Abbaye du Mont-Saint-Michel

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Abbaye du Mont-Saint-Michel
Vue de l'abbaye, côté sud.
Vue de l'abbaye, côté sud.

Ordre Chanoines (709-966)
Bénédictins (966-1791)
Bénédictins (1966-2001)
Fraternités monastiques de Jérusalem (depuis 2001)
Fondation 709
Fermeture 1791-1966
Diocèse Coutances et Avranches
Fondateur Aubert d'Avranches (709, sanctuaire)
Richard Ier de Normandie (966, abbaye)
Dédicace Saint Michel
Style(s) dominant(s) Architecture romane (cryptes, nef et transept de l'église abbatiale)
Architecture gothique (chœur de l'église, cloître, Merveille)
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)[1]
Patrimoine mondial Patrimoine mondial (1979)
Site web http://www.abbaye-montsaintmichel.com/
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région française Normandie
Département Manche
Commune Le Mont-Saint-Michel
Coordonnées 48° 38′ 09″ nord, 1° 30′ 41″ ouest

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Abbaye du Mont-Saint-Michel

L’abbaye du Mont-Saint-Michel se trouve sur la commune française du Mont-Saint-Michel[Note 1], dans le département de la Manche en région de Normandie.

L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1].

Le site figure depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au sein du bien intitulé « Mont Saint-Michel et sa baie ». Il est géré par le Centre des monuments nationaux[2].

Avec plus de 1,355 million de visiteurs par an en 2010, l'abbaye fait partie des premiers sites culturels visités en France[3].

Sommaire

Toponymie[modifier | modifier le code]

Attestations anciennes : in monte qui dicitur Tumba, vers 850, revelatio. Monte Sancti Michaelis 966, AG NLM.

Le mot tumba, tombe, rare en toponymie, est à interpréter dans le sens de « tertre », « élévation »[4]. Le nom de l’îlot voisin Tombelaine ne procède pas du dieu gaulois Belenos, mais d'un primitif *tumb-ell-ana dérivé du précédent, avec double suffixation, formation homonyme de Tombelaine, hameau du Calvados ou de Tomblaine, commune de Meurthe-et-Moselle[5].

Héraldique[modifier | modifier le code]

Blason abbaye fr Mont Saint Michel (50).svg

Les armes de l'abbaye du Mont-Saint-Michel se blasonnent ainsi :

  • De sable à 10 coquilles d’argent, 4, 3, 2 et 1 ; au chef de France.

Le nombre des coquilles a varié selon les époques. Le blason d'origine était probablement inversé quant aux couleurs (champ d'argent et coquilles de sable) en raison des coquilles naturelles du lieu, fort sombres.
Le chef de France, plutôt attribué aux "bonnes villes" fut donné par Louis XI, "très-dévot à saint Michel" après son pèlerinage à l'abbaye en 1462.Sources: Édouard Corroyer, Description de l’Abbaye, cité ci-dessous.
Ce blason est souvent attribué abusivement à la commune du Mont-Saint-Michel.

Histoire primitive du Mont[modifier | modifier le code]

Le Mont-Tombe durant l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Le Mont a été, dès l’origine, un lieu où les hommes ont aimé entendre ou projeter les histoires qui les construisaient et les rassuraient. Ainsi, l'hypothèse selon laquelle il est durant l'Antiquité un lieu de cultes druidiques pour les Abrincates qui habitaient la région autour du mont et l'Avranchin, ne repose que sur des inductions[6]. Selon le chanoine de la cathédrale de Dol et historien Gilles Déric (1726-1800), le rocher était un sanctuaire païen dédié au dieu gaulois du soleil sous le nom de Mons vel Tumba Beleni : mont ou tombe de Belenos, hypothèse aujourd’hui abandonnée, puisqu'aucun niveau d'occupation antique n'a été mis au jour et que Tumba Beneni est certainement une cacographie pour Tumbellana, Tombelaine. Le « Mont-Tombe » (Mons Tumba), nom originel du Mont-Saint-Michel, a pu être appelé ainsi parce qu'il émergeait des sables « à la manière d'un tombeau ». Il est plus vraisemblable que la racine du mot Tombe est en réalité indo-européenne (tum, « tertre ») et est issue d'une dénomination antérieure à la latinisation de la région. Le terme renvoie à la réalité géographique de l'endroit pour désigner un « tertre », une « élévation »[4].

Le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer au début de l’ère chrétienne[modifier | modifier le code]

Le récit en partie légendaire et miraculeux de la fondation chrétienne de l'abbaye est issu d'un texte en latin de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba[7] rédigé par un chanoine du Mont-Saint-Michel ou de la cathédrale d’Avranches au IXe siècle. Ce texte de circonstance s'inscrit dans le contexte de lutte de pouvoir entre la Bretagne et le Comté de Normandie avec le royaume franc ainsi que des réformes canoniques entreprises par les empereurs carolingiens[8]. De plus, les chroniqueurs montois du IXe au XIIe siècle écrivent pour la gloire de Dieu, du prince et de la communauté où ils vivent, en vue de constituer des « légendes » mais il ne faut voir dans toutes les informations contenues dans leurs récits que de pures inventions et des fables mensongères, d'où la nécessité d'effectuer une lecture critique de ces textes[9].

À l’avènement du christianisme dans la région, aux alentours du IVe siècle, le Mont Tombe fait partie du diocèse d’Avranches, dont les limites correspondent avec l'ancien territoire des Abrincates. Au milieu du VIe siècle, le christianisme s’implante véritablement dans la baie. À cette époque, le Mont Tombe offre un abri à de pieux solitaires, ermites (probablement des moines celtes insulaires, comme ailleurs en France) approvisionnés par le curé d’Astériac (commune de Beauvoir), qui veillent sur le site et mènent une vie contemplative autour d'oratoires. Les ermites saint Pair et saint Scubilion[10] en fondent un dédié au premier martyr chrétien, saint Étienne, élevé à mi-hauteur du rocher et un second en l’honneur du premier martyr d'Autun, saint Symphorien, élevé au pied du rocher[11].

Le songe de saint Aubert.

Dès le IVe siècle, le culte de saint Michel est largement répandu en Orient. Le saint fait son apparition en Occident à la fin du Ve siècle avec l'élévation d'un premier sanctuaire à Monte Sant'Angelo dans le massif du Gargano en Italie en 492. En 813, Charlemagne étend à l'ensemble de ses états la fête de la Saint-Michel. Dès lors, de nombreuses chapelles et édifices (tours, fondations) lui sont dédiés. Ils sont généralement édifiés dans des lieux isolés et élevés[12], pour rappeler que saint Michel est le « chef » des anges[13]. C'est dans ce contexte qu'est rapporté dans la Revelatio, l’édification, par l’évêque saint Aubert d’Avranches, d’un oratoire dédié à l’archange saint Michel en 708. Selon la légende, Aubert aurait reçu, au cours de son sommeil, trois fois l’ordre de Saint-Michel de faire ériger sur le Mont-Tombe un oratoire. Le sanctuaire doit être, selon les prescriptions de l’ange, une réplique du sanctuaire de Saint Michel au Mont-Gargan en Italie (Ve siècle). Aubert fait arracher une pierre cultuelle païenne présente sur le Mont Tombe et construit à la place un sanctuaire circulaire formé de morceaux de roc grossièrement empilés. En 708 environ, Aubert envoie deux moines chercher au sanctuaire italien du Mont-Gargan des reliques du lieu : une pierre où il aurait laissé l’empreinte de son pied et un morceau de son voile (ou selon une autre tradition) sur l'autel qu'il avait consacré. C'est au cours de cette mission que le raz de marée de mars 709 aurait englouti la forêt de Scissy et entouré le mont pour en faire une île. Puis selon la tradition montoise remontant au XIe siècle, l’évêque fait la dédicace de l’église le 16 octobre 709[14] et y installe un chapitre de douze chanoines. Le Mont-Saint-Michel était né.

Les restes de l’oratoire ont été retrouvés dans la chapelle Notre-Dame-Sous-Terre[Note 2]. Ce sanctuaire est une chapelle reliquaire qui aurait abrité le tombeau du fondateur, Aubert et les reliques insignes ramenées du Mont-Gargan ou inventées (pierre avec l'empreinte, cape, bouclier, épée, disparues à la Révolution[15]).

Les premières constructions se révèlent insuffisantes et à l’époque carolingienne, d’importants bâtiments sont élevés, autour desquels se répartissent les cellules individuelles des religieux. Pour la première fois en 710, l'île montoise perd son appellation de « Mont-Tombe » pour prendre celui de « Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer », appellation en référence au passage des pèlerins traversant la baie à l'origine d'enlisements ou de noyades. Pendant tout le Moyen Âge, il est couramment surnommé par les clercs Mons Sancti Michaeli in periculo maris avant que ne se fixe progressivement le nom de « Mont-Saint-Michel »[16].

Histoire de l’abbaye[modifier | modifier le code]

La collégiale Saint-Michel aux IXe et Xe siècles[modifier | modifier le code]

Les chanoines du Mont-Saint-Michel se montrent, durant le premier siècle de leur institution, fidèles à la mission qui les a attachés au culte de l’archange saint Michel : leur montagne devient à la fois un lieu de prière, d’étude et de pèlerinage, mais l’ère de stabilité connue par la Neustrie durant le règne de Charlemagne laisse place, à la mort de cet empereur, à une période de grands désordres. Tandis que le reste de la Gaule subit les invasions barbares, la religion et la science trouvent refuge et asile dans le diocèse d'Avranches, et surtout au Mont-Saint-Michel. Profitant de la désunion des petits-fils de Charlemagne, les raids et incursions des Vikings, précédemment contenus, reprennent une nouvelle vigueur.

