Abbaye de Graville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Abbaye de Graville
Image illustrative de l'article Abbaye de Graville
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Style dominant Romangothique
Protection Logo monument historique Classé MH (1875, 1921)
 Inscrit MH (2000)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Seine-Maritime
Ville Le Havre
Coordonnées 49° 30′ 14″ N 0° 09′ 53″ E / 49.50389, 0.1647249° 30′ 14″ Nord 0° 09′ 53″ Est / 49.50389, 0.16472

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Abbaye de Graville

Géolocalisation sur la carte : Seine-Maritime

(Voir situation sur carte : Seine-Maritime)
Abbaye de Graville

Géolocalisation sur la carte : Le Havre

(Voir situation sur carte : Le Havre)
Abbaye de Graville

L’Abbaye de Graville, également appelée abbaye de Sainte-Honorine, a été fondée au XIe siècle. Elle est située au Havre, département de la Seine-Maritime en Normandie[1].

Elle se trouve dans l'agglomération havraise depuis 1919.

L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1875 pour son église abbatiale, d'un classement en 1921 pour deux salles souterraines, et d'une inscription en 2000 pour l'ensemble des bâtiments prieuraux[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Sceau et contre-sceau de Jean Malet, XIIIe siècle
Louis Malet de Graville
Amiral de France
L'accès des paroissiens
Vue de l'accès des chanoines

Abbaye de Graville est l'appellation moderne du prieuré de Graville, GRAVILLA fondé vers 1050 par Guillaume Malet, seigneur du lieu avec des chanoines réguliers du prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge[2].

L'église est dédiée à sainte Honorine. Il est attesté, aujourd’hui, que l’histoire des reliques de Sainte Honorine, est liée aux religieux venus de Bayeux au VIe siècle. La légende a nourri, comme bien d’autres, le vide historique ou scientifique. Sainte Honorine n’a pas été martyrisée à Mélamare en 303, sous l’Empire de Dioclétien, jetée en Seine par des païens de Lillebonne pour venir s’échouer au niveau de l’abbaye. Ce sont, de toute vraisemblance, les religieux de Graville qui ont abrité les reliques de la Sainte, sous le règne d’Eudes Ier (888-898). Comte de Paris, Eudes est devenu le premier roi capétien. Il réussit à tenir les Normands en respect et obtint une zone de paix le long de la vallée de la Seine, de Paris à son embouchure. Les religieux de la cathédrale de Bayeux craignant pour leur part que les Normands n’arrivent par l’Ouest, en profitent pour envoyer les reliques de la Sainte aux religieux de Graville pour qu’elles soient en sécurité. Après la mort d’Eudes Ier, les reliques sont à nouveau en danger, et c’est là qu’elles prennent le chemin de Conflans-Sainte-Honorine.

L’Abbaye de Graville est, parmi les grands établissements religieux installés en bord de Seine, le plus en aval. Ermitage au VIe siècle, le site de Graville devient lieu de pèlerinage lorsqu’il accueille les reliques de Sainte Honorine. Guillaume Malet, compagnon de Guillaume le Conquérant, rentrant vainqueur de la Bataille d’Hastings, lui donne toute sa grandeur (XIe siècle). C'est à lui que nous devons les premiers élans de l’église abbatiale romane que nous pouvons encore admirer aujourd’hui. Nous ne connaissons pas le détail des donations des générations qui lui ont directement succédé, en revanche, nous savons que Guillaume Nolasque de Graville, seigneur de Graville et baron d'Eye[3] entreprend la construction des bâtiments conventuels fin du XIIe siècle - début du XIIIe siècle, dont il subsiste aujourd'hui des traces dans la salle capitulaire.

Pendant la guerre de cent ans, la tour Nord de la façade a été partiellement détruite pour qu’elle ne serve pas de lieu d’observation aux Anglais. La tour Sud a totalement disparu pendant les guerres de religion.

Au cours de son histoire, l'abbaye a accueilli les grands de ce monde comme quartier général : Philippe le Bel en août 1295, Henri V d'Angleterre en août 1415, Charles Ier de Cossé, maréchal de France et Charles IX en 1563. Le cœur de Louis Malet de Graville, Amiral de France a été déposé dans l'église.

Elle intègre les génovéfains en 1641[4]. Dans le choeur, un remarquable retable baroque prend place dans les premières années du XVIIe siècle. Les bâtiments conventuels sont reconstruits au XVIIIe siècle. Ils sont en partie détruits par un incendie en 1787.

