Emmanuel Frémiet

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Emmanuel Frémiet
Emmanuel Frémiet photo.jpg
Emmanuel Frémiet photographié par Nadar.
Naissance
Décès
(à 85 ans)
Paris
Nationalité
Activité
Maître
Lieu de travail
Enfant
Marie Fauré (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Sophie Rude (tante)
François Rude (oncle)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Œuvres principales

Emmanuel Frémiet[note 1], né à Montrouge le [1] et mort à Paris le , est un sculpteur français.

Il est célèbre pour le Monument à Jeanne d'Arc à Paris, le Monument à Ferdinand de Lesseps à Port-Saïd et pour ses sujets animaliers. Il est le beau-père du musicien Gabriel Fauré.

Biographie[modifier | modifier le code]

Par sa tante, l'artiste peintre Sophie Rude, née Frémiet, il est le neveu et l'élève du sculpteur François Rude, dont Louis Frémiet, père de Sophie, fut le soutien. Fils d'une surveillante à l'hôpital de la Pitié, il est également le neveu du préfet de Paris Nicolas Frochot. Sa fille est l'épouse de Gabriel Fauré[2].

Parallèlement à ses œuvres monumentales commandées par l'État, il est reconnu comme un excellent sculpteur animalier réaliste. Emmanuel Frémiet se consacre surtout aux statues équestres. Il débute comme lithographe scientifique (ostéologie) et travaille dans l'atelier des peintres de la morgue. En 1843, il envoie au Salon une étude de gazelle, prélude à une production prolifique. Son Ours blessé et son Chien blessé sont acquis par l'État pour le musée du Luxembourg à Paris en 1850.

Au cours des années 1850, Frémiet produit des œuvres sur le thème de Napoléon Ier. Il expose des bronzes représentant des bassets de Napoléon III au Salon de 1853. De 1855 à 1859, il exécute une série de statuettes à sujet militaire pour l'empereur. Il réalise le Monument à Napoléon Ier en 1868 et celui de Louis d'Orléans en 1869 (château de Pierrefonds). En 1874, il conçoit le premier Monument de Jeanne d'Arc, érigé place des Pyramides à Paris, qu'il remplaça à la suite de critiques sur les proportions par une autre version en 1900[3]. Pendant cette période, il exécute aussi Pan et les oursons (Paris, musée d'Orsay)[4].

Gorille enlevant une négresse (Salon de 1859)[5].

À la fin du XIXe siècle, un thème à la mode inspire Frémiet et d'autres artistes : celui de l'affrontement entre l'Homme et la Bête. Un fait divers rapporté par le journal Le Temps relatait que dans un village gabonais, un gorille égaré et furieux aurait enlevé et molesté une femme, après avoir détruit des cabanes, en 1880. Par ailleurs, les récits d'explorateurs comme Alfred Russel Wallace emplissent les journaux d'articles et de gravures illustrant l'attaque d'un pisteur malais par un orang-outang. Ce thème inspire à Frémiet plusieurs œuvres majeures.

Le Gorille enlevant une négresse est d'abord refusé au Salon de 1859, puis présenté derrière un rideau. Nadar écrit dans le Journal pour rire : « Voici mesdames et messieurs, le fameux gorille de M. Frémiet. Il emporte dans les bois une petite dame pour la manger. M. Frémiet n'ayant pu dire à quelle sauce, le jury a choisi ce prétexte pour refuser cette œuvre intéressante. »[6], mais une nouvelle version Gorille enlevant une femme reçoit une médaille d'honneur au Salon de la Société des Artistes Français de 1887[note 3], dont il est membre jusqu'en 1908[7]. Cette œuvre, célèbre à son époque[note 4], fait néanmoins scandale[note 5] car elle représente un gorille enlevant une femme nue, prétendument avec une intention de la violer[note 6] — acte dont un vrai gorille, femelle de surcroit, n'aurait pas la moindre idée[note 7]. Cependant, cette scène n'en a pas moins, selon Baudelaire « excité la curiosité priapique » du public[8].

De la même veine et encore plus remarquable est L'Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo (1895), une commande du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, inspirée par les récits d'Alfred Russel Wallace, rapportés avec beaucoup d'exagérations par The Times. Cette fois l'animal est un mâle, comme le signalent ses excroissances faciales, mais néanmoins accompagné d'un petit (ce qui est l'apanage des femelles en réalité) et en étranglant le « sauvage », il accomplit un acte aussi impossible, physiquement et éthologiquement, que le viol d'une femme par un gorille. Mais l'art opère et des générations de visiteurs de la galerie du Muséum où elle est exposée, ont été horrifiés par la force émanant de l'œuvre.

En 1893, Frémiet réalise le Monument à Velázquez pour le jardin de la Colonnade du palais du Louvre à Paris[note 8],[9] et, en 1897, la statue sommitale de Saint Michel terrassant le dragon pour la flèche de l'abbatiale du Mont Saint-Michel[10].