Les évènements de cette époque ne suspendent d’abord pas les pèlerinages montois dont ce roc vénéré est devenu le centre. Les Vikings atteignent le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer en 847 et mettent à sac l'église abbatiale[17]. Lors des autres incursions vikings, il semble que les moines du Mont n’aient pas quitté leur monastère. Peut-être sert-il déjà de lieu fortifié ou est-il protégé car relevant de l’aire d’influence du comte de Rennes qui a négocié une alliance avec les Vikings ? En 867, le roi de France Charles le Simple, dans l'incapacité de défendre ses marches occidentales, signe avec le roi de Bretagne Salomon le Traité de Compiègne dans lequel il cède le Cotentin et l'Avranchin. Le Mont appartient en principe aux Bretons mais d'un point de vue religieux, il fait partie du diocèse d'Avranches qui reste dans l'archidiocèse de Rouen. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte, conclu en 911 entre Charles le Simple et un chef normand d'origine norvégienne prénommé Rollon, donne naissance à la « marche de Normandie ». Rollon se fait baptiser et donne aux religieux du mont sa terre d'Ardevon, en les assurant de sa constante protection. En 933, Guillaume Longue-Épée, fils et successeur de Rollon, reconnaît l'autorité du roi de France Raoul qui lui concède la « terre des Bretons située en bordure de mer », cette expression désignant probablement le Cotentin et sans doute aussi l’Avranchin jusqu’à la Sélune, frontière entre le Rennais et l'Avranchin. Le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer est alors en principe sous le contrôle des Normands mais il leur échappe le plus souvent, le littoral de la baie du mont étant âprement disputé par Bretons et Normands. Guillaume Longue-Épée poursuit la politique de restauration des monastères inaugurée par son père[18].

Fondation de l’abbaye bénédictine (965 ou 966)[modifier | modifier le code]

Miniature représentant le privilège accordé par le pape Jean XIII, Cartulaire du Mont-Saint-Michel, vers 1150, f.19v.
Granodiorite de Chausey.

Le rapide développement des richesses de l’abbatiale Saint-Michel finit par constituer un sérieux obstacle à son bon fonctionnement, et même à sa vocation religieuse. Dotés des moyens de satisfaire leurs passions, les chanoines dépensèrent en plaisirs les richesses provenant de la piété des princes, tandis que l’église restait déserte ou n’était fréquentée que par des clercs légèrement rétribués. Les nobles du pays cherchèrent à obtenir les bénéfices de la riche abbaye pour mieux les dépenser dans les plaisirs de la table, du monde et de la chasse, où se passait désormais leur existence.

Lorsque Richard Ier « Sans Peur », le fils de Guillaume Longue-Épée, lui succède comme duc de Normandie, il tente de résoudre le problème en faisant comparaître les chanoines devant lui pour leur reprocher leurs débordements et leur rappeler le caractère saint de l’abbaye. Après s’être efforcé, en vain, de les ramener à la régularité de la vie religieuse, par les remontrances, les prières et les menaces, Richard prend la résolution, après approbation du pape Jean XIII et du roi Lothaire, de remplacer la collégiale du Mont par un monastère en y faisant établir des bénédictins qui remplacent les chanoines de saint Aubert, comme le mentionne l’Introductio monachorum (« l’installation des moines »), traité composé vers les années 1080-1095 par un moine du Mont-Saint-Michel qui cherche à défendre la thèse de l’indépendance du monastère à l’égard du pouvoir temporel[19].

S’étant rendu à Avranches, suivi d’un nombreux cortège de prélats et de seigneurs et de trente religieux sortis des abbayes normandes environnantes (monastère de Saint-Wandrille, Saint-Taurin-d’Évreux et Jumièges), Richard expédie un des officiers de sa cour avec plusieurs soldats au Mont-Saint-Michel, pour notifier ses ordres aux chanoines : ils doivent se soumettre aux austérités de la vie claustrale en prenant l’habit de saint Benoît ou quitter le Mont. Un seul s'y soumet, tandis que tous les autres abandonnent les lieux, laissant l’abbé Maynard Ier, qui vient de l’abbaye de Saint-Wandrille, y établir la règle bénédictine. Le remplacement des chanoines par des moines bénédictins a lieu en 965 ou 966, année retenue comme celle de la fondation de l'abbaye du Mont-Saint-Michel[20]. Dès lors, les ducs de Normandie veulent faire du mont un des grands centres de pèlerinage de la chrétienté et lancent de vastes chantiers de construction. C'est le début des heures glorieuses pour l'abbaye qui sera dirigée par 41 abbés bénédictins, de 966 à 1622 (date à laquelle l'abbaye s'unit à la congrégation de Saint-Maur, dont les religieux apportent un renouveau de la vie monastique et fait éviter la ruine au site), régnant au Mont sur les âmes et les corps[21].

Ce sont ces premiers moines bénédictins qui dotent l'abbaye de l'église pré-romane à double nef de « Notre-Dame-sous-Terre », puis font construire à partir de 1060 la nef de l'église abbatiale dont la croisée du transept est établie sur le sommet du rocher. L'île du mont étant trop petite pour abriter une carrière de pierre, les pierres utilisées viennent de l'extérieur : pierre de Caen dont la tendreté favorise l'exécution des sculptures très fouillées (frise des arcades et des écoinçons du cloître) et surtout granite qui provient des carrières des îles Chausey où il est débité sur le roc par des tailleurs de pierre, transporté par mer (blocs halés par-dessous de petites barques ou barges, au moyen d'aussières et d'un treuil actionné à marée haute) et monté en blocs scellés par les maçons. Il s'agit plus précisément d'une granodiorite de nuance gris-bleuâtre, à texture grenue, à grain fin-moyen, à mica blanc dominant. Les enclaves surmicacées, de teinte sombre, sont abondantes[22]. Ces enclaves sont riches en micas noirs qui contiennent du fer et dont l'altération se traduit par une oxydation de type « rouille », formant ainsi des taches dorées brunâtres. La paragenèse principale de cette granodiorite comporte : feldspaths (53,5%) dont 38,5 % de plagioclases (oligoclase-andésine) blancs à gris-bleu et 15 % de feldspath potassique (microcline) blancs ou roses ; quartz, gris vitreux (31 %) ; biotite, mica en paillettes noires (14,5 %)[23]. Ce granitoïde a entre autres servi à la construction des manoirs du Cotentin, des trottoirs de Londres, et à la reconstruction de Saint-Malo (trottoirs, quais) en 1949[24].

Entre l’an 1009 et 1020 environ, la terre entre Sélune et Couesnon est conquise sur les Bretons, faisant définitivement du Mont Saint-Michel une île normande. Ces conflits n'empêchent pas les ducs de Bretagne Conan le Tort, mort en 992, et Geoffroy Ier, mort en 1008, de se faire ensevelir, au titre de bienfaiteurs, au Mont-Saint-Michel.

Un centre de traduction au XIIe siècle[modifier | modifier le code]

Un des âtres du Scriptorium, 1225.

Dans la première moitié du XIIe siècle, les bénédictins du Mont-Saint-Michel auraient eu, selon plusieurs historiens, une grande influence sur le développement intellectuel de l’Europe en traduisant Aristote directement du grec ancien en latin ; le plus vieux des manuscrits des œuvres d'Aristote, en particulier les Catégories, date des Xe et XIe siècles, soit avant l’époque où d’autres traductions se font à Tolède depuis l’arabe, ou en Italie[25].

« (...) La bibliothèque du Mont-Saint-Michel au XIIe siècle comportait des textes de Caton l'Ancien, le Timée de Platon (en traduction latine), divers ouvrages d'Aristote et de Cicéron, des extraits de Virgile et d'Horace... »

— Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, éd. Seuil, coll. Points Histoire, 1979, p. 18.

Le Mont-Saint-Michel connaît alors son apogée avec l'abbé Robert de Torigni, conseiller privé du duc de Normandie, Henri II d'Angleterre[26].

XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1204, après la commise pour forfaiture de Jean-sans-Terre, le roi de France Philippe-Auguste ayant reconnu, dans un second temps, Arthur de Bretagne comme successeur du roi Richard d'Angleterre, entreprend de s’emparer des fiefs continentaux du duc de Normandie. Entre-temps, Jean-sans-Terre assassine son neveu Arthur puis ravage la Bretagne.

Le roi ayant franchi, avec une armée, la frontière de Normandie pour exécuter cet arrêt, son allié, Guy de Thouars, nouveau duc baillistre de Bretagne, se jette sur l’Avranchin à la tête d’une armée Bretonne. Le Mont-Saint-Michel fut le premier point vers lequel se dirigèrent les efforts de Guy de Thouars avant de reprendre l'Avranchin et le Cotentin. Impuissantes à protéger la ville, les palissades, furent emportées d’un choc, la ville fut saccagée et les Montois massacrés, sans considération d’âge ou de sexe. L’assaut breton vint se briser contre les fortifications du monastère : après de longs et inutiles efforts, Guy de Thouars, désespérant de se rendre maître d’une enceinte défendue avec désespoir, se retira en livrant la ville au feu. Le sinistre se développa avec une telle violence que les flammes, s’élançant vers le sommet du mont, débordèrent sur l’abbaye, dont elles réduisirent presque tous les bâtiments en cendres. Seuls, les murs et les voûtes résistèrent et échappèrent à cet embrasement.

Philippe-Auguste ressentit la plus vive douleur de ce désastre, et, voulant effacer les traces de ce malheur, il envoya à l’abbé Jordan une forte somme d’argent destinée à réparer ces ravages. Reconstruit dans le style architectural normand, avec tailloirs des chapiteaux circulaires, écoinçons en pierre de Caen, motifs végétaux, etc., le cloître de la Merveille est achevé en 1228.

Guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Cent Ans.

Guillaume du Merle, capitaine général des ports de Normandie, établit une garnison royale en 1324. Le prieur du Mont Nicolas le Vitrier opère avec ses moines en 1348 une convention qui divise les revenus en deux parts, l'une pour le monastère, l'autre, réservée à lui-même, constituant la mense abbatiale[27].

Au début du conflit, l’abbaye perd tous les revenus de ses prieurés anglais.

En 1356, les Anglais prennent Tombelaine, y installent une bastille et commencent le siège de l’abbaye, tête de pont française dans la Normandie anglaise. Peu de temps après, Bertrand Du Guesclin est nommé capitaine de la garnison du Mont et remporte plusieurs victoires qui permettent d’écarter la menace anglaise pour plusieurs années.

Le châtelet, avec ses tourelles en encorbellement sur contrefort, est construit durant l'abbatiat de Pierre Le Roy, à la fin du XIVe siècle.

