Abbaye de Montebourg

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Abbaye de Montebourg
Image illustrative de l'article Abbaye de Montebourg
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Début de la construction entre 1066 et 1087
Style dominant Roman
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Manche
Ville Montebourg
Coordonnées 49° 29′ 29″ nord, 1° 22′ 26″ ouest[1]

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Abbaye de Montebourg

Montebourg apparaît dans les sources médiévales en 1042 dans un acte de Guillaume le Conquérant pour l’abbaye Saint-Vigor de Cerisy, dans lequel celui-ci concède des droits dans la forêt de Montebourg[2]. Mais, à cette époque, on n’a pas encore mention d’une communauté d’habitants ni d’une paroisse.

La fondation[modifier | modifier le code]

Légende[modifier | modifier le code]

Une légende, mise par écrit au XVe siècle, raconte la fondation de l’abbaye de Montebourg : partis du Mont-Cassin — d'où le gentilé de Montebourg : Cassins — deux ermites s’arrêtent un soir sur une plage normande. L’un des deux décide de dormir dans une barque échouée sur le rivage ; le deuxième, Roger, préfère dormir sur la plage. Mais la marée emporte la barque et son occupant qui arrive, après une navigation aléatoire, sur les côtes anglaises, où il est élu évêque par la population stupéfaite par ce miracle.

En Normandie, Roger, au matin, part à la recherche de son compagnon disparu. Fatigué, il s’arrête un soir au pied d’une colline, à Montebourg. Il s’endort et rêve qu’une étoile tombe au sommet de la colline, pendant que la Vierge lui intime l’ordre de construire là un oratoire en son honneur. Roger s’exécute.

Le miracle arrive aux oreilles du duc Guillaume, qui revenait d’Angleterre par le port de Barfleur, au nord de Montebourg. Celui-ci lui cède alors des terres, des matériaux et des droits divers dans les forêts du Cotentin afin que Roger élève un monastère en l’honneur de la Vierge[3].

Ce qu’on sait de la fondation[modifier | modifier le code]

Le monastère semble avoir été fondé par le duc Guillaume le Conquérant, entre 1066 (date de la Conquête de l'Angleterre) et 1087 (date de la mort du Conquérant). Aucune date plus précise ne peut être affirmée, en l’absence d’une charte de fondation subsistant encore aujourd’hui. Les seuls renseignements sur la création de la maison bénédictine de Montebourg nous sont donnés par deux brefs des ducs Guillaume le Conquérant et Robert Courteheuse, par des actes du XIIe siècle, qui parlent de « Willelmus rex qui Angliam conquisivit » (« roi Guillaume qui a conquis l’Angleterre ») et par des chroniqueurs du XIIe siècle (Robert de Torigni, Ordéric Vital, Guillaume de Jumièges)[4]. Une charte, attribuée parfois à Guillaume le Conquérant, parfois à son fils Guillaume le Roux, a été publiée au XVIIe siècle dans la Neustria Pia du Père Arthur Du Monstier, et dans la Gallia Christiana (tome XI). Or, cette charte est un faux, montage d’extraits des actes de confirmation du XIIe siècle, et dont les seules copies connues datent du XVe siècle. Une de ces copies est d’ailleurs contenue dans le Martyrologe de Montebourg de 1448[5]. Donc, les conditions de la fondation de l’abbaye de Montebourg sont encore peu claires.

On connaît néanmoins quelques éléments sûrs concernant le patrimoine de l’abbaye à ses débuts grâce au cartulaire de l’abbaye de Montebourg, aujourd’hui conservé au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. C’est dans un domaine ducal qu’elle a été bâtie. Guillaume le Conquérant a même donné au nouveau monastère l’emplacement, sur une colline, proche d’un cours d’eau, des droits de coupe de bois et de tous matériaux nécessaires à l’édification des bâtiments, à prendre dans les forêts de Montebourg et de Brix, non loin de là[6].

Développement au XIIe siècle[modifier | modifier le code]

Après la mort du Conquérant, le 9 septembre 1087, ses trois fils, Guillaume le Roux, Robert Courteheuse et Henri Beauclerc se sont battus pour la succession sur les trônes ducal de Normandie et royal d’Angleterre. Cette période troublée a vu se confirmer l’alliance d’Henri Beauclerc avec un certain nombre de seigneurs du Cotentin, en particulier Richard de Reviers, seigneur de Néhou et de Vernon. À une date inconnue entre 1100 et 1107, Henri donne le patronage de l’abbaye à ce Richard de Reviers en guise de remerciement pour sa fidélité.