Frémiet est élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1892 et succède à Antoine-Louis Barye comme professeur de dessin animalier au Muséum national d'histoire naturelle à Paris. Il est membre de la Société des artistes français jusqu'en 1908.

Son œuvre a connu un grand succès d'édition en bronze par la Maison Barbedienne.

Il est mort en son domicile (il vécut au n°43 boulevard de Beauséjour[2]) le 10 septembre 1910 dans le 16e arrondissement de Paris, ville où il est enterré au cimetière de Passy (15e division)[11]. Fauré repose à ses cotés depuis 1924.

Quelques œuvres notables[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Le parc de l'ancien château Neudeck (Świerklaniec, Pologne)[modifier | modifier le code]

Des œuvres d'Emmanuel Fremiet sont conservées dans le parc de l'ancien château Neudeck, en Silésie, (actuellement Świerklaniec, en Pologne), château achevé en 1875, mais brûlé en 1945, détruit en 1961, puis rasé en 1962[24]. Outre le jardin, le bassin, la fontaine des Trois Grâces (« Trzy Gracje »), et un mât, seules subsistent les statues d'Emmanuel Fremiet dans le parc, ainsi que quelques sculptures de l’atelier du sculpteur allemand Theodor Kalide (en)[25].

La marquise de la Païva, épouse du prince Guido Henckel von Donnersmarck, commanda à Emmanuel Frémiet, par l’intermédiaire d'Hector Lefuel, l'architecte du château Neudeck, quatre groupes de sculptures animalières de grande taille : Le Cerf et l’ours, Le Cheval et la lionne, L'Autruche et le serpent, Le Pélican et le poisson. Les bronzes ont été réalisés en 1872 en France à la fonderie Antoine Durenne. Emmanuel Fremiet ne fit pas le voyage en Silésie pour superviser l’installation. Les éléments de la fontaine ainsi que le mât ont été restaurés et redorés[26],[27].

Élèves[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.
  2. Gorille enlevant une femme (1887). Analyse de l'œuvre par le musée des beaux-arts de Nantes : « Son Gorille enlevant une femme fit scandale au Salon de 1859. Refusé par le jury, le groupe est présenté derrière un rideau, accroissant l'intérêt du public. La parution de L'Origine des Espèces de Darwin en 1859, fit passer le sculpteur pour un adepte de l'évolutionnisme. Toutefois, l'œuvre fut détruite quelques années plus tard. En 1887, Frémiet exposa au Salon ce Gorille — groupe plâtre — Troglodytes Gorilla (sav.) du Gabon, qui fut un grand succès : il reçut la médaille d'honneur. En replaçant son œuvre dans un contexte scientifique, Frémiet créa une composition dynamique d'un grand vérisme et d'une forte connotation érotique qui inspira le film King Kong (1933) »
  3. « . Cette sculpture obtient la médaille d'honneur, la plus haute distinction, au Salon de 1887, sous le titre Gorille-groupe plâtre - Troglodytes Gorilla (sav.)- du Gabon », cité dans Visiter l'exposition avec une classe, p. 11.
  4. « En 1859, il fait scandale avec son Gorille emportant une négresse, exposé, grâce à l’appui de Nieuwerkerke, derrière un rideau, ce qui lui assura une célébrité immédiate. », cité in Jean-Charles Hachet, Dictionnaire illustré des sculpteurs animaliers et fondeurs de l’Antiquité à nos jours.
  5. « Soulevé dans une réprobation unanime, le Jury déclara sérieusement qu’une telle œuvre offensait les mœurs, et il l’exclut sans pitié du salon. », cité in Jean-Charles Hachet, op. cit.
  6. C'est l'avis de Charles Baudelaire « pour qui ce viol annoncé est indigne du talent de sculpteur », cité dans Albert Ducros, Jaqueline Ducros, Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Volume 4, no 4-3-4, 1992, p. 270.
  7. « Ce gorille étouffant dans ses bras herculéens une négresse frêle et délicate donna très vite aux juges trop pressés l'idée d'une scène de luxure épouvantable. L'artiste avait cependant insisté, pour que nul n'en ignore, sur le caractère anthropophage de ces troglodytes du Gabon ; et les apparences étaient sauves, puisque le monstre était femelle », cité in L'Artiste, Revue de l'art contemporain, n°[?], 1893[réf. incomplète].
  8. Déposé à la Casa de Velázquez à Madrid au début des années 1930, détruit pendant la guerre civile espagnole, remplacé par une nouvelle fonte en 1959.
  9. Inaugurée le , la statue était accompagnée de deux petits pages en bronze qui ont été envoyés à la fonte sous le régime de Vichy.
  10. Copie exacte de la statue de la place des Pyramides à Paris, et a été envoyée en 1958, comme cadeau de la France à la ville. Celle-ci n'ayant pas les moyens financiers de l'ériger (35 000 $), la statue a été stockée pendant 8 ans. Dès 1960, Charles de Gaulle commença à chercher des financements privés, cependant, son installation n'a pu se réaliser qu'en 1972. La statue a été dorée en 1985, puis déplacée en 1999, Place de la France, située près de la rue Decatur à côté du Marché français, où elle se trouve actuellement, et symbolise l'héritage français de la Nouvelle-Orléans