En 1386, Pierre Le Roy est élu abbé et ordonne la construction de la tour Perrine, de la tour des Corbins et du Châtelet afin de défendre l’entrée de l'abbaye. Après la bataille d'Azincourt, le nouvel abbé, Robert Jollivet, fait construire à partir de 1417 un rempart pour protéger la ville, ainsi qu’une grande citerne creusée « en roche vive » derrière l’abside de l’abbaye en 1418 pour alimenter le Mont en eau douce. En 1419, Rouen tombe aux mains des Anglais. Le Mont est alors la seule ville de Normandie qui résiste à l’occupant. Craignant la puissance anglaise, Robert Jollivet offre ses services au roi d’Angleterre en 1420 mais un an plus tard, Charles VII nomme Jean VIII d'Harcourt capitaine du Mont pour faire face au risque d’invasion anglaise. Le Mont est alors le seul site de Normandie résistant encore aux Anglais qui l'assiègent entre 1423 et 1440, établissant un blocus par la terre et la mer et édifiant deux bastilles sur Tombelaine et Ardevon[28].

Le duc de Bretagne, malgré son alliance avec les Anglais, se méfie d'eux et des dangers que la possession de ce roc par ce pays représenterait pour ses provinces. Sur ses ordres, le sieur Briand III de Châteaubriant-Beaufort, son amiral, Guillaume de Montfort cardinal et évêque de Saint-Malo, équipent secrètement dans ce port plusieurs vaisseaux que montent les seigneurs de Combourg, de Montauban, de Chateaubriand, etc., avec un grand nombre de chevaliers et d’écuyers bretons, tous résolus à attaquer les vaisseaux anglais. Cette expédition met en déroute la flotte anglaise (bataille du ).

Lorsque l’escadre victorieuse vint aborder au Mont-Saint-Michel, les troupes assiégeantes, redoutant une attaque combinée des Montois et des chevaliers bretons, abandonnèrent à la hâte leurs bastilles, laissant toute liberté de ravitailler la place assiégée. À peine les Anglais eurent-ils vu s’éloigner l’escadre auxiliaire qu’ils s’empressèrent de venir relever ses fortifications.

Le Mont-Saint-Michel fut même serré avec plus de rigueur ; toutes ses communications avec la plage furent interceptées et, à chaque marée, la garnison montoise ne pouvait tenter se ravitailler sans que la plage devînt le théâtre d’escarmouches sanglantes.

Jean organise une attaque surprise montée avec son allié, Jean de La Haye, et des assiégés contre des patrouilles anglaises qui se trouve écrasées (« plus de 200 cadavres restèrent sur place ») après quoi les Anglais se terrent dans leurs forts.

Jean d'Arcourt est tué à la bataille de Verneuil en août 1424 et est remplacé par Jean de Dunois, sitôt contesté. Les religieux du Mont renforcent leurs défenses sur leurs propres fonds. Les Anglais renforcent Tombelaine. Louis d'Estouteville remplace Jean le 2 septembre 1424, et ce dernier retire de la ville, le 17 novembre 1424, les femmes, les enfants et les prisonniers. Tombelaine est encore renforcée. À chaque marée basse, les Anglais en descendent jusqu'aux murailles du Mont. La communication n'est possible qu'au prix d'escarmouches et de combats.

C'est en juin ou juillet 1425 que les Anglais recrutent des combattants, dont Robert Jollivet, y compris à Granville, dont Damour Le Bouffy (qui touche 122 livres pour 30 jours), et lance une terrible attaque, qui échoue, contre les Michelistes et les chevaliers bretons[29].

En novembre 1425, d'Estouteville organise une « sanglante leçon de prudence » : une sortie surprise en force qui culbute les Anglais, « le massacre fut horrible ». Les religieux gagent tous leurs accessoires précieux et renforcent leurs fortifications, construisent la porte, la herse et le pont-levis. Charles VII les encourage à la défense et, puisque isolés, les autorise à battre monnaie en 1426. Les Anglais se calment jusqu'en 1433.

Les bombardes posées sur affût abandonnées par l'armée de Thomas de Scales, le 17 juin 1434.

En 1433, un incendie ayant détruit une partie de la ville, les Anglais en profitent pour attaquer l’abbaye. C'est une grande offensive que lance Thomas de Scales, le 17 juin 1434, par grande marée basse, avec artillerie et machines de guerre. L'historiographie romantique des 119 chevaliers normands défenseurs du Mont-Saint-Michel ayant résisté pendant trente ans et qui firent un tel massacre lors de cette attaque que les 20 000 Anglais sont repoussés et poursuivis sur les grèves, est une image d'Épinal inventée dans les années 1880. Pendant ce siège de 30 ans, l'abbaye forteresse n'est défendue en permanence que par une vingtaine de personnes alors que les 119 chevaliers pouvaient avoir des membres de leur famille dans l'armée anglaise, l'assaut de 1434 ne comprenait pas plus de 2 000 Anglais[26]. Dernière attaque des Anglais, au cours de laquelle l'armée de Thomas Scalles abandonna sur les grèves des bombardes (deux de ces pièces d'artillerie, les célèbres « michelettes », sont visibles à l'entrée du Mont-Saint-Michel), après quoi ils se contentèrent de les surveiller depuis Tombelaine et leurs bastilles. Dès lors, le Mont ne subira plus de siège jusqu’à la libération de la Normandie en 1450.

Prisons de l’abbaye[modifier | modifier le code]

Symbole national de résistance contre les Anglais, le prestige de l'abbaye décline néanmoins depuis le XIIe siècle, perdant de son intérêt militaire et religieux (le régime de la commende institué en 1523 par le roi de France finit de ruiner l'abbaye), même si des rois continuent de venir en pèlerinage au Mont et qu'il reste un enjeu lors des guerres de Religion (les Huguenots de Gabriel II de Montgommery et son frère Jacques tentent de s'emparer de ce bastion de la Ligue catholique en 1577, 1589, 1591[Note 3]) : elle devient, sous l’Ancien Régime, un lieu de détention pour plusieurs personnes incarcérées en vertu de différentes juridictions : des légendes prétendent que des abbés ont aménagé des cachots dès le XIe siècle. Une prison d'État est attestée sous Louis XI qui fait installer dans le logis abbatial roman une fillette, cage de bois et de fer suspendue sous une voûte[30]. Le relâchement des mœurs (certains moines vivent avec femmes et enfants) malgré la réforme en 1622 par les Mauristes et le manque d'entretien incitent les rois de France à l'utiliser alors essentiellement comme prison (à la fin du XVIIIe siècle, elle n'abrite plus qu'une dizaine de religieux), elle gagne son surnom de « bastille des mers » où sont emprisonnés notamment Victor Dubourg de La Cassagne ou Desforges[31]. Paradoxalement, cette utilisation pénitentiaire a sauvé ce grand témoignage de l'architecture religieuse car de nombreuses abbayes devenues biens nationaux en 1789 furent rasées, vendues à des particuliers, transformées en carrières de pierres ou tombèrent en ruine, faute d'entretien[32].

Lorsque les derniers bénédictins quittent le Mont en 1791 (l'abbaye est alors désignée sous le nom « Mont Michel ») sous la Révolution, celle-ci devient alors uniquement une prison où sont incarcérés, dès 1793 (elle porte alors le nom de « Mont libre »), plus de 300 prêtres réfractaires[Note 4]. Plusieurs émeutes dénoncent les mauvais traitements : sous Louis-Philippe d'Orléans, des prisonniers ultraroyalistes comme républicains, bien qu'ils ne se mêlent pas lors de leurs promenades deux fois par jour sur la plate-forme devant l'église, se liguent contre le directeur de prison Martin des Landes qui est remplacé. Néanmoins grâce à la « pistole »[33], les plus riches peuvent payer geôliers contre des sorties dans la ville basse, les autres peuvent emprunter des ouvrages rares recopiés par les moines au scriptorium. L'abbaye est transformée en 1810 en centrale pénitentiaire, prenant en charge les détenus condamnés à de longues peines. Jusqu'à 700 prisonniers (hommes, femmes et enfants[34]) travailleront dans des salles de l'abbaye transformées en ateliers. Confectionnant des chapeaux de paille dans l'église abbatiale divisée en trois niveaux (réfectoire en bas, dortoir au niveau intermédiaire, atelier de tissage sous les toits[Note 5]), cette dernière subit en 1834 un incendie attisé par la paille[35]. Après la détention de socialistes au Mont de Martin Bernard, Armand Barbès et Auguste Blanqui, divers intellectuels, dont Victor Hugo (qui s'écrie « on croit voir un crapaud dans un reliquaire » en la visitant), dénoncent l’abbaye-prison dont l'état de délabrement rend les conditions de vie insupportables. Napoléon III se résout à fermer en 1863 cette maison de force et de correction qui a vu passer 14 000 détenus, mais le décret impérial d'abolition est également rendu pour une raison pratique : dans une forte marée en 1852, la Sélune est venue se creuser autour du mont un lit qui l'isole complètement à marée basse, ce qui fait obstacle aux ravitaillements[36]. Les 650 prisonniers d'État et détenus de droit commun sont alors transférés sur le continent[26].

En 1794, un dispositif de télégraphe optique, le système de Chappe, est installé au sommet du clocher faisant ainsi du Mont-Saint-Michel un maillon de la ligne télégraphique Paris-Brest. En 1817, les nombreuses modifications effectuées par l’administration pénitentiaire entraînent l’écroulement de l’hôtellerie édifiée par Robert de Torigni.

Le monument historique[modifier | modifier le code]

Archange Saint-Michel au sommet de l'église abbatiale : sous l'armure d'un chevalier du Moyen Âge et d'un casque auréolé d'un nimbe rayonnant, il brandit de la main droite une épée pour frapper le dragon (sous forme de serpent) renversé qu'il foule aux pieds, et tient dans la gauche une rondache.
Chœur gothique flamboyant de l'église abbatiale.

L'abbaye est louée à l'évêque de Coutances à partir de 1863. Le 3 juillet 1877 ont lieu les fêtes grandioses du couronnement de la statue de saint Michel dans l'église abbatiale, en pleine période de recharge sacrale. Célébrées par l'évêque de Coutances Mgr Abel-Anastase Germain en présence d’un cardinal, de huit évêques et d’un millier de prêtres, ces fêtes attirent 25 000 pèlerins[37].

