Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse

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Saint-Michel-de-la-Cluse
La Sacra ammantata dalla neve.jpg

L'Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse en hiver.

Présentation
Culte
Type
Rattachement
Diocèse
Style
Construction
Xe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Localisation
Pays
Région
Commune
Adresse
Via alla SacraVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées

L’abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse (Sacra 'd San Michel ëd la Ciusa en piémontais et Sacra di San Michele en italien) est une abbaye catholique située à seulement 10 km à l'ouest de Turin, sur le mont Pirchiriano (962 m), à l'entrée du val de Suse, sur les communes de Sant'Ambrogio di Torino et de Chiusa di San Michele. Elle se trouve sur l'un des itinéraires historiques de la via Francigena.

Son indépendance territoriale, protégée par les papes successifs, de 987 à 1379, lui a permis d'avoir un très grand rayonnement culturel, très proche de la dynamique de la réforme bénédictine clunisienne. Elle entretint donc tout ce temps des relations subtiles avec ce territoire.

Histoire[modifier | modifier le code]

Plan du complexe de l'Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse dans un dessin d'Alfredo d'Andrade (1899).
Bâtiment principal de l'Abbaye : en bas à gauche, sur un affleurement de roche entre le monastère et l'église, la statue en bronze de saint Michel l'Archange créée en 2005 par le sculpteur du Tyrol du Sud Paul Moroder.

Dès l'époque romaine, il y a une garnison militaire sur ce belvédère pour surveiller la route reliant la plaine du Pô à la Gaule par le Val de Suse et le col de Montgenèvre, point de départ de la Via Domitia vers la vallée de la Durance. Une voie moins fréquentée permettait d'accéder à la vallée de la Maurienne par le col du Fréjus[1].

Les Sarrasins sont installés à Fraxinet. Ils font peser des menaces sur les routes des Alpes. Ardouin III le Gable ayant chassé les Sarrasins de la vallée de Suse, il a reçu de Béranger de Frioul la Marche de la vallée de Suse. Il conquiert Turin puis est nommé marquis de Turin en 942 par Hugues d'Arles, roi d'Italie depuis 926. En 972, les Sarrasins capturent Mayeul, abbé de Cluny, dans les Alpes aux environs d'Orsières entraînant une mobilisation contre eux. Après la bataille de Tourtour, en 973, les Sarrasins sont chassés de Fraxinet. La menace qu'ils faisaient peser sur les routes alpines disparaît.

Vers 980, l'ermite Jean Vincent (Giovanni Vincenzo), disciple de Romuald de Ravenne, s'est installé au col de la Cella, sur le Monte Caprasio, en face du mont Pirchiriano. Une nuit, l'archange saint Michel lui apparaît et lui ordonne de reconstruire l'oratoire sur le mont Pirchiriano où il s'est installé et a été consacré par l'évêque de Turin, Amizon (989-998), fils d'Ardouin le Gable.

Hugues d'Auvergne[2], plus justement Hugues Maurice, seigneur de Montboissier[3], surnommé « le Décousu » s'est rendu à Rome avec son épouse Isengarde pour expier ses innombrables péchés. Le pape l'engage à construire un monastère. Il revient en France par la vallée de Suse où il s'arrête chez des amis qui lui parlent de l'oratoire de saint Michel sur le Pirchiriano. Il décide alors d'acheter le terrain à un Arduin, probablement Arduin, marquis d'Ivrée, pour rendre les moines indépendants du pouvoir temporel.

L'abbaye est probablement fondée vers 983-987 par Hugues de Montboissier le Décousu avec l'appui de la famille Ardouin près d'une ancienne chapelle construite par l'ermite Jean Vincent. Il obtient un privilège de l'évêque de Turin Amizon pour les futurs moines. Son fils, Maurice de Montboissier, revient en Piémont pour achever la fondation et intervenir auprès d'Otton III pour obtenir une confirmation et de Sylvestre II, entre 998 et 1002.

Guillaume de Volpiano se rend en pèlerinage à l'abbaye Saint-Michel de Cluse vers 987[4].

Grâce à l'initiative d'Hugues de Montboissier et au recrutement systématique des abbés et des moines en Auvergne, se développe une hospitalité internationale ; un fermant modérateur de politique régionale[5].

Une bulle du pape Innocent III de 1226 confirme la possession de droits dans les diocèses alpins de Genève jusqu'à Die, entre Poitiers et le Puy dans le Massif central, ainsi que dans les diocèses de Gascogne, des Pyrénées, d'Avignon, de Gérone jusqu'au Comminges[6].

L'abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse possédait par exemple déjà au XIe siècle, un prieuré à Albignac en Corrèze ou à Chamonix dans le comté de Genève[7].

Au XVIIe siècle, le prince Eugène de Savoie est nommé abbé commendataire de l'Abbaye à l'âge de sept ans[8]. En 1622, le pape Grégoire XV a supprimé le monachisme dans l’abbaye. L'édifice est resté deux cents ans inoccupé.

En 1836, Charles-Albert de Sardaigne a confié la restauration de l'abbaye à Antonio Rosmini et y a transféré 27 dépouilles de la famille de Savoie. Le 23 août 1836, le pape Grégoire XVI a confié l'abbaye aux pères rosminiens.

Architecture[modifier | modifier le code]

Détails sculptés et arc-boutants.
Portail d'entrée

Saint-Michel de la Cluse, une des abbayes bénédictines les plus célèbres, figure aujourd'hui parmi les plus importants ensembles architecturaux de la période romane présents en Europe. La structure architecturale de l'abbaye est tout à fait particulière. Les masses rocheuses accidentées de la montagne viennent se fondre avec l'ensemble constitué par le soubassement, les marches et les contreforts de soutènement pour former un seul corps[9].