La famille de Richard de Reviers n’a alors pas été seule à doter richement l’abbaye. Les ducs-rois anglo-normands (Henri Ier Beauclerc, Geoffroy Plantagenêt, Étienne de Blois, [[Henri II d'AngleterreHenri II Plantagenêt]]), les évêques et archevêques de la province ecclésiastique de Rouen, ont souvent confirmé les dons des laïcs. Ces dons ont afflué lentement entre la fondation et le début des années 1140. Ils se sont multipliés jusqu’aux années 1180, moment auquel ils deviennent moins nombreux. Ces donations étaient le fait aussi bien de grands seigneurs normands que de leurs vassaux ou de simples laïcs.

Les moines sont alors devenus de grands propriétaires terriens, de domaines situés surtout dans le Cotentin, et qui d’ailleurs étaient du fief des seigneurs de Néhou, descendants de Richard de Reviers. Les biens de l’abbaye de Montebourg s’étendaient aussi dans le Bessin, voire en haute Normandie, à Vernon, et en Angleterre, dans le Devon, le Dorset, le Berkshire et dans l'ile de Wight.

Ces biens étaient des dîmes, des droits en argent et en nature (des bottes de blé, des œufs, des poules, etc.).

Encadrement religieux[modifier | modifier le code]

Ruines de l'abbaye de Montebourg en 1825
L'abbatiale de nos jours

Les nombreux donateurs ont aussi permis aux moines de fonder des prieurés. Et ce surtout dans les années 1150, à l’exception du prieuré anglais de Loders, fondé depuis 1100-1107 par le même Richard de Reviers qui avait reçu le patronage de l’abbaye.

La création d’un prieuré Saint-Michel au milieu du siècle à Vernon, siège haut normand de la famille de Reviers-Vernon, a permis aux moines de Montebourg d’acheminer du vin depuis la vallée de la Seine jusqu’à Montebourg, via probablement le port de Quinéville. D’autres prieurés ont aussi été fondés : un prieuré Sainte-Marie-Madeleine à Néville, dans le nord du Cotentin ; à Néhou, à la place d’une communauté de chanoines séculiers créée par Richard de Reviers vers 1100-1107 [7] et Saint-Jean de Montrond, dans la forêt de Néhou. L'abbaye avait établi un moine sur l'île de Sercq, dans le prieuré Saint-Magloire. En Angleterre, outre le prieuré de Loders, dans le Dorset, dont le prieure s'intitulait parfois "prieur de Loders et d'Axmouth", qui était l'église d'un important domaine à l'embouchure de l'Axe, dans le Devon, Montebourg possédait le prieuré d'Appuldurcombe, établi au XIIIe siècle, regroupant différents domaines concédés progressivement à l'abbaye depuis la première donation de Richard de Reviers v. 1107 [8]. Ces prieurés étaient dotés en particulier, mais les moines les desservant étaient des moines de Montebourg.

Foires et marchés[modifier | modifier le code]

Les moines de Montebourg disposaient des droits de percevoir les taxes (comme le tonlieu, les coutumes, les péages) lors des foires et du marché hebdomadaire de Montebourg. Ces foires se tenaient le 2 février (jour de la Purification de la Vierge), le 15 août (jour de l’Assomption de la Vierge) et le jeudi de l’Ascension. Les moines percevaient aussi les droits lors de la foire de Montfarville et la moitié des droits lors de la foire de la Saint-Laurent à Tocqueville[9].

XIIIe-XVe siècles[modifier | modifier le code]

Le monastère de Montebourg s’est considérablement développé au XIIe siècle.

Au XIIIe siècle, l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud est passé lors de ces voyages pastoraux dans toute la province ecclésiastique : il est venu trois fois à Montebourg; En 1250 tout d'abord, il constata que trente-sept moines vivaient là, recevant trois cents livres de rente par an ; le 27 mai 1256 (le 6 des calendes de juin), il dénombra trente-deux moines ; enfin en 1266, l'abbaye comptait trente-six moines[10]. Les principaux bienfaiteurs de l'abbaye au XIIIe siècle restent la famille des Reviers-Vernon, et notamment Guillaume de Vernon (mort en 1277-78), dernier représentant de cette famille[11]. Ce dernier accorde en 1234 la libre élection aux moines de Montebourg[12].