Viollet-le-Duc visite le mont en 1835, mais ce sont ses élèves, Paul Gout et Édouard Corroyer (la fameuse Mère Poulard fut sa femme de chambre), qui sont destinés à restaurer ce chef-d’œuvre de l’art gothique français. Des travaux urgents de consolidation et de restauration de l’abbaye, classée Monument historique en 1874, sont effectués par Corroyer. Le clocher et la flèche, ont subi les orages et la foudre ayant incendié l'abbaye à douze reprises, sont reconstruits entre 1892 et 1897 dans des styles caractéristiques du XIXe siècle, néo-roman pour le clocher, néogothique pour la flèche. L'architecte Victor Petitgrand a dû démonter la tour romane pour la renforcer) s’élevant à plus de 170 mètres au-dessus de la mer. Signe ostentatoire d'appropriation du lieu, cette flèche donne au Mont sa silhouette pyramidale actuelle[38].

L’archange Saint Michel (statue en plaques de cuivre laminé, repoussé et doré) qui couronne la flèche (définitivement achevée en 1898) est réalisé en 1895 par le sculpteur Emmanuel Frémiet dans les ateliers Monduit qui avaient déjà travaillé pour Viollet-le-Duc. Mesurant 3,5 m, pesant 800 kilogrammes et ayant coûté 6 000 francs (soit 15 000 euros actuels), elle est érigée le 6 août 1897 mais connaît curieusement la même indifférence médiatique que l'édification de la flèche. Trois pointes de paratonnerres fixées au bout des ailes et de l'épée permettent d'écarter le danger de la foudre. Comme la flèche de l'abbé Guillaume de Lamps édifiée en 1509 qui supportait déjà une figure de saint Michel dorée (cette flèche est renversée en 1594 à la suite d'un incendie déclenché par la foudre), cette statue resplendit aux rayons du soleil et a un effet saisissant sur le visiteur et pèlerin[39].

En 1898, Paul Gout redécouvre, lors de fouilles sous le plancher de l’église, Notre-Dame-Sous-Terre qui est complètement dégagée en 1959 une fois que l’architecte Yves-Marie Froidevaux a installé une poutre en béton précontraint.

Renaissance religieuse et développement du tourisme[modifier | modifier le code]

Maringotte, carriole attelée qui assure la liaison à partir de Genêts.

De 1878 et 1880, l'État fait construire une digue-route insubmersible de 1 930 m de longueur entre le Mont et la terre ferme (au lieu-dit La Caserne) en prolongement de la vieille route de Pontorson. Cette chaussée est empruntée par la ligne de Pontorson au Mont-Saint-Michel et son tramway à vapeur en 1899. Ces aménagements favorisent le tourisme mais aussi le pèlerinage montois, les pèlerins se rendant au Mont, pour les plus aisés, avec les fameux « breaks à impériale » et les « maringottes » qui assurent la liaison à partir du village de Genêts, ou à pied ou à tramway[40].

En 1922, le culte est restauré dans l'abbatiale. En 1966, à l’occasion de la célébration sous l’égide d’André Malraux du millénaire de l’abbaye, plusieurs monastères bénédictins envoyent quelques moines passer l’année 1966 au Mont, afin de célébrer à leur manière le caractère religieux millénaire du lieu, sans lequel le rocher serait sans doute resté à l’état quasi naturel. Une fois l’année passée, avec son flot de visiteurs et de colloques, une poignée de moines reste, en accord avec l’État, propriétaire des lieux. Leur premier prieur est le père Bruno de Senneville, venu de l’abbaye du Bec-Hellouin.

Cette petite communauté effectue pendant près de trente-cinq ans, par sa présence et la célébration du culte, une sorte de pèlerinage permanent sur les lieux, recevant elle-même les pèlerins de tous horizons. Ces pionniers permettent alors la restauration d’une communauté plus importante.

La mise en valeur de l'abbaye favorise le développement du tourisme : la fréquentation annuelle, de 10 000 visiteurs en 1860, s'élève au chiffre de 30 000 en 1885 pour dépasser dès 1908 les 100 000 visiteurs à l'entrée du village[41]. Après la Seconde Guerre mondiale, le train est supprimé au profit de l'automobile. Des parkings sont aménagés sur la digue pour les Montois et, de part et d'autre de la route, pour les visiteurs. L'explosion touristique a lieu dans les années 1960 avec les congés payés, la massification rapide de l'automobile et le boom économique[42].

Depuis 2001, des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, venues de l’église Saint-Gervais de Paris, assurent une présence religieuse toute l'année. Ils remplacent les moines bénédictins, qui peu à peu désertèrent le Mont après 1979.

Ainsi, chaque jour, la communauté se retrouve pour les offices dans l’abbatiale (ou dans la crypte Notre-Dame des Trente Cierges en hiver), rendant ainsi à l’édifice à sa destination originelle, pour prier et chanter la gloire de Dieu. Cela permet d'attirer des visiteurs et pèlerins qui, nombreux, viennent assister aux diverses célébrations.

À l'occasion du treizième centenaire du Mont, la fraternité s'est beaucoup investie, et s'ouvre désormais encore davantage sur le monde.

Des retraites d'une durée d'une semaine sont possibles, été comme hiver, pour prier, vivre en silence avec la communauté, découvrir leurs activités…

Récemment[Quand ?], la restauration d'une maison du Mont, le « Logis Saint-Abraham », a été entreprise par la communauté. Elle permettra dans quelques années à de nombreux pèlerins de venir passer quelques jours pour prier.

Le titre de père abbé du Mont[modifier | modifier le code]

Depuis le début du XXe siècle, le père abbé de l’abbaye Saint-Michel de Farnborough porte de droit le titre de « père abbé de l’abbaye du Mont-Saint-Michel ». En effet, à cette époque, l’évêque de Coutances et Avranches le lui octroya pour récompenser l’abbaye de Farnborough pour le service rendu par certains de ses moines (des bénédictins français de l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes en exil) qui sont venus assurer une présence spirituelle au Mont auprès des pèlerins, de plus en plus nombreux à y revenir, rien n’étant fixé pour les accueillir. La charte d’octroi stipule que le père abbé portera ce titre jusqu’à ce qu’une nouvelle communauté bénédictine se réinstalle au Mont et réélise un nouveau père abbé, ce qui, n’étant pas réalisé à ce jour, est encore valable.

Architecture[modifier | modifier le code]

Édifiée dès le Xe siècle, l’abbaye bénédictine abonde en merveilles architecturales édifiées dans les styles carolingien, roman et gothique flamboyant. Le niveau de la première marche de l'entrée de l'abbaye est de 50,30 m au-dessus du niveau moyen de la mer. Le sol de l'église, du cloître et du réfectoire est à une altitude de 78,60 m[43] tandis que la flèche néogothique qui sert de piédestal à la statue de saint Michel fait 40 mètres de hauteur. La hauteur du dallage, de l'église à la pointe de l'épée de saint Michel, atteint 78,50 m, ce qui fait que le mont culmine à 157,10 m de hauteur[44].

Le Grand Degré mène à un passage sous une arche qui donne accès à la cour du Châtelet.

Le circuit normal des visites comprend :

  • Niveau 1 : aumônerie (billetterie) ; Grand Degré extérieur (escalier de 200 marches qui donne accès à la cour du Châtelet. Sous l'arc surbaissé de son entrée s'engage l'escalier du Gouffre, menant à la Porterie ou salle des Gardes. Enfin, le Grand Degré intérieur étage ses 90 marches jusqu'au parvis de l'église au niveau 3) ;
  • Niveau 3 : parvis (terrasse panoramique)[Note 6] ; église abbatiale ; cloître ; réfectoire ;
  • Niveau 2 : salle des Hôtes ; crypte des Gros Piliers ; chapelle Saint-Martin ; ossuaire avec belvédère et roue d'écureuil ; galerie sud-nord ; promenoir des moines ; salle des Chevaliers ;
  • Niveau 1 : cellier (boutique).

Les premières constructions[modifier | modifier le code]

Chœur sud de Notre-Dame Sous-Terre (900). Au fond, restes de maçonnerie de l'oratoire d'Aubert (708).

Notre-Dame Sous-Terre[modifier | modifier le code]

Les agrandissements successifs de l’abbaye ont fini par absorber la totalité de l’église abbatiale d'origine, construite vers 900[45]:26, jusqu’à la faire oublier, avant sa redécouverte lors des fouilles de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Restaurée dans les années 1960, cette chapelle offre un remarquable exemple d’architecture préromane carolingienne. C'est une salle voûtée en berceau de 14 × 12 m, divisée depuis son origine en deux nefs par un mur médian percé de deux larges arcades, qui a soutenu, avant leur écroulement, trois des piliers de la nef romane de l'église actuelle. Les chœurs de Notre-Dame Sous-Terre sont surmontés d'une tribune qui servait probablement à la présentation des reliques aux fidèles rassemblés dans les nefs, tout en évitant leur vol. Les arcs sont construits en briques plates assemblées au mortier, selon la technique carolingienne[45]:26-27,[43]. Les bâtiments abbatiaux romans ont ensuite été élevés à l’ouest et au-dessus de l’église carolingienne[45]:34.

Sa fonction de soutènement ayant disparu, les architectes ont cependant conservé cette salle pour son rôle symbolique : selon la légende montoise, elle fut l'emplacement même de la chapelle que fit construire Saint Aubert en 709. Selon le récit d'invention de reliques, De translatione et miraculis beati Autberti, le squelette de l'évêque aurait été placé sur un autel dédié à la Sainte-Trinité, dans le vaisseau occidental de Notre-Dame-sous-Terre. D'autres reliques prestigieuses étaient exposées, celles de l'archange Michel, être pourtant immatériel (morceau du marbre sur lequel Michel aurait posé le pied, une parcelle de sa cape rouge, une épée et un bouclier, ses deux armes qui, selon une légende, lui auraient servi à vaincre le serpent du roi anglais Elga). Ces reliques furent dispersées en décembre 1791 par les révolutionnaires pour récupérer l'or et l'argent des reliquaires[46].

L'abbaye romane[modifier | modifier le code]

L’église abbatiale[modifier | modifier le code]

Vue aérienne de l'église. En 1963, lors de la réfection de la terrasse panoramique, Yves-Marie Froidevaux[Note 7] matérialise au sol les fondations du mur nord de la nef romane, ses trois travées occidentales, les deux tours carrées conçues contre la première façade du XIIe siècle, et entre ces deux tours, trois marches indiquant l'entrée initiale[47].

