Belenos

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Belenos
Dieu de la mythologie celtique

Belenos est un dieu gaulois dont de nombreuses inscriptions ont été mises au jour en Gaule cisalpine, en Gaule transalpine, en Illyrie et en Norique. Cette divinité brillante, brûlante, resplendissante a des correspondants évidents dans la mythologie celtique, à commencer par Grannos, Grannus en latin, chez les autres peuples celtes du continent. Il est parfois désigné par le théonyme de Maponos, c'est-à-dire le grand fils, qui rappelle le Mabon gallois. Il a les mêmes pouvoirs curatifs que le Diancecht irlandais. Sa parèdre continentale est la déesse Belisama, « la très brillante ou très rayonnante».

Belenos, en latin Belenus, a été assimilé précocement à l’Apollon du panthéon classique gréco-romain, à l'instar de Grannus.

Onomastique et symbolique[modifier | modifier le code]

Vasque dédiée à Belenos

La racine indo-européenne bhel* signifie « brillant », « brûlant », « resplendissant », « éclatant ». Belenos doté de ces attributs est un dieu lumineux complémentaire de Lug, il se présente comme étant l'archétype du "'dieu-soleil'". Belenos représente la lumière solaire ou les rayons solaires qui parviennent à la surface terrestre. Outre le soleil, Belenos est également le symbole de la jeunesse , du renouveau, et par extension, du printemps[1]. À la différence de Lug, lequel incarnerait également et de manière usuelle le soleil, voire la lumière dans sa globalité, Belenos n'est pas détenteur de l'omnipotence divine, sage et ancienne de ce dernier. En raison de leur filiation symbolistique, on aurait tendance à confondre et assimiler l'une à l'autre ces deux figures panthéoniques celto-gauloise; néanmoins et en regard de cette parenté, autant Lug serait l'archétype paternel, autant Belenos s'inscrit dans celui du fils[2]. Par ailleurs, on remarque par le biais de nombreuses iconographies - notamment celle représentée sur le Chaudron de Gundestrup-, que Belenos est fréquemment associé à un serpent à tète de bélier, à l'instar du dieu celte Cernunnos[3].

Chaudron de Gundestrup

Dieu de l'harmonie et de la beauté, mais aussi de l'intuition, de l'invention et du raisonnement, ses fonctions principales restent la médecine et les arts. Il patronne les beaux-arts et guérit par la méditation.

Rites et culte liés à Belenos[modifier | modifier le code]

Belenos était honoré le 1er mai, lors de la fête de Beltaine ou "Beltene" en Irlande, c'est-à-dire "les feux de Belenos"; celle-ci marque une rupture dans l'année, le passage de la saison sombre à la saison claire, lumineuse. Lors de cette fête, les druides accomplissaient un rituel consistant à faire passer le bétail au travers de la fumée produite par les feux, en récitant des incantations, pour le purifier et le protéger des épizooties. Tous les feux rituels lui étaient en partie associés, à commencer par les feux de la Saint Jean au solstice d'été et les bures préservés par la paysannerie à l'époque mérovingienne en période de carnaval (nuit veille du Mercredi des Cendres). Lors de cette dernière occasion, les sauts vigoureux des danseurs au-dessus du foyer collectif annonçaient la hauteur des récoltes (céréales, lin...) à engranger. Notons que la grandeur de la tige (donc de la paille) était attribuée à Lug ou à la Lune, alors que la grosseur du grain était conférée à Belenos/Grannos.[réf. nécessaire]

Tous les sanctuaires consacrés à la lumière ou au culte solaire étaient de son domaine, même lorsque leurs élaborations n'étaient point de l'initiative celte, comme Stonehenge. Son culte semble avoir été important dans l'ensemble du monde celtique puisque des inscriptions ont été retrouvées en Gaule cisalpine, en Gaule transalpine, en Illyrie et en Norique. [réf. nécessaire]

Concordances du mythe de Belenos avec d'autres cultures[modifier | modifier le code]