Références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait d'acte de naissance sur le site de la base Léonore.
  2. a et b Jacques Hillairet, « Boulevard de Beauséjour », in Dictionnaire historique des rues de Paris, tome 1 (« A-K »), Les Éditions de Minuit, septième édition, 1963, pp. 167-168.
  3. « Monument à Jeanne d’Arc – Paris 1er arr. », notice sur le site e-monumen.net.
  4. Musée d'Orsay - Emmanuel Frémiet - Pan et les oursons, (1867), sur le site musee-orsay.fr, consulté le 31 janvier 2015.
  5. (en) Ted Gott, « Stowed Away: Emmanuel Frémiet’s Gorilla carrying off a woman », sur National Gallery of Victoria,
  6. Albert Ducros et Jacqueline Ducros, « Gare au gorille : l’audace de Frémiet », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Volume 4, no 4-3-4, 1992, p. 269-272.
  7. « Catalogue du Salon des Artistes Français, 1881, 1887, 1889 », Univers des Arts, hors-série n°1, juillet 1996.
  8. Philippe Dagen, « Le Premier Artiste », in Romantisme, Année 1994, volume 24, no 84.
  9. « Monument à Diego Velasquez – Madrid (détruit et remplacé) », notice sur le site e-monumen.net.
  10. « Statue de Saint-Michel – Le-Mont-Saint-Michel », notice sur le site e-monumen.net.
  11. Tombeau d'Emmanuel Fremiet, sur le site Cimetières de France et d'ailleurs, consulté le 31 janvier 2015.
  12. [PDF] Guy Bodin, « Le condamné de Montfaucon, Salon de Paris 1852 : Message abscons d’Emmanuel Frémiet aux vétérinaires ? », in Revue de médecine vétérinaire, 2003, 154, 2, p. 139-152, sur le site revmedvet.com, consulté le 2 février 2015.
  13. [PDF] École Nationale Vétérinaire de Toulouse - Émilie Hennebois, « Les animaux dans la sculpture d'Emmanuel Fremiet », sur le site oatao.univ-toulouse.fr, consulté le 3 février 2015.
  14. « Monument à Napoléon Ier – Laffrey », notice sur le site e-monumen.net.
  15. Statue de Jeanne d’Arc – Base Mérimée
  16. La Nouvelle Orléans - Place de France - Statue équestre de Jeanne d'Arc, par Emmanuel Fremiet, sur le site e-monumen.net, consulté le 1er février 2015.
  17. Musée d'Orsay - Emmanuel Fremiet - Saint Michel terrassant le Dragon, sur le site musee-orsay.fr, consulté le 31 janvier 2015.
  18. Eglise Saint Michel des Batignolles - Emmanuel Fremiet - Saint Michel terrassant le Dragon, sur le site mairie17.paris.fr, consulté le 31 janvier 2015.
  19. « Monument à Duguesclin – Dinan », notice sur le site e-monumen.net.
  20. « Éléphant pris au piège – Musée d’Orsay – Paris », notice sur le site e-monumen.net.
  21. « Le Dénicheur d’oursons – Paris, 5e arr. », notice sur le site e-monumen.net.
  22. [PDF]Musée des Beaux-Arts de Dijon - Emmanuel Frémiet - Marabout tenant un caïman entre ses pattes, (paire), vers 1850, sur le site mba.dijon.fr, consulté le 31 janvier 2015.
  23. « Monument à Ferdinand de Lesseps – Port-Saïd (statue déplacée) », notice sur e-monumen.net.
  24. Musée d'Orsay - Vue perspective du château Neudeck en Silésie, sur le site musee-orsay.fr, consulté le 31 janvier 2015
  25. Le crépuscule de la marquise et le Neudeck neue schloss, sur le site peintresdeco.canalblog.com, consulté le 31 janvier 2015.
  26. (pl)Świerklaniec : Rénovation de la fontaine et du mât Fremiet, sur le site designerofdreams.pl, consulté le 3 février 2015.
  27. (pl)Świerklaniec : Les animaux de Fremiet, sur le site designerofdreams.pl, consulté le 3 février 2015.
  28. Brevet de grand officier de la Légion d'honneur, sur le site de la base Léonore, consulté le 15 février 2015.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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