On accède par l'escalier dit du Grand Degré, à la terrasse pavée occidentale (appelée terrasse ouest) constituée du parvis primitif de l'église et des trois premières travées de la nef détruites[48].

Les pèlerinages s’intensifiant, il est décidé d’agrandir l’abbaye en édifiant une nouvelle église abbatiale à la place des bâtiments abbatiaux qui sont transférés au nord de Notre-Dame-Sous-Terre. L'église a une longueur de 70 m, une hauteur de 17 m au niveau des murs de la nef, de 25 m sous la voûte du chœur[43].

La nouvelle église abbatiale comporte trois cryptes servant de fondations : la chapelle des Trente-Cierges (sous le bras du transept nord), la crypte des Gros Piliers, qui soutient le chœur, à l'est, et la chapelle Saint-Martin, sous le bras du transept sud (1031-1047). La nef, côté ouest, repose sur Notre-Dame-Sous-Terre. L’abbé Ranulphe commença ensuite l’édification de la nef en 1060. En 1080, trois étages de bâtiments conventuels de style roman sont édifiés au nord de Notre-Dame-Sous-Terre, comprenant la salle de l’Aquilon, servant d’aumônerie accueillant les pèlerins, le promenoir des moines et le dortoir. Le cellier et l’aumônerie de la future Merveille sont également entamés. Ornée d'un faux appareil sur fond blanc, la nef était éclairée à l'aide de couronnes de lumière et devait former un univers riche en couleurs, contrastant avec le dépouillement actuel[49].

Mal consolidés, les bas-côtés nord de la nef s’écroulent sur les bâtiments conventuels en 1103. L’abbé Roger II les fait reconstruire (1115-1125). En 1421, c’est au tour du chœur roman de s’écrouler. Il sera reconstruit en style gothique flamboyant entre 1446 à 1450, puis de 1499 à 1523. À la suite d'un incendie en 1776, les trois travées occidentales de la nef sont démolies et une nouvelle façade est édifiée en 1780 : édifiée dans l'esprit de l'époque, c'est-à-dire en architecture néo-classique, elle se compose d'un premier niveau avec une porte centrale entourée de deux portes latérales, et des colonnes engagées ornées de chapiteaux de réemploi. L'incendie de l'atelier des prisonniers installé dans la nef de l'église en 1834 dévore entièrement la charpente des combles et les parois des murs, endommage les sculptures et les chapiteaux, ceux actuels datant du XIXe siècle[50]. Un bandeau sert d'appui aux fenêtres surmontées d'un arc en plein cintre. L'étage est également rythmé de colonnes engagées à chapiteaux d'ordre dorique. Un fronton triangulaire couronne l'entablement de cet étage, terminant la travée centrale de part et d'autre de laquelle les travées latérales s'amortissent en murs-boutants qui aboutissent aux colonnes terminées par des pyramidions qui s'inspirent du style « retour d'Égypte ».

L'élévation de la nef, à trois niveaux, est rendue possible par le plafonnement en lambris léger. Cette élévation est de pur style normand et se généralisera en pierre de taille au XIIe siècle, préfigurant les cathédrales gothiques : le premier niveau est constitué de grandes arcades supportées par des piliers carrés (1,42 m de côté) et cantonnés de quatre colonnes engagées au tiers de leur diamètre et au profil non plus prismatique mais torique, séparant les deux bas-côtés[Note 8] assez étroits voûtés d'arêtes ; au-dessus, un étage de tribunes présentant deux arcatures par travée, divisées chacune en deux baies géminées ; le troisième niveau est composé de fenêtres hautes[51].

Le chœur gothique s'inspire de celui de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. Les piliers cantonnés de fines nervures supportent à l'étage intermédiaire un triforium à claire-voie, montée au-dessus d'une balustrade ajourée. Au niveau supérieur, chacune des fenêtres hautes, flanquée de deux ogives, poursuit le plan de la claire-voie, à laquelle il est lié par le meneau qui descend jusqu'à l'appui du second niveau. Les clefs de voûte du chœur représentent entre autres les armoiries des abbés bâtisseurs. Autour du déambulatoire s'ouvrent sept chapelles rayonnantes. Deux d'entre elles contiennent des bas-reliefs en pierre de Caen datant du XVIe siècle (tétramorphe qui symbolise les quatre évangélistes en face de l'ancien autel « art déco » de l'abbatiale, dans la première chapelle au Nord ; Adam et Eve chassés du Paradis Terrestre et le Christ descendant aux limbes pour leur accorder son pardon dans la première chapelle au Sud), reliefs correspondant à quelques fragments polychromes qui décoraient l'ancienne clôture réservant l'espace aux moines. Le petit bateau suspendu à droite de la chapelle située dans l'axe de l'église, est un ex-voto réalisé par un des prisonniers du Mont au XIXe siècle à la suite d'un vœu ou en mémoire d'une grâce obtenue. Le pavage en terre cuite vernissée du chœur est réalisé en 1965 pour remplacer d'anciens carreaux de ciment[52].

Les cloches[modifier | modifier le code]
Cloches de l'abbatiale
Nom Masse Diamètre à la base Note Parrains et Marraines Dédicace Tour Année Fondeur Illustration
Rollon kg vers 1047 - 1300 Sin foto.svg
...[53]
(cloche de brume)
kg flèche 1703 - Sin foto.svg
Benoiste[54] kg vers 1635 - Sin foto.svg
Catherine[54] kg vers 1635 - Sin foto.svg
Total Masse : kilogrammes

Les chapelles de soubassement[modifier | modifier le code]

Le chœur de l'église repose sur une église basse, dite Crypte des Gros-Piliers, rendue nécessaire par la différence de niveau entre l'église haute et le sol extérieur. Il s'agissait originellement de la crypte absidale à laquelle on a substitué une crypte dans le style gothique flamboyant, construite de 1446 à 1450[55]. Cette nouvelle crypte, qui ne fut jamais consacrée au culte, est édifiée pour soutenir le nouveau chœur effondré en 1421 et reconstruit à la même époque. Son plan à déambulatoire et six chapelles rayonnantes alternant avec des colonnes engagées est ainsi le même que celui du chœur, mais la première travée repose directement sur le rocher, les deux premières travées du sud étant occupées par une citerne et les deux premières du nord par une citerne plus petite et une issue vers la Merveille[56]. Cette salle possède dix piliers, dont huit gros, cylindriques, d’une circonférence de 5 mètres (ce qui vaut à la crypte son appellation), sans chapiteaux, mais à bases octogones ou dodécagones, disposés en demi-cercle[57], et deux colonnes centrales plus minces ayant reçu le nom évocateur de palmiers, car elles se ramifient comme les feuilles de ces plantes[56]. Les piles romanes de cette crypte sont enrobées de nouveaux lits de granite des îles Chausey, ces piles gothiques supportant les tronçons des piliers romans de l'église supérieure, car on ne peut raisonnablement imaginer une reprise en sous-œuvre, qui eût été fort coûteuse[58]. Cette crypte était un carrefour de circulation entre différentes salles de la partie est du monastère : « une porte relie la crypte à la Chapelle Saint-Martin. Trois autres, pratiquées dans les deux chapelles du Sud, mènent l'une à l'Officialité[59], la seconde aux bâtiments abbatiaux par le pont fortifié jeté en travers du Grand Degré, la troisième à un escalier montant à l'Église haute, de là, aux terrasses du triforium et enfin à l'escalier de Dentelle[60]. »

Substructions du transept[modifier | modifier le code]

Le transept est soutenu par deux cryptes voûtées, dites « chapelle des Trente Cierges » au nord et « chapelle Saint-Martin » au sud, seule comprise dans le circuit de visite habituel. De 1031 à 1048, les abbés Almod, Théodoric et Suppo, successeurs d'Hildebert II, achèvent ces cryptes latérales

La chapelle Saint-Martin est constituée d’une nef carrée couverte d’une voûte en berceau d’une portée de 9 m, renforcée en son centre par un arc-doubleau, et terminée à l'est par une abside en cul-de-four qui supporte l'absidiole du transept de l'église haute. Son décor peint est perdu, la chute de l'enduit laisse désormais visibles sur sa voûte les traces, très nettes, du cintre en bois qui servit à la construction[63]. C'est l'un des rares endroits de l'abbaye à nous parvenir tel qu'il fut lors de son achèvement vers 1050, la crypte n'ayant pas eu besoin d'être restaurée malgré ses utilisations variées au cours des siècles (moulin à chevaux, citerne)[64].

Le plan de la chapelle des Trente Cierges est similaire à celui de la chapelle Saint-Martin. Elle est voûtée d'arêtes et conserve d'importants vestiges de peintures murales. Une restauration a permis de remettre en valeur un motif de faux appareil, très courant pendant tout le Moyen Âge, agrémenté d'une frise de rinceaux. Une messe pendant laquelle brûlaient trente cierges y était célébrée chaque jour après Prime, d'où le nom de la chapelle[65].

Bâtiment de Roger II, au nord de la nef[modifier | modifier le code]

Au nord de la nef se trouve un bâtiment abbatial roman de la fin du XIe siècle comprenant de bas en haut la salle (ou galerie, ou crypte) de l'Aquilon, le promenoir des moines et un ancien dortoir.

La salle de l'Aquilon[modifier | modifier le code]
Salle de l'Aquilon

La salle de l'Aquilon est l'ancienne aumônerie romane, reconstruite et modernisée après l'effondrement du mur nord de la nef, en 1103. Située juste au-dessous du promenoir, elle sert de base à l'ensemble du bâtiment. Elle s'organise en deux travées de croisées d'ogives sur arcs doubleaux tracés en arcs brisés (selon un dessin inauguré quelques années auparavant à Cluny III), soutenues par trois piliers axiaux correspondant à ceux du promenoir[45]:40, 44.

Le promenoir des moines[modifier | modifier le code]
Promenoir et son prolongement vers l'est.

Juste au-dessus se trouve une salle correspondant au plan de la précédente, à trois piliers, qui se prolonge par un couloir reposant directement sur le rocher et soutenu par deux piliers. Ce couloir donne accès au « cachot du Diable », jolie salle voûtée à pilier unique, puis à la chapelle des Trente Cierges située au même niveau et, au nord, à la salle des Chevaliers, située en contrebas[66].

