Invention de reliques

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Une inventio reliquarum est un récit portant sur la découverte ou la redécouverte « miraculeuse » d'ossements d'un saint, martyr ou non (singulièrement, en Palestine, un prophète), ou d'un objet qui a touché ce saint, notamment le brandeum, linceul entourant le saint ou linge mis volontairement au contact de la relique[1].

La présente liste donne quelques exemples classiques d'invention de reliques. Elle se veut chronologique et se limite à la Palestine pré-islamique.

Isaïe[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas à proprement parler de récit d'invention, mais l'invention est supposée par divers documents. L'ouvrage sur la vie des prophètes dit Vitae prophetarum ainsi que l'apocryphe Ascensio Isaiae font vaguement allusion aux reliques d'Isaïe prophète à Jérusalem. Elles sont en tous cas mentionnées dans le pèlerinage du Burdigalensis. Un texte syriaque qui serait du début du Ve siècle[2], suppose leur présence à Jérusalem, qui est encore suggérée par deux autres textes anciens[3]. Le lectionnaire de Jérusalem parle également des reliques d'Isaïe, comme le 16 juin pour une déposition dans la Fondation de Bassa. Une inscription médiévale se rapportant aux reliques d'Isaïe a par ailleurs été découverte dans la vallée du Cédron[4].

La Vraie Croix[modifier | modifier le code]

La recherche du Golgotha répond probablement à un vœu exprimé par l'évêque Macaire, lors du concile de Nicée en 325[5]. D'autre part il est certain que l'église du Martyrium fut construite sur le lieu de la découverte d'une relique, que l'on tenait pour la croix du Christ. Martyrium est le mot technique qui apparaît dès le IVe siècle pour une église basilicale contenant une relique. Et il existe dans la crypte, l'actuelle chapelle Sainte-Hélène, des restes du IVe siècle qui tendent à prouver que l'endroit faisait partie de la structure primitive du bâtiment. Cyrille de Jérusalem fait d'ailleurs déjà allusion au bois de la Croix vers 350, et de même, mais de manière moins claire, un texte d'Eusèbe de Césarée décrivant l'église (Vie de Constantin, ch. 3). D'après les légendes sur l'invention de la Croix, c'est la mère de Constantin, Hélène, lors de son pèlerinage en Terre sainte, qui découvrit le bois de la Croix.

Vers le début du Ve siècle, trois textes apparentés et mal datés ne font plus état du rôle de l’évêque Macaire de Jérusalem et intègrent de nouvelles traditions comparables à celles qu'on trouve chez Ambroise de Milan en 395 et chez Socrate vers 450[6].

Job[modifier | modifier le code]

Égérie raconte dans son Pèlerinage[7] la découverte assez ancienne (sous un évêque précédent l'évêque contemporain, soit probablement vers 350) de la tombe de Job, à Carnéas dans la province d'Arabie (correspondant sans doute à Sheikh Sa‘ad en Syrie actuelle), par un moine dans une grotte. L'unique manuscrit du Pèlerinage est cependant lacunaire à cet endroit, et la description de l'invention faisait malheureusement partie du passage manquant[8].

Samuel[modifier | modifier le code]

La translation des reliques du prophète Samuel est racontée par Jérôme ; une invention est racontée par un auteur tardif, Léon le Grammarien[9]. L'endroit de l'invention correspond sans doute au site actuel de Nebi Samwîl à l'ouest de Jérusalem.

Habaquq et Michée[modifier | modifier le code]

L'historien Sozomène raconte l'invention des reliques des prophètes Habaquq et Michée vers la fin du règne de Théodose le Grand (379-395), par un certain évêque Zébenne d'Éleuthéropolis[10].

Zacharie le prophète[modifier | modifier le code]

Référence à ce récit sur la page Lieux de station de la liturgie de Jérusalem.