Culture et pèlerinage[modifier | modifier le code]

L'Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse en novembre.

La Sacra est le théâtre d'initiatives culturelles, mais c'est surtout un lieu qui n'a jamais cessé d'accueillir ceux qui frappent à sa porte, pèlerins ou simples voyageurs. Encore aujourd'hui on peut réserver une des cellules, et vivre l'espace d'une nuit les émotions éprouvées autrefois par Saint Anselme d'Aoste et par les moines de Cluny[10].

Abbés[modifier | modifier le code]

Abbés réguliers 
  • 999-1002 - Advert, moine de l'abbaye de Lézat[11]
  • 1002-1045 - Benoît I
  • 1045-1066 - Pierre I
  • 1066-1091 - Benoît II, moine de l'abbaye de Saint-Hilaire
  • 1091-1095 - Guillaume I
  • 1095-1124 - Ermenegaldo
  • 1124-1142 - Gaufret
  • 1142-1148 - Boniface I
  • 1148-1170 - Stefano
  • 1170-1200 - Benoît III
  • 1200-1227 - Pierre II
  • 1227-1239 - Elia
  • 1239-1244 - Matteo
  • 1244-1261 - Guillaume II de La Chambre, fils de Richard de La Chambre, sire de La Chambre, vicomte de Maurienne
  • 1261-1283 - Decano
  • 1283-1292 - Raimondo
  • 1292-1298 - Riccardo
  • 1298-1308 - Andrea
  • 1308-1310 - Antonio
  • 1310-1325 - Guillaume III de Savoie, fils de Thomas III de Savoie
  • 1325-1359 - Rodolfo di Mombello
  • 1359-1361 - Ugone di Marbosco
  • 1361-1362 - Giacomo
  • 1362-1379 - Pierrre de Fongeret
Abbés commendataires

...

Moines et personnalités célèbres[modifier | modifier le code]

  • Ponce de Montboissier (°v. 1103 - †. ), moine de l'Abbaye Saint-Michel-de-la Cluse, abbé de l'Abbaye de Vézelay en 1138-1161. Il dut surmonter l'opposition des moines, des évêques d'Autun, Humbert de Bâgé, et Henri de Bourgogne (frère du duc Eudes), et enfin contenir l'hostilité des comte de Nevers, Guillaume II et Guillaume III qui soutiennent les habitants de la ville contre l'abbaye. Il ordonna à Hugues de Poitiers de rédiger l'Histoire de Vézelay[12]. Ce fut de son temps le que se tint à Vézelay cette assemblée où l'on résolut une nouvelle croisade[13].

Terriers, propriétés, dépendances[modifier | modifier le code]

Abbayes, prieurés, églises

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

L'abbaye aurait servi de modèle à Umberto Eco pour son roman Le Nom de la rose.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un poste militaire romain est situé au verrou de Cluse pour contrôler le passage des Alpes cottiennes qui les Romains ont conquis en 63 av. J.-C.. A. De Bernardi a émis l'hypothèse qu'une chapelle avait été construite à proximité du castrum à l'époque de Constantin pour les soldats chrétiens. En 461, le Val de Suse est occupé par le Burgondes, en 476 les Hérules d'Odoacre ont saccagé et occupé les villages de la vallée qui est reprise par les Byzantins l'année suivante. Après avoir défaits les Ostrogoths de Totila, les ducs byzantins dominent le nord de l'Italie, mais, entre 569 et 773, ce sont les Lombards qui dominent avant d'être battus par les Francs de Charlemagne. Les substructions d'une chapelle datant de l'époque mérovingienne a été trouvée dans les substructions de l'abbaye. Cette chapelle était peut-être déjà dédiée à l'archange saint Michel dont le culte aurait été introduit en Occident au Ve ou VIe siècle par des moines persans venus de Byzance à partir du sanctuaire de Monte Gargano. Le culte de saint Michel est souvent implanté dans des lieux élevés et solitaires.
  2. Mariotte 1978, p. 245.
  3. Daniel Martin (sous la dir.), L'identité de l'Auvergne: mythe ou réalité historique : essai sur une histoire de l'Auvergne des origines à nos jours, Éditions Créer, , 717 p. (ISBN 978-2-90979-770-0, lire en ligne), p. 250.
  4. Véronique Gazeau et Monique Goullet, Guillaume de Volpiano, un réformateur en son temps (962-1031)], traduit de la Vita domni Willelmi du chroniqueur Raoul Glaber, Caen, 2008, p. 92, (ISBN 978-2-902685-61-5) (lire en ligne).
  5. http://www.sacradisanmichele.com/fra/test_display/index/id/17/cat/8
  6. Mariotte 1978, p. 246.
  7. Mariotte 1978, p. 241.
  8. Histoire du Prince Eugène, Vienne, 1761. T. I p. 5
  9. Sources : "Les Itinéraires de la Foi" - Ville de Turin
  10. Sources : "Les Itinéraires de la Foi" - Ville de Torino
  11. Hélène Débax, La féodalité languedocienne: XIe-XIIe siècles : serments, hommages et fiefs, p. 36 (aperçu)
  12. Cette histoire se termine en 1167. Hugues de Poitiers y fait des reproches aux moines de Cluny
  13. Graham Runnalls, An Abbot of Vezelay: Ponce de Montboissier, Londres 1918
  14. Dom Claude de Vic, Dom Joseph Vaissète, Histoire générale du Languedoc, notes 148.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]