Au XIVe siècle, l’abbé Pierre IV Ozenne fait reconstruire l’église paroissiale Saint-Jacques à son emplacement actuel. La deuxième moitié du siècle est aussi celui du déclenchement de la guerre de Cent Ans, qui frappa aussi le Cotentin, alors passé sous la domination de Charles de Navarre.

Lorsque Philippe de Navarre fait appel à Édouard III, roi d'Angleterre, pour l'aider dans la lutte contre le roi de France, le duc de Lancastre arrive avec 2 500 hommes à Saint-Vaast-la-Hougue le 18 juin 1356. Ces derniers font leur première étape à l'abbaye de Montebourg, le 22 juin[13]. Les auteurs contemporains ne s'accordent pas sur le fait de savoir si l'abbaye a été pillée ou non. L'abbaye devient une base des troupes anglaises reprise en 1375 par les Français et confiée à Guillaume des Bordes[14]. Trois ans plus, en 1378, c'est le « grand vuidement », les autorités françaises exigent l'évacuation de tout le Cotentin pour priver les Anglais (basés à Cherbourg) de ressources (alimentaires notamment). Là encore, précise François Neveux, « on ne sait pas si la forteresse [centrée sur l'abbaye] fut conservée ou non par les Français »[15].

En 1417, les Anglais reviennent en Normandie, mais cette fois une résistance urbaine et cléricale se met en place[16]. C'est ainsi qu'en 1440, des nobles et des notables du Cotentin s'associent dans une conjuration commune qui comptait notamment Guillaume aux Épaules, gardien du puissant château de Néhou, Guillaume Osber, vicomte de Valognes, et Guillaume Guérin, abbé de Montebourg[17].

Cet abbé, après la fin de la guerre de Cent Ans, s'occupe énergiquement à reconstruire l'abbaye qui a beaucoup souffert. À sa mort en 1462, l'abbaye est redevenue florissante et devient une des premières abbayes à passer sous la commende dès 1466[18].

L'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

La nef

En 1562, les Huguenots investissent le bourg et pillent l’abbaye.

Les abbés commendataires, contrairement aux idées reçues, s'occupent de l'abbaye et de son bourg : en 1585, l’abbé Bon de Broë fonde la première école à Montebourg dans un immeuble qui borde la rue des Écoles (ou rue Verglais, du nom d’un curé de Montebourg au temps de François Ier). En 1718, l'abbé de Montebourg, Monseigneur Carbonnel de Canisy, ancien évêque de Limoges, fonde l’hôpital-hospice, pour lutter contre la misère des plus pauvres et pour donner un asile aux infirmes, aux vieillards et aux enfants abandonnés de Montebourg. Enfin en 1780, l’abbé, Monseigneur de Talaru (qui est évêque de Coutances) transforme l'abbaye de Montebourg en maison de retraite pour vieux prêtres. Il n’y avait plus qu’un seul moine, Dom Claude Jacquetin. Pour donner du travail aux Montebourgeois et aussi aux Montebourgeoises, il crée un atelier de coutil (dont la réputation se maintiendra jusqu’au bord du XXe siècle) et un atelier de dentelle.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

Lors de la Révolution française, l'abbaye de Montebourg est vendue comme bien national de première origine à un particulier qui commence à démonter les bâtiments conventuels pour en prendre les pierres. En 1818, l'érudit normand Charles de Gerville assiste impuissant à la destruction des derniers bâtiments, dont l'église qui avait été bâtie au XIIe siècle et dédicacée en 1152 par l'archevêque de Rouen Hugues d'Amiens[19].

XIXe-XXe siècles[modifier | modifier le code]

Mgr Delamare, alors vicaire général de Coutances, acheta l’abbaye en 1842 pour y installer la congrégation naissante des Frères des écoles chrétiennes de la Miséricorde. En 1892, Mgr Germain, évêque du diocèse, demande aux religieux de reconstruire la vieille abbatiale rasée. L’entreprise commence mais les lois « Combes » chassent les frères de France. Ils reviennent et continuent la reconstruction de l’abbaye dans les années 1920, l’inauguration a lieu en 1936. Le nombre des Frères de la Miséricorde diminuant, ils sont amenés à fusionner avec les Frères des écoles chrétiennes en 1938[20].