Étienne[modifier | modifier le code]

Les reliques d'Étienne sont découvertes en décembre 415 par un certain Lucien à Kfar Gimal sur la route d'Éleuthéropolis (aujourd'hui Beit Guvrin) en Palestine, avec celles de Gamaliel, de Nicodème et d'Abibos, le fils de Gamaliel. Ceci fait l'objet d'une lettre que le prêtre Lucien adresse à un certain Avitus, diacre de passage en Palestine. Cette lettre, très répandue, existe principalement en deux recensions latines[11].

Ce récit doit être comparé à une Passio (un récit du martyre) dont il existe d'assez nombreux témoins dans toutes les langues de l'Orient chrétien. Comme une fête d'Étienne est attestée le 26 décembre dès avant l'invention des reliques (dans le calendrier syriaque de 411) de même que des homélies patristiques, il est fort possible qu'une couche ancienne de ce récit soit antérieure à l'invention des reliques[12].

Moïse[modifier | modifier le code]

Pierre l'Ibère raconte une histoire d'invention qu'il a entendue vers 430 ou 440, lors de son passage au Mont Nébo. Cinquante ans plus tôt, Égérie atteste effectivement de l'existence d'un mémorial, mais sans récit d'invention de reliques[13] ; et pour cause, il s'agit de Moïse, dont le Deutéronome[14] dit que nul ne connaît l'emplacement du tombeau.

Zacharie, Siméon et Jacques, patriarches de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Ce récit est brièvement présenté sur la page Lieux de station de la liturgie de Jérusalem.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Louis Moreri, Le grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Jean-Baptiste Coignard,‎ 1725 (lire en ligne), p. 457
  2. A Letter attributed to Cyril of Jrrusalem on the Rebuilding of the Temple, texte édité et traduit par S.P. Brock dans Bull. School of Or. and Afr. Studies, 40 (1977), 267-286, p. 275 et 277-278, p. 283 pour la datation.
  3. À savoir le vieux lectionnaire arménien édité par Renoux, à la date du 6 juillet ainsi que par une notice du calendrier liturgique conservé dans le manuscrit sinaiticus ibericus 34, édité par Garitte, à la date du 16 juin (ossium inventio).
  4. Cf. Milik, Revue biblique 1960, p. 366.
  5. D'après Eusèbe de Césarée.
  6. M. VAN ESBRŒCK, L’opuscule ‘sur la croix’ d’Alexandre de Chypre et sa version géorgienne, Bedi Kartlisa, 1979, p. 114. Exposé plus développé sur ces sources par exemple dans E.D. HUNT, Holy Land Pilgrimage in the Later Roman Empire AD 312-460, Oxford, 1982, p.  38-48 ; v. aussi M. VAN ESBROECK, Le manuscrit syriaque nouvelle série 4 de Leningrad (Ve siècle), Mélanges Guillaumont (Cahiers d'Orientalisme, 20), Genève, 1988, 211-219, p. 215-216 et Une note de Sévère d’Antioche sur Juda Cyriaque, R. Lavenant éd., V Symposium Syriacum 1988, (OCA 236), Rome, 1990, 183-194, p. 186. Sur les témoignages d'Ambroise et de Socrate, voir (v. ibid., p. 112-114).
  7. Pèlerinage d'Ethérie, édité dans la collection "Sources chrétiennes", no 296, XVI 4-7.
  8. Pour plus de détails, voyez l'édition de Maraval, Sources Chrétiennes, no 296, p. 194-197)
  9. Leo Grammaticus.
  10. Sozomène, Histoire ecclésiastique, VII 29.
  11. S. Vanderlinden, Revelatio Sancti Stephani (BHL 7850-6), in Revue des Études byzantines, 4 (1946), 178-217.
  12. Une brève introduction se trouve dans G. Bardy, « Étienne » in Catholicisme, IV, 1956, col. 573-574 ; plus développée dans E.D. HUNT, Holy Land Pilgrimage in the Later Roman Empire AD 312-460, Oxford, 1982, p.212-220.
  13. Pèlerinage d'Ethérie, XII 1-4.
  14. Deutéronome III, 46.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]