Étienne (martyr)

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Étienne
Image illustrative de l'article Étienne (martyr)
Icône de saint Étienne tenant l'encensoir dans la main droite symbolisant le diaconat et sa main gauche est recouverte d'un drap rouge symbolisant le martyre.
Saint
Décès c. 34 
Jérusalem (Empire romain)
Autres noms Stéphane
Vénéré par Église orthodoxe
Église catholique
Église copte
Églises des trois conciles
Églises luthériennes
Communion anglicane
Fête 26 décembre en Occident
27 décembre en orient
Attributs Dalmatique, encensoir, drap rouge, cercueil, palme du martyre, pierres de lapidation, etc.
Saint patron Diacres, Pavetiers, Arte della Lana, Serbieetc.

Saint Étienne est un Juif du Ier siècle considéré a posteriori comme le premier martyr de la chrétienté — ou protomartyr.

Son nom provient du grec Στέφανος (Stephanos), « couronné ». Le nom connaît diverses orthographes dans l'histoire du français et en fonction des régions (Stéphane, Stèven, Esteven, Estienne...), toutes issues du grec latinisé Stephanus.

Le récit des Actes des Apôtres[modifier | modifier le code]

Cathédrale Saint-Étienne de Sens : statue de Saint Étienne sur le trumeau du portail central de la façade occidentale (fin du XIIe siècle)

Les récits relatifs à Étienne dans les Actes 6, 1-8 et 3 soulèvent des problèmes "pouvant porter la suspicion sur son historicité", selon l'historien S. Mimouni[1].

Premier diacre[modifier | modifier le code]

Étienne apparaît dans les Actes, au chapitre 6, où il est présenté comme un Juif helléniste[2] qui a reconnu en Jésus le Messie, choisi avec six autres « hommes de bonne réputation, d’Esprit Saint et de sagesse »[3] pour devenir les diacres chargés d’assister les apôtres.

« En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les Hellénistes se mirent à récriminer contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien. Les douze convoquèrent alors l’assemblée plénière des disciples et dirent : « Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des tables. Cherchez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis d’Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cette fonction. Quant à nous, nous continuerons à assurer la prière et le service de la Parole. » Cette proposition fut agréée par toute l’assemblée : on choisit Étienne, un homme plein de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche ; on les présenta aux apôtres, on pria et on leur imposa les mains. »

— Actes[4], 6, 1-6

Ses discours[modifier | modifier le code]

Selon les Actes des Apôtres, Étienne accomplit des « prodiges et des signes remarquables parmi le peuple » (Actes, 6, 8). Érudit, il vient facilement à bout d’un débat qui se tient à la synagogue des Affranchis, lieu de culte des descendants de juifs réduits en esclavage et déportés par Pompée, puis libérés[5].

Devant le Sanhédrin, on confronte alors Étienne à des témoins qui l’accusent de quatre blasphèmes : contre Dieu, contre Moïse, contre la Loi et contre le Temple de Jérusalem, lieu saint. Étienne se disculpe de ces accusations en résumant l’histoire d’Israël, dans laquelle il présente d’abord une triple louange du Dieu de gloire ; il loue ensuite Moïse pour sa ferveur, ses miracles et pour la qualité de son accès à Dieu, il loue triplement aussi la Loi - qui vient de Dieu, est transmise par Moïse et donne la vie, et enfin Étienne loue le Temple, commandé par Dieu et construit par Salomon. (Actes, 7, 2-50).

Sa lapidation[modifier | modifier le code]

Exécution de saint Étienne

Mais le discours d’Étienne, mettant en œuvre une rhétorique jusque-là difficile à critiquer par le Sanhédrin, change brutalement d’orientation, et s’en prend violemment à l’assemblée du Sanhédrin. Interpellés comme des hommes au « cou raide », « incirconcis »[6] dans leurs cœurs et leurs oreilles, ses juges se jettent sur Étienne, le traînent hors les murs de Jérusalem et le lapident. Les Actes racontent que Saul, plus tard converti et devenu apôtre sous le nom de Paul, garde les vêtements des meurtriers et approuve alors ce meurtre [7].

Selon l'historien Simon Mimouni, Étienne est condamné à la lapidation "pour blasphème non pas contre le Temple, mais contre Dieu, car il prononce le nom divin, par définition imprononçable [dans la religion juive]" dans l'expression suivante : "les cieux ouverts et le Fils de l'Homme debout à la droite de Dieu"[8].

"Le procès et la mort de Jacques [frère de Jésus] sont proches de ceux d'Étienne" : pour l'un comme pour l'autre de ces deux martyrs, il est question de blasphème, puis d'un procès au Sanhédrin, puis d'une lapidation. Les récit des Actes des Apôtres pourrait avoir subi l'influence de cet événement, à moins que le récit de l'exécution de Jacques ne soit calqué sur celui des Actes des apôtres[9]. Les commentateurs soulignent également certaines ressemblances entre le récit de la mort d'Étienne et celui de la mort de Jésus dans les évangiles[9], parallélismes "qui ne relèvent pas d'un contact fortuit : le narrateur a consciencieusement modelé le procès d'Étienne sur celui de Jésus[10]", selon l'exégète et bibliste Daniel Marguerat.

