Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg

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Basilique Sainte-Trinité
Image illustrative de l’article Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg
Présentation
Culte Catholique romain
Type Basilique
Rattachement Paroisse saint-Jean XXIII du doyenné de Cherbourg-Hague[1]
Début de la construction XVe siècle
Style dominant gothique
Protection  Inscrit MH (1944, 2015)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Manche
Ville Cherbourg-Octeville
Coordonnées 49° 38′ 31″ nord, 1° 37′ 24″ ouest

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Basilique Sainte-Trinité

La basilique Sainte-Trinité [2]est un édifice religieux gothique situé à Cherbourg-Octeville dans le département français de la Manche en région Normandie.

Il s'agit de l'un des plus anciens monuments de la ville.

Histoire[modifier | modifier le code]

Façade nord-est de la basilique
Façade nord de la basilique

Vers 841, l'église de Cherbourg, érigée vers 435 sur sollicitation de l'évêque de Coutances saint Éreptiole, est détruite lors des invasions normandes. Au XIe siècle, Guillaume le Conquérant ordonne la construction d'une nouvelle église, vraisemblablement bâtie sur les ruines de la première, dont les évêques de Coutances reçoivent le patronage. Une bulle pontifical d'Eugène III mentionne déjà sa consécration à la Sainte Trinité en 1145[3]. Elle est la seule église paroissiale de Cherbourg jusqu'à la Monarchie de Juillet, le château disposant de sa propre église, dédiée à Notre-Dame jusqu'à son arasement au XVIIe siècle.

Bien qu'enceinte dans les remparts lors de la fortification de la cité en 1300, l'église subit néanmoins des nombreuses destructions, notamment pendant la guerre de Cent Ans.

Au XVe siècle, à la demande du diocèse de Coutances, une église est de nouveau érigée sur les ruines de l'ancienne église paroissiale dans un style gothique. Projetée en 1412, la construction est suspendue à cause du siège de 1418 et la disette qui suit pour reprendre en 1423 sous domination anglaise avec le clocher et le chœur, dont le pavage, provenant de Caen[3]. Achevée entre 1450 et 1466, elle est consacrée le 24 mai de cette année-là, par Jean Tustot, curé de Cherbourg et official de Valognes[4].

Après la délivrance de la ville en août 1450, les Cherbourgeois décident d'ériger un monument dédié à l'Assomption de Marie. Ouvragé par un riche bourgeois nommé Jean Aubert, et fixé en 1466 sous la voûte de la nef, un système de ressorts et de mécanique faisait bouger tous les 15 août pendant près de trois siècles, des personnages représentant l'assomption et le couronnement de la Vierge. Une importante confrérie dite de « Notre-Dame-Montée », est créée pour sa surveillance, au sein de laquelle on compte au cours des siècles les gouverneurs de la ville, les abbés réguliers du Vœu, mais aussi la noblesse du Cotentin et de France, jusqu'à compter 1 200 membres[5]. Jamais achevée, elle est complétée au gré des siècles « sans caractère ni style », à l'image de la chapelle du Saint-Sacrement, construite au XVIIIe siècle comme une excroissance sans motif[6]. Selon Fleury, cette confrérie, dont il retrouve trace en 1200, n'est alors que réveillée par la confection de ce monument. Selon ce dernier, la fête annuelle de l'Assomption est supprimée en 1702[3].

En 1473, on inhume dans le chœur Pierre Turpin de Crissé, évêque d'Évreux, mort à Cherbourg lors d'une visite. Son épitaphe y était encore plus de deux siècles après. La réalisation d'une tour et d'un portail débute en 1531, mais les fidèles doivent donner l'argent prévu à François Ier pour le rachat de ses fils, livrés par le traité de Madrid, justifiant la visite royale l'année suivante[3].

L'église est saccagée en janvier 1794 par les Révolutionnaires, qui détruisent le monument de l'Assomption.

Au XIXe siècle, l'édifice est profondément restauré et consolidé, sous l'égide de l'architecte de la ville, Geufroy. On adjoint à l'église en 1828 une tour carrée de vingt-six mètres de haut, sur le portail ouest, probable premier ouvrage néo-gothique français. L'ensemble est consolidé, et l'arcade de l'ancien portail ouest est rebâtie[6].

En décembre 1921, l'église est élevée au rang de basilique mineure par le pape Benoit XV.