Monolithe romain dédié au culte de Maponos/Appollon/Belenos

Son équivalent irlandais est Bile, le père de Mile, roi des Milesiens, le dernier peuple à envahir l’Irlande. Son équivalent gallois est Beli. Il faut aussi rapprocher Belenos du germanique Baldr (de même racine IE *bhel- « brillant, lumineux »).[réf. nécessaire]

L'irlandais Bile apparaît à la fin de la seconde bataille de Mac Tureadh (Cath Maighe Tuireadh), ainsi que Baldr dans la mythologie scandinave : les dieux sont affaiblis et une nouvelle génération assure le renouveau du monde. [réf. nécessaire] Ce passage du Lebor Gabála Érenn représente la version irlandaise de l'eschatologie indo-européenne (cf. Ragnarök, Mahābhārata). La retranscription chrétienne des mythes irlandais a simplement brouillé les pistes, faisant de l'arrivée des hommes mortels le but de l'histoire.[réf. nécessaire]

Le Belenos gaulois s'est fondu dans le gréco-romain Apollon, ne conservant qu'un aspect solaire tronqué. Ce rôle de sauveur que possède encore son équivalent irlandais n'a pas résisté au syncrétisme gallo-romain.[réf. nécessaire].

À travers l'interpretatio romana; Belenos-Grannos apparaît sous les traits d'Apollon. Dans ce cas précis, la romanisation et interpretation de la figure divine de Belenos est entièrement valide — à la différence de maints autres processus de romanisation de dieux gaulois, tels que Cernunnos. Manifestement, le dieu domain possède des attributs et des caractéristiques identiques à ceux de Belenos: la jeunesse, la beauté, la lumière solaire. Cependant, il est notable de remarquer que Apollon trouve ses racines mythologiques dans le panthéon divin hyperboréen, lequel est commun aux grecs et aux celtes. En témoigne l'existence d'un vaste temple en forme de cercle sur le site de Stonehenge, qui semblerait être une assimilation et/ou une "reproduction" celte du temple de Delphes. Dans les faits, cette appropriation théo-architecturale résulterait d'un évenement historique: au cours de l'invasion de la Phocide par l'armée celte conduite sous l'égide de Brennos, ces derniers avaient envahis le fameux temple de Delphes, afin de bénéficier des richesses spirituelles que recelait celui-ci [4].

Avatars de Belenos[modifier | modifier le code]

Les personnages connus sous les noms de Tristan, Oengus et Diarmaid apparaitraient comme étant tous trois des avatars de Mac Oc, c'est-à-dire Maponos également appelé le "dieu jeune"; le théonyme Maponos, prenant pour origins le théonyme de Belenos. Ces trois avatars ont, dans les trois récits mythologiques respectifs auxquels ils appartiennent, usurpé ou tenté d'usurper — à l'image de Oengus — la place et/ou la femme de leurs rivaux. En terme mythologique, ces derniers se présentent sous l'aspect du mari, voire du dieu-père ou du "dieu vieux", en point à contrario du "dieu jeune", à savoir Belenos/Maponos[5]. On pourrait également évoquer le personnage de Mabon, lié à la légende arthurienne. Mabon se présente comme le Maponos gallois; ce dernier est le personnage principale d'une saga dans laquelle on assiste à l'assassinat de sa mère dans les quelques jours suivant sa naissance. Mabon est par la suite incarcéré par un autre avatar celto-panthéonique, celui du Dagda, le père de Mabon dans ce récit. Il est dit que notre héros, appuyé par son fidèle chien à la force surnaturelle, sera l'unique homme du royaume en mesure de donner la chasse et d'abattre le légendaire sanglier Trwyrt. Parvenu à l'âge adulte, Mabon se fait alors délivrer de sa geôle par le roi Arthur et ses chevaliers; Mabon peut dès lors accomplir le destin qui lui été assigner. On remarque dans ce récit la résurgence de nombreuses thématiques liées au mythe de Belenos/Mac Oc. Ainsi le personnage du geôlier/père qui prête ses traits au Dagda, omnipotent et mauvais, la dualité avec la jeunesse de Mabon; la symbolique du soleil lorsque Mabon, sortant de sa prison, passe du noir et de l'obscurité à la lumière bienfaitrice et pourvoyeuse de meilleure période à venir[6].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Son nom est très probablement à l'origine des toponymes du type Beaune (nom de plusieurs communes françaises (Beaune en Côte-d'Or et Beaune en Savoie, Beaune-d'Allier dans l'Allier, Beaune-la-Rolande dans le Loiret, Beaune-sur-Arzon dans la Haute-Loire ; et de villages ou lieux-dits : Beaune-le-Froid à Murol dans le Puy-de-Dôme. C'est aussi probablement l'origine du nom Beaunay, dont le principal bourg de la commune de Beauval-en-Caux (Seine-Maritime), également hameau à Contremoulins (Seine-Maritime) et aux Hogues (Eure), la commune de Beaunay dans la Marne.
On peut citer aussi les toponymes dérivés comme Bligny (Bligny-sur-Ouche, en Côte-d'Or, s'appelait Beligny au IXe siècle) ou Bellenot (Bellenot-sous-Pouilly en Côte-d'Or), et tous les dérivés de ces noms. Les toponymes Bel air, Belmont peuvent découler de la même racine, de même que Belenton, Barenton.