"Personne ne doute que Luc [le rédacteur des Actes] ne fasse écho ici à une tradition relative à Étienne et qu'il l'a remaniée. Mais dans quelle proportion l'a-t-il réécrite ?" ; la tenue d'un procès ne paraissant pas très compatible avec une scène de lynchage, "certains postulent deux traditions concurrentes (mal) assemblées par le narrateur[11]".

Date de l'exécution[modifier | modifier le code]

Étienne est exécuté probablement en 33 ; cependant les historiens sont partagés au sujet de cette date ; certains argumentent en faveur de 31, ou 32 ; d'autres en faveur de 36, voire 39[12].

Un thaumaturge[modifier | modifier le code]

Les écrits postérieurs aux Actes font d’Étienne un thaumaturge. En particulier, saint Augustin, dans La Cité de Dieu, racontera nombre de miracles accomplis par le protomartyr, récits qu’on retrouve chez de nombreux hagiographes du Moyen Âge, notamment Jacques de Voragine, Jean de Mailly ou Vincent de Beauvais. Ainsi en est-il de fleurs qui étaient posées sur l’autel de Saint Étienne puis appliquées sur des malades, qui guérissaient miraculeusement. Ainsi en est-il aussi de dame Patronia, gravement malade, qui consulte un jour un juif qui lui remet un anneau orné d’une pierre, qu’elle doit porter. Le talisman n’améliore cependant pas son état. En désespoir de cause, Patronia se réfugie à l’église de Saint-Étienne qu’elle implore avec ferveur. L’anneau glisse à terre et elle est guérie.

Invention de ses reliques[modifier | modifier le code]

La figure d’Étienne prend une grande place pour les premières communautés chrétiennes. Étienne par Juan Correa de Vivar (1510 - 1566).

« Des hommes pieux ensevelirent Étienne et lui firent de belles funérailles » (Actes, 8, 2). La figure d’Étienne prend une grande place pour les premières communautés chrétiennes et joue un rôle important dans la scission progressive d'avec le judaïsme et la montée de l'antijudaïsme chrétien.

La tradition chrétienne garde le souvenir de l'apparition de Gamaliel l'Ancien au prêtre Lucien, curé de Cafargamala (Kfar-Gamala, actuelle Beit Jamal) le vendredi 3 août 415[13], le rabbi indiquant où se trouvait sa relique qui aurait été alors retrouvée dans le même tombeau que celle de son fils Abibas, ainsi que saint Étienne et saint Nicodème[14]. Probablement à la suite de cette invention de reliques, une légende est écrite au Ve siècle qui relate cette découverte et donne des détails sur l'inhumation d'Étienne. Après son exécution, le grand-prêtre (probablement Caïphe) a voulu laisser le corps d'Étienne sans sépulture pour qu'il soit « dévoré par des bêtes de proie », suprême offense dans le judaïsme[15]. Gamaliel — qui est un important membre du Sanhédrin et que la tradition chrétienne antique donne comme un disciple secret de Jésus — l'a empêché en emportant de nuit le corps d'Étienne sur son propre char et l'a enterré dans un tombeau neuf, dans sa propriété à CapharGamala[15]. Tous les apôtres ont assisté à son enterrement. C'est Gamaliel qui a pris en charge les dépenses et à sa mort il a été enterré dans une grotte voisine[15]. Comme c'est le cas pour la quasi totalité des événements de la période apostolique (Ier siècle), la légende date la mort d'Étienne par rapport à la crucifixion de Jésus. Étienne aurait été exécuté la même année que Jésus, le 26 décembre qui a suivi[15].

L’évêque Jean de Jérusalem fait alors procéder solennellement à la translation du corps du martyr à l’église du Mont-Sion de Jérusalem, le , jour anniversaire de la mort d'Étienne. L’évêque Juvénal, successeur de Jean, commence la construction à Jérusalem d’une basilique destinée à recueillir la dépouille de saint Étienne. Les travaux sont repris en 438 sous l’impulsion de l’impératrice Eudoxie (Eudocie), épouse de Théodose II. Les restes du martyr sont transférés dans la nouvelle basilique, qui ne sera d’ailleurs achevée que vingt ans plus tard, lors de la cérémonie de dédicace par saint Cyrille, patriarche d’Alexandrie, le . L’actuelle basilique a été construite à l’emplacement de l’ancien ouvrage par les Dominicains à la fin du XIXe siècle.

La fête de l’Invention des reliques de saint Étienne, ou St Étienne d’été, était célébrée le 3 août. Elle fut supprimée du calendrier Romain par Jean XXIII. Elle figure néanmoins parmi les messes pro aliquibus locis du missel de 1962[16].

Fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

Des fouilles effectuées à Beit Jamal par Andrzej Strus ont mis au jour en 2003 une architrave ou un linteau en pierre avec une tabula ansata (en), sur laquelle était inscrit « DIAKONIKON STEPHANOU PROTOMARTYROS ». Diakonikon désigne une installation pour la conservation de reliques. L'inscription atteste l'ancienneté de cette tradition[17].