Parmi les plus vieux vestiges de la ville, elle possède un riche mobilier cultuel, dont un maître-autel de 1809, une chaire en bois sculptée de Pierre Fréret (1767) et un retable d'Armand Fréret (1814), ainsi que les grandes orgues de Cavaillé-Coll. Elle abrite également des panneaux sculptés représentant des scènes de la vie du Christ et une danse macabre, et une toile attribuée à Philippe de Champaigne, Les Saintes Femmes au tombeau du Christ. Le nom de dieu YHWH, un tétragramme hébreu, a été clairement inscrit dans le chœur de la basilique, au-dessus de « la gloire », une sculpture représentant Jésus recevant le baptême.

Le bâtiment[modifier | modifier le code]

Gloire dans le chœur de la basilique

L'église est décrite en 1839 ainsi[3] :

« L'édifice a trois nefs ; le maître-autel est adossé à la muraille ; une petite fenêtre placée derrière un Jehovah, éclaire un baptême de Jésus-Christ, œuvre d'Armand Fréret, ainsi que le reste de l'autel. Le chœur est fermé par une grille en fer, et contient 46 stalles. L'église a quatre grandes chapelles latérales : dans celle dite de Jésus ou du Sépulcre, on a lu pendant longtemps l'inscription suivante : « Messire Le Parmentier, seigneur de Cosqueville et bourgeois de cette ville, et sa femme Françoise, ont donné cette chapelle du Sépulcre, l'an MVCCLIII. »
[…] Le portail et la tour qui n'ont été construits qu'en 1825, jurent étrangement par leur lourdeur et leur mauvais goût avec le reste de l'édifice. Cette tour a 26 mètres de haut. On a établi dans la voûte des tribunes en amphithéâtre à la place d'un demi-jeu d'orgues qui s'y trouvait avant la révolution.
L'édifice a 46 mètres de long sur 28 de large, et peut contenir environ trois mille personnes. Il est encombré de bancs, comme toutes les églises du nord du département. Outre le monument de l'Assomption qui passait pour un chef-d'œuvre, on y voyait encore autrefois un crucifix de cinq pieds sept pouces, que Voisin-la-Hougue appelle un des plus beaux ouvrages du monde.
La chaire, qui est très-élégante, est d'Armand Fréret, ainsi que la statue de la Vierge. Celle de Ste-Anne, qui est dans la chapelle des Fonts, est de Louis Fréret, fils d'Armand. Parmi les tableaux, on remarque une Visite des saintes femmes au tombeau de Jésus. Cette belle toile qui est attribuée à Gaspard Crayer, à Bon Boullongne et à Philippe-de-Champagne, a été restaurée par Langevin. Le tableau de Jésus porté au tombeau est de ce dernier artiste.
On y trouve encore,
Dans la chapelle du Saint-Sacrement : Jésus portant sa croix ; Une Adoration des Mages ; Une Adoration des Bergers, par La Hire, Un St-François d'Assises et un Prophète Élie dans le désert, par M. Le Sauvage.
Sur la porte de la Sacristie : Un St-Pierre.
Dans la chapelle des Fonts : un Baptême de saint Jean, par Langevin.
Et dans la tribune : un tableau de la Cène, par M. Le Sauvage. »

La basilique est inscrite au titre des monuments historiques par arrêtés des 14 mars 1944 et 2 septembre 2015.

Nef avec la danse macabre à droite, et l'Assomption
Les bas-reliefs de la nef

Au-dessus des grandes arcades de la nef et tout au long de celle-ci, on peut voir une série de bas-reliefs, disposition semble-t-il fort rare dans les églises de France (et d'ailleurs). Ces sculptures, de transition gothique-Renaissance par le style, sont de l'extrême fin du XVe siècle mais elles furent restaurées au XIXe (1864). Au nord, une « Danse macabre » a été édifiée après les ravages des guerres et de la Grande Peste qui ont affligé la ville au siècle précédent. Cette série de panneaux sculptés, que l'on retrouve dans d'autres églises du XVe siècle mais en général sous forme de peintures (par exemple à l'abbaye de la Chaise-Dieu), met en scène des cadavres décharnés symbolisant la Mort, et ses victimes, de tout âge et de toute classe sociale : pape, empereur, roi, bourgeois, journaliers, moine, aveugle, enfant[7]… Au-dessus des arcades sud, les scènes représentent la Passion du Christ.