En ces endroits a pu exister un culte de Belenos, lié sans doute à son activité de guérisseur et à l'existence de sources sacrées. De telles sources sont attestées à Beaune (Côte-d'Or), où celle de l'Aigue a donné des ex-votos ; à Beaune-d'Allier, la fontaine Saint-Agnan, source sacrée gauloise christianisée, était connue pour ses vertus curatives. Mais la plupart des lieux de culte importants ont été christianisés et renommés par un saint ou un archange.

En Suisse, Bienne, Biel en allemand, apparait pour la première fois dans un registre en 1142 sous le nom de Belna. Le bourg médiéval a été construit sur le cône alluvial d'une importante source dans laquelle des monnaies romaines ont été découvertes.

En outre, et à l'image de ces sites pour la plupart topographiquement localisés sur des sommets (lieux de prédilection concernant le culte de Belenos), on peut également citer deux toponymes remarquables: l'îlot de Tombelaine - "Tombe-Bélen"-, au large du Mont-Saint-Michel; ainsi que "Plougenvelen" (soit "Plou-kuno-belenos", en gaulois), dans le Finistère[7].

Divers[modifier | modifier le code]

Fondé en décembre 1995, Belenos est un groupe de celtic black metal dont l'unique membre est Loïc Cellier. Néanmoins ce groupe français a accueilli de nombreux musiciens talentueux dont David Foulon (basse), Gilles Delecroix (batterie), Yohann Mahé (basse) Guillaume Dallery (guitare), Marc Devillers (batterie), Raphaël Fontaine (guitare), Yann Desaulty (basse), Denis Sokowicz (batterie), et Nathalie Leblanc

Le nom de Belenos a également été repris dans celui des Terres de Belenos, jeu de rôle grandeur nature à thématique médiévale qui se déroule chaque année à Sainte-Clotilde-de-Horton au Québec. L'événement a toutefois peu à voir avec le dieu gaulois, mais les costumes d'inspiration gauloise y sont quand même populaires.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. "La Mythologie celtique"; par Yann Brekilien; éd. Brocéliande/ÉDITIONS DU ROCHER, 1993; pages 149 à 151
  2. "La mythologie celtique"; par Yann Brekilien; éd. Brocéliande/ÉDITIONS DU ROCHER, 1993; pages 149, 150 et 153
  3. "La mythologie celtique"; par Yann Brekilien; éd. Brocéliande/ÉDITIONS DU ROCHER, 1993; page 151
  4. "La mythologie celtique"; par Yann Brekilien; pages 144 et 145
  5. "La mythologie celtique"; par Yann Brekilien; éd. Brocéliande, 1993; page 149
  6. "La mythologie celtique"; par Yann Brekilien; éd. Brocéliande/ÉDITIONS DU ROCHER, 1993; page 143
  7. "La mythologie celtique"; par Yann Brekilien; éd. Brocéliande/ÉDITION DU ROCHER, 1993

Sources[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ , 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ , 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ , 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ , 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.