Cela permet d'identifier Bet Gemal avec l'ancien village de Kfar Gamla, lieu où selon des sources chrétiennes antiques Étienne aurait été enterré[18].

Fête[modifier | modifier le code]

Saint Étienne est fêté par l'Église catholique le 26 décembre, et par les Églises chrétiennes d'Orient le 27 décembre, et encore le 2 août (translation de ses reliques) par l'Église catholique ainsi que par les Églises chrétiennes d'Orient.

Il est considéré comme un saint également par les Églises anglicane, luthériennes ainsi que l'Église de l'Orient.

Divers[modifier | modifier le code]

Pour Benoît XVI, saint Étienne « est aussi un modèle pour tous ceux qui veulent se mettre au service de la nouvelle évangélisation »[19].

Sa fête, le 26 décembre, est fériée en Allemagne, en Autriche, en Irlande, en Italie, au Royaume-Uni, au Luxembourg ainsi qu'en Alsace-Moselle, en Catalogne et dans plusieurs cantons suisses.

Il a donné son nom à la ville de Saint-Étienne, dans la Loire, et à soixante-douze autres communes françaises, sans compter les formes occitanes telles que Saint-Estèphe Page d'aide sur l'homonymie ou Saint-Estève.

Il a donné son nom à la cathédrale de Sens, première cathédrale gothique française et à la cathédrale de Metz, à seize autres cathédrales en France et à de nombreuses églises, dont l'origine est souvent fort ancienne (Brie-Comte-Robert, Lille —première paroissiale—…).

Une des cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris porte son nom.

À Florence, il a été, depuis le Moyen Âge, le saint-patron de l'Arte della Lana, la « corporation de la Laine » et sa statue figure dans une des niches d'Orsanmichele.

À la fin de l'année 2014, une équipe de chercheurs de l'université al-Qods affirme avoir retrouvé le tombeau d'Étienne à l'intérieur du site archéologique de Khirbet al Tireh à Ramallah. Une inscription en grec indiquerait que ce dernier ait été enterré en ce lieu en l'an 35[20],[21].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Pape Benoît XVI, « Audience », sur VA, Vatican,‎ , consacrée au protomartyr Étienne.
Saint Jacques et Saint Étienne, Marx Reichlich

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin, PUF, , p. 187.
  2. Les juifs hellénistes avaient vécu hors de Palestine. Ils avaient leurs propres synagogues à Jérusalem, où on lisait la Bible en grec.
  3. « (...) ἄνδρας ἐξ ὑµῶν µαρτυρουµένους ἑπτὰ πλήρεις πνεύµατος καὶ σοφίας » - ándras ex humỗn marturoménous heptà plếreis pneúmatos kaì sophías.
  4. Les extraits des Actes des Apôtres proviennent de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB), éditions Le Cerf, seconde édition, 1986. Les extraits en langue grecque proviennent du site de l'université de Colombie-Britannique, The New Testament & The Septuagint.
  5. Alors intervinrent des gens de la synagogue dite des Affranchis, des Cyrénéens, des Alexandrins et d’autres de Cilicie et d’Asie. Ils se mirent à discuter avec Étienne, mais ils n’étaient pas de force à tenir tête à la sagesse et à l’Esprit qui le faisaient parler. (Actes, 6, 9-10)
  6. « Σκληροτράχηλοι καὶ ἀπερίτµητοι (...) » - Sklerotrácheloi kaì ảperítmetoi....
  7. Actes, 7, 54-60.
  8. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, PUF, 2006, p. 188. Cette expression est donnée dans les Actes 7, 55-56.
  9. a et b Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, PUF, 2006, p.189
  10. Daniel Marguerat, Les Actes des Apôtres, Genève, Labor et Fides, , 449 p. (lire en ligne), p. 216.
  11. Daniel Marguerat, Les Actes des Apôtres, Labor et Fides, Genève, 2007, p. 217.
  12. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, PUF, 2006, p.188
  13. Dans la Légende dorée, Voragine donne l'année 417.
  14. cf. (en) Alberdina Houtman, Marcel Poorthuis, Joshua Schwartz, Sanctity of Time and Space in Tradition and Modernity, éd. Brill, Leyde, 1998.
  15. a, b, c et d (en) Cyclopedia of Biblical, Theological and Ecclesiastical Literature, Article Stephen.
  16. [1]
  17. Émile Puech, Un mausolée de saint Étienne à Khirbet Jiljil - Beit Gimal (Pl. I), Revue Biblique 113/1 (janvier 2006) p. 100-126.
  18. Antonio Scudu, Santo Stefano: primo martire cristiano: morire perdonando, Bet Gemal, 2007, p. 9.
  19. (fr) Saint-Étienne, martyr et modèle pour la nouvelle évangélisation, dans News.va le 26/12/2012, [lire en ligne]
  20. (en) « Burial place of holy archdeacon Stephen the Protomartyr discovered », Pravoslavie.ru,‎ (lire en ligne)
  21. « À Ramallah, le possible tombeau de St Étienne », Christian Media Center,‎ (lire en ligne)