L'Assomption

Pour commémorer la délivrance de la ville en août 1450, Jean Aubert construit un spectacle mécanique, fixé en 1466 sous la voûte de la nef et activé tous les 15 août. Il représente l'Assomption de la Vierge vers les trois personnages de la Trinité, couronné par le Père, et entourée d'anges la saluant en montant et descendant. Selon Gilles de Gouberville, le Diable est adjoint à la scène en 1560[7].

Le mécanisme est détruit par les révolutionnaires en janvier 1794, et en 1864, on place pour cacher le trou de la machine au-dessus de l'arc triomphal, une peinture représentant l'Assomption, avec la phrase « VŒU SOLENNEL DES HABITANTS DE CHERBOURG EN 1450. DELIVRANCE DE LA DOMINATION ÉTRANGÈRE »[7].

Albâtres et fonts baptismaux

L'église et le bâtiment annexe renferment de nombreux objets précieux : les fonts baptismaux en pierre calcaire polychromé avec une cuve baptismale mobile (classés le 4 novembre 1908, une cloche anglaise du XVIIIe siècle et des albâtres sculptés du XVe siècle provenant de Nottingham (classés le 5 décembre 1908 : ceux incrustés dans le pilier nord ouest de la croisée du transept représentent des scènes de la vie du Christ, ceux de l'autre pilier (sud-ouest) des scènes de la vie de la Vierge.

Chronologie des curés[modifier | modifier le code]

Depuis 1466[8],[9]
  • 1466 : Jean Tustot, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et official de Valognes ;
  • 1496 : Guillaume Bacheler, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et official de Valognes ;
  • 1517 : Robert Le Serreur, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et official de Valognes ;
  • 1541 : Yves Le Bailly, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et officiai de Valognes ;
  • 1569 : Guillaume Jouan, écuyer, docteur en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1582 : Guillaume Nicole, bachelier en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1606 : Gracien Boullon, bachelier en théologie, curé de Cherbourg, mort de la peste le 15 août 1626 ;
  • 1627 : Raoul Grisel, bachelier en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1659 : Michel Groult, bachelier en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1678 : Jacques Gaudebout, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et doyen des Iles, mort le 4 octobre 1687 ;
  • 1688 : Antoine Pâté, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et doyen de la Hague, décédé en odeur de sainteté le 21 mars 1728 ;
  • 1729 : Michel Le Héricey, bachelier, licencié en droit civil et canon, curé de Cherbourg ;
  • 1758 : Jean Paris ;
  • 1763 : Jean Le Terouilly ;
  • 1779 : Charles François Le Vacher ;
  • 1803-1813 : Claude Ebinger ;
  • 1813-1817 : Constant Germain Demons ;
  • 1817-1830 : Pierre Luc Laisné ;
  • 1830-1844 : Pierre Briquet ;
  • 1844-1850 : Louis Aimable Vaultier ;
  • 1850-1851 : Jean-Baptiste Le Goupils ;
  • 1851-1883 : Paul Lepelley ;
  • 1884-1886 : Jacques Bon Tirhard ;
  • 1886-1897 : Jean-Baptiste Leroux ;
  • 1897-1899 : Jean-Louis : Lepetit
  • 1899-1917 : Pierre Leprovost
  • 1917-1927 : Alfred Poignant ;
  • 1927-1943 : Auguste Dogon ;
  • 1945-1958 : Edmond Milcent (Brix, 1897 - Grimouville, 1985);
  • 1958-1972 : Jean Bimont ;
  • 1972-1981 : André Henry ;
  • 1981-1993 : Michel Hervieu ;
  • 1993-2003 : Michel Paysant ;
  • 2003-2016 : Louis Deschamps ;
  • 2016 : Francis Marécaille .

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site du doyenné
  2. « Basilique Sainte-Trinité », notice no PA00110365, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. a b c d et e Hippolyte Vallée, « Précis sur l'histoire de Cherbourg », in Jean Fleury et Hippolyte Vallée, Cherbourg et ses environs : nouveau guide du voyageur à Cherbourg. Cherbourg : Impr. de Noblet, 1839 - p. 74-81
  4. Voisin La Hougue, Histoire de la ville de Cherbourg, p. 90-91
  5. Voisin La Hougue, op. cit., p. 86-88
  6. a et b Geufroy, « Notice sur les restaurations de l'église Sainte-Trinité de Cherbourg », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, 1871
  7. a b et c Jean Margueritte, Cherbourg, au gré de la mer, coll. La ville est belle, OREP, 2006
  8. Voisin La Hougue, op. cit, p. 127-28
  9. Liste des curés de la basilique, présente dans la nef centrale de la Trinité

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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