Jusqu'à la Révolution française, l'église était partagée en deux : le choeur pour la communauté religieuse et la nef pour les paroissiens. C'est à Eudes Rigaud, archevêque de Rouen de 1248 à 1275, que nous devons cette séparation. Cela créa des confusions historiques puisque les deux parties prirent des dédicaces différentes, la nef s’appelant Notre-Dame des Bruyères et le chœur, église Sainte-Honorine. C’est ainsi que certains historiens cherchèrent une deuxième église.

Sauvegarde[modifier | modifier le code]

L'église avec son porche vers 1820

En 1840, il est décidé d’entrer dans une phase de travaux importants afin de préserver l’Abbaye de la ruine et de retrouver un état d’origine. L’architecte désigné pour la restauration est Charles Louis Fortuné Brunet-Debaines[5], architecte de la Ville du Havre. Le petit porche au Nord de la nef, visible sur certaines gravures anciennes, est supprimé. A l’intérieur de l’église, la galerie ogivale à l’est de la nef est également supprimée pour retrouver le plan primitif de l’église. La croisée du transept est restaurée. Des fouilles menées par Albert Naef sont entreprises en 1890. Elles ont largement contribué à faire connaître l’Abbaye. En 1909, c’est au tour du pignon et du transept Nord d’être restaurés. L’attention est alors portée aux salles basses, elles seront à leur tour classées Monuments Historiques en 1921. En 1944, l'église, et plus particulièrement le chevet, sont endommagés. Après restauration, la nef et le transept sont rouverts en 1982, puis le chœur quelques années plus tard.

L'abbaye accueille aujourd'hui un musée.

Temporel[modifier | modifier le code]

Le site avec l'église et les bâtiments conventuels

Dans deux chartes, Guillaume Malet vers 1200 et 1203, cède les églises avec leurs dîmes de: Saint-Valéry-de-Fontaine, Saint-Michel-de-Grandcamp, Saint-Sulpice-d'Onvéville, Saint-Nicolas-de-Grandcamp, Saint-Nicolas-de-Tennemare, Saint-Michel-du-Coudray, Saint-Pierre-d'Ermeville, Saint-Martin-de-Cloville, Saint-Pierre-de-Gonneville et de Saint-Sauveur-la-Campagne, dans une autre charte : des droits d'usage dans la forêt des Halates, et dans deux autres chartes : dix acres de terre à la Mare-Blonde et un moulin à Rouelles.

Jean Malet, en 1256, donne une moitié de moulin à Rouelles, et en 1260, dix acres de terre à la Lande-Alart

En 1346, Jean Malet donne une pièce de terre à la Lande-Alart[6].

Sigillographie[modifier | modifier le code]

  • 1384 : Le christ en croix accosté de la Vierge et de Saint Jean, au dessous, un prieur.
  • 1474 : Le Christ en croix accosté de la Vierge et de Saint Jean
  • 1475 : prieur de Sainte-Honorine de Graville: écu portant trois fermaux
  • 1678 : Le christ en croix accosté de deux personnages, celui de gauche tenant une palme et un livre, celui de droite crossé, tenant aussi un livre, au dessous, un écu portant trois yeux (fermaux), S•HONORINA•B•P•DE•GRAVILLA•AVOVST
  • 1689 : Écu portant trois fermaux timbré d'un Tau, dans un cartouche[7].

Architecture[modifier | modifier le code]

L'abbaye sur le cadastre napoléonien

Le site du monastère est sur une falaise morte, dominant l'estuaire de la Seine. Les chanoines ont organisé les bâtiments sur un terrain fortement en pente vers le sud. Le cadastre napoléonien garde la trace de l'enceinte avec ses deux accès, celui de l'Ouest où les paroissiens de Graville accèdent par un escalier au parvis, puis à l'église et à la nef qui leur est réservée, celui de l'Est qui donne sur une cour desservant les bâtiments réguliers et les annexes de fonctionnement. Á l'intérieur des murailles, se trouve, au Nord, un bois dans la partie la plus pentue, puis l'église avec au sud le cloître qui organise la vie des chanoines. Sur le croisillon Sud du transept, est accrochée la salle capitulaire dont il reste un arc trilobé datant de la charte de Malet de Graville puis le bâtiment récent des religieux avec les dortoirs et autres lieux de vie. Sur ce cadastre, on voit un bâtiment ruiné fermant le cloître au Sud, parallèle à l'église qui devait recevoir le réfectoire s'il respectait l'organisation générale des monastères augustiniens.