La destination de cette salle du « promenoir » est incertaine : ancien réfectoire, salle capitulaire ou, selon Corroyer, un ancien cloître[45]:41.

Le dortoir[modifier | modifier le code]

Le niveau supérieur était occupé par l'ancien dortoir, salle en longueur couverte en charpente et plafonnée en berceau lambrissé, dont seule la partie orientale est conservée[45]:41.

Les bâtiments de Robert de Torigni[modifier | modifier le code]

L’abbé Robert de Torigni fit édifier, à l’ouest et au sud-ouest, un ensemble de bâtiments comportant de nouveaux logis abbatiaux, une officialité, une nouvelle hôtellerie, une infirmerie et la chapelle Saint-Étienne (1154-1164). Il fit également remanier les chemins de communication desservant Notre-Dame-Sous-Terre, afin d’éviter un trop grand contact entre les pèlerins et les moines de l’abbaye.

On y trouve également une cage à écureuil servant de treuil, installée en 1819, lors de la conversion du site en prison, pour ravitailler les condamnés. Des détenus, marchant à l'intérieur de la roue, en assuraient la rotation et la manœuvre.

Dans les ruines de l’infirmerie, effondrée en 1811, il subsiste au-dessus de la porte les trois morts du Dit des trois morts et des trois vifs, représentation murale montrant initialement trois jeunes gentilshommes interpellés dans un cimetière par trois morts, qui leur rappellent la brièveté de la vie et l’importance du salut de leur âme.

La Merveille et les bâtiments monastiques[modifier | modifier le code]

L’abbaye du Mont-Saint-Michel est constituée essentiellement de deux parties bien distinctes : l’abbaye romane, où vivaient les moines et, sur la face nord, la Merveille, un ensemble exceptionnel d'architecture gothique élevé sur trois niveaux, grâce aux largesses de Philippe Auguste, de 1211 à 1228[45]:46.

Coupe de l’abbaye ; la Merveille se trouve à gauche, au nord, face à la mer.

Le bâtiment de la Merveille, situé juste au nord de l’église abbatiale, comprend de haut en bas : le cloître et le réfectoire ; la salle de travail (dite salle des Chevaliers) et la salle des Hôtes ; le cellier et l'aumônerie, le tout dans un parfait exemple d’intégration fonctionnelle. L’ensemble, appuyé sur la pente du rocher, est constitué de deux corps de bâtiments de trois étages.

Au rez-de-chaussée, le cellier sert de contrebutement. Puis chaque étage comporte des salles de plus en plus légères à mesure que l’on accède au sommet ; quinze puissants contreforts, situés à l’extérieur, soutiennent le tout. Les contraintes topographiques ont donc joué un grand rôle dans la construction de la Merveille.

Raoul des îles édifie, au-dessus de l’aumônerie, la salle des Hôtes (1215-1217) et le réfectoire (1217-1220) ; puis, au-dessus du cellier, la salle des Chevaliers (1220-1225) et enfin le cloître (1225-1228).

La Merveille est organisée en deux parties : la partie est et la partie ouest.

La Merveille : partie est[modifier | modifier le code]

La partie est a été la première réalisée, de 1211 à 1218. Elle comprend, de bas en haut, trois salles : l’aumônerie, construite sous Roger II, puis la salle des Hôtes et le réfectoire, menés à bien par Raoul des îles, de 1217 à 1220.

L'aumônerie, faisant office de billetterie.
L'aumônerie[modifier | modifier le code]

L'aumônerie a donc été, très probablement, la première réalisation de la Merveille, édifiée sous l'abbé Roger II à partir de 1211. C'est une longue salle très fonctionnelle, massive, construite pour supporter le poids des étages supérieurs, constituée d'une série de six grosses colonnes rondes et lisses surmontées de chapiteaux très simples, séparant deux nefs à voûtes d'arêtes. On y accueillait les pèlerins les plus pauvres[45]:47.

De nos jours, l'aumônerie a retrouvé son rôle d'accueil pour les visiteurs : c'est là que se tient la billetterie.

La salle des Hôtes (1215-1217)[modifier | modifier le code]

La salle des Hôtes est une salle à croisées d'ogives, à deux nefs séparées par six colonnes, reprenant donc la disposition de l'aumônerie, placée juste au-dessous. Mais si le plan est le même, la réalisation est cette fois luxueuse, aérée, avec des contreforts intérieurs (dissimulés par des demi-colonnes nervurées et engagées) qui rythment à chaque travée les murs latéraux percés de hautes fenêtres composées sur la face nord de deux lancettes divisées par un meneau horizontal et disposées sous des arcs de décharge[67].

Cette salle princière est clairement destinée à la réception des hôtes de marque, qui trouvaient là le luxe de latrines suspendues, ainsi qu'une double et monumentale cheminée, pour les réchauffer et les restaurer. Il faut aussi imaginer les vitraux, les peintures, les carreaux émaillés aujourd'hui disparus. Les minces colonnes lisses, très élancées, sont surmontées d'élégants chapiteaux au décor végétal, soutenant les fines croisées d'ogives[45]:23-47-48.

Le réfectoire (1217-1220)[modifier | modifier le code]
Réfectoire des moines dont le lambris repose sur un bandeau, profilé d'un méplat, d'un boudin, et d'un large cavet entre deux filets.

Le réfectoire des moines occupe le troisième et dernier niveau de cette partie orientale de la Merveille. La salle est délimitée en un seul volume par deux murs parallèles dont l'axe longitudinal voûté en berceau, bien que rien ne le souligne, conduit le regard vers la place de l'abbé. L'architecte pouvait affaiblir les murs en ouvrant de trop larges baies, vu la portée du berceau, aussi a-t-il choisi de percer les murs allégés de cinquante-neuf colonnettes engagées dans des piles raidies par un plan de tracé losangé[Note 10]. Les piles encadrent dans le mur nord autant de hautes et étroites fenêtres en accordéon à ébrasement ouvert et profond, contribuant à la splendeur de cette façade nord de la Merveille, « le plus beau mur du monde », aux yeux de Victor Hugo[68]. Les colonnettes sont munies de chapiteaux à crochets sur corbeille arrondie et couronnés d'un tailloir, rond également, où se dessine une moulure en larmier caractéristique du tailloir gothique normand[69]. Le remplacement des murs par ces organes de raidissement fait preuve d'un modernisme surprenant et « préfigure en quelque sorte les principes fondateurs de l'architecture métallique[70] ».

Un curieux effet d'optique saisit le visiteur franchissant le seuil de la porte : de l'entrée, les murs latéraux semblent pleins alors que la lumière entre à flots. En perspective, les fenêtres se chevauchent mais au fur et à mesure que l'observateur progresse dans la salle, elles s'ouvrent les unes après les autres, puis, derrière lui, se referment, formant une sorte de store qui diffuse dans l'ensemble de la salle une lumière indirecte, douce et homogène[36].

Au milieu du mur sud, intégrée entre deux arcatures couvertes de voûtelettes d'ogives, s'élève une chaire dans laquelle le lecteur, un moine désigné à tour de rôle dans le semainier, psalmodiant recto tono des textes pieux et édifiants[Note 11]. Dans l'angle sud-ouest de ce même mur, aboutit le monte-charge par lequel les plats descendaient de l'ancienne cuisine de la communauté logée cinquante mètres plus haut.

Cet ensemble unique est couvert par un berceau lambrissé[Note 12] qui ne laisse apparaître de la charpente, de loin en loin, que quelques entraits et poinçons. La couverture du bâtiment est faite de schistes locaux[45]:48-49-50.

Dans les années 1960, un pavage en terre cuite vernissé et un mobilier sont réalisés à partir de modèles anciens[36].

La Merveille : partie ouest[modifier | modifier le code]

La partie ouest, érigée sept ans plus tard, comporte elle aussi, de bas en haut, sur trois niveaux : le cellier, la salle des Chevaliers et le cloître.

Le cellier, utilisé comme boutique.
Le cellier[modifier | modifier le code]

Le cellier était une grande salle fraîche et peu éclairée, assurant la double fonction de conserver les vivres et de soutenir la lourde structure supérieure. Des piliers maçonnés de section carrée et à imposte sont implantés de manière à servir de substruction aux colonnes de la salle des Chevaliers, placée juste au-dessus. Ces piliers séparent le cellier en trois nefs, couvertes de simples voûtes d'arêtes[45]:50-51.

La salle dite des Chevaliers ou scriptorium (1220-1225)[modifier | modifier le code]

Cette salle était le scriptorium, où les moines passaient une grande partie de leur temps à copier et enluminer de précieux manuscrits. Après la création de l'ordre des chevaliers de Saint-Michel par Louis XI, elle prit le nom de salle des Chevaliers. Il ne semble pourtant pas qu'elle ait servi à d'autres usages que monastiques.

L'architecture et la décoration dans un style typiquement normand sont reconnaissables au tracé accentué des ogives, ainsi qu'au profil saillant des moulures. Les chapiteaux de granite sont, malgré la dureté de cette pierre, finement sculptés. Les deux grandes cheminées chauffaient convenablement la salle ; la lumière nécessaire au travail des moines provenait des grandes verrières disposées sur les murs nord et ouest.

Le cloître (1225-1228)[modifier | modifier le code]

L'architecte ayant cherché à donner au cloître la plus grande étendue possible, il construit un quadrilatère irrégulier dont la galerie sud empiète sur le croisillon nord de l'Église. Mais le cloître n'est pas situé, comme le veut l'usage, au centre du monastère occupé par l'église. Il ne communique donc pas avec toutes ses composantes comme c'est le cas ailleurs, la plupart du temps. Sa fonction est donc purement spirituelle : celle d'amener le moine à la méditation. Les plus fines sculptures (arcades, écoinçons, décoration florale exubérante et variée) sont en un calcaire fin, la pierre de Caen[72].

Trois arches de la galerie ouest sont étonnamment ouvertes sur la mer et le vide. Ces trois ouvertures devaient constituer l’entrée de la salle capitulaire qui ne fut jamais construite. Les colonnettes disposées en quinconce étaient initialement réalisées en calcaire lumachelle importé d’Angleterre, mais ont été restaurées en poudingue de Lucerne.