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Armes de l'abbaye[modifier | modifier le code]

d'or, à une croix ancrée de sable[23].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Guilloreau, Cartulaire de Loders (Dorset), prieuré dépendant de l'abbaye de Montebourg, Imprimerie de l'Eure, Évreux, 1908, lire sur Gallica
  • Christophe Mauduit, « Les pouvoirs anglais et l’abbaye de Montebourg (XIIe-XIIIe siècle) », dans Les Anglais en Normandie (45e congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie 20-24 octobre 2010), F. Neveux et S. Lainé (éd.), 2011, p. 127-133.
  • Christophe Mauduit, «L’abbaye de Montebourg en Angleterre (XIe-XIIIe siècle)», Tabularia « Études », n° 11, 2011, p. 81-103. lire sur le site de la revue

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Géoportail
  2. Jean Adigard des Gautries, « Les noms de lieux de la Manche attestés entre 911 et 1066 », dans Annales de Normandie, janvier 1951, p. 30
  3. Martyrologium Montisburgensis, Bibliothèque nationale de France, ms lat. 12885, f°155-159 ; Paul Le Cacheux, « La légende de l’abbaye de Montebourg », Revue catholique de Normandie, t. 4, 1894, p. 48-71 ; A. Couppey, « L’origine merveilleuse de l’abbaye de Montebourg – Traduction d’un très ancien document historique », Annuaire du département de la Manche, 1843, p. 171-175.
  4. Ordéric Vital, Historia ecclesiastica, éd. Marjorie Chibnall, t. 6, p. 144-146 ; Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum Ducum, éd. Elisabeth Van Houts, 1, VII (22)
  5. Manuscrit Latin 12885 de la Bibliothèque nationale de France L’obituaire contenu dans ce manuscrit est partiellement publié dans le Recueil des Historiens de la Gaule et de la France, t. 23, p. 553-556 - consultable sur le site Gallica, ici
  6. BnF, Cartulaire de Montebourg, acte no 141
  7. Lucien Musset, « Recherches sur les communautés de clercs séculiers en Normandie au XIe siècle », Autour du pouvoir ducal, (Xe-XIIe siècle), Cahier des Annales de Normandie, no 17, Caen, 1985, p. 61-76
  8. Christophe Mauduit, Une abbaye dans la société cotentinaise : Montebourg au XIIIe siècle, 'Mémoire de maîtrise 1 sous la direction de V. Gazeau', Université de Caen, 2007]
  9. Léopold Delisle, « Notes sur les anciennes foires du département de la Manche », Annales du département de la Manche, 1850 ; Lucien Musset, « Foires et marchés en Normandie à l’époque ducale », Annales de Normandie, no 26, 1976, p. 3-23
  10. Registrum Visitationum archiepiscopi Rothomagensis (1248-1269), éd. Théodore Bonnin, Rouen, 1852, p. 88, p. 250-251, p. 556. Christophe Mauduit, Une abbaye dans la société cotentinaise, Montebourg au XIIIe siècle, Caen, 2007
  11. Christophe Mauduit, « Les Reviers-Vernon, une famille aristocratique normande au XIIIe siècle », Les Cahiers Vernonnais, n° 32, 2010, p. 5-30.
  12. Véronique Gazeau, Normannia monastica: Princes normands et abbés bénédictins (Xe-XIIe siècle), Caen, éd. du CRAHM, 2007, p. 97.
  13. François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, éd. Ouest-France, 2008, p. 65.
  14. Neveux, François, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, éd. Ouest-France, 2008, p. 108.
  15. François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, éd. Ouest-France, 2008, p. 108.
  16. François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, éd. Ouest-France, 2008, p. 321-329.
  17. François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, éd. Ouest-France, 2008, p. 322.
  18. François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, éd. Ouest-France, 2008, p. 364.
  19. Voir Bnf, Cartulaire de Montebourg.
  20. Source : Les Archives Lasalliennes
  21. Véronique Gazeau (préf. David Bates et Michel Parisse), Normannia monastica (Xe-XIIe siècle) : II-Prosopographie des abbés bénédictins, Caen, Publications du CRAHM, , 403 p. (ISBN 978-2-902685-44-8), p. 191-196
  22. Annuaire du Département de la Manche, Saint-Lô, 1870, lire sur Google Livres, p. 39-57.
  23. Alfred Canel, Armorial de la province des villes de Normandie, Rouen: A. Péron, 1849.

Liens externes[modifier | modifier le code]