L'église[modifier | modifier le code]

GravilleEglisePlan.png

Cette église, fortement remaniée - parfois maladroitement - depuis son érection et dont la datation est toujours controversée, semble être construite sur une église pré-romane dont des débris calcinés ont été découvert en 1889. Elle avait un porche aux formes typiquement carolingiennes avec deux tours dont il ne reste qu'une partie de celle du Nord et une tribune donnant sur la nef avec des bas-côtés, un chevet avec un chœur en abside et des chapelles sur le transept. Sa construction est de la fin du XIe siècle et la nef est terminée au début du XIIIe siècle. Cette nef a deux niveaux avec arcades et fenêtres hautes sur des piliers cruciformes. Les six travées reçoivent une charpente. Toutes les deux travées, un pilier avec une colonne engagée renforce la structure. Une tour avec deux étages de baies géminées est à la croisée du transept dont la façade du croisillon Nord est remarquable par sa décoration sculptée. Le chœur gothique du XIIIe siècle, modifié aux XVe et XVIe siècles a subi une restauration parfois maladroite en 1850-1860 et a été réparé après 1944. Le centre est couvert de voutes d'ogives.

Les dimensions de l'église sont les suivantes :

  • longueur : 47,50 m ;
  • largeur : 13 m ;
  • transept : 23 m ;
  • hauteur du chœur : 10 m ;
  • hauteur de la nef : 10,50 m ;
  • hauteur de la tour du clocher : 33 m.

La sculpture[modifier | modifier le code]

Dans la nef, les chapiteaux des colonnes sud sont riches et variés et représentent des entrelacs, soleil, quadrupèdes, un homme, un animal dressé sur sa queue, une tête d'homme, des draperies, des volutes, des hommes qui semblent se battre, des chevaliers l'épée au poing, des têtes de chevaux, des feuillages et des arabesques, un homme sur un cheval. Sur le coté nord, les chapiteaux sont plus cubiques voire d'inspiration carolingienne et contrastent avec la fantaisie de ceux du sud. Ils permettent un rapprochement avec ceux de l'abbaye Saint-Georges de Boscherville, de l'abbaye Sainte-Trinité de Lessay, de l'église Saint-Gervais de Falaise et d'autres églises en Angleterre, ce qui place l'église de Graville au centre de courants et d'échanges artistiques entre le Duché et l'Angleterre.

La façade du croisillon nord du transept est remarquable avec, de bas en haut, deux petites baies romanes, puis deux grands arcs cintrés dont l'enlacement forme trois ogives, celle du milieu percée d'une fenêtre. Le fronton est orné de deux baies géminées. La frise est couverte de losanges avec un carré et le monogramme du Christ, deux lièvres en pleine course, des entrelacs, des étoiles, des zig-zags, une figure de Sagittaire, un lion luttant avec un serpent, une étoile et un lion, une bête monstrueuse, des oiseaux, des dragons, une tête d'âne, un griffon ailé[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA00100694 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Neustria pia, pages: 861 à 865
  3. Descendant de Guillaume Malet, compagnon de Guillaume le Conquérant.
  4. Lucien Musset, Aspects du monachisme en Normandie, J. Vrin, Paris, 1982, 186 p., p. 129.
  5. Suivant les principes développés par Viollet-le-Duc.
  6. J. Brianchon: Reconnaissance de la sépulture de Guillaume Malet, pages: 11, 12, 16 ,19
  7. G. Demay: Inventaire des sceaux de Normandie, n° 3006 à 3010, 3037, 374: sceau de Jean Malet
  8. Maylis Bayle: L'architecture normande au moyen-age, page: 114; Albert Naef dans: Normandie monumentale et pittoresque, Seine-Inférieure, direction: Léon de la Sicotière, pages: 387 à 392; Jean Benoît Désiré Cochet: Les églises de l'arrondissement du Havre, volume: 1, pages: 64 à 69; Maylis Bayle: Aspect de la sculpture normande de 1100 à propos de Graville Sainte-Honorine dans: Annales de Normandie, 1979, volume: 29, n°2, pages: 157 à 178

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Benoît Désiré Cochet: Sainte-Honorine de Graville dans: Les églises de l'arrondissement du Havre, volume: 1, pages: 60 à 96.
  • Albert Naef, Guide à l'èglise et l'ancien prieuré de Graville-Ste. Honorine, Imprimerie H. Micaux, 1892, 223 p.
  • G. Priem, Prieuré de Graville Sainte-Honorine, C.R.D.P., 1979, 36 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]