Dans la galerie sud, une porte communique avec l'église et des soupiraux éclairent le Cachot du Diable et la Chapelle des Trente-Cierges. Deux travées d'arcalures géminées, supportant le chemin de ronde qui domine le cloître, encadrent le lavatorium établi sur deux bancs superposés et où se lavaient les mains avant d'entrer au réfectoire. Il s'y renouvelait notamment chaque jeudi la cérémonie du lavement des pieds[73].

La galerie est comporte deux portes qui s'ouvrent sur les cuisines et le réfectoire. Dans la galerie nord, des cachots ont été construits au XIXe siècle sous les combles pour y enfermer les détenus récalcitrants, en particulier les prisonniers politiques de 1830 ou de 1848 comme Martin Bernard ou Blanqui[74].

Le cloître abrite un jardin médiéval recréé en 1966 par frère Bruno de Senneville, moine bénédictin féru de botanique. Il est centré par un motif de buis rectangulaire bordé de treize rosiers de Damas. Les carrés de plantes médicinales, d’herbes aromatiques et de fleurs symbolisent les besoins quotidiens des moines au Moyen Âge. Les angles sont marqués par des cinéraires maritimes. Au centre des motifs en buis, se trouvaient des monstres, des diables qui signifiaient qu’au milieu de toute merveille le mal est tout de même présent[75].

Il manque donc, jamais construite, une aile ouest, réduite à un solide terrassement qui aurait dû supporter, comme les deux autres tranches, trois niveaux : en bas, un tribunal ; au-dessus, une infirmerie ; enfin, tout en haut, la salle du chapitre communiquant avec le cloître[45]:46.

La salle dite de la Belle Chaise et les bâtiments du sud-est[modifier | modifier le code]

De même, les bâtiments de la Belle Chaise et des logis abbatiaux intègrent les fonctions administratives de l’abbaye aux fonctions cultuelles. L’abbé Richard Turstin édifie, à l’est, la Salle des Gardes (qui sera depuis l’entrée de l’abbaye) ainsi qu’une nouvelle Officialité, où est rendue la justice relevant de l’abbaye (1257).

Vers 1393, sont édifiées les deux tours du Châtelet, puis la tour Perrine et une Bailliverie. Le tout sera complété, à l’initiative de l’abbé Pierre Le Roy, par un logis personnel complétant les fortifications de l’abbaye même.

Gestion et administration[modifier | modifier le code]

Le monument est administré par le Centre des monuments nationaux.

Fréquentation[modifier | modifier le code]

La fréquentation du site et de l'abbaye est concentrée dans le temps. Elle est la plus forte au cours de la période estivale et de certains week-ends printaniers qui concentrent le tiers des visiteurs du Mont-Saint-Michel, avec une moyenne journalière approchant les 12 000 visiteurs et des pics dépassant les 16 000 visiteurs par jour, avec un flux de visiteurs de moins en moins dense au fur et à mesure de l'ascension vers l'abbaye. « Au cours d’une journée, c’est entre 11 h et 16 h que la densité de visiteurs sur le site est la plus forte »[76].

D'après la DGCIS, l'abbaye du Mont-Saint-Michel est le 13e site culturel le plus visité en France en 2010[77].

Alors que l'abbaye voit sa fréquentation augmenter régulièrement depuis le début du XXIe siècle, elle a souffert d'une baisse de fréquentation à partir des années 2010 (1,33 million d’entrées payantes en 2011, moins d'un million en 2013)[78]. L'abbaye pâtit en effet des nouvelles conditions de desserte de la presqu’île et de la mauvaise réputation du site du Mont-Saint-Michel offrant des prix élevés pour des prestations mal appréciées[79]. En 2014, l'abbaye enraye cette évolution en accueillant 1 223 257 visiteurs (663 209 Français et 560 048 étrangers, dont 35 % de Japonais), soit une augmentation de 3,3 % par rapport à l'année précédente[80].

Événements et animations[modifier | modifier le code]

Les Nocturnes[modifier | modifier le code]

Un circuit de visite nocturne des salles illuminées est programmé chaque année en juillet et août.

Les concerts à l'abbaye[modifier | modifier le code]

