Sécurité et Désarmement, Cahiers Bleus, 1932.
  • H. de Man et la crise doctrinale du socialisme, Gamber, 1933.
  • Trade Unionisme et Syndicalisme, Aubier, 1936.
  • L'Europe unie et sa place dans l'économie internationale, P.U.F. 1953.
  • La démocratie industrielle, P.U.F. 1955
  • Le Socialisme trahi, Plon, 1957.
  • Pour un socialisme humaniste, Plon, 1960
  • Histoire des faits économiques et sociaux de 1800 à nos jours, Aubier, Éditions Montaigne, 1963
  • La Gauche, mythe et réalités, Aubier Montagne, 1964
  • et la foi démocratique, Aubier Montagne, 1968.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Assemblée Nationale, « André, Louis Philip - Base de données des députés français depuis 1789 - Assemblée nationale », sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le 5 mars 2018)
  2. a b c d e et f Bolle 1993, p. 386.
  3. a et b « André Philip, un socialiste partisan de la rigueur », sur Le Monde.fr (consulté le 5 mars 2018)
  4. « UN LYCEE AU COEUR DE L’HISTOIRE - Lycée Thiers à Marseille », sur www.lyc-thiers.ac-aix-marseille.fr (consulté le 10 février 2019)
  5. « | Le comité Français pour Yad Vashem », sur yadvashem-france.org (consulté le 5 mars 2018)
  6. Klauspeter Blaser (de) « Du christianisme social au socialisme chrétien », in Autres Temps. Cahiers d'éthique sociale et politique. no 62, 1999. p. 75-84 DOI: 10.3406/chris.1999.2129
  7. « Jacques Martin, objecteur de conscience, est condamné à un an de prison », L’Écho d'Alger,‎ , p. 4
  8. « Un objecteur de conscience est condamné à deux ans de prison », Le Petit Provençal,‎ , p. 3
  9. « Un objecteur de conscience », La Tribune de l'Aube et de la Haute-Marne,‎ , p. 2
  10. André Philip, Roger Martin du Gard, Jean Giono, Georges Duhamel, Henri Barbusse, Pr Langevin, Henri Roser, Romain Rolland, Victor Margueritte, Georges Pioch et al., « Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Guerre », Le Semeur, no 239,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  11. André Philip, « L'objection de conscience et le service civil », Les Cahiers des Droits de l'Homme,‎ , p. 59-60
  12. « L'objection de conscience », Les Cahiers des Droits de l'Homme,‎ , p. 617-619
  13. « Comité », Les Cahiers des Droits de l'Homme,‎ , p. 734-738
  14. « Le statut des objecteurs déposé à l'Assemblée », Combat,‎ , p. 5
  15. a b et c Assemblée Nationale, « André, Louis Philip - Base de données des députés français depuis 1789 - Assemblée nationale (Clic sur Biographies puis Biographie [[IVe République]]) », sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le 5 mars 2018)
  16. René Guillouin, J'étais l'ami du Maréchal Pétain, Plon,
  17. a b et c « André Philip, socialiste, patriote, chrétien », sur Le portail des ministères économiques et financiers (consulté le 5 mars 2018)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]