Le Centre des monuments nationaux propose depuis 2010 chaque année une saison de concerts de prestige au sein de l'abbaye du Mont-Saint-Michel. La direction artistique est assurée par l'administrateur du monument. À cette occasion, la restauration de l'orgue est achevée en 2012.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les développements consacrés à la géographie du lieu (le mont Saint-Michel, écrit avec une minuscule et sans trait d’union) figurent dans l’article Le Mont-Saint-Michel relatif à la commune du Mont-Saint-Michel (avec une majuscule et un trait d’union, celui de sa baie dans l’article Baie du mont Saint-Michel selon la nomenclature officielle de l’Insee).
  2. La chapelle Notre-Dame-Sous-Terre est aujourd’hui sous la nef de l’abbatiale. L’actuelle chapelle Saint-Aubert, située au nord-ouest de l’abbaye, ne fut édifiée qu’au XVe siècle.
  3. 85 Huguenots sont toujours inhumés au bas de la falaise nord du Mont à la suite de cet assaut.
  4. Ils seront libérés en 1799
  5. Il en sera de même pour la salle de la Merveille.
  6. Cette plate-forme mérdionale s'est appelée successivement Beauregard, Mirande et Sault-Gautier (écrit aussi Saut-Gauthier) en référence à une légende relative à l'évasion du prétendu prisonnier Gautier qui aurait réussi à s'échapper en sautant de la plate-forme. Il aurait fait partie des trois prisonniers étant parvenus à se sauver, sur les dix-huit prisonniers d'État pris dans l'incendie de l'abbaye le 16 avril 1776. cf. Étienne Dupont, Les légendes du Mont Saint-Michel, OCEP, , p. 87
  7. L'architecte en chef des monuments historiques fait également procéder à l'étanchéité de cette « toiture en terrasse » par des bacs de béton placés sous le dallage (le dallage ancien était enfoui sous une couche de terre recouverte d'un enduit grossier) pour recueillir les eaux de pluie.
  8. La division des travées au sud est affirmée par des demi- colonnes reposant sur des dosserets, qui montent jusqu'au sommet du mur gouttereau et qui portent des arcs de décharge coiffant les fenêtres hautes.
  9. À sa gauche, l'ancien dortoir des moines, transformé en librairie.
  10. La pointe à l'extérieur fait office de brise-vent, la pointe interne procure des ébrasements ouverts qui répartissent également la lumière.
  11. « Sa voix, renvoyée d'un mur à l'autre par les panneaux acoustiques que forment les ébrasements obliques des fenêtres, est amplifiée par la caisse de résonance du berceau lambrissé et peut s'entendre clairement de toute la salle ». La lecture qui dirigeait la méditation collective se faisait pendant le repas silencieux car dans la règle de saint Benoît, il est une activité spirituelle autant qu'alimentaire. Le silence étant de rigueur, les moines s'interpellaient par des signes manuels. Les bavards devaient manger à une table séparée, face à celle de l'abbé qui présidait le repas. cf. Marc Déceneux, Mont-Saint-Michel. Histoire d'un mythe, Editions Ouest-France, , p. 167
  12. Lors de la restauration du réfectoire en 1882, cette voûte en carène de bateau renversée est refaite à l'identique et le volume de la salle rétabli car au XVIIe siècle, les frères mauristes l'avaient divisé en trois étages pour y établir leurs cellules individuelles.
  13. Caractéristique des décors gothiques normands, les sommiers placés dans l'axe de ces colonnes sont écornés à l'intrados de manière à laisser entre eux une échancrure en forme d'arc brisé très aigu.
  14. Avant qu'on en ait compris la raison constructive, la succession de ces encorbellements a longtemps été considérée comme s'inspirant des muqarnas de l'architecture islamique, rapportée de Palestine par les Croisés.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Abbaye et dépendances », notice no PA00110460, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. (administrateur : Jean-Marc Bouré) Abbaye du Mont-Saint-Michel - Centre des monuments nationaux
  3. Les sites touristiques en France Source : Ministère de la Culture et de la Communication / Direction Générale des Patrimoines / Département des études, de la prospective et des statistiques : mémento du tourisme 2011
  4. a et b Pierre Bouet, O. Desbordes, Les manuscrits du Mont Saint-Michel : textes fondateurs, Presses Universitaires de Caen, , p. 67
  5. François de Beaurepaire, Les noms des communes de la Manche, éd. Picard, 1986.
  6. Germain Bazin, Le Mont Saint-Michel: histoire et archéologie de l'origine à nos jours, Hacker Art Books, , p. 21
  7. Ce texte sur la Révélation concernant l'église de Saint-Michel sur le mont Tombe, plus souvent abrégé en Revelatio, est conservé dans une trentaine de manuscrits copiés.
  8. Nicolas Simonnet, « La fondation du Mont-Saint-Michel d’après la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, vol. 4,‎ , p. 7-23.
  9. Pierre Bouet, O. Desbordes, Les manuscrits du Mont Saint-Michel : textes fondateurs, Presses Universitaires de Caen, , p. 9
  10. Saint Scubilion sur Wikimanche (lire en ligne) [1]
  11. Robert de Laroche, Baie du Mont-Saint-Michel : Cancale, Avranches, Granville, Renaissance Du Livre, , p. 38.
  12. Ces formations géologiques, monts, pics, aiguilles… ayant été elles-mêmes la plupart du temps rebaptisées du nom de l'archange, ainsi que les villes et bourgades qui s'y sont installées.
  13. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel, Siloë, , p. 67
  14. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel: guide de la baie, du village et de l'abbaye, Siloë, , p. 64
  15. dom Jacques Dubois, « Le trésor des reliques de l'abbaye du Mont-Saint-Michel », dans Millénaire monastique du Mont-Saint- Michel, t. I, Histoire et vie monastique à l'abbaye, LAPORTE J. (dir.), 1967, p. 489-499.
  16. Robert de Laroche, op. cité, p. 39.
  17. Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, éditions Ouest-France, , p. 37
  18. Pierre Bouet, Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (9e-12e siècle), Presses universitaires de Caen, , p. 80-81
  19. Introductio monachorum.
  20. Daniel Leloup, Le village du Mont-Saint-Michel : histoire d'un patrimoine mondial, Chasse-Marée, , p. 18
  21. Maurice Malingue, Sanctuaires et pèlerinages de France, Éditions du Louvre, , p. 35
  22. Jacqueline Lorenz, Carrières et constructions en France et dans les pays limitrophes, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, , p. 335.
  23. La Granodiorite Cadomienne. Iles Chausey (Manche), fiche du site de l'Académie de Caen.
  24. Jacqueline Lorenz, Carrières et constructions en France et dans les pays limitrophes, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, , p. 344.
  25. Voir ici, et par ailleurs Aristote au Mont-Saint-Michel, Les racines grecques de l’Europe chrétienne, par Sylvain Gouguenheim, Seuil « L’univers historique », 2008, en particulier les pages 120 à 124. Voir aussi un article du Point du 31/07/2008, consacré à l'histoire du Mont-Saint-Michel.
  26. a, b et c Patrice de Plunkett, Les romans du Mont-Saint-Michel, Éditions du Rocher, , 318 p. (ISBN 2268071472).
  27. Germain Bazin, Le Mont Saint-Michel : histoire et archéologie de l'origine à nos jours, Hacker Art Books, , p. 30
  28. Charles de La Morandière, Histoire du Mont Saint-Michel, Éditions F.E.R.N., , p. 65
  29. Robert Sinsoilliez, Tombelaine: L'îlot de la baie du Mont-Saint-Michel.
  30. Olivier Mignon, Le Mont Saint-Michel au Moyen Age, éditions Jean-Paul Gisserot, , p. 31
  31. Étienne Dupont, La Bastille des Mers - Les Prisons du Mont-Saint-Michel - Les Exilés de l'ordre Du Roi au Mont-Saint-Michel - 1685-1789, Perrin,
  32. Jacques-Guy Petit, Histoire des galères, bagnes et prisons, Privat, , p. 128
  33. Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-77) : Dans les prisons, chambre à part et autres commodités qu'un prisonnier obtient moyennant la pistole, c'est-à-dire en payant la pension.
  34. Christian Carlier, La prison aux champs, Editions de l'Atelier, , p. 170
  35. Histoire du Mont-Saint-Michel
  36. a, b et c Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel : guide de la baie, du village et de l'abbaye, Siloë, , p. 80
  37. Lomig Guillo, Les secrets du Mont-Saint-Michel, Editions Prisma, , p. 102
  38. Jean-Paul Brighelli, Entre Ciel et Mer. Le Mont St Michel, Éditions Gallimard, , p. 162
  39. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel, Siloë, , p. 105
  40. Daniel Leloup, Le village du Mont-Saint-Michel: histoire d'un patrimoine mondial, Chasse-Marée, , p. 107
  41. De l'utilité du patrimoine, Direction du patrimoine, , p. 84
  42. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel, Siloë, , p. 37
  43. a, b et c Abbaye du Mont-Saint-Michel, sur structurae.info
  44. Étienne Dupont, Les légendes du Mont Saint-Michel, OCEP, , p. 205
  45. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Marc Déceneux, Le Mont-Saint-Michel pierre à pierre, éditions Ouest-France, 2015.
  46. J. Dubois, Le trésor des reliques de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, in Dom J. Laporte (dir.), Millénaire monastique du Mont-Saint-Michel. T. 1 : Histoire et vie monastique, 1967, p. 501-593
  47. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel: guide de la baie, du village et de l'abbaye, Siloë, , p. 96
  48. Yves-Marie Froidevaux, « La terrasse de l'ouest du Mont-Saint-Michel », Congrès archéologique de France CXXIVe session, 1966, Cotentin et Avranchin, Société française d'archéologie, 1966, p. 447-457
  49. Olivier Mignon, Le Mont Saint-Michel au Moyen Age, éditions Jean-Paul Gisserot, , p. 22
  50. Paul Gout, Le Mont-Saint-Michel: histoire de l'Abbaye et de la ville, Colin, , p. 298
  51. Nicolas Simonnet, Mont-Saint-Michel, Nicolas Simonnet, , p. 24
  52. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel: guide de la baie, du village et de l'abbaye, Siloë, , p. 103
  53. Fondue sous la prélature de Jean-Frédéric Karq de Bebembourg.
  54. a et b Ces deux cloches ont été refondue par le 4e prieur Dom Michel Perron.
  55. Lucien Bély, Le Mont Saint-Michel, monastère et citadelle, éditions Ouest-France, , p. 178.
  56. a et b Jean Vallery-Radot, « La crypte du chœur roman de l'abbatiale du Mont-Saint-Michel », Bulletin de la Société des antiquaires de France,‎ , p. 70-77.
  57. Édouard Corroyer, Guide descriptif du mont Saint-Michel, Ducher, Paris, 1883.
  58. Germain Bazin, op. cit., p. 31
  59. Cette crypte servait probablement d'antichambre à la salle de justice de l'abbé.
  60. Georges de Miré, Valentine de Miré, Roger Vercel, Le Mont Saint Michel au péril de la mer, Hachette, , p. 47.
  61. Construite au milieu du XIXe siècle dans un atelier de Munich.
  62. Marc Déceneux, Mont-Saint-Michel. Histoire d'un mythe, éditions Ouest-France, , p. 255.
  63. Nicolas Simonnet, Mont-Saint-Michel, Casa Editrice Bonechi, , p. 28.
  64. Georges de Miré, Valentine de Miré, Roger Vercel, Le Mont Saint Michel au péril de la mer, Hachette, , p. 79.
  65. J. Laporte, Michel Nortier, Millénaire monastique du Mont Saint-Michel, P. Lethielleux, , p. 319.
  66. Germain Bazin, op. cit., p. 76
  67. Marc Déceneux, Mont-Saint-Michel. Histoire d'un mythe, Editions Ouest-France, , p. 167
  68. Paul Sérant, Le Mont-Saint-Michel, Éditions S.O.S., , p. 66
  69. Germain Bazin, Le Mont Saint-Michel : histoire et archéologie de l'origine à nos jours, Hacker Art Books, , p. 280
  70. Marc Déceneux, Mont-Saint-Michel. Histoire d'un mythe, Editions Ouest-France, , p. 168
  71. Germain Bazin, Le Mont Saint-Michel : histoire et archéologie de l'origine à nos jours, Hacker Art Books, , p. 149
  72. Michel Riquet, Le Mont-Saint-Michel: mille ans au péril de l'histoire, Hachette, , p. 126
  73. Charles Henri Besnard, Le Mont-Saint-Michel, Henri Laurens, , p. 89
  74. Étienne Dupont, Les Prisons du Mont Saint-Michel: 1425-1864, Collection XIX, , p. 207
  75. Mic Chamblas-Ploton, Jardins médiévaux, La maison rustique, Flammarion, (ISBN 978-2-7066-1749-2)
  76. « Mont Saint-Michel : les flux décortiqués du tourisme de masse », sur meridianes.org,
  77. 4 septembre 2012, « Fréquentation : le Mont-Saint-Michel fait grise mine », sur tourhebdo.com, bruno gomes
  78. Observatoire du Tourisme, « Fréquentation des sites et lieux de visite 2014 », sur pro.manchetourisme.com,
  79. Lomig Guillo, « Comment le Mont-Saint-Michel a tué la poule aux œufs d’or », sur capital.fr,
  80. L'Abbaye du Mont-Saint-Michel, fréquentation 2014, document du Comité Régional de Tourisme de Normandie.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Fulgence Girard, Histoire géologique, archéologique et pittoresque du Mont-Saint-Michel, Avranches, E. Tostain, 1843 lire en ligne
  • Fulgence Girard, « Mont-Saint-Michel », La France Maritime, Postel, Paris, 1837, vol. 4, p. 86, lire en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Bély, Le Mont-Saint-Michel. Monastère et citadelle, Préface de Jean Favier, Rennes, Éditions Ouest-France, 2004 (seconde édition). (ISBN 978-2-7373-1419-3)
  • Germain Bazin, Mont-Saint-Michel, Préface de Marcel Aubert, Paris, Picard, 1933. (ISBN 978-0-87817-190-3)
  • Louis Blondel, Notice historique du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, Avranches, Le Court, 1816. Seconde édition en 1823.
  • Édouard Corroyer, Description de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de ses abords. Précédée d’une notice historique, Paris, Dumoulin, 1877. (ASIN B0000DN8C4)
  • Henry Decaëns, Le Mont-Saint-Michel : 13 siècles d'histoire, Éditions Ouest-France, , 127 p.
  • Marc Déceneux, Le Mont-Saint-Michel pierre à pierre, Éditions Ouest-France, , 64 p.
  • Véronique Gazeau, Normannia monastica, princes normands et abbés bénédictins. Prosopographie des abbés bénédictins, 2 vol., Publications du CRAHM, 2007, (ISBN 978-2-902685-38-7).
  • Paul Gout, Le Mont-Saint-Michel. Histoire de l’abbaye et de la ville. Étude archéologique et architecturale des monuments, Paris, Armand Colin, 1910. (ASIN B0000DRCFP)
  • Reynald Guyon. Le Mont Saint-Michel, l'abbaye, la ville, la baie. Éditions Corlet. Collection Destination Normandie. 2013, 90 p. (ISBN 9782847065336)
  • Édouard Le Héricher, Histoire et description du Mont-Saint-Michel, Avranches Anfray, (vers 1850). L’ouvrage est divisé en trois parties : Légendes et histoire, descriptions des fortifications, de la ville et de l’abbaye, le rocher de Tombelaine. (ASIN B0000DL6D8)
  • Jean-Luc Legros, Le Mont-Saint-Michel : Architecture et civilisation, Caen, CRDP Basse-Normandie et Éditions Charles Corlet, coll. « Patrimoine ressources », , 231 p. (ISBN 2-86618-504-8 et 2-84706-188-6)
  • Émile-Auber Pigeon, Description historique et monumentale du Mont Saint-Michel, de la basilique de l'Archange et de l'église souterraine de N.-D. du Mont Tombe, H. Tribouillard, 1865 (2e édition, 184 pages
  • Maximilien Raoul (pseudonyme de Charles-Marie Letellier), Histoire pittoresque du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, Suivi d’un fragment inédit sur Tombelène, extrait du Roman de Brut de Wace transcrit et annoté par Antoine Le Roux de Lincy, Paris, Librairie A. Ledoux, 1834.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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